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LA FLOTTE DU COMTE D'ESTAING SUR LES COTES D'AMÉRIQUE ET AUX ANTILLES

D'Estaing. — Le colonel ; le lieutenant-général de la marine; le vice-amiral. — Effectif de l'armée auglaise eu Amérique. — Washington à "\Vhitemarsh(6 décembre 1777). — Washington à Valley-Forge (!8 décembre). — La lettre du 23 décembre au Congrès. — Expédition projetée au Canada (Lafayette). — Le traité du G février en Amérique (omai 1778). — Evacuation de Philadelphie (22juin 1778).

— Bataille de lAlonmouth (23 juin). — Washington aux Witheplaius (21 juillet). La (lotte française dans la Delaware (8 juillet) — De la Delaware à Sandy-Hook, à New-Port, à Boston et aux Antilles. — Wioming. — Départ de Lafayette pour la France (11 janvier 1779). — Embarras de Washington. — Il couvre West- Point (15 juillet 1779). — Les Anglais à Savannah (Géorgie). — Débarquements opérés en Virginie. — Où est la flotte française? — Plaintes des Américains. — La marine française se relève. — La France et l'Espagne. — Descente projetée en Angleterre. — Le comte d'Estaing devant Savannah. — On ouvre la tranchée le 23 septembre 1779. — Assaut du 9 octobre. — Les Français et les Américains sont repousses. — Retour du comte d'Estaing en France, à bord du Languedoc.

— Le corsaire Paul Jones. — Effet de la campagne.

Le 10 avril 1778, le port de Toulon, animé, affairé, bruyant, montrait que la France donnait un commencement d'exécution au traité du 6 février. Une flotte de douze vaisseaux et de quatre frégates appareillait. Elle était commandée par le comte d'Estaing, conduisait, en Amérique, le premier représentant de la France, M. Gérard, secrétaire du ministre des affaires étrangères, et portait neuf mois de vivres.

Choiseul avait doté notre marine appauvrie de 64 \ vaisseaux et de 50 frégates. On profitait de l'organisation du grand précurseur.

Le vice-amiral d'Estaing, entré dans l'armée avec le grade de colonel d'infanterie, descendait d'une ancienne famille du Rouergue. Il servit la France dansles Indes, et assiéga Madras sous les ordres de Lally-Tolendal (1759). Il fut pris par les Anglais. Les incidents d'une mise en liberté sous caution, lui permirent de croire qu'on l'avait tout simplement échangé. Il arma deux vaisseaux de la Compagnie des Indes, enrichit l'Ile-de- France du butin de plusieurs comptoirs anglais du golfe persique et des îles de la Sonde, et retomba dans les mains des vainqueurs de Madras.

Le colonel d'Estaing, devenu tout à coup marin et pirate, n'avait-il pas violé les lois de la guerre? On n'hésitait pas: le prévenu serait interrogé, jugé et pendu.

En attendant le jour du procès, on jeta le comte dans un noir cachot de Londres. Le dauphin fut informé. Il avait une grande affection pour l'ennemi de l'Angleterre. Il intervint en faveur du coupable; et, par lui, d'Estaing échappa au gibet.

L'ex-subordonné de Lally, en se faisant marin, obéit aux circonstances; il ne céda nullement à la vocation. Qu'importe! puisqu'un zèle intelligent et une énergie solide valurent à l'aventurier le grade de lieutenantgénéral de la marine. Toutefois, les officiers qui avaient débuté à la mer, et gagné péniblement leurs épaulettes, virent de mauvais œil l'élévation subite du nouveau venu. Malgré des murmures fort peu équivoques, et des protestations nombreuses, le gouvernement songea au comte d'Estaing à l'instant critique où la France devait

combattre, sur l'Océan, sa redoutable ennemie, la Grande-Bretagne. On allait compenser l'inégalité apparente des forces en opposant, à la patrie de Chatham, un homme que la soif de la vengeance, souvent plus fertile en ressources que l'inspiration du patriotisme, portât aux résolutions viriles. Le devoir s'impose à tous les enfants du pays, et la France, disputant à l'Angleterre l'empire maritime, possédait dix amiraux capables de diriger la flotte qui partait de Toulon. Mais les horreurs de Yenglish jail, et le souvenir des offenses reçues, allaient activer, chez d'Estaing, la volonté de remplir avec succès une mission difficile.

Le vice-amiral devait reconnaître l'embouchure de la Delaware. En prévenant la fuite du général ïïowe par la baie, il favorisait la marche de Washington sur Philadelphie. Howe n'avait plus de retraite; nouvelle capitulation, plus importante qu'à Saratoga.

La flotte met le cap à l'Ouest.

Sur les côtes d'Amérique, l'armée anglaise est cantonnée à Philadelphie (19,530 hommes, dont 13,078 Anglais, 5,202 Allemands et 1,250 de troupes provinciales), à New-York (10,456 hommes répartis ainsi: 3,486 soldats réguliers, 3,689 Allemands et 3,281 provinciaux), et à New-Port (3,776 hommes, savoir : 1,610 appartenant à la Grande-Bretagne, 2,116 Allemands et 44 recrues des provinces). L'effectif atteint ce chiffre : 33,756.

