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navires capturés, » ainsi que l'artillerie, marchandises, pierreries, matières d'or et d'argent et autres effets qui pourront se trouver à bord, appartiendront en totalité aux individus composant les équipages preneurs suivant le
décret du 6 février dernier{(1).»
Il arriva que les matelots, séduits par les aventures lucratives que leur faisaient entrevoir les armateurs, s'embarquèrent en foule sur les corsaires, et la Convention, qui s'efforçait de réorganiser sa flotte militaire, se trouva
arrêtée par le manque de marins.
Aussitôt elle suspend les armements en course afin de remplir les cadres de sa marine. Le 22 juin 1793 elle décrète (2): « Il sera mis à l'instant du présent décret un embargo dans tous les ports, sur tous les corsaires et sur | les bâtiments de commerce, jusqu'à ce que les armements des vaisseaux de la république soient complétés. » Quatre mois plus tard, elle réquisitionne tous les bâtiments de commerce des ports de l'Océan ; ceux que le ministre de la marine aura choisis seront estimés et pris à titre d’affrètement pour le service de la république ; il sera payé par an, pour le prix du fret, dix pour cent du montant de leur estimation ; ces bâtiments seront armés aux frais de la république qui les rendra dans l’état où elle les aura pris !3).
Mais la Convention reconnait bientôt qu'on n’improvise point ainsi une marine militaire et que la lutte contre les escadres anglaises lui est impossible. De nouveau elle
(1) Loi du 15 vendémiaire 1793, tit. 1, Duvergier, t. y. (2) Duvergier, t. v.
(3) Décret du 4 octobre 1793, Duvergier, t. v.
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tourne tous ses efforts vers la course. Le 23 thermidor an III elle décrète :
« La commission de la marine et des colonies est autorisée à délivrer aux armateurs des lettres de marque, signées par cinq des membres composant le comité de salut public et contresignées par la commission de la marine.
» .. Les armateurs jouiront du bénéfice de la loi du 31 janvier 1793, qui permet de composer les équipages des corsaires du sixième des marins classés (1). »
Dès lors, pendant toute la période révolutionnaire, les corsaires sont encouragés ; chaque fois que leur ardeur se ralentit, le gouvernement leur fait un nouvel appel: après la convention, c’est le Directoire par le décret du 12 ventôse an V ; puis le Consulat, par le célèbre arrêté du ? prairial an XI.
Les corsaires n'ont cependant pas besoin d’être excités : leur courage et leur audace sont les mêmes qu'au xvi° siècle. |
Les exploits de Surcouf resteront longtemps célèbres dans le golfe du Bengale, à l’île de France et à l'entrée du détroit de la Sonde. En 1799, avec un brick de quatre canons et 32 hommes d'équipage, il s'empare de trois vaisseaux anglais et du brick qui les escorte; chargeant son second de conduire la prise au port, il monte sur le brick anglais avec 22 hommes et enlève à l’abordage une corvette de 26 canons défendue par 150 matelots 2).
Un peu plus tard, c’est tout le commerce anglais en
(1) Duvergier, t. vu, p. 263.
(2) Guérin, Hist. marit. de la France, t. vr, p.118 ets.
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Amérique qui se trouve arrêté par les corsaires des Antilles. Il fallut toute la fermeté de Pitt pour résister aux alarmes des commerçants britanniques : « L’Angleterre, disait-il, serait toujours assez riche, si la France était ruinée. »
Mais la dette anglaise s’accroissait de jour en jour, elle atteignait bientôt sept milliards cent trente-huit millions. En 1796, un relevé officiel, publié par les journaux, fit cette constatation effrayante pour les négociants et les . armateurs, qu’en deux ans, du 1° février 1793 à la fin de 1795, les Français avaient capturé 2.099 navires marchands, dont 119 seulement leur avaient été repris, alors qu'ils n’en avaient perdu que 317:-et ce qui était vraiment décourageant, c'est que pluslamarine militaire de la République s'affaiblissait, plus le nombre et les succès des corsaires augmentaient : le chiffre des prises, qui en 1793 et 1794 n'avait été que de 957, s'élevait pour la seule année 1795 à 1.142 (1).
