‹ La guerre de l'indépendanceChapitre 14 sur 40 · LA CAPITULATION DU GÉNÉRAL ANGLAIS BURGOYNE A SARATOGA · texte numérisé non relu

LA CAPITULATION DU GÉNÉRAL ANGLAIS BURGOYNE A SARATOGA

La retraite de 'Washington. — Du fort de Lee à la Delaware. — La ville de Philadelphie menacée. — Le Congrès à Baltimore. — La surprise de Trenton (26 décembre 1776). — Washington dictator of America. — Princeton. — Le New- Jersey évacué (30 juin 1777). — Le drapeau américain. — Le premier anniversaire de la déclaration d'indépendance. — La bataille duBrandywine(ll septembre 1777). —Le Congrès à York. — L'attaque de Germantown (4 octobre 1777). — Saratoga. — Gates oblige Burgoyne à capituler (17 octobre 1777).

Nous avons laissé Washington se retirant, abattu et découragé, au fort de Lee, situé sur la rive droite de l'Hudson, non loin de l'Hackensack. Dans la nuit du 19 novembre 1776, deux bataillons de grenadiers hessois, et huit bataillons anglais se préparaient à l'attaquer. Les Américains s'esquivèrent prudemment, et, par Brunswick et Princeton, gagnèrent Trenton, où ils purent traverser la Delaware (8 décembre).

Washington, du fort de Lee à la Delaware, talonné par lord Cornvaliis, avait échappé à la poursuite. Les officiers anglais ne voyaient plus d'ennemis. Donc les jWhite-plains terminaient la lutte, et un traité de paix jallait consacrer le succès des armes de la Grande-Bretagne.

' Washington n'était pas vaincu. En s'éloignant de iBrunswick, il avait dit: «Je ne désespère pas.» Les deuxHowe, l'amiral et le général, publiaient, sur ces

entrefaites , une proclamation promettant l'amnistie aux habitants du New-Jersey qui s'engageraient, dans les soixante jours, à ne plus porter les armes contre l'Angleterre. Avouons que beaucoup de citoyens de l'État occupé, stimulés par des fonctionnairespeu clignes, firent leur soumission.

La ville de Philadelphie fut sérieusement menacée. Le Congrès, tout en rassurant la population, ne se donnait pas moins rendez-vous, le 20 décembre, un peu plus au sud, à Baltimore.

Washington n'avait plus deux mille hommes; les renforts ne vinrent pas évanouir ses craintes. Le 18 décembre, il rappelle au Congrès que la situation lamentable où il se trouve est due surtout aux engagements à bref délai, et au peu de solidité des milices. Il ajoute : « Vous ne vous faites pas d'idée de mes embarras. Jamais homme peut-être n'eut plus de difficultés à vaincre, ni moins de ressources pour les surmonter. Toutefois, convaincu de la justice de notre cause, je ne me figure pas que nous succombions, bien que notre étoile puisse rester, pendant quelque temps encore, dans le nuage. »

Profitant des rigueurs de l'hiver, qui arrêtaient la marche de l'ennemi, Washington voulait amener le Congrès à lever un certain nombre de bataillons sans prendre l'avis des États. Il écrivait le 12 : « Peut-être le Congrès espère- t-ii et entrevoit-il des renforts. Je n'ai aucun renseignement sur ce point, et désire être informé. Notre petite poignée d'hommes décroît journellement par la maladie et d'autres causes ; et si le

peuple n'accomplit pas de grands efforts, que pouvonsnous raisonnablement attendre? C'est pénible à dire, mais c'est la vérité. »

Le 20, il renouvelle sa proposition d'octobre , tendant à augmenter le corps de l'artillerie. lia ordonné la formation de trois nouveaux bataillons. « Cela, confesse-t-il, paraîtra peut- être au Congrès prématuré et sans excuse; mais les nécessités actuelles n'admettent aucun délai, ni dans le Conseil, ni sur le champ de bataille. Dans dix jours, cette armée n'existera plus. Si le court intervalle quinous reste est employé à consulter le Congrès surl'opportunité des mesures à prendre, opportunité évidente pour tous, si nous attendons qu'il nous ait fait parvenir ses décisions à une distance de cent quarante milles, nous aurons perdu un temps précieux et manqué notre but. On m'objectera que je réclame des pouvoirs qu'il est dangereux de confier; mais aux maux désespérés il faut des remèdes extrêmes [desperate diseases require desperate remédies). Je n'ambitionne pas ces pouvoirs. Je soupire aussi ardemment qu'aucun autre citoyen après le moment où nous pourrons abandonner l'épée pour la charrue; mais, comme officier et comme homme, je suis obligé de déclarer que personne n'a jamais rencontré les difficultés qui m'obsèdent. Il est inutile d'ajouter que la courte durée des enrôlements, et notre confiance aveugle dans la milice, ont amené tous nos malheurs et causé l'effrayant accroissement de notre dette... La milice vient on ne sait comment, s'en va on ne sait quand, donne on ne sait où, consomme les provisions, épuise les magasins, et s'éclipse au moment