Après la bataille de Germantown (4 octobre 1777), Washington se retira sur les hauteurs de Whitemarsh. Il y fut attaqué, dans la nuit du 4 décembre, par le

général Howe, qui avait annoncé à la métropole son prochain mouvement en avant. Les forts de la Delaware étaient pris. Dans les premières heures du 5, 14,000 Anglais se disposaient à enfoncer les lignes américaines. Washington n'avait que 7,000 combattants.

Épuisé par des soins multiples, le général oublia ses fatigues, parcourut les rangs de ses soldats mourant de faim et de froid; et, à tous, donna l'exemple du courage que l'infortune, loin de diminuer, grandit.

Les tentatives des Anglais furent vaines. Le 8, après midi, le général Howe, si désireux d'étendre ses conquêtes, jugea utile d'opérer une volte face, et de rentrera Philadelphie. Il avait perdu plus de 100 hommes.

L'ennemi, désabusé, allait peut-être hiverner douillettement et grassement. Washington, pour mieux tenir en éveil l'attention de ses adversaires, forma le hardi projet de s'établir en rase campagne.

Il s'arrêta à Valley-Forge, à vingt milles de Philadelphie (18 décembre 1777). Harceler constamment l'ennemi, malgré les rigueurs de la saison, telle était la tactique du général. Mais les soldats, campés dans un désert, entre des collines couvertes de neige et la Schuylkill gelée, n'avaient pas détentes. Washington, se rappelant les années lointaines où il se garantissait, dans les bois de la Virginie, des intempéries, enseigna, à ses compagnons d'armes, la manière de construire des huttes avec de la terre et des branches d'arbres. Bientôt, on souffrit moins à Valley-Forge, et l'on espéra davantage.

Le Congrès, malgré les instances et les supplications, témoignait à Washington une sympathie qu'on voyait rarement s'affirmer par des actes. Au plein cœur de l'hiver, les soldats américains manquaient de couvertures, et les traces de sang laissées sur la neige attestaient suffisamment l'absence de souliers. Le général en chef, dans une réponse à certaines critiques du Congrès, prévoit, pour les défenseurs du pays, l'une de ces trois alternatives : Mourir de faim, se dissoudre en masse, ou se disperser par bandes. La faim montre son spectre hideux. Voici des fourrageurs : il faut les surprendre. Le chef donne des ordres : impossible, hélas! d'obéir. Les hommes, qui n'ont pas mangé depuis de longues heures, n'ont plus la force de remuer. Washington ajoute (23 décembre 1777): « Je fis venir l'unique commissaire des vivres que nous avions au camp. J'appris de lui la triste et alarmante nouvelle que nous n'avions pas une tête de bétail, et qu'il ne lui restait que vingt-cinq barrriques de farine... Il n'est pas une occasion de surprendre l'ennemi avec succès qui n'ait été perdue ou compromise, faute de vivres. Et ce mal si grand, si criant, n'est pas tout. Depuis la bataille de Brandy wïne, nous n'avons jamais reçu ni savon, nivinaigre, ni rien de ce que nous a alloué le Congrès. Quant au savon, nous n'en avons pas grand besoin maintenant; peu de nos hommes ont plus d'une chemise, beaucoup n'en ont que la moitié d'une, quelques-uns n'en ont pas du tout... Nous avons 2,898 hommes hors de service parce qu'ils sont nu-pieds et sans vêtements... Depuis le 4, le nombre des soldats valides a diminué de

2,000 hommes, conséquence des maux éprouvés par le manque de couvertures. Us ont été obligés, et un grand nombre l'est encore, de rester toute la nuit assis auprès du feu, au lieu de se reposer en se couchant. Il est des gentlemen qui, sans savoir si l'armée prendra ou non des quartiers d'hiver, se croient en devoir de nous adresser des reproches. Croient- ils donc que les soldats sont de bois ou de pierre? qu'ils sont également insensibles au froid et à la neige? Je puis assurer à ces gentlemen qu'il est plus aisé et moins fatigant de rédiger des critiques quand on est assis dans une chambre commode, au coin d'un bon feu, que de camper sur une colline froide et humide, etde dormir sousla glace et la neige, sans vêtements et sans couvertures. Quelle que soit l'indifférence de ces messieurs, tant de privations et de souffrances me touchent profondément; et c'est du fond du cœur que je plains des misères que je ne puis ni secourir ni prévenir. »

Le grand citoyen, accablé sous les coups de l'adversité, n'échappait pas à la calomnie. Il appréciait ainsi un de ses lieutenants, Conway, qui sollicitait une haute situation dans l'armée : « Ses mérites sont plus imaginaires que réels. Il a pour principe qu'on peut tout obtenir par l'importunité. » La promotion d'un tel personnage produirait un grand scandale. Le général en chef ne resterait pas plus longtemps à son poste si l'on s'obstinait à lui créer des difficultés insurmontables.

