GARDE-COTES ET CUIRASSÉS DE RIVIÈRE
Ginto cJtct El Plêié. — Nooietvi mooiton américûiis. — /«vtfry et SoUmoëi, — Batteries dfcabim russes Nowgorod, Viee-Admiral Popof* — Canomiièrei aUemandes du Rhin. — CaBonières turques et espagnoles.
Parmi les garde-côtes construits dans ces dernières années, on ne peut guère citer que quelques navires dans le type Maniior et les batteries circulaires russes, sur lesquelles l'attention a été appelée de nouveau tout récemment par des publications auxquelles le nom de leur auteur a fait attacher à juste titre une importance considérable.
Les monitors sont de deux systèmes : les uns, tels que Los Andes et ElPiata^ à une seule tour^ construits par M. Laird pour la République Argentine, reproduisent presque exactement le type adopté par ce constructeur pour les garde-côtes hollandais Krokodill^ etc. Si le réduit que Ton retrouve sur les navires de la classe précédente, sur les garde-côtes du type Glation ou sur
nos garde-côtes français, a disparu, il est remplacé dans une certaine mesure par un entourage cuirassé protégeant le pied de la tourelle. Dans le second système, au contraire, celui des monitors à deux tourelles, construits soit en France pour le gouvernement brésilien, soit aux États-Unis, on a conservé, tout en améliorant la manière dont on Ta réalisé, le principe même des premiers monitors ; la ceinture autour de la tourelle sur ces navires, si elle est conservée, n*a qu'une hauteur insignifiante.
Monitors à une tourelle, type El Plata.— Ces petits navires, destinés plutôt à la navigation sur les fleuves qu'à la guerre des côtes, n'ont que Si^jSB de longueur; ils portent dans une tourelle mobile deux canons de 23 centimètres (12 tonneaux 1/2), tirant en chasse et par le travers, mais ne pouvant tirer en retraite directe, en raison de la superstructure. Ils sont cuirassés de bout en bout à la flottaison avec des plaques qui, tout en présentant dans la partie milieu une épaisseur de 1S2 millimètres, n'ont plus que H 2 millimètres aux extrémités. Quant à leurs ponts, ils ne sont protégés que par une tôle de 2S millimètres, formant plafond au-dessus des barrots et recouverte d'un bordé de 8 centimètres de teak. Ce ne sont donc, au point de vue défensif, que des navires comparables à ceux qui opèrent actuellement sur les principaux fleuves du monde; on ne peut les classer parmi les garde-cùtes proprement dits, munis, pour combattre les fortifications fixes, de plaques de 300 millimètres et au delà.
La tourelle, cuirassée à 203 millimètres (254 millimètres
autour des sabords), est entourée d'une ceinture circulaire haute de 61 centimètres et protégée par des plaques de 178 millimètres; grâce à cette disposition, on a pu réduire la hauteur de la tourelle elle-même ; Tespace entre la tourelle et son entourage n'est que de 13 centimètres.
Ces petits navires atteindront une vitesse de 9 nœuds environ.
Honitors à deux tourelles, types Monadnock et Cowssus. — Tout le monde se souvient des anciens monitors Miantonomoah et Monadnock qui^ en J866, ont fait la traversée, Tun des États- Unis en Europe, l'autre de Philadelphie à San-Francisco par le détroit de Magellan. Ces navire», construits en bois très-rapidement, avec des approvisionnements réunis au milieu des préoccupations de la guerre de la sécession, se sont trouvés bientôt dans un état de pourriture tel, qu'il a fallu les démolir et leur substituer d'autres garde-côtes, auxquels on s'est proposé, du moins pour la plupart, de conserver les machines de leurs prédécesseurs^ dont ils ont d'ailleurs gardé les noms.
Ces nouveaux monitors ont été construits en fer; on a augmenté le déplacement de 500 tonneaux environ, consacrés presque uniquement, avec l'économie réalisée sur le poids de coque, à l'accroissement de la puissance défensive. La cuirasse des flancs a maintenant 202 millimètres en deux plaques égales ; la tour, protégée par neuf tôles superposées formant une épaisseur totale de 305 millimètres, est, en outre, garantie à sa base par une couronne circulaire de 30 centimètres seulement de hauteur et de 127 millimètres d'épaisseur. Quant au pont, sa protection est très-réelle, relativement du moins aux autres
monitors; le blindage est de 51 millimètres en deux tôles reposant directement sur les barrots. Pour accroître le déplacement, on a augmenté le tirant d'eau de SS centimètres, en réduisant la longueur de 3 mètres environ et la largeur maximum de 50 centimètres ; mais il faut remarquer qu'il n'y a plus aucune saillie de la cuirasse latérale sur la muraille , qu'il résulte, par suite, en réalité, sur la carène elle-même, une augmentation de largeur de 1",50.