critique. . . On pensera que je m'écarte de la ligne de mesdevoirs en adoptant ces mesures, ou en donnant des conseils avec si peu de retenue. Une réputation à garder, des biens à conserver, la liberté, le plus précieux des trésors, à sauvegarder, et une vie dévouée au service du pays, seront mon excuse. »

Le 20, Gates et Sullivan apparurent au quartier général avec cinq cents hommes fournis par des régiments des États du Nord. Washington pensait: ce Les Anglais ont trop étendu leurs ailes. » 11 voulait les leur « rogner. » Et, sans attendre la réponse du Congrès, il résolut de ■ traverser la Delaware et de tomber à Timproviste sur l'ennemi, que les glaces semblaient mettre à l'abri de toute tentative hardie.

Le 23, le mot d'ordre était Victory or death, la victoire ou la mort. Le camp était entouré d'espions, et la nouvelle d'une attaque sur Trenton avait transpiré. Le commandant militaire du New- Jersey rassura ainsi ses troupes: « Les soldats de Washington n'ont ni souliers, ni bas, ni couvertures ; ils sont presque nus et meurent de froid et de faim. »

On avait eu soin de ne laisser aucun canot sur la rive gauche du fleuve. Deux postes de Hessois occupaient Trenton et Borden-Town. Ces lourds Allemands fêteraient la Christmas : et, dans la nuit du 25 au 26 décembre, pendant la digestion d'un souper plantureux, on fondrait sur les convives appesantis.

Dans la nuit, froide et noire, on entendait le choc des glaces qu'un courant impétueux poussait sur Philadelphie et la mer. La violence du vent augmentait l'hor-

reur de cette scène lugubre, Vers onze heures, la neige tomba. Qui n'a vu le tableau de E. Leutzé, et la gravure de Paul Giraudet, Washington crossing the Delàivare?Le général, un pied sur le banc du canot qui le porte, a une longue-vue dans la main droite. Il retient, de la main gauche, son manteau qu'agite la rafale. A l'avant, un homme, pourvu d'un croc, écarte les glaçons. Derrière AYashington, un officier presse les plis d'un drapeau. Le chef jette un regard inquiet devant lui, interroge le mystérieux horizon. Quel secret tient en réserve la rive où l'on aborde?

Entre trois et quatre heures du matin, deux petits corps d'armée, et dix-huit pièces de campagne, étaient sur la côte du New-Jersey, à neuf milles de Trenton. Un véritable ouragan se déchaîna. Le grésil et la grêle vinrent contrarier la marche. A Birmingham, on se divisa : Washington prit la route de Pennington, et Sullivan côtoya le fleuve. Ce dernier, arrivé à destination, informa le général en chef que les cartouches de ses hommes étaient mouillées. Il reçut pour toute réponse : «Servezvous de la baïonnette, et pénétrez dans la ville ; car il faut que la ville soit prise. Je l'ai décidé. »

L'aide de camp, revenu, avait transmis l'ordre à haute voix, et les soldats de Sullivan, sans attendre le commandement, mirent la baïonnette au bout du fusil.

Le jour parut. Aucun indice, aucun soupçon, n'avait troublé le profond sommeil des Hessois. Au milieu du festin de la veille, on n'avait pas négligé la sécurité; mais les patrouilles étaient rentrées, affirmant qu'on

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ne voyait que la nuit, et qu'on n'entendait que les mugissements de la tempête. L'attaque fut commencée par Washington, qui entra dans la ville par les rues Ling et Queen . Sullivan opérasajonctionpar la seconde rue. Rail, qui commandait les Hessois, n'était pas encore dégrisé. Titubant, il s'écriait: « En avant! marche! » Il eut, du moins, le courage de se faire tuer.