Ces reproches, trop fondés, portaient Sullivan à écrire ; « Personne ne se comporte mieux dans l'action

que le général Conway; les règlements de sa brigade sont les meilleurs de l'armée; sa connaissance des matières militaires est supérieure à celles de tout autre officier. Si la place d'inspecteur général, avec le grade de majoisgénéral, lui était confiée, notre armée aurait bientôt une toute autre figure. »

Au milieu de toutes ces tribulations, louons Washington de n'avoir pas quitté, dans une heure de dépit et de trouble, le poste que lui disputaient de nombreuxcompétiteurs.

Dans les premiers jours de l'année 1778, le board of war voulut donner aux opérations militaires une nouvelle activité. On allait reprendre Philadelphie et inquiéter les Anglais au Canada. Le board, sans consulter Washington, mais sur les instances de Conway, décida le Congrès à confier à Lafayette une expédition contre Québec et Montréal. Le jeune marquis, détaché du général en chef, eut pour lieutenants Conway et Stork. Il s'adjoignit Kalb, et posa pour condition que Washington resterait son supérieur direct. Une vingtaine d'officiers français suivirent les trois majorsgénéraux. A la veille d'entrer en campagne, on s'aperçut qu'on n'avait ni provisions, ni vêtements. Cette pénurie, sous la température inclémente du Canada, promettait un désastre. On renonça à l'expédition; Lafayette fut rappelé.

A Philadelphie, l'armée de Howe nageait dans les délices. Les soldats, abondamment pourvus, recevaient l'écho affaibli des fêtes organisées parleurs officiers. Les bals et le jeu absorbaient tous les instants des nobles

insulaires. Et tandis qu'un colonel mettait toute son ambition à faire porter les couleurs de son régiment par la sylphide qui l'honorait de ses faveurs, vingt milles plus loin, à Valley -Forge, les collaborateurs de Washington, couverts de lambeaux, s'efforçaient de tromper la faim !

Le général en chef, investi de pouvoirs étendus, ne laissait pas, sur certains points, d'être en perpétuelle contradiction avec le congrès. Il préconisait une armée continentale, et un gouvernement dont l'initiative ne fût jamais en défaut. Le congrès, au contraire, tenait à retrouver, dans les forces militaires, les treize États souverains, et semblait se contenter de n'être qu'un comité impuissant. Le 21 avril, Washington pensait : « Sous des restrictions spéciales, il est certain que les armées permanentes sont un danger pour le pays. Les préjudices soufferts par d'autres nations n'ont été causés qu'en temps de paix, et sont venus de leurs mercenaires. Nous avons pour politique de nous garantir, en temps de guerre, des mercenaires, bien qu'ils soient citoyens, qu'ils aient les attaches et les intérêts des citoyens, et, le plus souvent, des propriétés complètement en dehors du régime militaire. La jalousie, maladroite à l'extrême, ne peut alléguer ici aucune bonne intention. Elle est injuste, parce que, dans les treize États, aucun ordre de citoyens n'a mieux respecté que l'armée les décisions du congrès... Nous devrions tous, congrès et armée, être regardés comme un seul peuple, embarqués dans une seule cause, ne défendant qu'un seul intérêt, professant le même principe, et poursuivant le même but.»

138 GUERRE DE L'JKDÉPENDANCE.

A peu près à l'époque où le général en chef souhaitait qu'il n'y eût plus, en Amérique, qu'un seul peuple combattant sous les plis du même drapeau, Lafayette, rappelé d'Albany, en route pour le Canada, apprenait que Louis XVI avait signé le traité du G février. 11 se jeta dans les bras de Washington, s'écriant : « Le roi mon maître a reconnu votre indépendance, et s'allie avec vous pour vous aider à l'établir. »

Cette nouvelle fut comme le rayon de soleil qui fend la nue, et vient raffermir notre âme. Les brigades se formèrent en bataille. Des Clergymen remercièrent YAlmigthy gody et les échos de Yalley-Forge retentirent de ce cri, poussé par plusieurs milliers de poitrines : Hurra for the King of France. On poussa les trois cheers de rigueur. Acclamations sincères et spontanées. Elles attestaient que Louis XYI, en acceptant le traité du 6 février, avait signé la plus belle page de sa vie.

Était-on sauvé? Le congrès ratifia, en prodiguant au roi de France la reconnaissance et l'amour, le traité qui rendait l'avenir moins problématique (5 mai 17/8). En même temps, l'assemblée, siégeant à York, rappela au peuple américain que l'aide attendue de la France ne mettait pas fin aux épreuves ; que l'œuvre de l'indépendance n'exigeait pas moins le concours de toutes les volontés; qu'enfin on n'avait pas encore triomphé.

