‹ La guerre de l'indépendanceChapitre 11 sur 40 · L'APPEL DES « INSURGENTS · texte numérisé non relu

L'APPEL DES « INSURGENTS

L'emprunt de 100,000 livres. — On décide la levée de 30,000 combattants. — Prise du Crown-Point et du Ticonderoga. — Réunion du Congrès de Philadelphie (10 mai 1775). — George Washington nommé général en chef (15 juin 1775). — Combat de Bunker llill (17 juin 1773). — L'Angleterre envoie 28,000 marins et 55,000 soldats. — William Ilowe. — Le plan des Anglais. — Le livre de Paine.

— Le général Ilowe évacue Boston (17 mars 1776). — Montgomery et Arnold au Canada. — La déclaration d'indépendance (4 juillet 1770). — La flotte anglaise devant Charleston. — L'amiral Howe en vue de Staten-Island. — Lettre à Franklin. — Réponse. — Prise de Long-Island. — La conférence de Staten-Island-

— Itetraite de Washington à Harlem. — Défaite des Whiteplains. — Washington passe l'Hudson et se réfugie au fort de Lee. — La cause de l'Indépendance compromise. — Franklin s'embarque pour la France.

Un ancien, un sage, disait : « Pour faire la guerre, il faut trois choses, de l'argent, de l'argent et... de l'argent. » L'Assemblée provinciale du Massachusetts vota un emprunt de 100,000 livres, et garantit le papier mis en circulation par le Connecticut et le Rhode Islaiid. En outre, elle déclara que le général Gage s'était déshonoré, et qu'on ne lui devait plus l'obéissance. Le premier noyau de l'armée serait fourni, 13,600 hommes par le Massachusetts, 2,000 par le New-Hampshire, 0,000 par le Connecticut, 1,500 par le Rhode Island et fi, 900 par les autres Etats delà Nouvelle-Angleterre, de manière à compléter un contingent de 30,000 combattants.

Les règles de la stratégie, en certaines occurrences, se devinent. Le lac Champlain, dont les eaux se jettent,

par la rivière Richelieu, dans le Saint-Laurent, se relie à l'Hudson par le canal du Nord, et au lac Érié par le canal de l'Ouest. L'Hudson, c'est New-York et c'est l'Europe; le Saint-Laurent, c'est le Canada et c'est aussi l'Europe, d'où peut venir l'appui. Deux forts commandent cette position vers le sud, le Crown-Point et le Ticonderoga. Quelques volontaires, animés d'un courage plein de témérité, s'en emparèrent.

L'exploit s'accomplit le jour même où le deuxième Congrès se réunissait à Philadelphie (10 mai 1775). Franklin, récemment arrivé d'Angleterre, fut compté au nombre des délégués. Peyton Randolph, qui présidait le premier Congrès, resta président ; c'était un modéré. Nouvelle marque de déférence envers l'Angleterre. On garda comme secrétaire Charles Thomson ; mais Randolph ayant donné sa démission, Thomson le suivit dans sa retraite, et l'on choisit, à leur place, Hancock et Samuel Adams, ennemis jurés du général Gage. Après avoir ordonné les mesures que l'approche des troupes anglaises rendait indispensables, le Congrès, s'enhardissant enfin, déclara qu'on devait mettre les colonies sur la défensive.

Les soldats de Gage ne vont-ils pas porter l'incendie dans les ports du Nord ? A ceux qui redoutent un tel désastre, Gadsden pose une question : « Nos villes maritimes sont faites de bois et de briques ; si elles sont détruites, nous avons de l'argile et des forêts pour les rebâtir ; mais si les libertés de notre pays sont anéanties, où trouverons-nous des matériaux pour les reconstituer?

On lève une armée. Et pourtant, à cette heure solennelle, les délégués n'ont pas encore perdu tout espoir de conciliation. On dira que leur patience est sans bornes. On n'aura pas tort. On recommença la pétition au roi et au peuple anglais : soins inutiles.

On recrute des défenseurs. Mais quel général conduira les troupes à la victoire? Armer, équiper, instruire les volontaires; grouper des éléments disparates; imprimer aux efforts une direction unique, souveraine; centraliser les opérations sans étouffer les initiatives particulières; servir les intérêts de la patrie commune sans nuire à la liberté d'action de chacune des treize colonies, tel est le programme. Pour le remplir, on réclame un homme dont les talents militaires et les vertus privées puissent inspirer aux soldats la confiance, au pays le respect, à l'Angleterre la crainte.

Le Congrès, sur la proposition de John Adams, choisit pour général en chef de toutes les forces américaines le colonel George "Washington (15 juin 1775), aux appointements de 500 dollars par mois.

Il est des hommes qui perdent beaucoup à être vus à distance par la postérité. Ainsi Napoléon, comediante, tragediante.

Ilest d'autreshommes qui grandissent toujours. Ainsi Washington.

Le 15 juin 1775, le général en chef a un peu plus de 43 ans. (Il est né le 11 février 1732.)

Il habite Mount-Vernon, demeure princière située en Virginie, sur les bords du Potomac. Nous avons visité Mount-Vernon au mois de juillet, par un soleil brûlant.

