‹ La guerre d'AmériqueChapitre 22 sur 29 · PRISE DE LA NOUVELLE-ORLEANS. — DICTATURE DU GÉNÉRAL BUTLER · texte numérisé non relu

PRISE DE LA NOUVELLE-ORLEANS. — DICTATURE DU GÉNÉRAL BUTLER

Le Minhtrc de France à Washington au Ministre des Affaires étrangères,

Washington, 3 juin 18G2.

Monsieur le Ministre, Votre Excellence a dû recevoir directement la correspondance de M. le comte Méjan, lui rendant compte des faits qui viennent de se passer à la Nouvelle-Orléans et de la situation inquiétante où se trouve réduite cette malheureuse ville.

Les communications précédentes de M. Méjan, destinées au département et à la légation, m'ayant été transmises par la voie de Richmond qui, pour le moment, se trouve interceptée, ne me sont pas parvenues. Comme elles pourraient contenii' quelques pièces intéressantes, telles que les proclamations du général Butler, le procès-verbal de la saisie de papiers et de valeurs importantes opérée dans les bureaux du consulat des Pays-Bas, la protestation du corps consulaire contre cet acte, je joins aussi ces pièces à cette dépêche.

Que le général Butler, pour faire respecter son autorité par une population animée des sentiments les plus hostiles, ait cru devoir pousser la sévérité jusqu'à la rigueur, cela peut se concevoir; mais rien ne saurait excuser ses violentes spoliations] envers les consulats étrangers. De tels procédés ne pouvaient avoir d'autre effet que d'exaspérer les esprits jusqu'au désespoir et d'enraciner plus profondément dans les cœurs les sentiments qui ont brisé

l'Union et s'opposent en ce moment à son rétablissement.

Glace à la fermeté de notre consul, le général Butler n'avait pas poussé assez loin ses projets à l'égard du consulat de France, pour qu'ils pussent donner lieu à une réclamation formelle de ma part auprès du cabinet de Washington. Cependant j'ai dû en entretenir confidentiellement M. Seward, et invoquer son intervention pour prévenir le retour de tentatives qui non-seulement seraient de nature à compromettre de la manière la plus grave les rapports internationaux, mais qui, en présence d'une nombreuse population étrangère déjà excitée par la fermentation qui régnait autour d'elle, pourraient provoquer de terribles conflits.

M. le secrétaire d'Etat a accueilli dans un excellent esprit les observations que j'ai cru devoir lui adresser à ce sujet. En terminant notre conversation, il ajouta qu'il la résumerait dans un mémorandum que je pourrais adresser à Votre Excellence. Plus tard, dans la journée, il me remit, en efTet, le mémorandum ci-joint^ que j'ai communiqué à tous mes collègues.

Mercier.

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