‹ la guerre d'escadreChapitre 10 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE. — NAVIRES MIXTES A TOURELLES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — NAVIRES MIXTES A TOURELLES

Preusien, Independenvla.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit dans une étude précédente sur le principe même des tourelles, et en particulier sur la coexistence sur un même navire de tourelles et d'une mâture complète : aucun fait récent n'est venu modifier notre opinion sur ce sujet; nous passerons seulement en revue les quelques navires nouveaux construits dans ce système.

Fribdrich dbr Grosse, Grosser Kurf'ôrst^ Preussen. — Lorsque la marine allemande s'est décidée, en 1871, à construire des navires à tourelles, elle s'est contentée d'adopter le type existant alors du Monarch^ en diminuant un peu ses dimensions. On conservait toujours deux tourelles, armées chacune de deux canons de 26 centimètres, correspondant aux pièces de 10 pouces (2S4 millim. ) de leur devancier anglais; mais, comme sur celui-ci, en raison même de l'existence de la mâture (et quelles que fussent les bonnes dispositions prises pour assurer le tir des tourelles, en reportant les embarcations sur le pont supérieur et faisant aboutir sur ce même pont tout le gréement fixe), il restait toujours un angle mort assez considérable dans l'axe

même du navire, et, pour assurer le tir dans ces deux directions, en chasse et en retraite directe, il fallut encore avoir recours à deux canons de 17 centimètres, placés, Tun sous la teugue, l'autre à Tarrière de la batterie, sans aucune protection [fig. il )• D*autre part, le réduit, dont la longueur est extrêmement

Pif. il. — FBBVSSBN.

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PIab d« gaillards.

faible^ ne renferme que les pieds des tourelles et la cheminée, et n*abrite que les chaudières. Quant au reste de la cale, malgré le peu de hauteur de la ceinture cuirassée au-dessus de Teau, il n*e8t protégé que par un pont assez faiblement blindé ; la protection des parties inférieures ne paraît d'ailleurs assurée, en

dehors de la ceinture proprement dite, que par un emploi judicieux et très-développé des soutes à charbon, comme moyens défensifs.

La cuirasse de flottaison est de 235 millimètres au maximum, mais cette épaisseur diminue rapidement jusqu'à 183 millimètres au can inférieur au milieu et 105 millimètres à la flottaison aux extrémités. Quant au réduit, les plaques n'ont que 208 millimètres sur les côtés, 131 millimètres sur les cloisons transversales avant et arrière; enfin, aux tourelles, l'épaisseur de 210 millimètres s'élève à 262 millimètres autour des sabords.

Ces navires, qui doivent atteindre 14 nœuds^ grâce à une machine de 5400 chevaux (1), auront une mâture complète de frégate. ^

Avec un déplacement de 6700 tonneaux environ , on ne parvient pas, dans ce cas, à réunir plus de quatre pièces de 27 centimètres, et une cuirasse de 235 millimètres au maximum; il y a loin de là, comme on le voit, aux cuirassés type AtulaciotiSj où, pour un déplacement inférieur (6200 tonneaux), on réunit, avec une vitesse supérieure et une distance franchissable plus grande, 10 canons de 23 centimètres, l'infériorité n'existant qu'au point de vue du cuira^eqaent ; les plaques les plus épaisses des frégates type Audacious n'ont, en effet, que 203 millimètres.

Indbpbndbnziâ. — Si le Preussen et ses congénères sont des Jonarch un peu' réduits, le cuirassé brésilien Vlndependenzia^

(1) Il résulterait de ces chiffres un coefficient d'utib'sation de 3,76 environ.

au contraire, est un Monarch agrandi, dont le déplacement a été porté de 8450 tonneaux à 9370 tonneaux ; on a augmenté, grâce à cela, répaisseur du cuirassement et Tartillerie ; mais on a réduit la hauteur du franc- bord du réduit cuirassé de 4*, 27 à 3",35. Il en résulte pour le coefficient de sécurité une réduction assez notable ; mais cette question présente peut-être moins d*importance pour des navires dont on considère la ceinture comme relativement impénétrable aux projectiles ennemis.

Les tourelles renferment chacune deux canons Whitworth de 36 tonneaux ; mais , quoique toutes les manœuvres aient été amenées sur un pont-passerelle régnant à 2",30 environ audessus du pont principal, il reste toujours, comme sur l^Mùnarch^ un angle mort assez considérable de 20* environ à Tavant et à rarrière. Pour Tarrière, on n*a cherché aucun remède, on a abandonné complètement le tir en retraite ; pour Tavant, on s'est contenté d'établir une sorte de réduit demi-circulaire, formant teugue et protégeant deux canons Whitworth de 17 centimètres.

Les canons des tourelles sont manœuvres, comme sur le Thunr derer et le SolimoëSy au moyen d'appareils hydrauliques.

La ceinture cuirassée a seulement une hauteur de 2",97, dont 1*,68 au-dessous de la flottaison; l'épaisseur maximum parait être de 305 millimètres, mais avec de très-fortes réductions dans les deux sens, verticalement et horizontalement. Au réduit, 1 épaisseur de la cuirasse est de 254 millimètres à la partie inférieure, 229 millimètres à la partie supérieure. Enfin, les tourelles sont protégées par des plaques de 305 millimètres.

Quant à la protection horizontale, le pont en dehors du réduit est blindé à 51 millimètres.

Ce navire est recouvert d'un doublage en laiton sur bordé en teak; construit dans le bracket System^ il a donné, comme on le sait, l'exemple le plus frappant de la fragilité de dispositions qui, pour rappeler l'expression très-précise d'un ingénieur français, ne s'entrecoupent que pour mieux se découper. Lors de son lancement, V Independenzia^ arrêtée sur son avant-cale,, se brisa; il fallut reconstruire presque toute la partie milieu.

Avec une machine de 8S00 chevaux, ce navire doit atteindre i4",5 ; en outre, une voilure égale en surface à 16,2 fois celle du maitre-couple lui assure d'assez bonnes qualités de croisière.

Malgré ces avantages, ce cuirassé, qui réunit, à tous les défauts communs à cette classe de navires, celui d'un très-faible coefficient de sécurité, ne parait pas de nature à être imité. C'est un navire à classer auprès des Captam, des Monarch^ des Preussen; le nombre n'en est pas grand d'ailleurs^ car, en dehors des six que nous venons de citer, nous croyons qu'on ne pourrait guère en compter d'autres dans les différentes marines. Nous ne rangeons pas, en effet, dans cette catégorie, VAjax et VAgamemnoHj dont nous aurons plus loin l'occasion de parler, car il parait très-probable qu'ils ne porteront qu'une voilure de fortune.

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