PROGRÈS COMPARATIFS DE L'OFFENSIVE ET DE LA DÉFENSIVE
Progrès de rtrtillerie. - AugmeDtition du calU>re. — Puissance et npidité du tir. — AugmeoU- Uon d'épaisseur des cuirasses. — Dâtoublemeot des plaques de cuirasse. — Importance du matelas en bots. — Emploi des armatures en fer. — Hauteur des ceintures Bliodage des ponts. — Dimensions et prii des plaques de cuirasse.
Puissance de la nouvelle artillerie. Augmentation du calibre. Précision et rapidité du tir. — Le point de départ de tout cuirassement étant la puissance de pénétration des projectiles contre lesquels doivent être protégés les navires, il importe tout d*abord de rappeler quels ont été à ce point de vue les progrès de rartillcrie dans les dernières années. Il y a 3 ans, le canon anglais de 30 centimètres et de 35 tonneaux, et ses similaires étaient les pièces les plus puissantes avec lesquelles on pût avoir à compter; la possibilité de leur emploi dans de bonnes conditionS| leur degré de résistance laissaient encore bien des doutes. Aujourd'hui il n'en est plus de même ; la fabrication des pièces pesant de 35 à iO tonneaux s'exécute facilement dans les
différents pays, et chaque marine est en possession d'une artillerie dont la puissance de pénétration est la suivante :
Poids
da
projectile.
Vitesse initiale.
Force TiTe en "nu. par c/m de circonférence
ModnU de péoétnti
Canon français de 32e" lofng. .
Canon anglais de 30«" (35Ti).
Canon Krupp de 30c»
Mais on ne s'est pas arrêté là, et le canon de 80 tonneaux est entré bientôt en ligne ; avec cette pièce (3), lançant un projectile de 662 kilos, on a atteint des vitesses initiales de 474 mètres, ce qui correspond à une puissance de pénétration de 43''^",4. —
(1) En tonneaux-mètres par centimètre de la drconférence du projectile.
(2) Module de pénétration déterminé conmie il a été indiqué dans la Marine cm-rossée^ en prenant pour unité la puissance de pénétration nécessaire au percement des plaques de la Gloire.
(3) Le canon de 80 tonneaux a d'abord été foré au calibre de 368 millimètres; dans ces conditions, avec une charge de poudre de 100 kilog. , on a lancé des projectiles de 571 et de 657 kilog. ; les vitesses initiales ont varié entre 416 et 449 mètres avec le projectile le plus lourd ; elles ont atteint 470 mètres avec le projectile le moins lourd ; les puissances de pénétration correspondantes étaient 33^" ,5, SO"^" et 37T<",4.
Depuis, on a porté le diamètre de Pâme de 368 à 381 millimètres; les nouveaux essais ont eu lieu avec des projectiles de 572 et 662 kilog. : avec le projectile léger et 100 kilog. de poudre, la vitesse a été de 461 mètres (puissance de pénétration, 36 Ta); elle a atteint le chiffre de 473 mètres (puissance de pénétration, 37^" .4) avec 104 kilog. de poudre.
Pour augmenter la puissance balistique, on a essayé l'effet produit par la présence d'une chambre à poudre permettant d'accroître la charge, et on a foré le canon à 406 millimètres sor une longueur de 92 centimètres ; les essais ont eu lieu à la Un de mai 1876. On avait adopté le projectile lé plus lourd déjà essayé, 662 kilog. ; la charge de poudre, fut portée successivement de 114 kilog. à 140 kilog.; on obtint une vitesse initiale maximum de 474 mètres, ce qui correspond à une perforation de 43Tn,4.— On élargit actuellement l'àme entière au diamètre de 406 millimètres, puis on la portera probablement à 432 millimètres. On espère employer finalement des projectiles de 818 kilog., perçant à 900 mètres une cuirasse de 68 centimètres d'é|>aisseiir.