Malgré ce sage et prudent conseil, la joie inonda tous les cœurs, de même que, plus tard, pendant la guerre de 1861 -G5, la déception fut profonde dans les États du Sud lorsqu'on vit Napoléon III renoncer à « refouler la race anglo-saxonne. » Les agents des

Tuileries avaient réconforté les sudistes, déjà vaincus, en propageant un bruit. Une flotte, habile à soutenir les esclavagistes, allait quitter Saint-Nazaire. La flotte ne vint pas; et lorsque, dans les Carolines, dans la Géorgie, la Floride et la Louisiane, nous avons recueilli les regrets amers, outrageants pour nous, des aveugles sécessionnistes, nous nous sommes fait une idée des nobles transports de Washington et de ses magnanimes soldats, à la nouvelle que le drapeau de la France allait apparaître dans les eaux américaines. Louis XYI fit un grand acte de justice en intervenant. Napoléon III eut le grave tort de promettre sournoisement une intervention qui aurait eu pour résultat de détruire l'union fondée en 1776.

Sir William Howe a un successeur, Clinton. Le nouveau général en chef est instruit et habile. Sera-t-il capable de rassurer lord North, disant des chefs de l'armée royale : « Je ne sais s'ils font peur à l'ennemi, mais ce que je sais, c'est qu'ils me font trembler toutes les fois que je pense à eux? »

L'arrivée prochaine du comte d'Estaingdans la Delaware fermerait sûrement à l'armée d'occupation la voie de la mer. Grave danger ; on l'évite. Le général Clinton reçoit l'ordre d'évacuer Philadelphie, et de se replier sur New-York.

Les Anglais, qui dansaient si bien, et qui faisaient de si belles parties d'échecs à Philadelphie, passèrent la Delaware (22 juin 1778). La courbe que fait le fleuve, de la capitale de la Pensylvanie à Bordentown, oblique vers le nord-est, direction de New-York. On suivit la

rive. A partir d'Allentown, on marcha vers Test, ayant Monmouth pour objectif.

Washington, toujours prêt à tenter la fortune, bondit de Valley-Forge sur les pas des Anglais. Le général , Lee, qui commande l'avant-garde, où l'on voit i Lafayette, rejoint les derniers détachements de Clinton aux environs de Monmouth, et les attaque (28 juin 1778). La riposte fut vive, impétueuse. On avait cependant l'avantage; on l'eût gardé si Lee, aussi jaloux et aussi I perfide que Gates, avait suivi ponctuellement et fidèlement les instructions d'un supérieur dont la gloire l'offusquait. Désobéissance voulue et coupable. Elle éloigna la victoire, et permit aux fuyards de recevoir, àMiddletown, leurs convois et leurs bagages. Clinton n'en demandait pas plus. 11 s'esquiva dans la nuit, et parvint à Sandy-IIook. Les navires de l'amiral llowe le transportèrent à New-York.

Washington passa l'Hudson sans coup férir. Le 21 juillet, il campait aux White-Plains, et put avouer : « Après deux ans de marches et de contre -marches, après des vicissitudes si étranges que jamais peut-être aucune guerre n'en a présenté de semblables depuis le commencement du monde, quel sujet de satisfaction et d'étonnement pour nous de voiries deux armées revenues à leur point de départ, et les assaillants réduits, pour se défendre, à recourir à la bêche et à la pioche ! »

Dix jours après l'affaire de Monmouth, on signala, aux habitants de Philadelphie, la flotte française (8 juillet 1778). Le comte d'Estaing, désappointé du

départ des Anglais, vira de bord et parut devant Sandy- Hook, que gardaient neuf vaisseaux de ligne de la Grande-Bretagne. Il se mit en relation avec Washington. Devait-on commencer une action simultanée contre New- York, ou viser le Rhode-Island ? Le premier des deux plans eût été probablement appliqué si le comte d'Estaing, dont les navires accusaient un grand tirant d'eau, n'avait craint de se heurter, en franchissant la passe, à des bancs de sable. L'amiral français se vengea sur les navires marchands anglais, et fît route pour New-Port (Rhode-Island).

La partie de l'État de Rhode-Island située entre le Massachusetts et l'Atlantique, forme le comté de New- Port. La ville de New-Port est située au sud-ouest de l'ile de Rhode. Son port, défendu par les forts Wolcott, Adams et Green, offre un asile sûr aux vaisseaux du plus fort tonnage. La ville, bâlie en amphithéâtre, était, depuis le mois de décembre 1776, au pouvoir des envahisseurs. Défendue par une garnison de quatre mille hommes environ, elle fut bientôt entourée de neuf mille Américains, commandés par le général Sullivan et le marquis de Lafayette, et de quatre mille Français débarqués de l'escadre. L'amiral d'Estaing, sûr de l'emporter, menaça la garnison d'être passée au fil de l'épée si elle détruisait les fortifications. La flotte secondait l'action dès le 8 août, et tout présageait une reddition prochaine, lorsqu'on remarqua, à l'horizon, les forces de l'amiral Howe. Le comte d'Estaing, jaloux de se mesurer avec l'adversaire qu'il n'avait pu inquiéter à Sandy-Hook, et tenant d'ailleurs à profiter de l'avan-

