‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 96 sur 124 · LA LIGUE PANGERMANISTE · texte numérisé non relu

LA LIGUE PANGERMANISTE

une excellente affaire : on vendait 10 000 exemplaires en un an de Fessai de M. Paul Rohrbach, La Pensée Allemande dans le Monde , — qui visait cependant surtout le public lettré; 30000 en quelques mois, de la brochure de M. Daniel Frymann, Si fêlais VEmpereur; 250000, d*un pamphlet stupide sur la légion étrangère; en quelques semaines, L'Heure décisive de r Empire Allemand de Frobenius atteignait sa quatorzième édition.

A mesure qu'elle se multiplie, toute cette littérature devient de plus en plus idiote et creuse, mais aussi de plus en plus violente. C'est la loi du genre. Une fois que Ton s'adresse aux passions basses du public, on n'a d'autre recours, pour qu'il n'accoure pas à la parade du voisin, que de frapper la grosse caisse à tour de bras. C'est cela même qui nous a empêchés d'attacher à tout ce vacarme l'importance qu'il méritait. Nous avons instinctivement horreur de l'exagération, de Temphase, de la réclame, du bluff; nous avons comme malgré nous confiance dans la raison, dans la vérité, dans le bon sens. Nous croyons que le ridicule tue. Mais Ijustement l'Allemagne n'a pas le sens du ridicule et elle accepte sans broncher tous les boniments de ses matamores.

Ils ne se mettent pas en frais d'imagination et leurs arguments reviennent avec une monotonie désespérante. Dès 1897, les prospectus de la Ligue pangermaniste disaient : Il faut que nous inspirions au peuple la conviction que l'évolution de l'Allemagne est loin d'être terminée par Tannée 1870. Au delà des poteaux rouges-blancs-noirs de la frontière, vivent, ne l'oublions pas, des millions d'Allemands. Avant tous les autres peuples, les Allemands ont le droit et le devoir de prendre part, en leur qualité de peuple de maîtres, à la direction des destinées du monde. Rappelons-nous que, sur le chemin qui mène à la

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puissance mondiale, nous n^ayons fait qne le premier pas.

Tous les pamphlets publiés depuis ne sont que le développement de ce thème.

Majture : L'Allemagne, a- esif pas seulement supérieure aux autres peufdes; entre elle et eux il tCj a pas de commune mesure* Nous sommes le peuple le plus guerrier deTUnivers; Pendant deux siècles, la force allemande a soutenu FEmpire romain chancelant. Sept fois dans les batûlles des Nations, dans la forêt de Teutobourg contre Varus, aux Champs Calalauniques contre Attila, à Tours et à Poitiers contre les Arabes, surlesbordsdn Loch contre les Hongrois, à Liegnitz contre les Mongols, devant Vienne contre les Turcs, à Waterloo enfin, nous avons sauvé la civilisation de TEurope. Nous» sonuaes le peuple le mieux doué dans tous les domaines de la science et dses beaux'-arts. Nous sommes les mdileurs colons, les meilleurs marins, les meilleuis commerçants {Dr Frih Bley^dit Welisiellung detDtutschiums).

Mineure : Autour de nousv décadence ^^ corruption); la France ne compte plus^ la Russie se débat dans une précoce décomposition; llAng^erre a perdu daos rhabitude du conibrile sens du.aaerifioe et Fidée du devoir.

Cancluaioa : Donc TEmpice. doit nous apfmrtemr. « Il faut à TÂUemagne une politique active, je dis tranquillement agressive..» (Dan. Frymann^ Wenn ich der Kaiser w^ere^ Leipzig^ 1912) ^ Nos succès inquiètent le monde : tant pis pQur le monde. L'ÂngleteniB est jalouse de notre prospérUé. économique, de nos dreadnoughts,. de nos colonies; elle joue le rôle d'Othello, mais TAllemagne n'est pas Desdémone, et,

1. L'Information a publié une traduction partielle de ce pamphlet eélèbre, parteitemeat niai» d'ailleurs, d'autant plus caractérisque par cela même.