— lit —
Ainsi, tandis qu*ayec des plaques de 330 millimètres, appuyées sur un matelas ordinaire, représentant un module de pénétration de 4 environ, on pouvait résister à bout portant aux effets des canons anglais de 33 tonneaux tirant dans les conditions les plus favorables, on est obligé actuellement de prévoir l'emploi de plaques de 80 centimètres d'épaisseur pour résister au nouvel engin de Tartillerie. La décroissance de force des projectiles à mesure qu'ils s'éloignent de la pièce n'est d'ailleurs pas trèsgrande : à 1000 mètres de distance^ la perte de vitesse est actuellement de 11 à 12 0/0 de la vitesse initiale.
Lies expériences faites à Tegel en 1868 montraient que le canon Krupp de 14 tonneaux (24 centimètres) perçait à 1000 mètres les plaques de 235 millimètres; quatre ans plus tard, en 1872, on essayait au même polygone le canon de 25 tonneaux (28 centimètres), et à 1000 mètres les plaques de 313 millimètres ne rt'*sistaient pas; aujourd'hui, après une nouvelle période, c'est le canon de 40 tonneaux (30 centimètres) qui se trouve en face des cibles, et dans les mêmes conditions des plaques de fer de 360 millimètres ne résisteraient pas (1). Voici donc le chemin parcouru : de 1839 à 1868, il fallait augmenter la cuirasse de 11 centimètres pour résister à l'artillerie; de 1868 à 1872, on t'îlait obligé d'avoir recours à un accroissement de 8 centimètres; et cette fois encore, en moins de quatre ans, c'est un nouveau
(I) Après le canon de 40 tonneaux, l'usine Knpp vient de prodnire un canon de 57T<,5, qui adonné de remarquables résultats; cette pièce est forée au calibre de 35 centimèlres; le projectile pèse 550 kilog., la charge de poudre 135 kilog. ; on dit que la vitesse à la bouche est de 500 mètres, ce qui correspondrait à une puissance de prnétration de 44T*,5. Ce projectile pourrait percer à 1800 mètres la muraille de V Inflexible (61 centimètres de fer).
sacrifice de 5 centimètres auquel il faut consentir. — Où s'arrêtera-t-on dans cette voie?
La puissance de Tartillerie s'est accrue d ailleurs dans les dernières années non-seulement par l'augmentation du poids des projectiles et des vitesses initiales, mais encore par la rapidité et la précision du tir. On avait cru pendant longtemps que les gros canons ne pourraient jamais atteindre une rapidité de pointage suffisante pour leur permettre de suivre au milieu des évolutions du combat les buts mobiles des navires ennemis ; l'emploi des appareils hydrauliques a permis de répondre victorieusement à cette difficulté. Sur le Thunderer^ il faut environ une minute pour charger la pièce ; et dans un tir à volonté sur des bouées où il n'y avait pas par conséquent à mouvoir la tourelle d'angles considérables, où il suffisait de régulariser le pointage, on a pu tirer 8 coups en 24 minutes 14 secondes (i). Comme indication de la précision du tir, nous ne pouvons mieux faire qu'en rappelant les expérienees entreprises dans l'escadre russe de la Baltique avec des cuirassés à batterie et des monitors évoluant les uns et les autres à une faible vitesse de 5 à 6 nœuds. Dans le tir contre une cible fixe de 6°',40 de hauteur et 5"",40 de largeur, les navires tournant autour de la cible à une distance de 4 encablures environ, la proportion des touchés a été de :
53 0/0 pour les frégates,
58 0/0 pour les corvettes,
51 0/0 pour les monitors.
(1) On considère^ en général, l'emploi des appareils hydrauliques comme pouvant rendre le tir trois fois plus rapide qu'avec les procédés ordinaires.
On a ensuite repris les expériences en dirigeant successive ment les navires contre la cible, ouvrant le feu à 8 encablures (6 encablures 1/2 pour les monitors), continuant jusqu'à 4 encablures (3 encablures 1/2 pour les monitors), venant alors de 8 quarts, marchant parallèlement au but sur une faible distance et s'éloignant enfin par une nouvelle conversion de 8 quarts en continuant le feu ; la proportion des touchés a été de 26 0/0 en moyenne pour les monitors (variant entre 68 0/0 et 0) et 38 0/0 pour les corvettes.