Des bois ombreux, fort heureusement, entourentle domaine solitaire, et y conduisent.

Le tombeau du général qui va prendre, à l'époque où nous sommes arrivé, le commandement des troupes américaines, est caché par des arbres. On y arrive en gravissant la colline où est située une maison à un seul étage. En entrant par la cour, vous remarquez, dans un vaste corridor, à droite, et fixée au mur, la clef de la Bastille, présentée à Washington par Lafayettc.

Cette clef, grosse comme le doigt, est très-noire. Elle offre une poignée pleine. Au-dessous est cette inscription : « Clef de la Bastille présentée an général Washington par le général Lafayette après la destruction de cette prison en 1789. »

Adroite, après avoir traversé une petite salle à manger, on peut toucher un clavecin, présent de noces du général Washington à sa fille adoptive, Eleonor Curtis, Mme Lévis. On peut même s'asseoir sur la chaise où s'asseyait jadis la musicienne. La pièce où vous vous trouvez est haute de plafond. Cette cheminée de marbre blanc a été offerte à Washington. Les trois plaques de devant sont ornées de sujets champêtres. Sur l'une, vous distinguez un laboureur commençant sa journée. L'homme des champs arrange le collier d'un de ses chevaux. Un chien le regarde. Ai'arrière-plan, deux lièvres que le voisinage de l'ennemi ne semble pas du tout inquiéter. Sur l'autre plaque, faisant face à la première, une villageoise tire de l'eau. Près d'elle, un enfant ramasse du bois. Il en a déjà plein sa blouse. La

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plaque du milieu représente un coucher de soleil. Des moutons et un bœuf reviennent des gras pâturages. Le bœuf n'a plus qu'une corne. Le conducteur montre à une femme que la journée va finir. La femme a une outre sur la tête et tient un enfant. L'enfant a peur d'un chien qui le précède. La tète du chien manque. Le plafond est émaillé de gerbes, de faucilles et de pelles. Tables; équipements de Washington; nécessaires; encrier.

Salon de F Est. — Cheminée en bois simple; chenets; deux fenêtres; canapé. Entre les deux fenêtres, un aigle.

Salon de l'Ouest. — Il est orné de boiseries. Une marine agrémente la cheminée. Une mappemonde grosse et grasse. La couche de graisse a fait un mélimélo des mers et des continents.

Au premier, un lit long et large, muni, aux quatre coins, de quatre poteaux rejoignant le plafond. Sur les quatre poteaux, on adaptait une moustiquaire. Ici a couché le général Laîayette.

La maison est précédée d'un parc. On y montre encore des arbres plantés par Washington.

Les dépendances comprennent quatre petites maisons sans étages: la cuisine, les appartements des domestiques blancs, la resserre des bouteilles et la demeure du jardinier.

Derrière l'édifice, et au bas de la colline, coule le Potomac.

En attendant le steamboat qui doit nous reconduire à la capitale, après avoir touché à Alexandrie, nous

LES FRANÇAIS EN AMERIQUE. Oi

descendons à la cave. Nous y trouvons une caisse qui a contenu autrefois des bouteilles de Bordeaux. Il reste une bouteille vide avec son étiquette. Washington buvait-il du vin? Grave question pour les tempérants d'Amérique.

Un bruit se fait entendre; c'est un coup de canon. Un navire salue le tombeau et la demeure que nous venons de visiter. Il est rare qu'un capitaine remonte ou descende le Potomac, sans donner un témoignage de respect à George Washington, hôte disparu de Mount- Vernon.

Si nous nous reportons à l'année 1775, nous trouvons, à Mount-Vernon, un homme de haute taille, à la constitution robuste. Son œil pensif, qui ne brille d'aucune étincelle, encadre une physionomie pleine de douceur et de franchise. Accessible à tous, son attitude est digne, sans être imposante. Ennemi des flatteurs et de la vaine renommée, il semble plutôt fuir les compliments que rechercher les hommages. D'une modestie prompte à s'alarmer, il possède, en tout le reste, une égalité de caractère vraiment admirable. Il évite, en restant lui-même, les retours imprévus que l'emportement s'impose et que la sagesse accepte: Il a pris la vie par le côté pénible, et la pente naturelle des choses l'a rendu sérieux et simple. D'un jugement droit et sûr, il écoute beaucoup et parle peu. Dans l'assemblée de la Virginie, il n'a jamais fait un discours de plus de dix minutes. Et, quand il prenait jadis la parole, c'était toujours pour aborder le point capital, qu'il discernait avec une rare précision. Il se bornait, comme l'a révélé

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un contemporain, « à donner un coup d'épaule aux grandes questions, sachant bien que les petites suivraient d'elles-mêmes. » Sa tranquillité d'âme nuit peut-être chez lui à la promptitude de la résolution ; mais, quand il a pris un parti, il accepte l'action avec courage et intrépidité.

