‹ La Guerre de Course Dans le Passé Dans le Présent et Dans l’AvenirChapitre 12 sur 27 · RES · texte numérisé non relu

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plusieurs mois fait la chasse aux bâtiments anglais, sans lettre de marque.

Detels actes discréditèrentla course : dédaignée, oubliée, on en vint à la condamner sans restriction et sans appel. Ecrivains et philosophes s'unirent pour faire son procès, et certaines nations, pour le plus grand avantage de leurs adversaires, renoncèrent à une arme qui, on commence seulement à le reconnaître, leur avait rendu les plus grands services et même parfois était demeurée leur unique et dernière ressource.

— Mais, ne craignons point de le répéter, pour apprécier les excès des corsaires, il faut se reporter à l'époque où ils ont été accomplis ; pour juger leurs auteurs, il faut tenir compte de leur caractère et de leur éducation, des mœurs de leur société, des circonstances et des conditions de leur existence.

Ne l’oublions point d’ailleurs, quand les corsaires sentirent que l'intérêt de leur pays leur commandait de le défendre et non plus de s'enrichir, ils firent preuve du plus grand désintéressement, et plusieurs, après avoir fait sur l'ennemi les plus riches captures et accompli les plus glorieux exploits, se trouvèrent à la fin de leur vie dans

la plus triste situation, presque dans la misère.

Les corsaires Angenard et Duüuguay-Trouin nous en donnent deux exemples frappants.

« Me voici, écrivait vers 1698 le corsaire malouin An-

genard (1), arrivé à la fin de cette guerre de vingt ans, à

(4) Manuscrit du corsaire Angenard conservé dans sa famille, à Saint-Servan,

laquelle j'ai pris une part si active et au bout de laquelle je ne rapporte chez moi pour toute fortune, titres et récompenses, qu'une tête mutilée de coups de baïonnettes, souvenirs cruels et ineffaçables, une mâchoire dégarnie de toutes ses dents du côté gauche, la jambe gauche percée d’une balle, le côté droit déchiré par un éclat de bois, l'épaule gauche fracassée par un biscaïen de 17 lignes de diamètre que je garde avec soin pour le renvoyer moimême à ceux qui l’ont fabriqué. »

Et, à la fin de sa carrière, en 1710, Duguay-Trouin luimême, malade, réduit presque au dénuement, adressait à Pontchartrain ces lignes navrantes (1) : « Nous nous voyons aujourd’hui sans bien et, quoique la plus noire envie ne puisse rien redire à ma conduite, on ne trouve guère de gens qui veuillentsuivre la conduite d’un honnête homme quand il est malheureux... J’ay honte dans le temps présent de vous représenter que,depuis plus de quatre ans que je suis capitaine de vaisseau, je n’ay pas reçu deux mois d'appointements, que la pension dont le roi m'a honoré ne m'a pas été payée. Qu'allons-nous devenir, monseigneur, après avoir tout sacrifié pour le service et pour vous plaire, si vous ne nous protégez pas ? Je vous avoue que ces tristes réflexions ne sont plus funestes que le mal

même dont je suis depuis si longtemps accablé. »

(1) Archives de la marine de Paris, 8-10, 1710.

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