Enfin on a essayé le tir des monitors les uns contre les autres : deuxd*entre eux traînant des cibles à la remorque défilant aune distance de 2 encablures, ouvrant et cessant le feu à volonté, la proportion des touchés a été en moyenne de 64 0/0.
Certes, il est difficile de conclure de ces expériences à petite vitesse à ce qui pourrait se présenter dans un combat de grands navires d*escadre; non-seulement les conditions matérielles, mais encore les conditions morales seraient toutes différentes ; il n*en est pas moins vrai que le tir a acquis une précision sur laquelle il est indispensable de compter dans Tappréciation des cflets relatifs de Tartillerie et du blindage. Cette importance est d*autant plus grande que les expériences d*Essen montrent que la multiplicité des coups sur un étroit espace peut produire des résultats tout différents de ceux qu'on pourrait attendre des calibres employés.
Augmentation d*épais8ear des cuirasses. — Pour résister à cette puissance considérable de Tartillerie, on a, nous Favons déjà vu, augmenté le cuirassement d*une manière notable. Sur la
Dévastation anglaise, VAfexandra, le Redoutable^ les navires de la période de 1870-72, l'épaisseur est de 305 millimètres ; elle s'élève à 3S5 millimètres sur le Dreadnought eile Pierre-le- Grand, puis les nouveaux cuirassés français d'escadre atteignent 380 millimètres ; la marine italienne passe immédiatement à 5S0 millimètres sur ses cuirassés sans mâture, et enfin Vinflexible réalise le maximum avec la cuirasse de 610 millimètres en deux plaques séparées. Mais à ce sujet il est essentiel de rappeler ce que nous avons eu l'occasion d'indiquer au début de cette étude : il faudrait, pour se rendre un compte exact de la puissance défensive d*un navire cuirassé, connaître la force réelle de sa cuirasse, ce que l'on ignore presque toujours ; on indique en général l'épaisseur maximum, mais celle-ci n'existe le plus souvent que sur une partie très-réduite de la muraille ; avec les réductions dans le sens de la hauteur et dans celui de la longueur du navire, les décroissances sont rapides. Il faudrait, en admettant que les réductions soient faites d'une manière rationnelle, calculer l'épaisseur moyenne en divisant le poids de cuirasse par la surface couverte ; mais c'est là un calcul bien difficile, car si l'on connaît assez facilement le poids total affecté à la protection, il n'en est pas de même pour la distinction à faire entre la ceinture, les réduits, les tourelles ou les ponts. On peut cependant donner une idée approximative de cette différence entre la force apparente et la force réelle de la cuirasse : sur un navire tel que les nouveaux cuirassés français, qui se trouvent au poipt de vue des réductions dans des conditions beaucoup plus satisfaisantes que la plupart des autres navires, l'épaisseur maximum étant de 380 millimètres, l'épais-
seur moyenne est de 313 millimètres, soit une réduction de 18 0/0 ; il n*y a aucune exagération à supposer que dans la plupart des cas Fépaisseur moyenne n*est que les 0»70 de l'épaisseur maximum.
Dédoublement des plaques de cuirasse. — L'augmentation continue de Tépaisseur des cuirasses entraine pour les plaques des difficultés de fabrication qui ne pourront peut-être être résolues que par un dédoublement des plaques; certains ingénieurs pensent en effet que les grandes épaisseurs ne seront obtenues qu'aux dépens de la qualité du métal, mais cette opinion ne rencontre pas beaucoup de partisans, surtout en raison de l'impossibilité presque absolue d'appliquer exactement les plaques l«'s unes sur les autres ; elles sortent en effet des laminoirs dans dfs conditions telles qu'elles ne pourraient être superposées directement sans un rabotage, opération trop dispendieuse, impraticable môme pour les plaques gauches. L'interposition d'un mastic offre d'autres difficultés ; on n'en a pas trouvé jusqu'à présent qui ne se brise sous le choc du projectile, laissant la plaque sans aucun appui ; la seule solution parait être l'interposition d'un matelas en bois ; c'est ce qu'on a fait sur V Inflexible. D'autre part, en employant des plaques dédoublées, on a l'avantdge de pouvoir se servir, à égalité de poids, de plaques d'une plus grande surface, répartissant mieux les effets du choc et diminuant le développement des lignes de jonction, par suite le nombre des boulons d'attache sur les bords qui constituent autant de points faibles (i ).