Les doléances anglaises furent plus vives encore quand, le 28 août 1796, l'amiral Richery arriva sur le grand banc de Terre-Neuve, coula quatre-vingts navires, ruina la ville de Bulls et les établissements de pêche, s'emparant de tout ce qui avait quelque valeur, et ne quitta ces parages que pour aller détruire les pêcheries anglaises de Saint- Pierre et Miquelon, capturer sur la côte du Labrador un convoi de riches pelleteries et anéantir les établissements et le fort de la baie des Châteaux. La population qui vivait du produit de la pêche, en Angleterre, fut épouvantée et,
(1) Guérin, Histoire maritime, vr, p. 18 et s., p.110 ets.
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plus que jamais, on supplia le gouvernement de faire la paix avec la France.
La haine que le gouvernement anglais portait à la République et son arrogance l’emportèrent sur les gémissements des négociants et des pêcheurs ; la guerre continua et, durant la seule année 1797, le nombre des bâtiments
pris par les corsaires français s’éleva au chiffre énorme de 949. Loin de battre continuellement la mer, ceux-ci croisaient dans un certain nombre de parages déterminés où aboutissent les routes maritimes, notamment à l’entrée dela Manche, aux environs de l'atterrissage des Sorlingues.
Les corsaires de la Révolution furent moins disciplinés encore que leurs prédécesseurs ; ils commirent mille excès. Il est vrai qu'exaspéré par l'Angleterre, le gouvernement leur donnait l'exemple de l'intolérance et de l'injustice, en édictant les mesures les plus déraisonnables.
Vers le milieu du xvin° siècle la situation des neutres s'était améliorée, on ne confisquait plus la marchandise neutre sous pavillon ennemi; cette règle, adoptée par les colonies anglaises émancipées, tendait à se généraliser. Avec les guerres de la Révolution reparut pour les neutres la sévère et vexatoire législation du xvi° siècle. La Convention, le Directoire, l'Empire violèrent successivement toutes leurs libertés et durant un quart de siècle leur situation fut vraiment intolérable.
Le 9 mai 1793, la Convention décrète que: «les bâtiments de guerre et corsaires français peuvent arrêter et amener dans les ports de la République les navires neutres qui se trouveront chargés, en tout ou en partie, soit
de comestibles appartenant à des neutres et destinés à
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des ports ennemis, soit de marchandises appartenant aux ennemis.
» Les marchandises appartenant aux ennemis seront de bonne prise et confisquées au profit des capteurs ; les comestibles appartenant à des neutres et chargés pour les ports ennemis seront payés sur le pied de leur valeur dans le lieu pour lequel ils étaient destinés (1)... »
Le 2? mars 1797, le Directoire rappelle que: « les bâtiments de guerre et corsaires français peuvent arrêter et amener dans les ports de la République les navires neutres qui se trouveront chargés en tout ou en partie de marchandises appartenant aux ennemis (2). »
En présence de ces mesures prises à une époque où une guerre cruelle et interminable irritait les populations, où toutes les passions étaient déchainées et où les citoyens, par fanatisme et par crainte, étaient portés à exagérer les ordres qu’ils recevaient, on comprendra aisément que la situation des neutres ait été vraiment intolérable.
Sous l'Empire, les derniers vestiges du droit des gens s'évanouissent. Napoléon est en guerre avec l'Europe et ne s'inquiète pas des neutres. L’Angleterre ne leur recon-
nait aucun droit qui puisse entraver ses combinaisons : une ordonnance du cabinet de Saint-James déclare de
(1) Duvergier, t. v, p. 344.
Les droits des neutres étaient d’ailleurs peu respectés sur terre. Le 7 septembre 1793, la Convention décidait que : « les mesures employées contre les Espagnols seront étendues aux Anglais et, en général, contre tous étrangers avec le pays desquels la République est en guerre ; en conséquence que tous les étrangers qui sont actuellement en France seront mis en état d'arrestation et que leurs biens seront confisqués au profit de la République. » (Duvergier, t. vi, p. 187 et p. 271).
(2) Duvergier, t. 1x, p. 359.
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bonne prise tout bâtiment, à quelque nation qu'il appartienne, qui n'aurait pas touché aux ports anglais pour s’y faire approuver et y laisser par conséquent de l’argent.