Washington, né à Bridge's Creek, Virginie, le H février 1732, descendait d'un gentilhomme anglais qui, vers 1657, était venu chercher fortune en Amérique. Il avait onze ans quand son père mourut. La famille était nombreuse : dix frères et sœurs. La veuve, illettrée, mais d'un sens droit, d'un esprit juste, inspirait ce profond respect que constituent la crainte et l'affection.

George céda de bonne heure à ses goûts militaires. A quatorze ans, il fut reçu aspirant dans la marine anglaise. Mais la marine, c'était la vie vagabonde, et c'était l'absence. La mère s'interposa. Et l'enfant, pour combler les vœux d'une sainte femme, se hâta d'acquérir les notions d'arithmétique et de géométrie indispensables à un arpenteur. Sa science ne s'étendait même pas jusqu'aux règles de la grammaire. Ce qu'il ne put apprendre à l'école, il se l'inculqua en devenant son propre maître. De seize à dix-neuf ans, l'arpenteur mena la dure existence du pionnier qui s'approprie le désert, le délimite, condamne la forêt séculaire, et, quand il a percé des routes, dit à la civilisation : Avance. Il couche rarement dans un lit. Après toute une journée de marche, harassé, fatigué, il se jette, le soir, auprès d'un grand feu, sur une botte de paille ou de foin, ou sur une peau d'ours.

A dix-neuf ans, il commença le durmétier des armes. L'Angleterre, jalouse de dominer au loin, voulait expulser la France du continent américain. La Virginie, mise en état de défense, avait été divisée en districts militaires. Le commandement de l'un de ces districts fut confié au major Washington. La guerre s'ouvrit, et le jeune officier donna souvent, aux vieux généraux, des conseils excellents. Il fut promu au grade de colonel; et, la paix signée, fit accepter sa démission pour siéger à l'assemblée de la Virginie , où il venait d'être élu. A vingt-sept ans, en quittant l'armée, il avait épousé une jeune veuve. L'amour, chez lui, s'était révélé dans une circonstance assez singulière. Un jour, le brillant colonel, suivi d'un domestique, chevauchait. Il avait traversé prosaïquement le gué de AVilliam. Un gentilhomme, M. Chamberlayne, ayant reconnu Washington, offrit au cavalier de s'arrêter sous son toit. Le colonel allégua un prétexte et voulut continuer sa route. M. Chamberlayne insista. Il parlait, d'ailleurs, de présenter le héros à une jeune veuve qu'il avait le plaisir de posséder en ce moment. Washington, pour ne pas déplaire à son aimable interlocuteur, mit pied à terre ; mais à la condition que, aussitôt après le dîner, il regagnerait "Williamsburg. Il confia sa monture aux soins de Bishop, le serviteur qui l'escortait, et entra. Une heure se passa, puis deux heures s'écoulèrent, puis trois. Bishop attendait. Le soir vint. Bishop attendait toujours. « C'est singulier, se disait le vieux soldat, c'est bien singulier; lui, l'exactitude même.» Les ombres s'épaissirent ; le froid était piquant. Lorsque Washington

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se souvint de Bishop, la nuit était trop avancée pour qu'on pût songer au départ. On était prisonnier jusqu'au lendemain. Douce servitude; car, bientôt, le colonel retourna chez M. Chamberlayne. Ce qui advint, on le devine : la jeune veuve, Mme Curtis, s'appela un jour j\p>e Washington.

À la veille d'aller prendre le commandement en chef des forces américaines, Washington écrit à sa femme : « Mon seul chagrin est de songer à l'ennui que vous éprouverez d'être laissée seule. Je vous prie donc de vous armer de tout votre courage, et de passer votre temps le plus agréablement possible... Comme la vie est toujours incertaine, je joins un testament à cette lettre. Les avantages que ces actes vous assurent, dans le cas où je viendrais à mourir, vous seront, je l'espère, agréables. «

Sa nomination lui imposait des devoirs dont l'étendue l'effrayait un peu.

Le lendemain du jour où il fut choisi par le Congrès, il se leva et dit : « Je suis vraiment touché de l'honneur qu'on m'a fait; mais j'éprouve une grande inquié tude : je crains que mes talents militaires ne répondent pas à l'importance de la mission qui m'est confiée. J'accepte, cependant, puisqu'on le désire, ce devoir difficile ; je ferai de mon mieux pour servir et soutenir une glorieuse cause. Je prie le Congrès de recevoir mon remercîment cordial pour ce beau témoignage de son approbation. Mais, s'il arrive quelque événement malheureux qui soit défavorable à ma réputation, je conjure tous les membres de cette assemblée de se souve-

nir que, aujourd'hui, je déclare, avec la plus entière sincérité, que je ne me crois pas égal au commandement dont on m'honore. Quant à la solde, je prie le Congrès de croire qu'aucune considération pécuniaire ne m'aurait fait accepter cet emploi difficile, au prix de mon bien-être et de mon bonheur domestique. Je ne veux donc point tirer un revenu de mon commandement. Je tiendrai un compte exact de mes dépenses. Je ne doute pas qu'on ne les acquitte ; c'est tout ce que je désire. »

Le lendemain, les délégués de toutes les colonies résolurent, à l'unanimité, « de soutenir, d'assister au risque de leur vie et de leur fortune le nommé George Washington, et de l'aider à défendre la cause de la liberté américaine. »

Le général désigné avait le commandement de toutes les forces actuelles ou futures des colonies unies, et plein pouvoir de faire ce qu'il croirait utile et nécessaire de tenter pour atteindre le but proposé. En outre, il avait pour mission spéciale de préserver les libertés américaines de tout détriment [that the libertics of America receiveno détriment).

