INDUSTRIELS ET MILITAIRES
plètement absorbés par de nouvèMes aitreprises, si bien que le capital disponible demeure inférieur aux demandes sans cesse croissaRtes. Les anné^ les pins brillantes du développement inditstriel de rAllemagne, de 1894 à 1900^ sont aussi «elles où éclate le inîe^x le danger de ses métiiodes' économiques, d'une 9mémce admirable^ — à moins qu'eUesnesoient d'une redcmtable témérité. Gomme les généraux, les manufocteriers d'outre-Rhin ont un goût prononcé pour les attaques brusquées, et^ si leur qrstème leur a valu des triomphes étourdissants, la vî^oire a ses entrai- Beienents qui préparent d'as^rs repentirs.
La vie économique, diez nosennerais> est exclus^-* vemenl: fondée sur le crédit qui, très solicité, est cher et grève lourdement les frais généraux. Peur nouer les deux bouts, il faut augmenter sans cesse la pn>duction et rechercher à tout prix des débouchés en se eontentant d'un minimum de gain. Tant que durent les^ aimées grasses, la câtuation générale demeure favorable en apparence ; il suf6t du moindre arrêt pour compromettre cette prospérité factice.
De tous les écrivains qui ont étudié la question, M. Victor Bérard est celui qui a le mieux m» en relief ee qu^il y avait de voulu, -*- et par oonséquei^ de peu naturel et d'instable, — dans eette croissance stupéfiante de la grandeur économique de nos voisins. -^ L*AHemagne, dit-il dans son livre sur La France et ^ruillamme 11^ est devenue la première puissance Bucrière, non parce qu'elle est mieux pourvue d'engrais ou de terres fertiles, msâs parce qu'elle a voulu dominer le marché du sucre; elle est devenue la première puissance métallurgique, non parce qu'elle produit en abondance la houille e^ les minerais, mais parce qu'^eHe a voulu dépasser les autres États; elle ^est devenue la première puissance commerciale, non à cause de sa situation géographique «t parce qu'elle
est un heu naturel de croisement des routes, mais parce qu*elle a voulu dominer les mers. Tout a été créé par le savoir et la hardiesse de Thomme.
Que cet effort mérite le respect et témoigne de rénergie vitale de la race, nul moins que moi n'est disposé à le nier, et notre indolence aura raison de s'inspirer de cet exemple. Mais le temps ne respecte guère ce qui a été fait sans lui. L'Allemagne ressemblait à ces adolescents qui ont poussé trop rapidement et dont les forces réelles ne répondent pas à la taille. Elle souffrait des malaises mal définis d'une puberté hâtive, et, au lieu de demander la guérison à une hygiène conservatrice, elle a écouté les empiriques et elle a cru aux panacées miraculeuses. Hantée par le souvenir de Bismarck, elle s'est habituée à attribuer le brusque essor de sa prospérité matérielle à l'indemnité des cinq milliards, absurdité manifeste qui a corrompu l'esprit public, et elle a supposé qu'une nouvelle razzia ramènerait l'abondance dans ses caisses. Elle a prêté l'oreille aux docteurs de contrebande et aux dilettanti de l'économie politique qui lui montraient dans la conquête des colonies françaises Touverture de riches débouchés ou dans l'annexion de l'Algérie et du bassin de Briey le moyen de s'assurer pour un temps indéfini le minerai de fer qui lui est indispensable, sans se demander si les rancunes que susciterait une guerre ne diminueraient pas dans une énorme proportion le nombre de ses clients et combien de temps serait nécessaire pour réoccuper les positions qu'elle aurait perdues et que guettent ses concurrents les plus alertes, les Américains. Elle avait rapidement oublié les vertus solides et les qualités moyennes qui seules créent les bonnes maisons, et, comme le commerce et l'industrie avaient pris chez elle un caractère de spéculation pure, il est naturel qu'au milieu de ses difficultés elle ait cherché
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le eahxt dans une gigantesque opération de jeu.
D'affievrs la guerre profite à une certaine catégorie d^usines, celles qui firiDriquent le matériel militaire, et leur organisation est si pirôsante qu'au milieu de robscurité intellectuelle et morale dans laquelle te débat la moyenne des industriels, elles doivent réfssir aisément à les rallier à leur politique belliqueuse. M. Paul Vergnet, dans son Kvre, La France en danger^ que j'aurai à citer encore plus d'une fois et qui devrait se trouver dans toutes les bibliothèques scolaires et sur le bureau de tous les hommes politiques, a indiqué la part considérable qu'a prise dans la campagne pangermaniste la Hkeinisch'Wesiphœlische Zeitung qui est l'organe de la maison Krupp. D'autres journaux impérialistes sont subventionnés par les ateliers de constructions navales tels que le Wulkau, ou des fabriques d'armes, Lcewe et Mauser, Blohm et Voss, etc. Un procès récent a mis en lumière les accointances de certains officiers et de plusieurs fonctionnaires du ministère de la Guerre avec les représentants des usines d'Essen. Nous sommes très loin de tout connaître, mais les faits qui sont arrivés à la lumière suffisent pour établir l'existence d'une sorte de franc-maçonnerie occulte, où fraternisent des militaires et des capitalistes qui n^ésitent pas à sacrifier à leurs égoïstes convoitises les intérêts du pays et le repos de l'humanité.
Que de semblables collusions ne soient pas impossibles ailleurs, je le concéderai si l'on veut, quoique nous n'en ayons aucune preuve. Nulle part du moins leur effet ne saurait être aussi dangereux, parce que nulle part la concentration industrielle n'est poussée aussi loin et que nulle part les chefs des grandes entreprises et les présidents des trusts et des cartels n'ont une action aussi directe sur la marche du gouvernem^it. Gomme les charbonniers sont forcés de
suivre les métallurgistes qui sont leurs principaux clients, il se constitue dans le monde industriel une coalition qui entratne les indécis et qui étouffe la voix des quelques hommes de bon sens qui redoutent les aventures. En fait, depuis un demi-siècle, les partis libéraux qui représentent la bourgeoisie, ont toujours été les premiers à voter les crédits militaires, et leur docilité empressée a souvent prévenu et dépassé les demandes du Gouvernement.
Ils ont fini par imposer leur opinion même aux socialistes.
Non certes que j'aie Tintention de placer les socialistes sur le même rang que les pamphlétaires, les professeurs et les industriels qui ont délibérément prémédité la guerre et volontairement cherché la rupture. Nous connaissons fort mal les incidents qui ont précédé le vote du Reichstag le 4 août et les raisons qui ont déterminé les divers partis. Les quelques renseignements indirects et fragmentaires qui sont parvenus jusqu'à nous, permettent cependant de deviner que l'extrême gauche ne s'est résignée à accorder les crédits de guerre qu'après de sérieuses hésitations et une lutte douloureuse de conscience. Sodome eût été sauvée si elle avait possédé un seul juste : ce juste, l'Allemagne l'a trouvé — un peu tardivement — dans Liebknecht, qui s'est refusé à diminuer plus longtemps dans d'odieuses compromissions un nom révéré! Le Vorwaerts a courageusement démenti les ridicules accusations lancées contre nos soldats et a blâmé, autant que le lui permettaient les circonstances, les sauvageries de l'Etat- Major prussien. Il y fallait presque de l'héroïsme. A certaines heures noires, les âmes les mieux trempées