‹ La guerre d'AmériqueChapitre 23 sur 29 · MEMORANDUM · texte numérisé non relu

MEMORANDUM

Secrétariat d'État, Washington, 31 mai 180-2.

M. Mercier a entretenu officieusement M. Seward d'une certaine irritation causée parmi les consuls de la iNouvelle-Orléans par des irrégularités et des rigueurs qu'ils auraient éprouvées de la part du major général Butler, lorsqu'il a pris militairement possession de cette ville. M. Mercier a dit n'être pas venu pour porter actuellement plainte, au nom du consul d& France, des explica-

lions déjà données par le général Butler lui épargnant peut-être la nécessité de le faire.

M. Seward a répliqué qu'il avait vu dans les journaux des récits de ce qui s'était passé à la Nouvelle-Orléans, mais qu'il n'avait encore rien reçu d'officiel soit du représentant d'aucun gouvernement, soit du département de la guerre; il a ajouté qu'il n'hésiterait pas à intervenuimmédiatement dans cette affaire.

La veille, après une courte conversation avec lord Lyons, où pour la première fois son attention avait etc appelée sur ce sujet, M. Seward avait obtenu du secrétaire de la guerre l'envoi d'ordres au major Butler, lui enjoiïinant de s'abstenir, à l'égard de tout consul ou sujet d'une puissance étrangère, de tout acte de sévente et de toute mesure de rigueur d»nt la stricte application put être contestée en droit; ces ordres étaient déjà transmis. Aujourd'hui on a décidé de remettre le gouvernement civil de la iNouvelle-Orléans à un gouverneur militaire provisoire, qui se rendrait le plus rapidement possible a la Nouvelle-Orléans pour y relever le général Butler de l'administration civile.

M. Seward dit qu'il a déjà désigné un délègue du secrétariat d'Etat, distingué par son intelligence et son caractère, pour se rendre aussi promptement que possible a la Nouvelle-Orléans, y procéd.^r à une enquête et à l'instruction des faits qui, sous l'administration du gênerai Butler, ont donné lieu à des plaintes de violation des droits, privilèges et immunités consulaires; remédier a toute violation de cette nature qu'il s'assurerait avoir positivement eu lieu, en fournissant réparation entière, et en tout autre cas en référer pleinement au secrétaire d'Etat pour sa décision.

Le Minhtre des Affaires étrangères au Ministre de France à Washington.

Paris, le 19 juin 1802.

Monsieur, j'ai vu avec plaisir l'accueil fait par M. Seward à vos démarches concernant Fattitude prise, à la Nouvelle-Orléans, par le général Butler. Le mémorandum que vous a remis M. le secrétaire d'Etat de l'Union, et que M. Dayton a été aussi chargé de me communiquer, ne nous laisse pas de doute sur la nature des instructions qu'aura emportées le commissaire spécial envoyé à la Nouvelle-Orléans. Nous espérons que l'attitude et les procédés de M. Reverdy Johnson permettront d'oublier ceux du général Butler, et qu'aucune atteinte aux privilèges de notre agent ou à la sécurité de nos nationaux ne provoquera les conflits fâcheux qui ont été sur le point de surgir. Je veux croire aussi qu'il ne sera donné aucune suite, le cas échéant, aux ordres émanés du général Butler, à l'effet de ne laisser remonter au delà des forts que les bâtiments de' guerre ou bâtiments de transport de l'Union. L'assistance que M. le commandant du Milan a pu si opportunément prêter à ]\L Méjau n'a que trop constaté de quelle utilité était, dans les circonstances actuelles, pour la protection de notre consulat et de nos nationaux, la présence d'un de nos navires de guerre devant la ville même de la Nouvelle-Orléans.

Thodvenel.

Le Ministre des Affaires éramjère^ nu Ministre de France à Washington.

Paris, le 17 juillet 18G2.

Monsieur, il serait exlnMiiement regrettable que le Gouvernement fi^'jéral envisageât aujourd'hui autrement qu'il n'avait semblé le faire d'abord les actes du général Butler, et que l'envoi de M. Reverdi Johnson à la Nouvelle-Orléans n'eût pas les conséquences que nous attendions. Je ne puis supposer que le Cabinet de Washington se refuse à reconnaître combien sont justes et naturelles les observations que vous lui avez déjà adressées au sujet de la situation que l'administration du général Butler tendait à faire à nos nationaux comme aux autres résidants étrangers, il ne s'agit pas, en réalité, de les traiter en privilégiés, mais seulement de tenir équitablement compte de la différence des positions. Nous n'entendons pas certainement examiner si le Gouvernement fédéral a tort ou raison de soumettre les populations qu'il ramène sous son autorité à des impositions de guerre ou à des amendes, dans le but de les punir de leur attitude antérieure ; ce que nous nous bornons à demander, c'est que ces mesures de repré.sailles n'atteignent pas nos nationaux, qui ne sont armés que pour le maintien de l'ordre public, et qui sont en réalité demeurés assez étrangers aux événements politiques qui se produisaient autour d'eux pour qu'on leur en ait même témoigné un certain ressentiment. C'est donc à bon droit que vous avez réclamé et que ^ou3 devez continuer aie faire, au besoin, contre des mesures semblables à celle, par exemple, qui voulait obliger certains détaillants français ayant déjà payé à l'État de la Louisiane la patente fixée par la loi du pays , à en acquitter une seconde fois le montant.

