‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 98 sur 124 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LE TRAiTC

Nom dicterons la paix. — Le caractère de la guerre actuelle doit déterminer les conditions dn traité : équilibre, respect des nationalités, ssppmssian dn régime de la paix armée. — De la possibilité d'un désarmement général. — La réorganisation de l'Europe et TAUemagne. — Restauration de la Pologne. — Question d'Autriche. — La Bohème et la Serbie. — Magyars et Roumains. — La. liquklation de la Turquie. Gonstantinople et l'Asie Mineure* ~ Conclusion.

On prête à Emile de Girardin un moi souvent répété : On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s'asseoir dessus. Les apologistes les plus fougueux de la guerre ne sauraient cependant la considérer comme un état normal. On se bat pour arriver à un traité. Quel sera ce traité?

Tout d'abord, une chose doit être bien entendue. — Ce traité ne peut être que celui que nous imposerons. Il est incontestable que l'Allemagne regrette aujourd'hui son imprudence et qu'elle accepterait avec empressement le statu quo cuite bellum; peutêtre même consentirait-elle à payer une indemnité de guerre pour compenser la dévastation de la Belgique et de la France. Elle compte, pour arriver à ses fins, sur la légèreté française et l'inconstance russe. Ce n'est ni la première ni la moindre de ses erreurs psychcdogiques Elle se trompe aujourd'hui

sur rétai moral de ses adversaires, comme elle s'est trompée au mois de juillet. Nous aurons des échecs, c'est possible; nous subirons des pertes énormes, c'est certain; le sang le plus pur de nos veines coulera sur les champs de bataille et notre cœur se déchirera et nos yeux s'abîmeront de larmes en voyant décimer la jeune génération, si simple dans son héroïsme, si généreuse, que de nos mains paternelles nous avions protégée contre le mal et Terreur et en qui nous caressions avea joiele printemps d'une humanité meilleure. Meurtris, mutilés, pantelants, nous ne céderons pas. La guerre durera ce qu'elle durera; elle coûtera ce qu'elle coûtera; elle ne finira que quand nous aurons réduit notre adversaire à merci. C'est assez d'avoir du crêpe à nos chapeaux, nous ne voulons pas nos drapeaux en deuil, et ils seraient en deuil si notre victoire n'était absolue.

Je n'ai pas, cela va de soi, la prétention de fixer d'avance le détail des futures stipulations du congrès. Je reconnais volontiers que, sur plusieurs points, — souvent essentiels, — diverses solutions sont possibles et même raisonnables. J'avoue que les idées auxquelles je me suis momentanément arrêté sont quelquefois loin de me satisfaire complètement et je ne me dissimule pas la gravité des objections qu'elles soulèvent. Je crois cependant indispensable de tracer dans ses grandes lignes un programme général, afin au moins de provoquer la discussion ; il importe que nous ne soyons pas pris au dépourvu et que nous ayons réfléchi d'avance aux difficultés qui surgiront au lendemain de la victoire.

Je ne suis ni un diplomate, ni un député, et les opinions que j'exprime ne sauraient gêner personne, puisqu'elles n'engagent que moi. Mais, de même que, avant de partir pour leur mission, les ambassadeurs du Roi recevaient de lui leurs instructions, les

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