La lutte ne dura pas beaucoup plus d'une demi-heure. Les Américains ne perdirent pas un homme. Ils tuèrent 17 Hessois, en blessèrent 78, firent 946 prisonniers, et repassèrent la Delaware avec des armes, des munitions, et tous les drapeaux de la brigade allemande.

Ce succès releva le moral des Américains. A la vue des prisonniers traversant les rues de Philadelphie, on se reprit à espérer. Le Congrès, honteux d'une heure d'effroi, quitta furtivement Baltimore, et revint à son siège ordinaire.

Il avait voté, avant de connaître le résultat de la surprise de Trenton, qu'on informerait les cours étrangères de larésolution, prise par l'assemblée etpar le peuple américain, de défendre, en tout état de choses, l'indépendance proclamée. Il avait même offert de conclure des traités de commerce avec la Prusse, l'Autriche, la Toscane. On le priait d'intervenir auprès de la Russie et de l'Allemagne, dont les sujets grossissaient les rangs de l'armée anglaise. En outre, on lui montrait la nécessité d'une alliance offensive avec la France et l'Espagne.

Le 26 décembre, on ignorait à Baltimore ce qui venait de se passer à Trenton. On lut, au sein du Congrès,

la lettre de Washington datée du 20. Le lendemain, le Congrès « ayant considéré attentivement la crise actuelle, et ayant une confiance absolue dans la sagesse, l'énergie et la loyauté du général Washington,)) lui donna pouvoir de lever et d'organiser 16 bataillons d'infanterie, 3,000 cavaliers, 3 régiments d'artillerie et un corps d'ingénieurs, en l'autorisant à conférer tous les grades au-dessous du rang de brigadier-général. La durée de cette dictature militaire était fixée à six mois. Le dictateur pouvait appeler les milices à l'activité, former des approvisionnements, faire des réquisitions et arrêter toute personne suspecte.

Ledictatorof America révélait, le 1er janvier 1777, à Robert Morris : « Loin de me croire affranchi de toutes les obligations civiles par cette marque de confiance que me donne le Congrès, j'aurai toujours présent à l'esprit que, si l'épée a été notre dernière ressource pour sauver nos libertés, c'est aussi la première chose dont il faudra se défaire quand ces libertés seront solidement établies. »

L'attaque de Trenton avait ému lord Cornwallis. Le 2 janvier 1777, le général anglais, accouru de New- York, se disposait à faire sentir aux rebels le poids de son ressentiment. L'armée américaine, battue, était rejetée dans la Delaware. D'un autre côté, elle livrait, en fuyant la bataille, Philadelphie. Situation critique. Le lit de l'Assumpink séparait les deux armées. Dans la nuit du 2 janvier, Washington fait alimenter les feux du camp, etse dirige sans bruit sur Princeton, où Cornwallis a laissé des troupes.

106 GUERRE DE i/lNDÉPENDANCE.

Le lendemain, désappointement des Anglais : où est Washington? Pendant qu'on le cherche, on entend le canon détonner dans la direction de Princeton. Les Américains étaient aux prises avec deux régiments en route pour Trenton. Washington combattit au premier rang-, avec une impétuosité qui faillit plusieurs fois lui être fatale.

Les Anglais, outre plusieurs centaines de prisonniers, abandonnèrent deux canons en cuivre.

Cornwallis, après des marches forcées, arrive à Princeton : Washington en est déjà reparti. Il s'est dirigé sur les montagnes du New-Jersey. Impossible de l'atteindre.

Après une suite d'escarmouches improvisées, suivies de retours inattendus, le dictator, à la tête de vieux soldats qui ne réclamaient plus les douceurs de la vie privée, et de conscrits qui prenaient goût au métier, avait réoccupé Brunswick, Woodbridge, Elisabeth, Newark. Si bien que le général Howe évacua le New- Jersey, et se retira à Staten-Island (30 juin 1777).

Washington était le Fabius américain. On proposait de lui laisser le choix des généraux. A quoi John Adams objectait : « Dans la vie privée, je le respecte et j'invoque son secours ; dans cette assemblée, je me crois supérieur au général Washington. »

Le général, d'ailleurs, songeait fort peu à tirer vanité de ses talents. Presque toujours à cheval, dans ces terribles journées où l'ennemi disputait, pied à pied, le New-Jersey, il donnait à ses hommes l'exemple de l'énergie. Les soldats, même la nuit, ne quittaient jamais leurs armes.