142 GUERRE DE LINDEPENDANCE.

tage du vent, leva l'ancre sans plus tarder (10 août). Au moment où les deux escadres arrivaient à portée de canon, une tempête furieuse s'éleva. On résiste pendant deux jours à la violence de l'ouragan; car on ne veut, ni d'un côté, ni de l'autre, perdre l'occasion qui se présente. Hélas! lorsque la mer s'est apaisée, on ne songe plus qu'à réparer de sérieuses avaries. D'Estaing, sourd aux prières de Sullivan et de Lafayette, qui avaient hâte de reprendre l'attaque de concert, se rend à Boston (29 août) ; Howe retourne à New-York.

Le départ de la flotte française irrita les Américains ; et les assiégeants, informés que les navires delà Grande- Bretagne, radoubés, protégeaient de nouveau la ville, repassèrent le bras de mer, et battirent en retraite. Les assiégés, enhardis, tombèrent sur les Américains à Quaker' s Hill. La retraite se changea en déroute.

Sullivan et ses généraux imputèrent l'échec à D'Estaing. Boston reçut l'amiral par des insultes. Le Congrès s'indigna. Le mot trahison était dans toutes les bouches. Les Français étaient maudits. On avait promis un concours efficace ; et, pour ne pas compromettre quelques vaisseaux, on sacrifiait une armée qui avait coûté aux États-Unis beaucoup d'argent et de soins, et sur laquelle l'opinion publique fondait les plus belles espérances.

Protestations et violences injustes. Elles allaient peutêtre, en froissant une nation susceptible et digne, compromettre l'alliance, pendant si longtemps sollicitée, de la France. Washington est tourmenté, révolté. Dominant, de toute la hauteur de sa belle àme, les passions

grossières de ses compatriotes, il se hâte d'écrire au vice-amiral D'Estaing : « Les ressources d'un esprit aussi éminent que celui de Yotre Excellence, et les qualités d'un grand général, se révèlent bien plus brillamment encore au milieu des revers que dans la victoire. Les éléments conjurés ont pu vous enlever le succès ; ils ne pourront jamais vous dépouiller de la gloire qui vous est due. » ÀLafayette, le général en chef, humilié, disait : « Je souffre, mon cher marquis, je souffre pour vous, pour nos bons et grands alliés les Français; je souffre pour mon pays. Mais, sous un gouvernement libre et républicain, comment réprimer la voix de la multitude? Chacun veut parler comme il pense, ou plutôt sans penser ; chacun veut juger des effets sans considérer les causes. Les reproches qu'on a adressés aux officiers de la flotte française seraient tombés, sans doute, avec bien plus de force sur une flotte américaine, si nous en avions une. Je vous supplie de travailler à guérir la blessure qui a été faite sans intention. Moi, votre ami, je ne doute pas que vous n'employiez tous vos efforts à rétablir l'harmonie, au profit de la gloire et des intérêts mutuels des deux nations. »

La postérité, toujours équitable, a confondu, dans un même sentiment d'admiration, l'homme qui écrivit cette lettre, et l'adolescent qui la motiva.

Les plaintes ardentes, virulentes, émoussaient le

. patriotisme, et l'amiral Howe, secondé parle commo-

dore Byron, se présentait devant Boston. Le comte

d'Estaing trompa leur vigilance, et courut aux Antilles.

Nous avons rappelé plus haut que le général Bur-

*44 GUERRE DE i/lNDÉPENDANCE.

goyne n'avait pas craint d'exciter, contre les Américains, les tribus indiennes du Canada. Cette politique barbare, inhumaine, fit sentir ses contre-coups sur les bords de la Susquehannah, en Pensylvanie. La colonie de Wioming, composée de huit villages peu éloignés les uns des autres, était défendue par des fortins. Les jeunes gens et les hommes valides, au nombre de mille environ, avaient grossi les rangs de l'armée de Washington. Les sauvages de la contrée, poussés par deux Anglais, résolurent de profiter de la faiblesse de Wioming pour l'attaquer. Ils massacrent les gardiens des fortins, égorgent les habitants de la petite colonie, sans reculer ni devant l'âge, ni devant le sexe, incendient les maisons et brûlent les récoltes.

C'est par de telles atrocités que l'Angleterre entendait pacifier les esprits.

Lorsque le Congrès eût renoncé à l'expédition contre le Canada, Lafayette obtint l'autorisation de revenir en France. Il s'embarqua à Boston sur Y Alliance (1 1 janvier 1779). Il n'avait que la mission, qu'Use donnait, de hâter le départ d'un corps d'armée qui affirmât l'observation pleine et entière du traité du 6 février.

