LA SERVITUDE GERMANIQUE
le mol d'ordre de toutes les écoles, c'est partout et toujours Deuischland ûber Ailes, Les étrangers n'aiment pas mes œuvres, disait Treitschke, et je m'en réjouis, parce que je n'écris pas pour eux; je suis allemand et je ne cherche à plaire qu'aux lecteurs allemands. — Si l'on se demande loyalement ce que rAllemagne dans les cinquante dernières années a donné au monde, lesquels de ses écrivains ont mérité une autorité tant soit peu durable sur la pensée européenne, on s'aperçoit que son influence a été nulle. Par quelle malédiction expliquer cette extrême indigence réelle d'une production matériellement énorme, la stérilité d'un effort prodigieux d'activité? — Uniquement par la sécheresse de cœur et la misère de pensée qui sont la punition fatale d'un nationalisme outrancier et réfractaire à toute conception d'humanité.
Comment l'Allemagne elle-même ne s'est-elle pas lassée d'une prédication aussi monotone? S'il est vrai, comme l'affirme Sombart, que les caractères les plus frappants de notre civilisation contemporaine soient l'instabilité et la rapidité des variations de la mode et du goût, comment le public d'outre-Rhin ne s'est-il pas fatigué d'écouter éternellement la même antienne ? Un de mes amis, quelque peu suspect de scepticisme, me disait un jour : ce qui plus que tout montre la puissance infinie de Dieu, c'est que, depuis le commencement du monde, il entend chanter ses louanges sans avoir jamais pensé à abdiquer. L'Allemagne sur ce point aussi prouve combien elle l'emporte sur le vulgaire troupeau des peuples, en aspirant toujours avec \ la même ivresse l'encens que ses prêtres brûlent à ses narines.
La tranquille sérénité avec laquelle elle persiste dans la voie où elle s'est une fois engagée, s'explique par un autre trait fondamental du caractère de la
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race, qui souffre d'un manque absolu d'imagination créateice. — Faiblesse congénitale? — Peut-être, mais plutôt conséquence de l'histoire . Les éréne* mentset la géographie Tont condamnée pendant des siècles à chercher ses précepteurs à T^ranger; elie a reçu de la Rome antique ou médiévale et de Hm. France les idées maîtresses de sa vie et les principes de sa civilisation. Il 7 ar peut-être qudques exagérations dans le livre de M; Reynaud sur Thistoire de rinfluence française en AUemegne ; on ne Ta guère pourtant chicané que sur des détails, et les résultats essentiels de son enquête n'ont pas ^é sérieusement contestés. Il en ressort avec évidence que TAllemagne n'a jamais vécu que d'^npnmts étrangers, de même que, dans le domaine économique, ses importations dépassent ses exportâtiffl:is dans une énorme proportion. De là, une extrême faiblesse d'invention. Âdmi* rable élève, merveilleuse dans l'art de s'approjaier les découvertes d'autrui^ de les développer, d'es tirer toutes les conséquences, eUe ne se met en briAle que sous un choc extérieur.
M. Sombart, que je citais tout à l'heure et qui a donné des poreuves de son loyalisme nationaliste, dit de ses concitoyens que ce sont des Theilmenschen^ des parties d'hommes, des hommes fragmentaires; disons plus aimablemoot des spécialistes, ouvriers excellents dès qu'il s'agit d'exécuter la tâche quoti* dienne qui leur est fixée, appliqués, attentifs, avec le rare talent, — rare surtout diez nous, — de ne pas s'ennuyer d'une besogne anmotone et bornée. De là,, la faciUté avec laqudle ib se sont plies aux exigences de l'organisation scàentMique desisodétés contemporaines. Ils se sentent les coudes, ils sont puissants par l'union, l'ordre et le souci du détail. Et, ce ne €K>nt certes pas là des qualités vulg»res.
 la différeaice des Latins, toujours selon M. Som-