LES UNIVERSITÉS
pensée des intellectuels germains, l'atmosphère dans laquelle ils baignent, Técran permanent sur lequel passent, comme les images successives de la lanterne magique, leurs conceptions particulières.
D*abord, Tautorité y tient la main. Les nominations sont faites avec la plus attentive précaution;, quiconque n'a pas fourni des garanties absolues de son loyalisme politique ne sera jamais nommé pro* fesseur. Un savant qui deviendrait suspect d'indépendance demeurera relégué, sa vie durant, dans une petite ville de province; les chaires importantes, qui rapportent la renommée et de gros émoluments, sont réservées aux maîtres de tout repos.
Ils y continuent la tradition qui a été créée depuis le début de la monarchie prussienne. Les Hohenzollem n*ont jamais aimé les dépenses inutiles; ils ont favorisé la science, pour qu'elle célébrât leur générosité et contribuât à leur puissance. Le Dieu qu'on adore dans les universités allemandes, ce n'est pas la Vérité, mais la Race qui incame cette vérité, la Race Germanique. Leur œuvre est d'élaborer et de répandre les légendes qui deviennent à l'heure voulue créatrices d'histoire. De même qu'elles avaient auparavant opposé aux lamentables trahisons des Habsbourgs la mission régénératrice des Électeurs de Brandebourg, elles célèbrent maintenant la poussée merveilleuse de la surnation qui se dresse radieuse au-dessus de ses voisins dégénérés. Par une hypocrisie inconsciente à force d'habitude, les professeurs prêtent à leurs conclusions les plus fantasques une sorte d'autorité religieuse en les étayant par un imposant appareil de contreforts scientifiques qui ne tiennent pas à l'édifice, mais en imposent aux nigauds. Après les Droysen et les Sybel, qui ont persuadé à leurs lecteurs que la Révolution Française n'a en rien servi le progrès de Thumanité, que Bis-
marck était ua pacifiste et que rAllemagne a'â jamais entrepris que des guerres de défense, les Erich Mareks, 1^ Lenz, les Lamprecht, apprennent à leurs élèves Tart subtil de maquiller 1^ textes et d'en tirer des conclusions imprérues. Delbrûek donne un commentaire inattendu de la Raison pratique de Kant en démontrant que TÉtat-Major éUit tenu d'occuper la Belgique au mois d'août, parce que les Français étaient certainement (i) résolus à TenTahir. — « ... au mois de novembre.
En France, nous disons à nos étudiants : — Le pre» mier devoir que vous avez envers vous-même et envers les autres, c'est la sincérité et la loyauté. Le vrai est le bien suprême, et la poursuite du vrai est la condition absolue de hi dignité de la vie. Le culte pieux que vous devez à la Patrie, vous le lui rendez en ne vous éloignant jamais de la vérité, lentement poursuivie, courageusement affirmée.
Nous leur disons : La loi morale est catégoaric^e et impérieuse; dans aucun cas, quel que soit le buta atteindre, il n'est permis d'enfreindre ses commandements.
Nous leur disons : Ouvrez vos âmes et vos esprits, ne haïssez personne; détestez le mal et l'oppression; mais ayez pitié des coupables qui souffrent de leurs vices, plus encore que voifô qu'ils persécutent.
Nous leur disons : Aimez la lij»erté, non seulement pour vous-mêmes, mais pour les autres; croyez au progrès, et rappelez- vous que votre nation a grandi par la tolérance et par l'humanité, qu'elle a tendu la main aux opprimés, qu'elle a pleuré avec les vaincus.
A leurs étudiants, les Universitaires allemands disent : .... Ils leur disent tout le contraire.
Leur bréviaire ce sont les Mémoires de Bismarck, qu'ils commentent dans l'esprit le |^us étroit. On leur a persuadé que Kànt et Gœthe sont respcAsables de