Napoléon, en réponse à cette audacieuse exigence, lance le décret de Berlin qui exclut des ports de l'Europe tout navire qui aurait touché à l'Angleterre, puis celui de Milan qui déclare dénaturalisé et de bonne prise tout bâtiment qui aurait mouillé dans un port anglais et y aurait acquitté un droit.
Ce gigantesque conflit ne cesse qu’en 1815.
A l'orage qui a duré un quart de siècle succède un calme absolu : les nations ne songent plus à la guerre et il n’est question de la course que par les ruines qu'elle a amoncelées.
En 1823, Louis XVIII, ‘afin d'aider le roi Ferdinand VII à remonter sur le trône, déclare la guerre à l'Espagne et organise une expédition. Dès le début des hostilités, une circulaire de M. de Châteaubriand notifie aux puissances que le gouvernement français ne délivrera pas de lettres de marque. La France intervenait pour rétablir l’ordre et non pour nuire, il eùt été de sa part souverainement impolitique d’indisposer les Espagnols contre Ferdinand VII et ses protecteurs en leur faisant subir les horreurs et les ruines de la course.
En 1827, les Grecs se révoltent contre les Turcs afin de s'affranchir de leur domination tyrannique. L’Angleterre, la Russie et la France décident d'intervenir en leur faveur.
Cette fois encore, les corsaires sont inutiles: l'action des
trois puissances se borne à une simple intervention ; les
corsaires bouleverseraient le commerce européen et n’auraient sur l'issue du conflit aucune influence.
La guerre de Crimée est la dernière avant l'abolition deslettres de marque et lanouvellelégislation de la course. Au commencement des hostilités, le 28 mars 1854, les souverains d'Angleterre et de France publièrent, en termes identiques, la note suivante : « S. M. déclare en outre que, mue par le désir de diminuer autant que possible les maux de la guerre et d’en restreindre les opérations aux forces régulièrement organisées par l'Etat, elle n’a pas pour le moment l'intention de délivrer des lettres de marque pour autoriser les armements en course {{) ».
Le désir de diminuer les maux de la guerre était incontestable certainement chez les souverains anglais et français, mais il est permis de croire qu'il ne fut pas le seul mobile de leur décision : les flottes d'Angleterre et de France bloquaient rigoureusement tous les ports russes, ceux de la Baltique et ceux de la mer Noire; toute communication maritime était supprimée entre la Russie et les neutres, les corsaires ne pouvaient être d'aucune utilité. En renonçant à délivrer des lettres de marque, l’Angleterre et la France espéraient que la Russie s’abstiendrait elle aussi d’user d’un procédé qu’elles semblaient condamner ; elles se donnaient un certain prestige, précieux car elles attaquaient ; enfin surtout elles saisissaient avec empressement l'occasion de manifester, sans avoir à leur faire le plus léger sacrifice, de beaux sentiments de justice et d'humanité.
(1) Moniteur du 30 mars 1854.
CONCLUSION
Les corsaires avaient rendu à leur pays de grands services, principalement ceux de France qui maintinrent leur patrie, malgré ses revers, au nombre des puissances maritimes redoutables.
Nous les voyons cependant tomber dans le discrédit le plus complet et, quand sont revenus le calme et la paix, on ne parle plus d’eux que pour les supprimer.
C’est que l’on songe surtout à leurs excès, que ces excès ont été innombrables, notamment, en France, pendant la période révolutionnaire, et qu'il était presque impossible d'y remédier, en raison du caractère même des corsaires.
S'ils eussent été, en effet, des soldats et rien que des soldats, un gouvernement fort fût parvenu sans peine à les discipliner et à les surveiller efficacement. Mais, chez eux, ce n’était point le caractère militaire qui dominait.
Les corsaires, sauf quelques exceptions, étaient surtout des commerçants et, de plus, en dépit des ordonnances et des décrets, en dépit de leur éducation et de leur patriotisme, ils gardèrent des instincts de pirates qui, maitrisés
quelquefois, triomphèrent trop souvent.
EL. — Le caractère commercial de la course, telle qu’elle
était alors pratiquée, ressort de toute son histoire : le
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meilleur moyen, le seul, de l’encourager était d'augmenter ses profits.