Le 14 juin, le Congrès « résolut que le drapeau des treize Etats-Unis sera de treize bandes alternativement rouges et blanches; que l'union sera de treize étoiles blanches sur un fond bleu représentant une nouvelle constellation. »

Dans la période qui précède leur séparation de la mère-patrie, les colonies ont des étendards qui diffèrent plus ou moins de ceux de l'Angleterre.

Le drapeau national anglais était la bannière de Saint-George : champ blanc et lignes rouges entrecroisées.

Dès le quatorzième siècle, la croix de Saint-George était une plaque blanche et rouge que tout soldat anglais portait sur son armure.

Les couleurs de la bannière de Saint-George formèrent le drapeau national jusqu'en 1606. A cette époque, une proclamation royale ajouta, au drapeau de l'Angleterre, la croix de Saint- André (lignes blanches entrecroisées sur un champ bleu), qu'arboraient les Ecossais au temps des croisades.

Le nouveau drapeau fut appelé les « King's colors», les couleurs du r.oi.

On devait le déployer à la poupe des vaisseaux anglais, et ajouter, à l'avant, la croix de Saint-George ou celle de Saint-André, selon qu'on appartenait au sud ou au nord de la Grande-Bretagne.

Les « Ring"1 s colors » étaient imposées aux sujets anglais traversant l'Océan. Elles flottaient sur le territoire du Massachusetts.

On trouve, en effet, à la date de 163o, la plainte d'un

agent royal contre un habitant de Salem qui a osé outrager l'étendard en déchirant une partie de la croix rouge.

La cause fut portée devant la cour générale. Les débats montrèrent que l'auteur de la mutilation n'avait pas eu pour but d'abaisser le prestige du drapeau. Le prévenu avait voulu affirmer ceci : que la croix rouge avait été donnée au roi d'Angleterre parle pape, comme une marque de l'autorité de l'Eglise et une image provoquant la superstition.

La Cour, impressionnée par d'autres faits semblables , trouva l'origine du mal dans la répugnance qu'éprouvaient les Américains à l'endroit des couleurs anglaises.

Le procès fut renvoyé à une autre session ; et, dans l'intervalle, les commissaires militaires du Massachusetts firent disparaître les enseignes monarchiques.

Les colonies étaient privées d'emblème. Elles demandèrent, très -respectueusement, l'autorisation de remplacer la croix des ce Kincfs colors » par des roses rouges et blanches.

Le projet fut abandonné. En décembre 1635, les commissaires militaires donnèrent des couleurs aux compagnies ; et, pour chacune d'elles, supprimèrent la croix.

On n'avait, cependant, rien résolu ; aussi, une difficulté se présenta l'année suivante. Des capitaines de navires anglais reprochaient, à la municipalité de Boston, de ne pas planter les « King^s colors » sur le fort rie Cast/e ïsland.

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Le gouverneur du Massachusetts ordonna au lieutetenant Morris de hisser les King's colors à Castle Island, toutes les fois que passerait un navire. Il ajoutait que la croix était un souvenir d'idolâtrie, et que le fort du roi ne devait abriter que les couleurs de la royauté.

Mais on ne put trouver, dans le fort, aucun drapeau aux Kinrjs colors. Le capitaine de l'un des navires récemment entrés, envoya un étendard réglementaire au lieutenant Morris , et le gouverneur fit présent au marin de trois peaux de castors.

Plus tard, le Parlement anglais désigna, comme couleurs de l'Angleterre, le drapeau primitif formé par la croix de Saint-George.

Cette croix de Saint-George, après avoir subi de nombreuses modifications, a été adoptée par les colonies dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, et même jusqu'à Tannée 1707, où 1' « union flag », le drapeau de l'union, fut imposé par le Parlement.

On vit aussitôt plusieurs emblèmes : le plus en faveur était cramoisi. L'union y était figurée par une croix de Saint-George sur un champ blanc. Quelquefois, un pin était dessiné dans l'un des carrés formés par la croix. Un autre drapeau, «theflag ofthcNcw-E?igland colonies », offrait un champ d'un bleu sombre, avec la croix sur un champ blanc dans le coin. Le pin y était remplacé par une demi-sphère.

Le sentiment de l'indépendance inspire les colonies. A l'heure où l'on modifie, d'une main prudente, les couleurs anglaises, on songe à secouer le joug de l'An-

110 GUERRE DE LINDÈPENDAKCE.

gleterre, et à donner, à la nation américaine affranchie, un drapeau.

