‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 89 sur 124 · LES UNIVERSITÉS · texte numérisé non relu

LES UNIVERSITÉS

la défaite dléna, et la crainte qui hante leurs nuits est de mériter le nom d^amis du genre humain. Couches sur un étroit sillon, ils sont fiers de leurs œiUêres; ils baptisent Tintolérance, fermeté de caractère, et ils s'appellent philologues parce qu^ils exhument la formule juridique de la Rome primitive : Tétranger, c'est Fennemi. ils méritent le nom que les Slaves donnent aux Allemands, niémiiii, les muets, parce qu'ils n'ont rien à dire au monde qui, Féchine ployée devant l'étalage de leur pacotille scientifique, attend d'eux Toracle de l'avenir.

Us se défient de la philosophie et ils raillent la poésie. Les séminaires, dont ils tirent vanité, ne sont que des ateliers où l'élève, pour la plus grande gloire du mattre, s'acharne sur une question minuscule, et où les facultés supérieures s'étiolent par la division excessive du travail et le labeur exclusivement mécanique. Les arbres empêchent de voir la forêt; l'érudition puérile et formelle supprime la réfiexion et abolit l'habitude virile de la critique et du jugement personnel; le procédé, dans lequel s'emmaîllotte l'intelligence, en arrête le développement normal, et, nouée dans les liens d'une nouvelle scolastique, elle n'a plus que juste assez de vigueur pour subir ^impulsion reçue et jurer sur la parole du maître.

Dès 1872, Langbehn écrivait dans son livre célèbre : Rembrandt éducateur, qui a eu uiib cinquantaine d'éditions : « Le professeur est la maladie nationale de TAllemagne. » — « C'est le secret de tout le monde, écrit de son côté Lagarde, que la vie intellectuelle du peuple allemand est frappée dans sa source par une décadence lente, quelques-uns disent par une décadence rapide. » Cette stagnation est si évidente que les Universités sentent s'éloigner d'elles la confiance de la foule, et elles s'efforcent d»retenir la popularité qui les abandonne en se mettant à la suite des ven-

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deurs d'orviétan qui empoisonnent Tesprit public et en serinant à leurs auditeurs les mots d*ordre les plus accrédités, c'est-à-dire les plus vulgaires. M. Delage a publié dans la Revue de PariSy le i«' décembre 1913, un article sur la Jeunesse Universitaire en Allemagne où il cherche visiblement à dégager les faibles étincelles d'idéalisme qui n'ont pas été étouffées sous la cendre du matérialisme le plus grossier. Il conclut cependant : — « Pour tous, la politique est une question de force, non de sentiment. Les jeunes gens, si intellectuels soient-ils, honorent la force plus encore que l'idée. » — Au début, écrivait Gœthe en cherchant la formule qui devait résumer sa foi, était l'action. — Mais l'action, telle qu'il l'entendait, c'était la création productive, féconde, humaine, et son temple n'était pas l'usine Krupp, mais le Panthéon.

L'Allemagne ne demande plus depuis longtemps à ses professeurs une règle de conduite et un principe de vie. Il lui sufBt qu'ils fournissent des contremaîtres à ses ateliers. La science ne l'intéresse que par ses applications.

U est incontestable qu'à ce point de vue elle excelle à en tirer parti. On a beaucoup écrit en France sur la prodigieuse évolution économique qui, avec une foudroyante rapidité a transformé la petite Allemagne de 1815, rurale, timide, parcimonieuse, en une gigantesque usine, qui ébranle la terre du roulement de ses machines et inonde Tunivers de ses produits. Aucun des livres pubUés en France sur cette question ne nous donne cependant, je crois, une idée aussi juste, aussi adéquate, aussi magnifique de cette grandiose transformation que les ouvrages de Sombart.

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