(I ) Une nison assez importaDte parmi celles que Ton peut faire Taloîr en fafeur des
to
Qaels que soient d'ailleurs les avantages et les inconvénients des deux systèmes, il est incontestable que, dans la situation actuelle de l'artillerie, les cuirasses dédoublées peuvent rendre de très-réels services.Dans les combats de Tavenir^il ne faut plus guère compter sur les projectiles massifs en fer, en fonte dure ou en acier ; ce seront les obus en acier qui tôt ou tard remplaceront sans nul doute tous les autres projectiles. Or, il paraît bien difQcile de trouver un procédé de mise en feu qui permette à l'obus de traverser une muraille cuirassée d'une certaine épaisseur sans prendre feu. Avec les mécanismes percutants, la mise en feu est presque instantanée; avec les dispositifs ayant pour but de produire l'explosion par la chaleur développée pendant le travail de percement , il est bien probable qu'on cherchera toujours à régler les épaisseurs, à composer les charges d'éclatement de manière à produire l'inflammation même dans des murailles d'épaisseur moyenne (1); on préférera produire l'explosion au milieu de la cuirasse plutôt que de ne pas la produire. Si donc on cherche l'épaisseur de cuirasse strictement suffisante pour donner naissance à l'explosion, il conviendrait alors de composer la muraille de deux épaisseurs, l'une extérieure, faisant éclater le projectile, l'autre intérieure et arrêtant les éclats. Mais ce ne sont là jusqu'à présent
que des déductions très-hypothétiques et dont on ne pourra
plaques dédoublées est raugmentation notable du prix des plaques à mesure que répaisseur augmente.
(1) Cette supposition serait d*autant mieux fondée, si Ton admettait avec beaucoup d'artilleurs que TinÛammation se produit non par la chaleur développée pendant le percement, mais par le choc de la charge contre la paroi du projectile lorsque celui-ci est arrêté dans sa trajectoire.
déterminer Timportance qu'après de longues et coûteuses expériences.
Importance du matelas en bois. — Nous avons dans notre première étude signalé Timportance considérable du rôle du matelas; tous les faits constatés depuis cette époque ont confirmé cette appréciation et prouvé qu'il fallait augmenter l'épaisseur de bois à laquelle on avait cru pouvoir descendre. Le but du matelas était primitivement de mettre la carène à Tabri des réactions des chocs contre les plaques, d'offrir en outre à cellesci un appui élastique suffisant pour qu'elles puissent déployer toute leur résistance. A ce double point de vue, un matelas peu épais, de 25 centimètres par exemple, pourrait être considéré comme suffisant; des expériences assez nombreuses paraissent prouver que dans ces conditions les rivets de la muraille ne se brisent pas et que la vitesse nécessaire pour le percement du massif est au moins aussi grande que celle qui serait calculée avec les formules établies jadis à la suite d'expériences sur des cibles à matelas très-épais.
Sur V Inflexible^ on emploie des matelas de 15 centimètres (1) ;
aux forts de Portsmouth, on se contente de planches de teak
de 3 centimètres, partant de ce principe que, dès qu'on a donné au matelas une épaisseur suffisante pour l'élasticité, toute
(1) Li coinsse de ÏInflexibU se compose de deux plaques de 305 milliiiièlres, séparées roue de Faolre par un premier matelas de 275 milÛmètres, la plaqae iotérieure étant elle-néme séparée de la muraille par un matelas de i52 millimètres; on peut considérer cette dernière plaque individuellement comme traniUant seule et, par suite, comne devant résister au projectile animé de la force vive restante après la perforation de k plaqoe extérieure; on se trouve alors dans le cas d'une cible de 30 centimètres, reposant uniquement sur un matelas de 15 centimètres.