L'artillerie a été conservée telle qu'elle était autrefois : quatre canons lisses de 38 centimètres. Quant à la vitesse, on désirerait beaucoup Taccrottre dans une notable proportion, la mettre en rapport avec celle des navires cuirassés des autres marines; mais c'est là une dépense à laquelle le gouvernement américain ne paraît pas vouloir se résoudre; cependant on construira, dit-on, une machine neuve pour l'un des quatre navires actuellement en construction (1); cette machine, du système Gompound, serait de la force de 2500 chevaux (pour les deux appareils) et actionnerait deux hélices.
Quant aux quatre monitors type Colossus^ aucun n'a été achevé (2), et l'on va les démolir sur chantier pour les remplacer par d'autres navires, en fer cette fois, plus puissants comme armement et comme protection, mais d'un déplacement considérable, de 9000 tonneaux environ, comparables, par suite, aux plus grands cuirassés européens ; il est probable qu'on profitera
(1) Ces monitors sont en construction dans les chantiers de l'indnstrie priyée : le nouveau Uonaânoek, à Greenpoint (New-York) ; il sera expédié en pièces à San*Francisco pour y être remonté et recevoir sa machine.
(2) Un d*entre eux même n*a pas été commencé, de sorte qu'il n*y a plus en réalité sur la liste de la flotte américaine que trois navires de ce type.
de ce chan^ment pour en faire des navires plus marins que ceux du type Monitor.
Tjrpe SouMo'És et Javàby. — Ces navires, construits en France par la Compagnie des forges et chantiers, représentent le type
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Di^NMitton d« rArtiUorie.
le plus perfectionné du monitor sans réduit, à faible tirant d'eau, fortement armé, protégé d'une manière très-efQcace, mais doué d*une vitesse restreinte. Très-larges par rapport à la longueur, ils sont doués de facultés évolutives remarquables, et ils sont appelés à rendre de très-réels services là où ils doivent être
employés, dans les grands fleuves de rAmérique du Sud ; ils ne méritent donc que d'une manière trèsrdiscutable le nom de garde-côtes; ce sont d'immenses navires de rivière; ils n'ont pais de qualités nautiques, et si l^Solimoës a pu traverser l'Atlantique, c'est dans une saison très- favorable; le Javary n'a pas encore pu rejoindre son similaire dans les eaux brésiliennes.
Ces monitors [fig. 24), d'un déplacement de 3700 tonneaux, portent dans deux tourelles mobiles quatre canons Whitworth de 25 centimètres (22 tonneaux), établis sur affûts hydrauliques Armstrong; ces tourelles, reposant directement sur le pont, où elles ne pénètrent que de 5 centimètres, sont garanties à leur base par un glacis auquel on parait attacher une importance peu justifiée, pensons-nous. Il est certain qu'un projectile éclatant à sa rencontre avec le pied d'une tourelle briserait bientôt les plaques de tôle qui défendent le joint avec le pont contre l'introduction de l'eau, et en produisant un coincement empêcherait le mouvement de rotation; c'est là, d ailleurs, une remarque déjà faite et sur laquelle il n'est pas nécessaire d'insister. Audessus des tourelles se trouve un pont de manœuvre communiquant avec l'intérieur du navire par des tambours non cuirassés; ce pont supérieur est armé, en vue de la défense du navire contre les embarcations et contre les torpilles, de deux canons Whitvorth de 7 centimètres (9 livres) et de deux mitrailleuses Gattling.
Pour compléter la description de la jpuissance offensive du SolimoëSy il faut ajouter qu'il est muni d'un éperon^ et que si la faible vitesse du navire n'en fait pas une arme redoutable comme bélier, il ne faut pas oublier qu'il est destiné à se me-
surer surtout avec des adversaires de rivière qui n'auront certes pas une vitesse bien différente de la sienne.
La cuirasse a 305 millimètres d'épaisseur au milieu ; mais elle décroît très-sensiblement aux extrémités, où elle n'est que de 150 millimètres ; elle ne descend qu'à 60 centimètres au-dessous de la flottaison ; le pont est protégé par trois tôles de 25 millimètres chacune : la tourelle, enfin, porte des plaques de 330 millimètres autour des sabords, mais de 280 millimètres seulement du côté opposé. Les sabords n'ont aucune fermeture pour le combat; c'est là cependant une précaution qui parait très-nécessaire, surtout pour un navire appelé à naviguer dans des fleuves, à s*approcher de leurs rives.
La vitesse a été de 11 nœuds aux essais avec une puissance développée de 1685 chevaux {Javary); il en résulte un coefficient d'utilisation M = 3,60, chiffre considérable qui prouve que, même avec un très-faible tirant d'eau et un déplacement assez élevé relativement aux dimensions principales, on peut, quand on ne s'écarte pas des formes ordinaires, réaliser des conditions satisfaisantes : c'est là un point important, car nous verrons bientôt que l'on a obtenu en Russie avec les batteries circulaires des résultats tout différents.