. Une activité fiévreuse s'empara des colonies. On multiplia les fabriques d'armes où s'empressèrent de travailler les vieillards et les infirmes. Pour encourager la solidarité, on organisa entre toutes les colonies un service régulier des lettres, des pamphlets et des journaux, et l'on mit Franklin à la tête de l'entreprise.

Il fallait agir sur Boston. Les forces américaines, dans le Massachusetts, ne dépassaient pas 14,000 hommes!

Et quels soldats ! mal armés, ne possédant qu'un soupçon d'uniforme !

Ces bataillons peu aguerris eurent le dessous à Bunker-Hill (17 juin 1775). Qu'y a-t-il là d'étonnant? Mais être vaincu, etmontrer, parla défaite, qu'on sera un jour capable de vaincre, c'est ce que firent les Américains aux portes de Boston. Joseph Warren, président de l'Assemblée provinciale, prit un fusil. On lui recommandait de ne pas exposer sa vie. Il s'écria : « Il est doux de mourir pour son pays. »

Charlestown est unie à Boston par un pont jeté sur le Charles River. Un peu plus au nord est Bunker-Hill .

Après l'échec de Lexington, le général Gage avait menacé Charlestown d'être réduit en cendres si les Américains occupaient les hauteurs qui commandent la ville. Le moment venu d'exécuter la menace, le général Howe expédia un ordre à Clinton et à Burgoyne. Bientôt, des obus partis de Copp'sIIill allumèrent l'incendie. La batterie de Copp's Hill fut secondée dans son œuvre de destruction par les décharges du Falco?i, du Lively, du Somerset et de deux batteries flottantes.

Dans le camp des Américains, le colonel Prescott avait proposée Warren de prendre le commandement. Warren avait confessé : « Je viens comme volontaire pour m'instruire à l'école d'un soldat expérimenté. » Les Anglais, munis de leurs sacs, obligés d'escalader des murs et de franchir des haies, gravirent les hauteurs avec beaucoup de difficulté. Ils s'avançaient en tirant; mais leur feu, mal réglé, était presque inoffensif. Lorsqu'il les vit assez rapprochés, Prescott donna le si-

gnal de l'attaque, et presque tout le premier rang de l'ennemi tomba. Les assaillants, repoussés dans deux assauts, furent plus heureux dans une troisième tentative. Les Américains reculèrent ; Warren fut tué.

Lorsque Washington, en route pour le Massachusetts, apprit l'engagement de Bunker-Hill, le général demanda aussitôt :

— Comment les colons se sont-ils conduits? comment ont-ils soutenu le feu ?

On lui répondit :

— Avec beaucoup de bravoure; ce n'est qu'au troisième assaut que la redoute a été emportée.

— C'est bien, fit l'homme de guerre sans ressources, qui allait combattre une puissante nation, la liberté est sauvée.

Les Américains perdirent 145 hommes tués ou disparus, et eurent 304 blessés. Au nombre des morts était le jeune, l'éloquent Warren.

On compta 1,055 Anglais tués ou blessés.

L'Angleterre, avec solennité, annonça que les colonies seraient réduites par la force. Les pétitions émanées de Congrès illégalement réunis n'avaient pour but que de voiler les desseins ténébreux de leurs auteurs. Le Parlement écouta les plaintes de George III le 26 octobre 1775, et s'empressa de soutenir le ministère alarmé. 28,000 marins, 55,000 soldats, dont beaucoup d'Allemands (Hanovriens etHessois), bientôt compléteraient un effectif imposant. Interdiction de toute espèce de commerce avec les colonies., et menace de confisquer en pleine mer le vaisseau américain ou

la marchandise venue d'Amérique. Tout individu, cap turé sur un navire des États insurgés, serait conduit I bord d'un vaisseau royal et y servirait comme matelot On offrit le commandement des troupes anglaises ai vieux général Oglethorpe. Le fondateur de laGéorgil1 ayant affirmé qu'on ne soumettrait jamais les Améri cains par la force, on se tourna du côté de sir Williac Howe, frère de l'amiral de ce nom. ''

Le plan d'opérations adopté se résumait ainsi : Ex e puiser les Américains du Canada, où Ton avait signal :t la présence des milices, et occuper l'est ; agir dans il sud en prenant Charleston ; s'emparer de New-York1 et, par le lac Champlain, se relier au Canada.

Le Congrès colonial était séparé lorsqu'on put s'édi ° fier en Amérique sur les intentions du roi et des minis1' très (mars 177G). Le livre de Paine, le Bon sens, tiré i?1 des milliers d'exemplaires, avait soufflé sur la consti11 tution anglaise, et découvert les fissures de cet antique 1 monument. i

Le roi se soumet à la loi. Il ne gêne ni n'étouffe m passion du progrès ; mais qui rédige le Mil du Parlement, sinon le roi par son or et ses places? Un despote est moins hypocrite. Il vous bâillonne et vous muselé sans prendre un chemin de traverse.