augmentation d'épaisseur entraîne un accroissement de poids qui serait mieux employé dans un accroissement de répaisseur de la cuirasse elle-même. Il pourrait donc être suffisant, au double point de vue que nous considérons actuellement, de consacrer au matelas un poids représentant cette épaisseur réduite (1), et on aurait, en outre, dans ce cas, un avantage assez vivement préconisé par les partisans des matelas peu épais et résultant du fait suivant : il paraît ressortir de certaines expériences que quelques projectiles, après avoir traversé la cuirasse, se dévient dans leur trajectoire et se glissent dans le matelas entre la plaque et la muraille; si Ton suppose, par suite, un projectile explosif venant se placer dans cette position et éclatant, la poussée de l'explosion tend à détacher la cuirasse, à désarmer la muraille. Cet inconvénient, dit-on, ne se produit pas avec un matelas peu épais, et d'ailleurs, laissant de côté le cas du projectile se déviant, si Ton considère uniquement le cas d'un projectile faisant explosion au moment où sa pointe rencontre le skin-plating , TefTet de son exjplosion sera d'autant moins grave que ce projectile sera moins enfoncé dans la muraille (2).
Toutes ces considérations présentent évidemment un grand intérêt; elles seraient parfaites pour des fortifications à terre; elles sont admissibles pour les réduits ou les tourelles. Mais il no faut pas oublier que tel n'est pas uniquement le rôle du
(1) L*iugmentation d'épaisseur du matelas entnitoe, il ne faut pas Toublier, une augmentation dans le poids du boulounage.
(i) Ces différentes considérations tendraient naturellement à faire diminuer la longueur des projectiles.
matelas pour la ceinture de flottaison, et qu'il est destiné en outre à un but plus important sans doute que la transmission des efforts et des réactions entre la plaque et la muraille : il doit obturer Touverture pratiquée dans le navire. Si Timpénétrabilitc pouvait être absolue, il faudrait la chercher par tous les moyens possibles, mais actuellement il ne peut en être ainsi, et on doit avant tout se préoccuper de rendre aussi peu désastreuses que possible les atteintes des projectiles. Or» la différence est trèssensible quand on passe d*un matelas de 65 centimètres à un matelas de 30 centimètres ; alors que dans les premiers tous les trous se referment, avec le second, au contraire, ils restent débouchés, d'où résulte la nécessité de ne pas diminuer l'épaisseur du matelas au-dessous d'une limite assez élevée.
Emploi des armatures en fer. — La difficulté d'obturation, d'ailleurs, peut tenir en assez grande partie à l'emploi dans les constructions actuelles d'armatures en fer interposées entre les virures du bordé en bois ; tantôt ce sont des stringers analogues à ceux de la première muraille Ghalmers, tôles longitudinales réunies au bordé de la carène par des cornières, arcboutant dans bien des cas la cuirasse, ce qui détruit l'effet élastique du matelas; tantôt ce sont les couples eux-mêmes du navire qui sont placés en dehors du bordé et entre lesquels on interpose les bordages de teak. Dans les deux cas, l'effet est le môme. Aux premiers essais de 1867 sur la muraille Ghalmers, on avait reconnu que les pièces de bois se courbaient ; mais Tinconvénient est plus grand encore en réalité : les armatures en fer découpent le matelas et le transforment en un simple placage ne
pouvant plus a^r par son élasticité mise en action dans toute l'étendue du massif; au contraire, en supprimant les stringers, on peut réunir ensemble les virures de bordé par des chevilles en bois et former un tout solidaire.
Si l'emploi des armatures interposées, essayé comme un progrès, doit être eu contraire considéré comme une cause d'inconvénients, il n'en est pas de même des services que peuvent rendre soit pour augmenter la résistance des massifs, soit surtout pour obvier aux dangers des explosions, les tôles intérieures de la muraille même du navire. Depuis qu'on s'est décidé à les faire en acier, on a diminué considérablement les éclats et annulé presque complètement les projections de bois.