L'union des deux royaumes d'Angleterre et d'Ecosse fut ratifiée, le 16 janvier 1707, par un acte du Parlement. Ce même acte portait que l'étendard de la Grande- Bretagne serait la croix de Saint-George, réunie à celle de Saint-André. Autant valait déclarer que les « Ring' s colors y> étaient maintenues. On devait retrouver ces deux croix dans les plis de «tous drapeaux, bannières, étendards et enseignes, sur mer et sur terre. »

A bord des navires appartenant aux sujets anglais, quels qu'ils fussent (Whatsoever), et Ton désignait par cette expression les Américains, les croix se rapprocheraient « dans le coin d'une bannière cramoisie. »

Les colonies adoptèrent ce drapeau en l'appelant 1' ((.union flag », l'étendard de l'union. C'était là un pur» euphémisme; caries Américains n'avaient en vue que l'union de l'Angleterre et de l'Ecosse.

Les Yankees, cependant, ne cessaient pas de travailler chez eux à la constitution d'une ligue puissante. La nécessité de cette ligue imposait un signe de ralliement. On le saisirait dans des couleurs juxtaposées d'un commun accord.

Jaloux de mettre un terme à certaines préoccupations, le Congrès continental chargea une commission, composée de Franklin, Lynch et Harrison, d'étudier la question d'un drapeau national. Les hostilités étaient déjà ouvertes contre l'Angleterre. La commission s'assembla au camp de Cambridge; et, le 1er janvier 1776, on salua la nouvelle armée organisée en arborant le drapeau

des colonies unies. Il était composé de 13 bandes, dont 7 rouges et 6 blanches, avec les croix rouge et blanche de Saint-George et de Saint-André, dans le coin et sur un champ bleu. Il constatait l'union des colonies, et, en même temps, leur fidélité à la Grande-Bretagne. On Tappela le « great union flag, » le drapeau de la grande union.

En courant aux armes, des colonies et des régiments s'étaient distingués par des étendards très-variés. Sur chacun de ces étendards, on voyait les armes de la colonie entourées de cette devise, écrite en lettres d'or: qui transtulit sustinet, celui qui nous a transplantés nous soutiendra. Elle était, dès le principe, la devise du Connecticut.

Au début de la guerre de l'Indépendance, le drapeau des batteries flottantes avait un champ blanc, un arbre dans le milieu, et portait pour devise ; Appeal to Heave?i, appel au ciel. Pendant la bataille de Bunker- Hill, les troupes américaines avaient un drapeau ainsi composé : champ rouge, un pin sur champ blanc dans l'angle supérieur de la hampe, et les deux devises.

Le premier drapeau américain que vit la Caroline du Sud fut arboré le 13 septembre 1775, par le colonel Moultrie, à la prise du fort Johnson. Ce drapeau, sur champ bleu, offrait un croissant dans le coin supérieur.

Chaque régiment avait ses couleurs. La marine eut bientôt les siennes. Le 9 février 1775, le colonel Gadsden exhiba au Congrès un étendard destiné aux navires américains. Cet étendard représentait, sur un champ jaune, un serpent à sonnettes orné de treize sonnettes,

j12 GUERRE DE L 'INDÉPENDANCE.

replié pour bondir, et cette devise : dorït tread on me ne m'écrasez pas.

Le great union flag aux treize bandes, dont nou avons parlé ci-dessus, allait devenir le drapeau étoile Mais, avant de recevoir les étoiles, il subit une autr modification. Dépourvu des deux croix anglaises, acceptant parfois le serpent à sonnettes et la devise dont tread on me, il fut le continental flag, le drapeau continental.

Pendant la guerre de l'Indépendance, des corps d'armée avaient pour devise : Liberty or death, la liberté ou la mort.

Les gardes du corps de Washington portaient une bannière de soie blanche ornée de dessins, avec cette devise : Conquer or die, vaincre ou mourir.

Le drapeau national fut créé, comme nous l'avons dit plus haut, le 14 juin 1777.

Une difficulté surgit. Comment figurer la constella tion? Après mûre réflexion, on se vit obligé d'altérer le plan du Congrès, en dessinant un cercle avec les treize étoiles.

Le nombre des bandes et des étoiles répondait au nombre des États.

