LA GUERRE A L'HUMANITÉ
Pauvre misérable, en quoi te distingues-tu des autres hommes ! Rentre en toi-même et vis en paix avec le monde.
Qu'il leur serait utile même de ne pas se contenter des quelques pauvres extraits qu'on leur donne de Fichte et de se reporter au texte même des Discours à la nation allemande. Les Allemands, écrit Fichte, sont un peuple na!f, original, le seul qui ne soit pas emmailloté dans des doctrines absolues ; s'il se corrompt et s'il périt, l'humanité entière se corrompt et périt avec lui. Mais il ajoute aussitôt : « il faut élever une nouvelle génération qui honore dans sa patrie l'image et les gages de l'éternel humain et qui un jour commence le combat contre la pensée absurde et détestable de la monarchie universelle/»
Quelle humiliation pour la raison de penser que de si nobles conceptions aboutissent à des théories aussi abominables et aussi folles I quel désespoir pour tous ceux qui veulent croire au progrès, à l'esprit de Dieu se réalisant de plus en plus dans le monde, de voir ceux qui devraient être les héritiers légitimes de Goethe et de Fichte, s'abêtir en s'enivrant à la coupe empoisonnée des sophistes et des charlatans. Malgré tout, la parole du prophète demeure : Ceci tuera cela, l'esprit brisera le glaive. Hoc signo vincemus, nous vaincrons par notre drapeau qui est le drapeau de Valmy, de Jemmapes, le drapeau de la liberté et du droit, le drapeau de la justice et de la pitié.
En attendant, les Pangermanistes criaient : Colonies, toujours plus de colonies I Conquête I Butin 1 — et ils entraînaient à leur suite le troupeau. — Furor teutonicusl
Presque au lendemain de son avènement, Guillaume II disait à sa noblesse de Brandebourg : « Je vois dans le peuple et dans le pays qui m'ont été transmis un gage qui m'est confié par Dieu et que
c'est mon devoir d'accroître comme il est dit dans la
Bible Je pense adminisirer ce gage de telle
manière que je pourrai y ajouter encore pas ntnl. Ceux qui voudraient me gêner dans ce travail^ Je les écraserai* »
« Dieu Ta voulu, téiégraphiait-il après le reuToi de Bismarck. J'ai le po^^ de Tofficier de quart sur la passerelle du navire de l'État. La route reste la même. Et maintenant, k toute vapeur, en avant. »
Guillaume avait bu, rAllemagne était ivre.
Ensemble ils partirent à la conquête du monde.
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