Voilà pourquoi on ne peut rester Anglais. D'ailleurs, l'occasion est propice. Aujourd'hui, on est la jeunesse et la force. La séparation s'impose. Plus tard, il sera trop tard. En ce moment, dit Paine, « il n'est au pouvoir d'aucune puissance de subjuguer l'Amérique, si elle ne se subjugue pas elle-même par son irrésolution

LES FINANÇAIS EN AMÉRIQUE. Co

t sa timidité... L'Ancien-Monde est dans l'oppression; | liberté à été chassée de l'Asie et de l'Afrique ; l'Euope l'a traitée comme une étrangère ; l'Angleterre ellenême l'a bannie : c'est dans les États-Unis d'Amérique [u'elle a trouvé un asile. »

Le livre de Paine eût provoqué la rupture, si l'Angleerre, par ses rigueurs, ne l'avait assez justifiée. Le longrès américain, usant de représailles, délivra des sttres de marque et ouvrit les ports du continent à outes les nations. On traqua les espions anglais. On nontra aux colonies la nécessité urgente de se donner m gouvernement libre (mai 1776).

Le 7 juin, Richard Henry Lee propose que « les copnies unies forment légalement des États libres et indépendants ; qu'elles soient affranchies de toute allégeance envers la couronne anglaise, et que tout lien iolitique entre elles et la Grande-Bretagne soit brisé ; ju'on prenne immédiatement des mesures pour obtelir l'alliance des puissances étrangères, et qu'un projet [le confédération soit préparé et soumis à l'approbation les colonies respectives. »

, On discuta le lendemain. John Adams soutint Ri- :hard Henry Lee. La motion fut votée par 31 voix conre!2.

Au moment où le Congrès de Philadelphie laissait :ntrevoir une indépendance prochaine, Washington ivait obligé le général Howe à évacuer Boston (17 mars 177G).

Après la bataille de Bunker-Hill, les 14,000 hommes jui constituaient toute l'armée américaine, étaient aussi

indisciplinés que courageux . Washington régla les élans du patriotisme.

Le grand obstacle venait des enrôlements à courte durée. Au bout d'un an de service, le soldat était libéré. Il partait presque toujours. A côté de lui, le milicien regagnait ses foyers quand il désirait les revoir. Cette tolérance affaiblissait l'armée que venait déjà suffisamment compromettre le manque de poudre, de baïonnettes, et l'absence d'ingénieurs et de canonniers.

Washington obtint d'abord que la durée des engagements serait de trois ans. Il fit ensuite décider que le service militaire ne cesserait qu'avec la guerre.

Pour ne pas renouveler l'échec de Bunker-Hill, on éleva des redoutes aux approches de Boston, et la ville fut bientôt cernée. Le siège suivait ses phases lorsque le Congrès de Philadelphie apprit que l'Angleterre équipait des forces nouvelles. Washington reçut l'ordre de réduire Boston. Dans la nuit du 4 au S mars, des troupes américaines, favorisées par d'épaisses ténèbres, franchirent l'isthme de Dorchester et se retranchèrent sur les hauteurs qui dominent Boston. Le général Ilowe, surpris de tant d'audace, se retira, après avoir déclaré qu'il bombarderait la ville si l'on troublait la retraite et l'embarquement de l'armée anglaise.

Le lendemain (18 mars), Washington, à la tête d'une armée qui se disciplinait, porta aux Bostoniens le rayon bienfaisant de la patrie.

Pendant le siège de Boston, les Anglais s'étaient proposé de prendre le Canada comme base d'une nou-

velle série d'opérations. Une armée, par le lac Champlain, descendrait l'Hudson, s'emparerait de New- York, pendant qu'un corps de troupes marcherait sur les assiégeants.

Le congrès, informé, avait prévenu les desseins de l'ennemi en organisant une expédition contre le Canada. 3,000 hommes, tirés des forts de Crown Point et de Ticonderoga, gagnent, par le lac Champlain, le fort Saint-John et l'occupent après un siège (3 novembre 1775). Ils sont commandés par Montgomery. Saint- John pris, Montréal doit succomber. La ville pourtant est située sur l'autre rive du Saint-Laurent. Qu'importe? On y entre.

Sur ces entrefaites, Arnold, à la tête de 1,200 hommes? quittait le camp de Boston et se dirigeait sur Québec où il espérait joindre Montgomery. La jonction s'opéra le 1er décembre, au-dessous de Québec. On dirigea, de concert, une attaque contre la place. On fut repoussé avec de grandes pertes. Montgomery était tué. Arnold était blessé.

Le général Howe avait pris la direction d'Halifax. Nous le retrouverons bientôt à Staten-Island, près de New-York.

Le congrès de Philadelphie, après avoir admis, le 10 juin, le principe de l'indépendance, avait renvoyé au 1er juillet les résolutions à prendre. Un comité, composé de Thomas Jefferson, de John Adams, de Benjamin Franklin, de Roger Sherman et de Robert Livingtonfut chargé de préparer la déclaration d'indépendance, que Jefferson eut pour mission de rédiger.