En 1794, une autre décision du Congrès, approuvée le 13 janvier, portait que le drapeau des États-Unis serait composé de quinze bandes et de quinze étoiles.

On fit l'addition de deux bandes et de deux étoiles le 1er mai 1795.

En 1818, le Congrès fixa de nouveau le nombre des bandes horizontales à treize. En même temps, il déclara

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que vingt étoiles blanches orneraient le champ bleu, qu'une étoile serait ajoutée lors de l'admission de tout nouvel État dans l'Union, et que la modification serait opérée le 4 juillet suivant chaque admission.

En 1865, le champ bleu renfermait trente-six étoiles. Il en contient actuellement trente-neuf.

Le drapeau américain, né dans les orages révolutionnaires, est aujourd'hui, sur toutes les mers, le symbole de la liberté. Les nations européennes s'agitent et s'épuisent, méprisant les éléments de vie qui pourraient les rajeunir en les transformant ! Les Américains échappent aux luttes stériles et grandissent toujours. Leurs couleurs (rouge, blanc et bleu) sont l'emblème des qualités qui les distinguent. Aussi, aiment-ils leur drapeau d'un amour sans mélange.

Nous avons vécu au milieu de ce peuple intelligent et pratique, où un homme n'est qu'un homme, malgré tout; où la loi est un frein; où le progrès ne sort jamais des crises douloureuses. Nous avons promené nos amertumes et nos folles espérances du Massachusetts aux champs de la Floride, des bouches du Mississipi aux cavernes de l'Iowa. Eh bien ! nous regrettons cette époque de notre vie.

Presque le même jour où le Congrès donnait un (drapeau aux Américains, Lafayette arrivait à Philadelphie.

Le 4 juillet, on célèbre le premier anniversaire de la déclaration d'indépendance. Depuis le matin, jusqu'à une heure assez avancée de la soirée, les cloches prêtèrent leurs voix argentines. Les navires de toutes les

grandeurs arborèrent le drapeau national. A trois heures, les membres du Congrès et les fonctionnaires du nouveau gouvernement, se réunirent dans un banquet. Les musiciens hessois, faits prisonniers à Trenton, épuisèrent leur répertoire. Il y eut, dans la journée, une revue des troupes. Le soir, on alluma des feux de joie, on tira des pièces d'artifice, et l'on illumina.

On va célébrer le centième anniversaire. Le 4 juillet 1777, on citait les noms des citoyens morts en défendant les libertés publiques. Le 4 juillet 1876, on complétera la liste nécrologique, en ajoutant, aux martyrs de l'Indépendance qui versèrent leur sang jusqu'en 1783, les soldats du Nord, morts de 1861 à 1865, pour conserver l'Union.

Après l'évacuation du New-Jersey, les Anglais, sur l'initiative du général Burgoyne, avaient adopté un vaste plan d'opérations. Parties du Canada, du Rhode- Island et des environs de Philadelphie, trois armées agissaient de concert, de manière à cerner les Américains. Washington garda la route du nord, et surveilla les mouvements du général Howe. Ce dernier s'embarqua tout à coup. Où allait-il? L'anxiété se prolongeait lorsque, le 25 août, on vit les Anglais débarquer dans la baie de Chesapeak, non loin de l'Elk river, à quarante-quatre milles de Philadelphie. Le 24 , Washington, pour raffermir la confiance ébranlée, traversa Philadelphie à la tête de ses troupes couvertes de rameaux verts. Il atteignait, le lendemain, Wilmington. Il fut en présence de l'ennemi le 11 septembre, et s'arrêta sur la rive gauche de la Brandywine,

affluent de la Delaware. On devait, pour protéger le siège du gouvernement, empêcher les Anglais de traverser la rivière. Washington avait devant lui 14,000 hommes. Tandis que ses bataillons, bien inférieurs en nombre, arrêtaient le corps d'armée du général Knyphausen, une division, conduite par lord Cornwallis, remontait vers le nord, traversait la Brandy wine sans difficultés, et, par une adroite diversion, tombait sur le flanc des Américains. L'issue de la bataille n'était pas douteuse. A minuit, Washington annonça au Congrès qu'il était battu. Des prodiges de valeur n'avaient pu changer le sort des armes. Lafayette, combattant comme simple volontaire à la tête d'une brigade, reçut une balle dans la cuisse. Malgré sa blessure, il ralliait les fuyards, et ne quitta le champ de bataille que l'un des derniers. Washington, apprenant qu'il était arrivé malheur au jeune major-général, avait dit au médecin : « Soignez-le comme s'il était mon fils. »

Parmi les Français qui firent preuve de courage dans cette fatale rencontre, il faut citer Mauduit-Duplessis, Lewis de Fleury. Le marquis de la Rouerie, connu sous le nom de colonel Armand, conduisait un corps indépendant. N'oublions pas, au nombre des autres étrangers, Casimir Palawski, commandant de la cavalerie américaine.