V Alliance laissait derrière elle l'anarchie dans le Congrès, l'indifférence et la démoralisation pénétrant chaque jour davantage dans la portion saine du pays, et, pour continuer la guerre, Washington, dont l'influence était ébranlée par les basses convoitises de rivaux avides. Cet honnête homme, si méconnu, écrivait alors : « Si j'avais à peindre le temps et les hommes d'après ce que je vois et ce que je sais, je dirais qu'ils

sont envahis par la paresse, la dissipation et l'extravagance ; que la spéculation, le péculat, une soif insatiable de richesses dominent toutes les pensées et toutes tes classes ; que les disputes de partis et les querelles particulières sont la grande affaire du jour; tandis que .es intérêts d'un empire, une lourde dette toujours croissante, la ruine de nos finances, la dépréciation de notre papier-monnaie, le manque de crédit, toutes les questions vitales, attirent à peine l'attention et sont remises de jour en jour, comme si nos affaires étaient dans l'état le plus prospère. »

Les linances, qui peignent si bien le degré de vitalité d'un peuple, laissaient entrevoir, à courte échéance, la banqueroute.

Le papier-monnaie perdait 20, 40 et même 100 pour 100. Washington ne l'acceptait pas en payement de dettes contractées avant la guerre. Il justifiait ainsi son refus : « Ce ne serait pas servir le pays; ce serait enrichir quelques individus, et assurer le triomphe de l'improbité. Un honnête homme ne peut chercher à payer vingt shillings avec un seul, ou peut-être la moitié d'un seul. » Et, un autre jour, il disait : « On pourrait à peine, avec une charretée de papier-monnaie, se procurer une charretée de vivres. Pouvons-nous, dans de telles conditions, continuer plus longtemps la guerre? Certes non, à moins d'inventer quelque procédé pour relever notre crédit. Sans cela, où trouver des fonds pour faire face aux dépenses actuelles de l'armée? »

L'argent manquait, et l'on ne devait réclamer, des troupes, que l'héroïsme de la résignation. Allez donc

inspirer l'enthousiasme des grandes choses à des hommes que le froid engourdit, et que la faim blêmit. Un jour vint où la seule politique à suivre fut celle-ci : Purger l'armée des éléments indécis, et donner, au noyau restant, une force nouvelle en le disciplinant; s'organiser loin de toute agression, et lasser, en évitant les rencontres décisives, la patience de l'Angleterre.

Programme peu brillant et peu engageant; on l'adopta. Le général en chef, d'après les bureaux, avait sous ses ordres 27,099 hommes, dont 14,998 engagés pour la durée de la guerre, et environ 12,000 sur le point d'être libérés. Mais combien les chiffres officiels s'éloignaient de la réalité ! L'armée anglaise, au contraire, comptait bel et bien 33,458 hommes ,(1" mai 1779).

Washington ne songeait plus à inquiéter les Anglais de New-York et de New-Port. Lorsqu'il parvenait à calmer l'humeur chagrine de ses officiers, il se félicitait. Clinton le provoquait en dévastant le Connecticut ; mais descendre dans la plaine, n'était-ce pas conduire à l'abîme l'armée des États-Unis? Le général, cependant , après avoir châtié les Indiens de l'ouest , repoussa , aux forts de Yerplank et de Stoney- Point, l'agression de Clinton, dont le but apparent était d'occuper les collines qui bordent l'IIudson, et de s'assurer la navigation du fleuve. Stoney-Point fut pris et repris. Les Américains, brillamment conduits par le lieutenant-colonel de Fleury, restèrent maîtres de la position (13 juillet 1779).

Ainsi, Washington couvrait West-Point, et les communications restaient libres entre les États du nord et ceux du sud.

C'est de West-Point que le général en chef avouait ses embarras intérieurs au docteur Cochran, chirurgien en chef de l'armée (16 août 1779). 11 a invité à dîner avec lui madame Cochran et madame Livingston, et se croit moralement obligé de leur dire quels mets les attendent à sa table. Écoutez : « Depuis notre arrivée dans ce bienheureux séjour, nous avons eu un jambon, quelquefois une épaule de cochon salé, pour garnir le haut de la table. Un morceau de bœuf rôti orne l'autre bout, et un plat de fèves ou de légumes, plat presque imperceptible, décore le milieu. Quand le cuisinier se met en tête de briller (je présume qu'il en sera ainsi demain), nous avons en outre deux pâtés de tranches de bœuf, ou deux plats de crabes. On en jette un de chaque côté du plat du milieu, et l'on réduit ainsi à six pieds la distance d'un plat à l'autre, qui sans cela serait presque de douze pieds. Le cuisinier a eu dernièrement l'esprit de découvrir que, avec des pommes, on peut faire des gâteaux. Il s'agit de savoir si, grâce à son génie, nous n'aurons pas un gâteau de pommes au lieu d'un de nos pâtés de bœuf. Si ces dames peuvent se contenter d'un pareil festin et se servir d'assiettes qui, jadis, étaient de fer blanc, mais qui aujourd'hui sont de fer (sans qu'on les ait ainsi changées à force de les nettoyer), je serai heureux de les voir, et je suis tout à vous, cher docteur. »

Comparez cet ordinaire si maigre, si chétif,au menu si abondant et si varié, de l'état-major de HoweàPhila-

delphie ! Les citoyens qui défendent leur pays jeûnent et maigrissent : c'est le devoir. Les étrangers qui envahissent un territoire mangent et s'engraissent: c'est la règle.