Le 1er juillet on adopta le projet de Jefferson après une "vive discussion. On adoucit l'aigreur d'un passage reprochant aux frères d'Angleterre d'être restés « sourds à la voix de la justice et du sang », et promettant « de renier à jamais ces frères insensibles. » On retrancha tout un paragraphe condamnant la traite des noirs et l'esclavage.

Thomas Jefferson était assis à côté du docteur Franklin. Les mutilations que subissait son œuvre l'irritaient. Franklin, pour le consoler, lui dit :

« Je me suis imposé la règle d'éviter, autant que possible, les fonctions de rédacteur des papiers d'État destinés à être revus par une assemblée. Inexpérience me vient d'un incident que je vais vous raconter. Quand j'étais ouvrier imprimeur, un de mg% compagnons, apprenti chapelier, était sur le point d'ouvrir boutique. Il imagina une jolie enseigne avec une belle inscription. Il la composa ainsi : John Thompson, chapelier, fait et vend des chapeaux au comptant. Audessous était dessiné un chapeau. Les amis furent consultés. Le premier répondit : « Le mot chapelier est complètement inutile , puisqu'il est suivi de cette expression : fait des chapeaux, qui indique assez l'état de chapelier. » Le mot fut retranché. Le second objecta : « Pourquoi ne pas omettre fait? Peu importe aux clients qui fait les chapeaux, pourvu que ces chapeaux soient bons et qu'ils leur plaisent. » 11 ne resta plus que : John Thompson vend des chapeaux au comptant. Quelqu'un s'écria : Vend des chapeaux ! A quoi bon? Personne ne s'attend à ce que vous donniez votre mar-

chandise. Et un interlocuteur ayant fait remarquer que au comptant ne signifiait rien puisque tous les acheteurs s'attendaient à payer, l'inscription survécut ainsi réduite : John Thompson. Au-dessous s'étalait l'image d'un chapeau qui, fort heureusement, trouva grâce devant les censeurs. »

La déclaration d'indépendance fut signée le 4 juillet

Les représentants des treize colonies se réunirent dans la salle de gauche du State-Houseàe Philadelphie.

John Witherspoon, du New-Jersey, se leva et dit :

« 11 est, dans les choses humaines, un courant qu'il faut saisir. Nous voyons aujourd'hui ce courant devant nous. Cette noble déclaration qui vous est soumise, et qui assure l'immortalité à son auteur, doit être signée ce matin par chaque membre de l'Assemblée. Celui qui hésitera ne mérite pas le titre de citoyen. Bien que cette tête soit destinée à descendre dans la tombe, j'aimerais mieux, j'aimerais mille fois mieux qu'elle y fût jetée par la main du bourreau que de la voir trahir, en ce moment suprême, la cause sacrée de mon pays. »

John Hancock saisit la plume, signa en caractères d'un pouce, et s'écria :

« Yoilà ! John Bull peut lire mon nom sans lunettes. Et que maintenant il double le prix auquel il a mis ma tête. Tel est mon défi. »

La journée, cependant, s'écoulait, et les quakers, anxieux, prêtaient en vain l'oreille pour entendre le son d'une cloche, qui devait annoncer au monde l'avénement d'un grand peuple. Des murmures, déjà, trahis-

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saient le mécontentement. On savait bien que les auteurs de cet acte important seraient pendus en cas d'insuccès; mais les Jefferson, les Franklin, les Hancock avaient promis de ne pas reculer. Oseraient-ils manquer à leur parole ? Enfin, vers deux heures du soir s'ébranla, dans le City-hall, une cloche que nous avons pu toucher de nos mains à Philadelphie. On l'avait apportée d'Angleterre en 1732. Elle est fendue et porte une inscription en vers anglais.

M. Dickinson s'étant abstenu, tous les autres membres du congrès, au nombre de cinquante-cinq, votèrent la célèbre déclaration qui commence ainsi :

« Lorsque le cours des événements humains met un peuple dans la nécessité de briser les liens politiques qui l'attachaient à un autre peuple, et de prendre, parmi les puissances de la terre, la place séparée et le rang d'égalité auxquels il a droit en vertu des lois de la nature et de celles du Dieu de la nature, le respect qu'il doit à l'humanité exige qu'il proclame les causes qui le poussent à cette séparation... »

Le soir du 4 juillet, les comités de salut public et de surveillance se rendirent au state-house, où la déclaration d'indépendance fut lue aux bataillons de volontaires et aux habitants. Puis, aux acclamations de la foule, les emblèmes de la royauté furent arrachés des édifices publics et livrés aux flammes.

Demain, il y aura de cela un siècle ! Et les insurgés du 4 juillet ont fondé une république dont la prospérité va toujours grandissant. Ayons leur persévérance et leur sagesse ; nous aurons leur force. S'ils étaient la

jeune Amérique, ne sommes-nous pas la France nouvelle ?