Yoici le relevé des pertes en tués, blessés et prisonniers: Américains, environ 1,000 hommes; Anglais, à peu près 600.

Lafayette, qui n'a pu vaincre, dans une lettre du

1er octobre 1777, fait la leçon à sa femme. On dira à la marquise : Ils ont été battus ! Il faut que l'épouse de l' officier-général américain réponde : « C'est vrai ; mais entre deux armées, égales en nombre et en plaine, de vieux soldats ont toujours de l'avantage sur des neufs; d'ailleurs, ils ont eu le plaisir de tuer beaucoup, mais beaucoup plus de monde aux ennemis qu'ils n'en ont perdu. » Si l'on ajoute : « C'est fort bon ; mais Philadelphie est prise, la capitale de l'Amérique, le boulevard de la liberté ! » La marquise devra répliquer, vertement, mais poliment : « Vous êtes des imbéciles. Philadelphie est une triste ville, ouverte de tous côtés, dont le port était déjà fermé, et que la résidence du Congrès a rendue fameuse je ne sais pourquoi. » Après cela, si les questions pressantes et embarrassantes se renouvellent, madame de Lafayette s'empressera d'envoyer « promener » ses interlocuteurs.

Au sein du Congrès, John Adams, critiquant la tactique du général en chef, adressait au ciel cette prière : « 0 ciel, envoie-nous une grande âme ! une intelligence supérieure peut seule affranchir la meilleure des causes du danger qui la menace aujourd'hui. »

Le 29 septembre 1777, Howe établissait son quartier général à Germantown. Le 30, Cornwallis occupait Philadelphie, que le Congrès venait de quitter en route pour York, situé de l'autre côté de la Susquehanna.

Les Anglais avaient disséminé leurs forces, et Washington, établi à Matuchen-IIills, se proposa de surprendre Germantown. Le 3 octobre, dans un ordre dujour, il promit à ses soldats, qui n'avaient plus de souliers, et

qui manquaient de pain, de les conduire le lendemain à la victoire, s'ils voulaient être «braves et patients». L'action devait s'engager à la pointe du jour. L'élan des Américains fut si impétueux qu'une division ennemie recula. Howe s'arracha de son lit pour être témoin delà panique. Il vociféra, dans un violent accès de colère, s'adressant à ses éclaireurs : «Je ne vous ai jamais vus battre en retraite; reformez- vous, ce n'est qu'une escarmouche. » L'attaque, sur d'autres points, ayant été retardée, les Anglais purent concentrer, dans Germantown, tous leurs moyens de défense. Les Américains, d'ailleurs desservis par un épais brouillard qui causait des méprises regrettables, et réclamant des munitions, se retirèrent. La journée, perdue pour les défenseurs de l'indépendance , n'avait pas moins coûté, à l'armée de Howe, près de 500 hommes. Devait-on même la regarder comme perdue? non. Les Américains venaient de montrer que leur courage ne faiblissait pas, et l'échec de Germantown allait mériter cette exclamation de M. de Vergennes : « Rien ne m'a plus frappé que de voir le général Washington attaquer l'armée du général Howe, et lui livrer bataille ; amener à ce point des troupes levées cette année, cela promet tout pour l'avenir. »

Le Congrès, consolant Washington, honorait la vertu malheureuse, lorsque, un beau matin, on apprit que le général anglais Burgoyne s'était rendu, à Saratoga, au général Gates.

Voicij dans quelles circonstances s'était produit l'événement :

d'18 GUERRE DE L INDÉPENDANCE.

Nous avons dit que les Anglais se proposaient de lancer une armée du Canada, sur les rives de l'Hudson. Le 1er juillet, Burgoyne attaqua le fort de Ticonderoga avec 7,000 hommes ; les Américains, au nombre de 3,000 environ, crurent prudent de se retirer à Stilhvater, sur la rive droite de l'Hudson , après avoir coupé les ponts.

