LES SOCIALISTES ALLEMANDS
sont corrompues par le floi de la folie ambiante, et la justice la plus élémentaire ordonne de saluer avec un respect attristé le courage et Tefifort moral des quelques cœurs intrépides qui essaient au moins de lutter contre le courant et de garder, dans le délire universel, une apparence de sang-froid. De même que jadis, dans les catacombes de la Rome impériale, quelques esclaves épelaient le livre d'où allait nattre un monde nouveau, peut-être est-ce dans les ateliers où quelques ouvriers, momentanément impuissants et désemparés, pleurent leur rêve de fraternité universelle, que se prépare la résurrection d'une AUemagrne nouvelle, lavée de ses souillures de sang, d'or et de boue. Honneur à ceux qui, au milieu des huées d*une foule stupide, tiennent haut et ferme le drapeau de l'avenir I Pitié à ceux qui ont été trompés et qui, de bonne foi, ont cru combattre le tsarisme I Espoir et confiance dans ceux qui cherchent dans les ténèbres et qui s'aperçoivent que la bannière des HohenzoUem ne saurait jamais être le drapeau de l'Internationale.
Sans manquer cependant à l'équité et sans confondre les socialistes, victimes, plus que coupables du crime d'août 1914, avec les coupe-jarrets qui l'ont savamment organisé, il n'en est pas moins évident que, depuis plusieurs années, la Sozial-Demokratie traversait une crise grave et qu'elle était peu à peu infectée du mal qui, de proche en proche, envahissait VAllemagne entière.
On se rappelle l'émotion provoquée, il y a quelques mois, par les articles dans lesquels M. Andler mettait en garde le public français contre l'opinion universellement admise par nos militants, que les groupes d'extrême gauche auraient la force et la volonté de prévenir une rupture entre la France et FAllemagne. M. Andler n'est pas suspect de natio-
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nalisme agressif, et il y aurait quelque invraisem* blance à le soupçonner de préjugés germanophobe. Uéyénement n'a prouvé que trop rite la justesse de ses prévisions.
En i9i2, les socialisies ont rallié plus de 4 millions de voix et ils ont lait élire 110 députés^ leur succès aurait été plus retentissant encore si les circonscriptions éledborales, qui n'ont pas élé remaniées depuis 1867, répondaient moins inexacte* ment à la répartition actuelle de k p<^ulation et ne réduisaient pas à la portion congrue les cit^ populeuses et les régions industrielles qui sont acquises à Toppositioii radicale. Ne nous iaîsfions pas pourtant abuser par tes gros chiffres. Parmi les 4 millions d'électeurs qui votent pour les Sozial- DemolcraieHy combien sont seidemeni des frondeurs qui choisissent le candidat qu'ils supposent le plus désagréable à l'autorité I Ces électeurs d'occasion, bien loin d'adopter les théoriies de leurs députés, leur imposent leurs propres ooncepti^fts, si bien que cha* que triomphe électoral des socialistes marque une atténuation de leur programme et un reniement progressif de leurs idées; les bourgeois votent pour les socialistes parce que lea socialistes deviennent boinrgeois. Dans les Congés, on maintient tant bien que mal l'unité apparente du parti par des formules amphibologiques., mais l'ii^uence des irevisioimisieSy Bernstein, Franck, Sûdekum, Heine^ Hildebrand, Max Schippel, etc., y refoule celle des anciens chefs, plus réfractaires aux doctrînas impérialistes, tandis que l'intransigeance de Bosa Luxembourg ou du D' Lensch semble uniquement destinée à amuser la galerie et à duper l'ennemi.
De temps en temps, sans doute, l'Empereur retrousse ses moustaches et brandit son grand sabre contre « le parti qui ose «^attaquer aux fon«