Les treize États apparus le 4 juillet 1770 à la vie politique étaient le New-Hampshire , le Massachusetts, le Connectitut, le Rhode-Island, le New- York, la Pennsylvanie, le Delaware, le New-Jersey, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie.

On ne devait pas tarder à signaler les Anglais à Sandy-Hook, et Washington avait volé au secours de New-York. Le 9 juillet, il mit la déclaration d'indépendance à l'ordre du jour de l'armée, en rappelant à ses subordonnés que « la paix et le salut du pays » étaient liés au succès des opérations militaires. Le lendemain, le général écrivit au congrès : « ...J'ai eu soin de faire proclamer la déclaration en présence de l'armée ; elle a produit le meilleur effet, officiers et soldats y ont applaudi chaleureusement. »

L'enthousiasme, dans certain milieu, dégénéra .en désordre. On brisa à New-York, dans Bowling-Green, une statue en plomb du roi Georges. On jeta le métal dans le creuset, et l'on en fit des balles. Washington blâma cet acte de violence.

Le 10 juin précédent, le Bristol, éclairant la flotte anglaise, avait jeté l'ancre devant Charleston. Une attaque s'en était suivie contre la position qui commande Sullivan's Island, et la presqu'ile où est élevée la ville principale de la Caroline du Sud. Les assaillants avaient dû s'avouer vaincus, et le fort, du nom de son intrépide défenseur, s'était appelé fort Moultrie.

L'amiral Howe franchit la barre de Sandy-Hook, et arriva en vue de Staten-Island dans la soirée du 12 juillet. Il lança une proclamation où il annonçait au peuple américain ses intentions pacifiques. Et pour mieux confirmer le document, il adressa de chaudes protestations d'amitié à Franklin, qu'il avait connu en Angleterre.

Franklin, après avoir pris l'avis du congrès, répondit (31 juillet 1776 ) : « Offrir le pardon à des colonies qu'on a outragées, c'est, en vérité, montrer qu'on nous croit encore l'ignorance, la bassesse, l'insensibilité que votre aveugle et orgueilleuse nation s'est longtemps plu à nous supposer... Il est impossible que nous songions à nous soumettre à un gouvernement qui, avec la plus insigne barbarie, a, au plein cœur de l'hiver, brûlé nos villes sans défense, excité les indiens à massacrer nos paisibles fermiers, nos esclaves à assassiner leurs maîtres, et qui, en ce moment même, nous envoie des stipendiantes étrangers pour inonder de sang nos provinces... Quand il nous serait possible d'oublier et de pardonner, vous ne pourrez jamais, vous, Anglais, pardonner à un peuple que vous avez si cruellement offensé... La guerre dirigée contre nous est à la fois injuste et insensée : posterity will condemn to infamy those ivho advised it , la postérité en condamnera les instigateurs à l'infamie. »

Washington avait occupé Long-Island, Governor's- Island, Powles-Hook, fortifié Brooklyn, et concentré ses forces à la pointe de New-York. Ainsi, l'ennemi ne

pouvait remonter THudson, ni s'engager dans la rivière de l'Est, sans être sérieusement inquiété.

L'amiral lord Howe était très-désireux d'entrer en négociations avec le général en chef de l'armée américaine. Le lendemain de son arrivée à Staten Island, il remit, à un parlementaire, la proclamation au peuple d'Amérique, et une lettre à M. George Washington, esquive. Le colonel Reed répondit au messager qu'on ne connaissait, dans l'armée, aucun monsieur du nom de Washington, et l'envoyé se retira.

Le général américain, dont le titre était ainsi méconnu par lord Howe, déclara au congrès : «... J'ai cru devoir insister sur une marque de considération à laquelle je ne tiendrais pas si l'honneur du pays n'y était engagé. » Le congrès vota que Washington avait « agi avec dignité. »

Après cette tentative infructueuse, et la réponse peu encourageante de Franklin, on s'attendait à voir le général Howe prendre l'offensive. Il ne s'y décida que le 22 août. A neuf heures, on vit débarquer, au moyen de larges bateaux plats, une brigade et 40 canons. La terreur fut grande à New- York. Les habitants étaient persuadés que la retraite des troupes américaines amènerait l'incendie de la ville.

Le général Howe, d'après des documents authentiques, se présentait devant Long-Island, où se trouvaient 7 ou 8,000 Américains, avec 24,247 hommes. Washington ne se dissimulait pas le danger. Il communiqua* ses craintes au congrès, ajoutant qu'il attendait beaucoup du courage de ses soldats, et que l'en-

nemi ne parviendrait que difficilement à prendre New- York.

Le 27 août, à trois heures du matin, les Anglais attaquèrent. Les Américains se défendirent comme on Tayait prévu. Mais, enveloppés par des forces supérieures, ils durent se retirer sur le camp de Brooklyn. Washington était accouru au début de l'action. Sa présence n'avaitpas éloigné la défaite. D'ailleurs, le général fut témoin d'héroïques efforts. Ce qui ne l'empêcha pas le soir, de se désespérer. Il perdit un peu moins de mille hommes, dont la plupart furent faits prisonniers.