Haatenr des eeiatnres colrassées. — Les dessins ci-joints
Fig, S«. — Caliuu lia TÈMÈRAIRB. »!. SS: — Cdriua d* F/£J(lt£-lB>CRAm
[fig. 38, 29, 30, 31, 32) représentent les principaux types de
murailles cuirassées : ils montrent en outre les dispositions
P«. ». — CiiruM 4* riSFLeXIBLM.
adoptées sur les différents navires pour consolider le matelas
au moyen de stringers ou de membrures extérieures; mais ils ne représentent que l'un des éléments de la puissance défensive du navire. Un autre élément, non moins important, est la hauteur de la ceinture cuirassée, sa position par rapport à la flottaison. Les tableaux joints à cette étude donnent ce renseignement pour la plupart des navires ; ils montrent que si la profondeur au-dessous de Feau varie dans des limites en général assez faibles, il n*en est pas de même de la hauteur au-dessus de la flottaison. Cette dernière détermine le coefficient de sécurité; elle permet de calculer le degré de flottabilité d'un navire après que,dans un combat, ses œuvres mortes légères auront été démolies par la mitraille ; le volume de la partie du navire comprise entre la flottaison et le can supérieur de la cuirasse, joint au volume des réduits fermés, correspond, en admettant l'impénétrabilité de la cuirasse, à la quantité d'eau qui peut pénétrer à l'intérieur du navire^ inondant quelques-uns de ses compartiments étanches avant que (en mer calme) le navire coule sous reflet des projectiles ennemis. Quant à la profondeur au-dessous de l'eau, elle n'est pas destinée uniquement à mettre la carène à l'abri des projectiles quand le navire se maintient horizontal ; dans ce cas, en efibt, la déperdition de puissance des boulets sous Teau est assez grande pour qu'on puisse se contenter d'une faible hauteur, hauteur qui serait invariable d'ailleurs dans ce cas pour tous les navires; mais il faut tenir compte de la dénivellation des lames, des mouvements de roulis et enfin de l'inclinaison que prend tout navire, même par calme plat, dans les mouvements de giration. En raison de la force centrifuge, le navire se met à la bande d'autant plus qu'il est moins stable,
ot certaines expériences montrent que, dans ce cas, Tangle de bande peut atteindre 10® (1)^ ce qui correspond pour un navire de 19 mètres de largeur à une dénivellation de 1",66. Il paraîtrait rationnel, par suite, de proportionner la profondeur de la ceinture cuirassée à la largeur du navire ; cependant il n'en est rien, et le tableau suivant montre quelles divergences on peut noter parmi les navires les plus récents :
Noms ProfoodêDr
detu^im. «totaednUOT
CDinstée.
ctiKAssÉs »*ucADftc. . . Téméraire i ,37
Dévastation (française) . i ,65
Âlexandra 1,68
Preussen 1,83
Gt iftAssÉs sANt BATnftE. Devastatùm (anglaise). . i ,61
InflexibU 1,83
Dandoh 1,80
criRAS5És DB STATIONS. GeneTol-Admral 1 ,22
Victorieute l^SO
CAftDB-ctof Javary 0«60
Lm Andes 0,61
Une conséquence à déduire d'ailleurs de ce fait et de la facilité avec laquelle peut découvrir dans la giration le can inférieur est qu'il convient de faire sur l'épaisseur des plaques le moins de réductions possible dans le sens de la hauteur.
Blindage des ponts. — Sur la plupart des cuirassés appartenant à la première période, on s'était peu préoccupé de mettre le navire à l'abri des feux plongeants et des feux rasants ; on se
(I) Premières expériences du Sultan et de V Invincible.
Urgesr.
Angle (to iNBde
pou lequel décoom
le caa infériear.
O'iy
li,64
contentait de disposer au-dessous des bordés en bois ordinaire des tôles de fer ou d'acier de 2 à 3 centimètres au maximum, destinées plutôt à consolider la construction^ à augmenter les liaisons longitudinales qu'à assurer au navire une puissance défensive contre les dégâts de Tartillerie. Mais peu à peu les opinions se sont modifiées à cet égard, et actuellement on juge indispensable de recouvrir les ponts d'un blindage qui atteint dans certains cas 6 et 7 centimètres.