LA GUERRE A f^'HUMANITÉ 2Ô5

à la première occasion, nous relèverons le gant et nous réglerons nos comptes par le fer et par le sang. La lutte sera difficile : remercions-en T Éternel qui nous prépare ainsi de plus enÎTrants triomphes; TAllemagne n*a jamais eu des destinées faciles et c'est à ces difficultés mêmes qu'elle doit sa grandeur et son héroïsme.

Comment faire d'ailleaurs? — On 21e veut pourtant pas que nous laissions étamoUemait à nos rivaux les bouches de notre grand Seuve, le Rhin 1 La Belgique et la Hollande comprendrautn^es la nécessité qui nous contraint à réclamer notre pa^imoine? Il est à craindre quenon, et. alors il faudra bien que nous les annexions par la violence.

Nous n'y aurons certes Aueun plaisir. La Belgique est pourrie de catholicismie «t de s<^alisme; la Hollande, desséchée par des43iècleB de vie étroite et bourgeoise, au point que Ton {leut se daxiander si môme une longue coexistence ainec une orace supérieure les guérira de leurs maux. Ne désespénxns pas cependant; assez de sang teuton xauledans les veines de ces peuples abâtardis pour «[u'ils rejettent les virus malsains que leur ontinoculésla France et FAngleierre

La Russie nous abhorre, — .aans raison certes, puisque nous avons été pour elle: les nmlleitrsvoisinsy que nous lui avons fourni saB8C£>iiq>ter sœ ingénieurs, ses diplomates, ses généraux, ses souverains; — ' hélas, la vertu est rarement i«éc<»npensée et la gttoérosité n'enfante que l'ingratitude 1 La haine dont nous poursuivent les Slaves est incurable, parce que c'est la haine innée qu'inspire à ime race inférieure une race mieux douée * ; ils détestent notre application,

1. Le ministre Hanuaeitttein au. Landtag, 25 janvier 1004 : « Il ne faut pas oublier que, dans nns iMlations avec les Polonais, nous n'avons pas affaire à des égaux. Avec une pareille raee» notre rôle à nous est de commander; le leur, d'obéir. »

notre me rallié, noire espriide conduite et d'épargne. Dans la lutte prochaine, ces qualités nous garantissent la victoire, et les milliers d'hommes que nos adversaires alignent sur le papier ne nous impressionnent pas. Viele Feinde^ Viele Ehre : avec le nombre des ennemis grandit Thonneur de la victoire.

Le moment approche où rAllemagne, débarrassée de ses ennemis, aura ses coudées franches. D'abord on nettoiera les territoires voisins de la vermine impure qui les encombre : les Polonais, les Magyars, les Tchèques, les Welches, qui ne sont qu'un poids mort pour l'histoire. (Paul de Lagarde, Deutsche Schriften^ p. 27.) « Il faut que le conquérant ail la volonté absolue de dominer et qu'il travaille à l'anéantissement politique et ethnique des vaincus ^ Les meilleurs s'assimileront et prendront lentement leur place dans les rangs des vainqueurs ; les autres seront expulsés, ils iront chercher fortune où il leur conviendra. — Salomon a dit : Ne sois pas trop sage, ne sois pas trop juste. Les Polonais, d'après le général de Bernhardi, doivent être traités comme des ilotes, et leurs privilèges se réduisent à trois : « payer l'impôt, fournir des recrues et tenir leur gueule * ».

En face de ces doctrines sauvages qui soulèvent le cœur, le lecteur, pour trouver un peu d'air pur, songe aux maîtres du passé.

Quel malheur que l'Allemagne pratique si peu ses classiques I Que tous ces apôtres du triomphe des laces supérieures gagneraient à relire leur Gœthe :

Wie viel hist du von andern unterschieden'f Erkenne dkh, leb^ mit der Weit in Frieden,

1. Article de R. F. WoU, dans les Alldeutsehe Blœtter de septembre 1913. Cité par Vergnet, p. 195.

2. Journal de Colmar, 16 août 1900, cité par Chéradame, VEan^ et la Question d:*Autriche, p. 239.

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