Le papier-monnaie, discrédité, avili, conduira- t-il à une débâcle financière, d'où l'honneur du pays ne sortira pas sain et sauf? Le Congrès repousse une telle conjoncture : « Une république sans foi, une république banqueroutière, ce serait une chose sans exemple dans l'histoire du monde. Qu'on ne dise pas, qu'on ne puisse jamais dire que l'Amérique n'a pas été plus tôt indépendante qu'elle est devenue insolvable. »

Cette belle protestation n'empêchait pas les marchands de vendre un objet de 25 francs environ 2,000 francs en papier. On revit, d'ailleurs, cette dépréciation de la 'monnaie fiduciaire dans les États du sud, pendant la guerre de sécession, où l'on payait une paire de bottes \ ,500 dollars.

Clinton, renonçant aux vains simulacres, se frappa le front. On s'obstine à soumettre le nord! système déplorable ; c'est dans le sud qu'il faut porter la guerre. New- York est sur l'Hudson, voie du Canada. On le garde. On laisse le Congrès et Washington écrasés sous le poids de difficultés terribles, et l'on dirige des expéditions sur des points négligés à tort. 2,500 hommes, embarqués à New-York en décembre 1778, étaient descendus jusqu'à la Géorgie, et avaient occupé la ville de Savannah. Le colonel Campbell , bientôt renforcé du général Prévost, avait porté la terreur et la désolation dans la Céorgie et la Caroline du sud.

Le général américain Lincoln, d'abord intimidé, reprit l'offensive avec l'aide des populations, et fit lever le siège de Charleston (mars 1779).

D'autres débarquements furent opérés sur les côtes de la Virginie, à Hampton, Portsmouth, Norfolk, Suffolk.

Les ravages et les déprédations s'exerçaient aussi, naturellement, dans la région plus proche de la Nouvelle-Angleterre, sur les côtes du Massachusetts et du Connecticut.

Où était la flotte française ? D'Estaing triomphait aux Antilles. Imprécations des Américains. On envoie une flotte aux colonies ; et, pendant que les colonies voient s'exercer la colère furieuse et la haine implacable de leurs ennemis, la flotte alliée promène son pavillon au loin ! Le traité du 6 février n'est-il qu'une lettre morte?

A la Martinique, le comte d'Estaing se dispose à reprendre Sainte-Lucie, dont les Anglais se sont emparés. Il se trouve tout à coup en présence des six vaisseaux de l'amiral Barrington. Leur position dans le port n'autorise que l'action des troupes de débarquement. D'Estaing éprouve des pertes sérieuses. Sur la nouvelle que l'amiral Byron arrive au secours de Barrington, il regagne la Martinique, où de Grasse est attendu avec des renforts.

La défaite subie devant Sainte-Lucie fut largement réparée par la conquête des îles de Saint-Vincent et de la Grenade, et par la bataille navale que perdit l'amiral Byron, le 6 juillet. Deux mois après, le 7 septembre,

le marquis de Bouille, commandant de la Martinique, à la tête des régiments de Viennois et d'Auxerrois, ayant pour colonels le marquis du Chili eau et le vicomte de Damas, prend possession de l'île de la Dominique.

Ces succès n'étaient pas inutiles. L'année précédente, la bataille d'Ouessant (27 juillet 1778) restée indécise entre le comte d'Orvilliers et l'amiral Keppel, avait révélé à l'Angleterre que les forces maritimes, organisées par Choiseul, existaient.

Orvilliers, abandonné à ses propres ressources, obligeait Keppel à rentrer au port. Que ne ferait-il pas en s'unissant à l'Espagne? Cette nation, après avoir hésité pendant longtemps, se joignit à la France, et affirma son aide tardive en bloquant Gibraltar. Bientôt, le 25 juin 1779, 34 vaisseaux de ligne espagnols, conduits par don Louis de Cordova, saluèrent les 32 vaisseaux français du comte d'Orvilliers.

L'amiral Hardy, n'ayant pu s'opposer à la "jonction, se retira.

Les 66 vaisseaux français et espagnols allaient protéger la descente de 40,000 hommes en Angleterre. Déjà, le maréchal de Vaux était désigné pour commander l'expédition. Au nombre des officiers généraux qu'il avait sous ses ordres, on remarquait Lafayette, récemment revenu d'Amérique. La flotte fit beaucoup de démonstrations. Elle reconnut Plymouth, et donna la chasse à l'amiral Hardy. Au mois de septembre, elle rentrait à Brest.