J'attends vos informations subséquentes pour mieux apprécier Tinfluence que les dernières opérations militaires auront pu exercer sur la situation générale, et en particulier sur la question du coton.

Thouvenel.

TENTATIVES DE MEDIATION.

Le Ministre des Affaires étra/ujères au Ministre de France à Washington.

Paris, le 23 juillet 18G2.

Monsieur, nous suivons avec un intérêt plus pénible chaque jour le développement d'une situation dont la durée dément les espérances exprimées tant de fois à Washington. Il faudrait, en etTet, que nous eussions oublié les événements qui, à un moment solennel de Thistoire des Etats-Unis, ont intimement lié ce pays à la France, et les sympathies traditionnelles qui en ont été la suite, pour n'être pas bien sincèrement affectés d'une lutte dont le résultat, jusqu'ici, a été la destruction d'incalculables richesses et une effroyable et toujours croissante effusion de sang. On n'en est plus, aujourd'hui, à prédire les désastres que la guerre civile devait amener aux Etats-Unis. Le mal qu'elle a déjà fait a dépassé les prévisions, et il serait impossible de dire si la prolongation du conflit ne nous réserve pas le spectacle d'un acharnement plus grand encore, d'une atteinte plus profonde aux forces vitales de ce grand pays, dont la prospérité faisait, il y a si peu de temps, l'étonnement du monde entier.

Tant do sang répaiulii, tant de ruines accumulées depuis plus d'une année, n'ont abouti qu'à multiplier les souflVances des populations américaines et à aggraver les dommages qui devaient être, pour TEurope, la conséquence de ces événements. Il ne s'agit plus, à cet égard, de conjectures dont on pouvait se refuser à admettre Texactitude : les faits parlent et ne témoignent que trop éloquemment de l'étendue des intérêts qu'a frappés du même coup, sur les deux continents, la crise américaine. En ce qui nous concerne, toutes nos appréhensions se sont vérifiées, et des sollicitations, que justifient de trop réelles soulfrances, ne cessent de réclamer du Gouvernement de l'Empereur un remède à ce triste état de choses. Vous avez vu cependant, Monsieur, que, fidèles à nos premières déclarations, nous nous sommes défendus de toute impression qui aurait pu nous amener à modifier notre ligne de conduite vis-à-vis des Etats- Unis. iNous avons persisté à nous maintenir dans la plus stricte neutralité, en écartant toutes les considérations qui auraient tendu à nous la faire abandonner.

Cette attitude d'abstention ne doit pas néanmoins faire perdre de vue au Gouvernement fédéral le fond de la situation, au moment surtout où vient d'être adoptée une mesure aussi grave que la transformation du rigoureux tarif qui était déjà en vigueur en un tarif plus prohibitif encore et qui équivaut presque à la fermetm^e du marché des Etats-Unis. 11 est impossible de se dissimuler qu'aucun Gouvernement ne saurait demeurer sourd indéliniment aux plaintes qui s'élèvent autour de lui, quand elles sont l'écho du sentiment général du pays.

TlIOLVENEL.

Le Ministre des Affaires étrangères au Ministre de I^rancc à Washington.

Paris, le 18 septembre 1862.

Monsieur, les derniers engagements qui ont eu lieu entre les troupes fédérales et les forces du Sud n'ont a que rendre plus sensible à nos yeux l'urgence d'une so-

ution qu. arrêtât l'effusion du sang, et mit enBn un terme à 1 une des lu tes les plus désastreuses qui se soient reTcon rees dans l'histoire d'un grand peuple. Cette solution quelle quelle soit, n'est possible, nous le savons, qu s'i 1 opinion publique aux Etats-Unis se montre prête à en courageret a soutenir tous ceux qui s'efforceront de la préparer et qui s'emploieront ouvertement à en rechei'! cher les conditions. Mais n'est-il pas permis de croire qL le doute s'est déjà fait dans beaucoup d'esprits su l'effi! çacite des moyens actuellement mis en usage pour amener la bn de la crise? n'est-on pas autorisé à conclure de certains symptômes que la continuation de hlut e ne repond plus a un besoin bien général dans le pavs et que, des lors, chaque jour va rendre plus d fffci es e pl s pénibles les nouveaux sacrieces qu'l lui imposera S 11 en est ainsi, comme nous le supposons, nous avons 1 espoir que a conviction qui commence à Mgner les esp.-.ts en s'affirmant pins hautement et plu^s cou ageu . ment, hâtera le moment où une intervention a4 t officieuse pourra peut-être, sans exciter d'ombrac^e s'offrir avec opportunité pour aider au rétablissement'de la paix en Amérique. C'est donc à recueillir tous les indices qu. peuvent éclairer, à cet égard, le Gouvernement de

Empereur, que je vous engage, Monsieur, à consa rer tous vos soins et toute votre attention.

TaOUVENEL.

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