Les vainqueurs laissèrent sur le champ de bataille 61 morts, dont 5 officiers, et 257 blessés.

Il fallait sauver les débris d'une armée qu'on n'avait eu ni le temps ni les moyens d'organiser. La position de Brooklyn n'offrait pas un asile assez sûr. Dans la nuit du 28 au 29 août, après avoir assemblé un conseil de guerre, le général, traversant l'East-River, transporta son matériel et ses forces à New- York.

L'amiral Howe, persuadé que l'Amérique ne pouvait continuer pendant plus longtemps une résistance inutile, adressa au congrès de Philadelphie une nouvelle proposition de paix. Witherspoon la regarda comme une insulte. Un autre délégué, Rush, s'écria : « Nous avons perdu une bataille et un îlot, mais nous n'avons pas perdu un État . Pourquoi donc nous décourager ? Et pourquoi même nous attrister en cas de perte d'un État? Si nous avions un État de moins, cet Etat ne laisserait pas de menacer tous les autres de l'indépendance. »

Paroles dictées par un patriotisme que les désastres, loin de refroidir, alimentent. Le pays pensait ainsi. Hélas ! le congrès et le pays ne se rendaient pas un compte exact des difficultés. Un seul homme appréciait la situation sous son vrai jour, Washington. Au sein d'une assemblée délibérante et dans un meeting, on a bientôt repoussé l'ennemi. Mais, aux représentants et aux citoyens qui décrètentla victoire, le général en chef avoue : « Notre position est des plus tristes. L'échec que notre division a subi a démoralisé une grande partie de nos troupes et jeté dans les esprits la crainte et le désespoir. Au lieu de se préparer à un nouvel effort, la milice est découragée, intraitable, impatiente de retourner dans ses foyers... C'est donc avec un profond chagrin que je me vois forcé de vous faire part du peu de confiance que j'ai dans la généralité de mes troupes... Jusqu'à ces derniers jours, je ne doutais pas que je pouvais défendre New- York. Je n'en, douterais pas encore si les soldats voulaient faire leur devoir, mais de cela j'en désespère. Il m'est extrêmement pénible de donner d'aussi mauvaises nouvelles; mais en des circonstances aussi critiques, ce serait un crime que de cacher la vérité. »

Cette lettre loyale fut écrite le 2 septembre 1776. Le 6, le congrès chargea Benjamin Franklin, John Adams et Edward Rutledge, de se rendre auprès de l'amiral Howe.

La conférence eutlieu à Staten-Island, le 1 1 septembre. Les envoyés de Philadelphie, avant toute chose, voulaient que l'indépendance des colonies fût recon-

nue. L'amiral Howe se récria, et les pourparlers cessèrent.

Le congrès rendit compte de l'incident à son juge naturel, le peuple américain. Ce fut également aux colonies que s'adressa lord Howe avant de marcher sur New-York.

La flotte anglaise se divisa. Des vaisseaux remonté rentl'Hudson; d'autres vaisseaux prirent à droite, par la rivière de l'Est. Un débarquement s'opéra, le 15 septembre, sur la côte baignée par l'East-River. New- York est bâtie sur l'extrémité sud de l'île de Manhattan. Cerner l'armée américaine sur ce point, et l'anéantir, tel était le plan. S'il aboutissait, la guerre prenait fin. L'indépendance aussi.

La ville fut évacuée ; et avant de camper sur les hauteurs d'Harlem, Washington reconnut le peu de consistance de ses troupes. Un petit détachement anglais provoqua la déroute des milices. Washington était indigné. Si ses aides de camp n'avaient saisi la bride de son cheval, l'homme qui devait être le premier président des États-Unis eût caché son déshonneur dans les ilôts de la rivière de l'Est.

D'Harlem à New-York, la distance est faible. On se livra à de fréquentes escarmouches. Les Américains, familiarisés avec les accidents de terrain, avaient souvent l'avantage. Lord Howe, inquiété de ce voisinage, obligea Washington à quitter ses positions. Une rencontre eut lieu plus au nord, aux white plains, le 28 octobre, et les milices, conduites par un chef digne d'un meilleur sort, quittèrent l'île de Manhattan, passèrent

l'Hudson, et, sur la rive droite du fleuve, se réfugièrent au fort de Lee.

Ces rogamuf/ins, comme on les appelle, ces gueux, ces déguenillés, qui ont promis d'obéir à la voix d'un général vaillant, et qui n'ont su vaincre ni à Long- Island ni aux Withe plains, ces soldats qui ont offert leur sang à la patrie et qui fuient pour sauver leur vie, forment toute l'armée américaine. Ils sont trois mille. La guerre, c'est marcher tout le jour; c'est arriver le soir à l'étape qu'on doit doubler; c'est se battre sans avoir mangé ni s'être reposé la veille, quitte à se plaindre à l'heure de la retraite. Telle est la guerre. Et les rogamuffms ne l'aiment pas. Ils sont fatigués avant l'aube.

Qui accomplira l'œuvre de demain?

La cause de l'indépendance semble perdue lorsque, le 1er novembre 1776, à bord du Reprisai, Franklin s'embarque pour la France.

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