Toutes ces diversions inquiétaient l'Angleterre, etser-

vaient la cause de l'indépendance. Mais le patriotisme ardent est jaloux. Les Américains voyaient les possessions anglaises menacées aux Antilles, et ce spectacle ne les attristait pas. Était-ce bien, cependant, pour conquérir les îles de Saint- Vincent et de la Grenade, que la flotte française avait quitté Toulon le 10 avril 1778? Les récriminations redoublèrent.

Le cabinet de Versailles, informé par M. Gérard, suivait les progrès des Anglais dans la Géorgie et la Caroline du sud. L'éloignement de tout obstacle augmentait l'audace du général Prévost et du colonel Campbell, Clinton entretenait leur animosité.

Le gouvernement de Louis XVI ordonna au comte d'Estaing de remonter vers le nord, de reparaître sur les côtes d'Amérique, et d'affranchir la Géorgie des groupes de pillards qui l'infestaient.

D'Estaing exécuta si promptement l'ordre reçu qu'il saisit, à l'embouchure de la Savannah, un vaisseau de ligne et trois frégates de l'amiral Howe. Les Anglais avaient barré le canal avec deux vaisseaux et quatre transports. L'amiral français ne débarqua son matériel, et 3,500 hommes de troupes, que le 12 septembre 1779, sur des bateaux venus de Charleston. Le général Lincoln, à la tête de 950 miliciens, contribua à investir Savannah; et, le 16 septembre, la ville fut sommée de se rendre aux armes de France. La garnison demanda un répit de vingt-quatre heures. Dans l'intervalle, les Américains, prévenus contre leurs alliés, qu'ils soupçonnaient de vouloir conquérir la ville à leur profit, ou par l'effet d'une simple négligence, laissèrent pénétrer des

renforts dans la place, et le général Prévost attendit l'assaut.

On ouvrit la tranchée le 23 au soir. Lorsque le mois d'octobre arriva, les sorties des assiégés et les bombes des assiégeants n'avaient produit aucun résultat. La flotte, privée de tout abri contre les tempêtes de l'équinoxe, souffrait beaucoup. Il fallait s'éloigner au plus tôt d'une rive inhospitalière. On résolut de tenter un grand coup.

Le 9 octobre 1779, le vice-amiral d'Estaing et le général Lincoln, calmes, intrépides, électrisent, par leur exemple , les colonnes d'assaut. On se jette dans les lignes ennemies. Mais le feu des Anglais, violent, continu, met en désordre les assaillants. On recule, on se rallie, et l'on fait un nouvel effort pour être de nouveau repoussé. Deux drapeaux sont plantés sur les remparts, et le comte Pulaski, emporté par son ardeur téméraire, passe au galop de son cheval entre les redoutes. Les Français et les Américains, pendant cinquante-cinq minutes d'un feu terrible , rivalisent de courage.

Attaque vigoureuse et intelligente. La défense ne fut point ébranlée. On sonna la retraite. 637 Français étaient tués ou blessés. On retrouva le cadavre du comte Pulaski. D'Estaing reçut deux blessures. Les Américains eurent 264 hommes hors de combat.

Le général Lincoln se vit bientôt traqué dans la Caroline du Sud.

La flotte française s'éloigna en formant trois divisions. La première, commandée par M. de Grasse, prit

la route de Saint-Domingue ; la deuxième, obéissant aux ordres de M. de La Motte-Piquet, gagna la Martinique; la troisième, ayant pour chef le marquis de Vaudreuil, devait garder l'entrée de la baie de Chesapeak. Le comte D'Estaing revint en France à bord du Languedoc.

Paul Jones, le corsaire américain, usant de représailles, jette la terreur sur les côtes d'Ecosse. Le 23 septembre, à l'heure où l'on ouvrait la tranchée devant Savannah, il prenait deux frégates anglaises.

Le rude combat de Savannah, où périrent tant de Français, amena l'évacuation du Rhode-Island (25 octobre 1779). Conséquence inattendue. Hier, Clinton entendait lancer en Virginie, ou sur l'une des Carolines, ses régiments de New-Port. Aujourd'hui, il rappelle ses troupes près du quartier général. Il sent le besoin de grouper ses forces. Certes, l'amiral D'Estaing n'est pas étranger à ce revirement.

Les Américains, rentrant dans New-Port, laissèrent flotter le pavillon anglais. Des navires, aux riches cargaisons , s'engagèrent dans le port sans méfiance, et furent capturés.

L'Espagne, nous l'avons dit, s'est unie à la France. La Hollande et la Russie, n'ayant pu faire respecter par l'Angleterre les droits des neutres, sont déjà de cœur avec les ennemis de la Grande-Bretagne.

La lutte va peut-être embraser les deux mondes.

La France, en menaçant, aux Antilles, les possessions anglaises, et en versant, à Savannah, un sang précieux, a servi la cause de l'indépendance. "Was-

hington remercie D'Estaing. Mais la nation américaine n'est point satisfaite. Elle réclame de la France, au lieu de navires qui passent, un corps d'armée qui reste ; au lieu d'un secours capable de prolonger l'agonie, une intervention qui relève la patrie mutilée.

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