En un mot, le Solimoës et le Javary peuvent être considérés comme des monitors cuirassés très-réussis ; mais là s'arrête leur rôle, car comme garde-côtes il est certain qu'en dehors de la question de navigabilité résolue depuis longtemps contre ce type, la moindre dénivellation des lames ferait apparaître le can inférieur de la cuirasse et enlèverait au navire toute sa puissance défensive.
Batteries circulaires russes {Popovoka). Nojgorod. — Ces navires, dont on s*est beaucoup occupé dans ces derniers temps et qui ont pris aux yeux du public maritime une importance considérable due en partie, sans nul doute, à la situation personnelle de leur auteur, M. Tamiral Popoff, et de M. Reed, qui à plusieurs reprises en a fait le panégyrique, ont été construits dans un but différent de celui de la plupart des garde-côtes.
La nécessité de réduire autant que possible le tirant d*eau de navires appelés à4éfendre Tembouchure du Dnieper et par suite le port de Nikolajeff a conduit à rechercher la solution qui per-* mity pour protéger un volume donné, d'employer le développe-» ment minimum de ceinture cuirassée; il est clair que ceci conduit à la forme circulaire.
Dans les premiers projets de ce genre de M. Elder (1)^ on avait eu particulièrement en vue la facilité d'évolution, la possibilité de pointer rapidement avec le navire lui-même ; cette fois, on a évidemment été conduit par un désir tout autre, la réduction du tirant d*eau à un minimum. En adoptant la forme circulaire, on a obtenu,en conservant entre le poids de la cuirasse et le déplacement la même proportion que sur un navire ordinaire, la possibilité d'augmenter notablement l'épaisseur des plaques,
(1) D*après une étude publiée parle Messager de Cranstadt, l'idée des naTÎres circulaires se trouverait dans Hérodote, qui parle de barques circulaires employées en Arménie pour apporter les marchandises jusqu^à Babylone, et formées d*une ossature en bois recouverte de cuir. Outre les projets de M. Elder, on peut d'ailleurs dter, parmi les projets de navires de ce système, deux projets présentés en 1855, Tun par M. R. Mallet, l'autre par M. G. Herbert, sous-seôétaire de service des phares en Angleterre, présentant un navire de combat dans le même ordre d'idées que les feux flottants circulaires. Enfin, Samuel Baker, le grand voyageur, a présenté, paratt-il, à l'Amirauté, en 1866, un projet de navire circulaire de iOOOO tonneaux de déplacement, portant des canons de 40 tonneaux
puisque le développement de la ceinture diminue. Pour chiffrer ce résultat, comparons le Novgorod avec 3'",06 de tirant d'eau, 30",80 de diamètre, et un navire de même déplacement, de même tirant d*eau, mais ayant une longueur de 60 mètres et une largeur de 15 mètres; le développement de la ceinture cuirassée est de 100 mètres environ sur le Novgorod^ il serait de 130 mètres environ sur le navire considéré; il en résulte que, pour un même poids de ceinture cuirassée, on peut, sur la batterie circulaire, augmenter l'épaisseur dans le rapport de 13 à 10 : c'est là l'avantage le plus réel, le plus tangible de ces nouveaux navires. Examinons maintenant à quel prix il est acheté.
Nous laisserons naturellement de côté ce qui n'est pas partie inhérente du type lui-même; mais il est cependant nécessaire de rappeler ici, en peu de mots, la description du Novgorod. L'artillerie se compose de deux canons Krupp de 28 centimètres placés à une hauteur de 4",30 au-dessus de la flottaison ; ces canons sont réunis à un axe central par une sorte de couronne ; ils tirent en barbette au-dessus d'une tour protégée par des plaques de 229 millimètres .
La cuirasse de ceinture a 1",80 seulement de hauteur; elle est formée de deux plaques, l'une de 229 millimètres, l'autre de 178 millimètres d'épaisseur; le pont est protégé par trois tôles formant en tout une épaisseur de 69 millimètres.
Les emménagements in térieurs sont analogues à ceux des monitors {fig. 25 et 25 bis) ; la ventilation est excellente.
La machine, de 3000 chevaux environ, actionne six hélices ; chacune d'elles peut être mise en mouvement indépendamment.
ce qui a permis de faire tourner le navire sur place en une minute et demie; c'est là, incontestablement, un très-beau résultat, mais il n'en est plus de même quand on arrive à la question de
vitesse. Le maximum réalisé n'a pas atteint 8 nœuds; admettons pourtant ce chiffre : il en résulte un coefficient d'utilisation de 2,60 environ {!); depuis les premières batteries flottan-
(1) O'aprèi des diilfres donnés par le journal l'Enginuring, l> YBleur ducocffideal d'utilisalion ne serait miine que de 2,35.
tes (i), il serait difficile de citer un navire qui se trouve dans de
telles conditions, et, dès que Ton a cherché à affiner les formes des navires cuirassés, on a bientôt dépassé ce chiffre et atteint
Fiff. 95 Ht. — NOVGOROD, Plan da pont.