Dans son origine, à peine organisée pour repousser les pirates, elle cherche à s'enrichir de leurs dépouilles ; utilisée par les souverains pour suppléer à une marine d'Etat, elle s'attaque de préférence au commerce et c’est alors seulement qu’elle se développe. 0
Dans l'esprit des gouvernants, la course sert non seulement à ruiner le commerce ennemi, mais aussi à enrichir le pays qui la fait.
Pour les armateurs, elle n’a d'autre utilité que de leur procurer de gros bénéfices ; elle n’est qu'une entreprise avantageuse, aussi lucrative, sinon plus, que le commerce pacifique et qui les dédommage par des prises riches et nombreuses de l'interruption des affaires.
Les armateurs ne sont point seuls à partager cette opinion ; comme eux pensent les actionnaires, les souscripteurs des bâtiments armés, les habitants de toute une ville, de toute une région, de la nation tout entière, qui ont placé leurs capitaux, rendus disponibles par la cessation du commerce, dans l’unique entreprise qui les puisse faire fructifier. L’enthousiasme que provoque la course grandit avec les profits qu’elle rapporte.
Mais ce qui est plus grave et nous intéresse davantage, c'est que l'équipage corsaire lui aussi ne voit dans la course qu’une opération lucrative. C’est le désir de s'enrichir d’une part de prise qui pousse les matelots à s'embarquer.
Quant au capitaine, s’il a l'esprit plus militaire, il n’est lui aussi qu'un commerçant ; il «commande des vaisseaux
armés tantôt en guerre, tantôt en marchandises, selon les
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différentes conjonctures »; il ne cherche qu'à gagner de l'argent. C’est par les prises qu'il est payé. C’est aux ordres d'un armateur qu’il se trouve; il a mission de ramener aux ports de riches et nombreuses cargaisons et non pas d'attaquer des vaisseaux de guerre ou de déjouer les combinaisons de l'ennemi. Les matelots refuseraient d’ailleurs de se battre pour la gloire ou pour l'honneur du pavillon ; ils se sont embarqués, poussés par l’appât du gain, et le capitaine sait qu'il n’obtiendra rien d’eux si le butin est nul, si l’on attaque un vaisseau de guerre.
Entre deux mesures, l’une favorable aux intérêts de l’'armateur, l’autre plus utile à l'État et à l'issue de la guerre, mais n'offrant qu'un bénéfice moindre, le corsaire le plus désintéressé est obligé de faire taire son patriotisme et de s'inspirer avant tout de l'intérêt de l’armateur. C’est ainsi qu’il préfère plutôt obtenir de l’ennemi une grosse rançon que de lui causer un dommage sérieux : Duguay-Trouin, à Rio-Janeiro, pouvait conquérir à la France une belle colonie, il se retire satisfait avec les quelques millions que lui fournissent les vaincus.
Colbert désire réunir en escadre volante les corsaires de Dunkerque et rendre ainsi leur action plus efficace; l’intendant de la marine lui répond : « que les armateurs et matelots se défient toujours des engagements au service de Sa Majesté, qu'ils sont trop nombreux pour s’entendre et que d'ailleurs ils n’accepteraient pas ce projet, sentant bien qu'ils n'auraient plus autant de liberté dans la course ainsi régularisée et ne pourraient plus faire d'affaires aussi fructueuses. »
C'est le même sentiment qui, quelques années plus
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tard, pousse les corsaires de Dunkerque à se plaindre à Louis XIV que les capitaines des vaisseaux de l'État les forcent de se joindre à eux pour opérer contre l'ennemi, ce qui leur fait perdre le fruit de la course; Louis XIV dut défendre à ses officiers de se faire seconder par les corsaires. :
N'ayant d'autre solde que sa part de prise, le corsaire a en outre une tendance à voir toujours et partout un ennemi déguisé sous le masque du neutre. Au plus léger soupçon, il s'empare du navire, pourquoi hésiteraitil? Sila saisie n'est pas validée, le neutre est relâché sans que l’on ait à lui payer la plus légère indemnité.
Combien de corsaires, après une mauvaise croisière, succombaient à la tentation de se dédommager sur un neutre, afin de ne pas rentrer au port les mains vides.
Ceci était de la piraterie.