Burgoyne, en les poursuivant, ne soupçonnait pas que des obstacles insurmontables l'attendaient. Il avait, cependant, eu soin de se ménager le concours actif des Indiens. Le 2i mai, dans les environs de Crown-Point, il réunit quelques centaines de sauvages appartenant à diverses tribus; il fit appel à leur dévouement, et un chef Iroquois lui adressa ces paroles : « Nous vous recevons comme notre père, parce que, lorsque vous parlez, nous entendons la voix de notre grand-père de l'autre côté du grand lac. Nous avons été éprouvés et trompés parles Bostoniens, mais nous aimions notre père, et nos haches ont été aiguisées sur nos affections. Comme preuve de sincérité, tous nos villages capables d'aller en guerre se lèvent. Le vieillard et l'infirme, nos enfants et nos femmes, restent seuls chez nous. D'un commun accord, nous promettons une obéissance absolue à tous vos ordres passés et futurs, et puisse le père des jours vous donner de nombreux succès. »

Enrôler des Allemands, ce n'était point assez. Il fallait encore se servir des sauvages. Nous allons voir ce qu'amenèrent de tels moyens.

Gates était secondé par Arnold, officier aussi intelligent que brave, et, disons-le, par toutes les populations

environnantes. Les troupes sorties du Ticonderoga furent bientôt grossies de groupes venus spontanément des townships de la région. Les 3,000 hommes dépassèrentbientôt 10,000 combattants.

Burgoyne avait, sous ses ordres, un corps allemand commandé par le général Riedesel. Un régiment de ce corps obéissait au colonel Baum. Il se heurta, le 16 juillet, aux milices duNew-Hampshire, du Vermont et du Massachusetts, conduites par le général Stark. En apercevant l'ennemi, Stark s'écria: «Mes enfants, voici les habits rouges ; il faut qu'ils soient à nous, où Molly Stark sera veuve ce soir. » Le soir, le mari de Molly Stark écrivait : « Si tous nos soldats avaient été des Alexandre ou des Charles XII, ils ne se seraient pas mieux conduits. » On fit 692 prisonniers, dont 400 Allemands.

Burgoyne, loin de tout centre qui pût le secourir, s'inquiéta. Pendant qu'il s'assurait difficilement quelques semaines de vivres, les Américains se fortifiaient sur les hauteurs de Behmus. Le 19 septembre, l'armée anglaise passa l'Hudson à Saratoga. L'assaut fut repoussé ; trois majors-généraux et plus de 600 hommes, restés sur le champ de bataille, témoignaient de l'impétuosité des Anglais. A la nuit, Burgoyne craignait une déroute. Le jour éclaira une situation terrible. Les vaincus de la veille escaladèrent les hauteurs qui entourent Freeman's House.

Le 17 octobre, l'attaque du 19 septembre fut renouvelée. Le courage du général anglais vint se briser devant les lignes américaines. Burgoyne, le chapeau

troué, la tunique déchirée par les balles, donna le signal de la retraite. Il fut poursuivi par Arnold, qui luttait au premier rang, comme un simple soldat.

L'armée anglaise, réduite à 3,500 hommes, et inquiétée, sur tous les points, par des ennemis qui se renouvelaient sans cesse, n'avait plus que six jours de vivres. Le 13, Burgoyne assembla un conseil de guerre. On décida qu'on accepterait une capitulation honorable. Le 17octobre 1777, Gates consentait à livrer passage au corps d'armée anglais pour Boston, d'où les soldats de Burgoyne devaient s'embarquer pour la Grande-Bretagne, à la condition de ne plus servir en Amérique pendant la guerre actuelle.

Les Anglais étaient à bout de ressources. On leur donna du pain. On désarma 5,791 hommes . Gates, dans les combats précédents, avait fait 1,856 prisonniers. En ajoutant le nombre des morts et des disparus, on voit que la capitulation de Saratoga coûtait, à Howe, près de 9,000 hommes. En outre, 42 canons, 5,000 fusils, et beaucoup de munitions.

La France avait demandé une victoire à Washington, et Gates devançait le général en chef. Pour mieux affirmer son exploit, Gates rendait même compte, directement, au Congrès.

Washington , qu'un auxiliaire tentait d'humilier, écrivit : « Si notre cause triomphe, peu m'importe où et par qui cela arrive. » C'est simple et grand. La postérité, qui cherche l'homme dans le fatherland, le trouve ici : elle le respecte et l'admire.

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