Certaines expériences avaient indiqué que des ponts formés de deux tôles de 38 millimères reposant sur des barrots trèsespaces étaient suffisants pour résister au tir du canon de 18 tonneaux sous des angles de iO*^, mais il parait que les effets de la nouvelle artillerie sont plus considérables, et que, même là où les projectiles ne traversent pas, ils peuvent, en projetant des éclats de la charpente du pont et de son blindage, rendre inhabitables les parties inférieures du navire, paralyser les machines et les chaudières, exposer les soutes à poudre aux plus grands dangers.
La chance d'atteindre les ponts est d'autant plus grande qu'en vue de réduire la hauteur des ceintures cuirassées on a, sur un grand nombre de navires, augmenté le bouge, ce qui, dans les mouvements de roulis, offre aux projectiles des chances de rencontrer les plaques sous des incidences permettant la pénétration.
Il ne faut pas croire d'ailleurs que la constitution des ponts cuirassés puisse être différente de celle des murailles ordinaires ; là encore le matelas joue un rôle notable, et l'élasticité du massif doit entrer pour une part considérable dans l'utilisation
du poids aifecté à la protection horizontale. Cette remarque est importante si Ton considère que sur un certain nombre de navires les plaques reposent directement sur les barrots, et que s'il existe un bordé en bois, ce bordé est simplement superposé aux plaques et destiné à faciliter la circulation sur le pont; mieux vaut dans ce cas l'emploi de nattes en filin ou de feuilles de caoutchouc découpé, comme sur certains navires russes. On a essayé de recourir à l'emploi de tôles striées, mais les saillies disparaissent bientôt, et le pont devient beaucoup trop glissant.
Dimensions et prix des plaques de cuirasse. — Pour compléter ces notes sur les massifs cuirassés, il peut être intéressant d'indiquer les conditions de dimensions, de poids et de prix dans lesquelles se fait actuellement la fabrication des plaques de cuirasse. Après avoir recherché pendant quelque temps à diminuer la largeur des plaques en augmentant la longueur, les fabricants paraissent maintenant disposés à revenir sur cette tendance et à rt'clamer des longueurs modérées en élargissant les virures ; d ailleurs, le poids maximum des plaques n'est pas limité seulement par la puissance de fabrication des usines, mais encore par les moyens d'action dont on dispose dans les ports pour la mise en place des plaques de cuirasse. Il devient extrêmement difficile de manier^ dans les bassins où s'exécutent les opérations d armement, des poids de 20 à 30000 kilogrammes, de les appliquer exactement sur la partie de la muraille qu'ils doivent recouvrir ; c'est à ce dernier chiffre actuellement que sont limités les poids unitaires des plaques de cuirasse. Quant aux dimensions, dans les récents marchés passés en France, on s'est arrêté
avec des poids de 25 tonneaux environ à des longueurs de 6">,50 au maximum et des largeurs de i",40 (1).
Les prix ont naturellement augmenté avec les difficultés de fabrication; alors qu'en 1873 les plaques Au Richelieu coûtaient i09 fr. 10 les 100 kilogrammes (2), celles du Tonnerre j commandées en 1874 et d'une épaisseur de 30 à 33 centimètres, ont été adjugées à 118 fr. 95, et celles An Redoutable^ de 24 à 30 centimètres, en 1875, à 123 fr. 20. Il est vrai qu'outre l'augmentation moyenne dans les épaisseurs, il faut tenir compte de ce fait que les dernières plaques commandées ont des épaisseurs variables, ce qui accroît beaucoup les difficultés de fabrication • Il résulte de cette situation un nouvel accroissement probable dans le prix des navires par tonneau de déplacement et par suite une raison à ajouter à tant d'autres pour maintenir les déplacements dans des limites modérées.
(t) Pour les plaques de grande épaisseur, 350 millimètres.
(â) Déduction fiiite de la retenue de 3 p. 100 pour les invalides de la marine.