‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 75 sur 124 · LA DOCTBJNB DE L'ÉTAT VA · texte numérisé non relu

LA DOCTBJNB DE L'ÉTAT VA

d'Armioius ont égaré leurs titres. « Le peuple aUemaud tout entier, écrit Karl Wiegand, sans en excepter les plus farouches démocrates, souffre encore d'un mal très grave, très profond, et probablement incurable : le manque d'indépendance morale et comme un besoin absolu d'asservissement. On peut dire que l'Allemagne de tout âge et de toute condition est toujours au port d'armes, les pieds joints. » Nous sommes moin» sévères que M. K. Wiegand pour ses compatriotes et nous espérons bien que leurs entraves les gêneront un jour et qu'ils les rejetteront; mais, il n'est pas sûr que le moment de cette émancipation soit proche. « Un caporal à droite, un caporal à gauche, écrivait encore Cherbuliez. Nombre de Prussiens, après avoir quitté le service, restent toute leur vie encadrés et alignés. Regardez-les marcher, écoutez-les parler; les deux caporaux sont toujours là. )i

« La servitude, a dit Vauvenargues, abrutit l'homme au point de s'en faire aimer. » Les Allemands ne se contentent pas d'aimer leur servitude; ils veulent convaincre les autres et surtout se démontrer à eux-mêmes que leur asservissement est conforme aux lois universelles et qu'en abdiquant leur raison, ils prouvent la supériorité de leur pensée. C'est pour cela qu'ils adoptent avec tant de passion le^ théories de Fichte et de Hegel sur l'État, qui, après tout, ne sont que l'amplifik^ation métaphysique des traditions de l'antiquité grecque. -^ L'individu en soi ne compte pas, son rôle unique est de préparer la formation de TÉtat qui est la réalité de l'Idée et de la Volonté morales; rien de plus vide et de plus plat que la théorie franco-anglaise qui veut réduire l'État au rôle de protecteur des droits individuels. Les éléments qui le constituent s'absorbent et s'anéantissent en lui; sa mission est divine, puisque c'est par

rÉtat seul que l'Absolu prend de plus en plus conscience de lui-même et que le progrès s'accomplit. Ce n'est pas une abstraction, mais un être réel, avec le droit et le devoir de se conserver et de s'étendre et, pour cela, de créer les conditions nécessaires à sa durée et à son développement. Il n'y a de vie morale possible que par l'État, et la preuve, c'est que, partout où la vie publique devient moins intense et où les exigences de l'Etat diminuent, la moralité décroit ; l'homme n'est grand que par le sacrifice, la personnalité du citoyen ne se prouve que par son abdication et l'existence n'acquiert de sens et de prix qu'en se renonçant dans une entité qui est nous, tout en étant supérieure à nous.

Assurément j'aime la paix, disait Frédéric II, les agréments de la société et les joies de la vie; moi aussi je désire autant qu'homme au monde être heureux; mais je ne veux pas acheter ces biens par la bassesse et le déshonneur. — Qui ne voit par conséquent que le bonheur suprême est d'appartenir à un État conquérant et qu'il n'est pas de plus lamentable faiblesse que de se laisser reléguer dans le troupeau des nations banales^ puisque c'est dans l'État, ee Dieu vivant, que s'incarne le vrai moi, et qu'il est comme l'essence de l'individu qu'il arrache à son égoïsme pour l'initier à la vie rationnelle. Il est le grand éducateur et il est le grand dispensateur de joie; par lui nous échappons au sentiment de notre petitesse et nous acquérons ce qui est le plus ardent de nos vœux, la persistance de notre action et la permanence de notre volonté. Le citoyen abdique ses droits, mais pour ceindre la couronne royale. Le surhomme, dit Nietzsche, qui ici rejoint Hegel, est celui qui, dur pour lui-même autant que pour les autres, indifférent aux plaisirs vulgaires, n'a d'autre loi que de chercher à se surmonter et trouve sa

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