LT. — Nous avons dit en effet que les corsaires d'antan étaient demeurés, malgré les lois et malgré les progrès de la civilisation, quelque peu pirates. Faut-il s’en étonner? Otez à un marin, le sentiment de l'honneur et du devoir pour y substituer la soif du gain; affaiblissez la discipline ; supprimez la hiérarchie; n'y aura-t-il pas beaucoup de chances pour que ce marin devienne un bandit et un pirate ?
Le capitaine d’un corsaire était ignorant et grossier bien souvent : les gouvernements exigeaient de lui certaines garanties, certaines connaissances ; mais les armateurs n'avaient pas toujours le moyen de choisir leurs hommes, surtout aux époques troublées comme pendant
la Révolution française. Nous avons vu d’ailleurs combien
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peu étaient respectées parfois les ordonnances et les lois relatives à la course.
L'indépendance absolue du corsaire explique également ses excès : en fait, il ne rendait compte de ses actes qu'à l’armateur ; et, de même qu'à l'amiral, il ne lui disait que ce qu'il voulait. Contrôler était impossible : le corsaire opérait seul, évitant les parages fréquentés par les escadres, se cachant pour guetter sa proie et la saisir ; la soif du gain, l'attente rendaient ses hommes impatients et cruels ; la résistance excitait leurs mauvais instincts. Le caractère du corsaire n'était pas celui d’un officier qui lutte pour la gloire et le salut de son pays et ne connaît que le devoir et la discipline ; il avait trop peu le sentiment de l'honneur et trop le désir de s'enrichir pour respecter toujours la justice et l'humanité.
Souvent d'ailleurs il ne peut contenir son équipage qui ne se compose que de forbans, plus ou moins disciplinés, selon qu'il est lui-même plus ou moins énergique et honnête. Ses matelots non seulement ont soif de butin, mais il n'a pu, en général, les recruter que parmi les gens de mer dont ne voulait pas l’amirauté : gens de sac et de corde, sans ressources parce qu’ils sont paresseux et débauchés, avides de meurtre et de pillage. « La meilleure partie de mon équipage, dit Forbin dans ses mémoires, était sur le vaisseau qui brülait, où ils pillaient de toutes mains, sans s'embarrasser du danger où ils étaient. » Les marins qui offrent le plus de garanties sont ceux du commerce, or ceux-ci ne pouvaient guère être considérés comme des modèles de discipline et de moralité, surtout quand c'était, comme à Nantes, le commerce de Guinée,
le métier de négrier, qu’ils pratiquaient en temps de paix.
Certes, tous les corsaires ne méritèrent pas ce sévère jugement, mais les plus célèbres et les plus grands, lors de leurs premières campagnes, alors en quelque sorte que
l'esprit militaire ne dominait pas encore chez eux, eurent
eux-mêmes plus d'une faute à se reprocher.
Jean Bart, avant que la guerre n'ait été déclarée à la Hollande, s'empare du Cheval-Marin; la prise est validée sur l'ordre de Louis XIV par représailles contre la Hollande ; une telle capture faite en temps de paix n’en était pas moins un acte de piraterie.
Duguay-Trouin, dans ses mémoires, raconte qu'ayant arboré le pavillon anglais pour se rapprocher de l’ennemi, il ne se fit pas faute plusieurs fois de commencer le combat sous faux pavillon au mépris des règles reconnues de tous. En 1693, il laisse volontairement piller une prise « pour récompenser son équipage de s'être montré patient et d'avoir prolongé la croisière au-delà du temps convenu ».
Forbin nous apprend également, qu'en approchant des ennemis, « il arborait leur pavillon et se coiffait de son bonnet à l'anglaise pour s’en emparer sans coup férir. »
Angenard déclare que ses matelots s'habillaient en Arabes et se peignaient la figure d’une couleur jaunâtre
pour mieux dissimuler leurs desseins.
Pendant la Révolution, les corsaires français sont moins scrupuleux encore : le plus illustre, Surcouf, agit en vrai pirate en maintes circonstances. En 1803, il se fait passer pour un pilote du Gange dans les eaux du Bengale, monte à bord du Triton, de la compagnie des Indes, et s’en
empare. Quelques années auparavant, il avait pendant