‹ La guerre de l'indépendanceChapitre 17 sur 40 · L'EMBARQUEMENT DES TROUPES DU GÉNÉRAL DE ROCHAMBEAU · texte numérisé non relu

L'EMBARQUEMENT DES TROUPES DU GÉNÉRAL DE ROCHAMBEAU

Lafayette à Paris. — Qui commandera le corps d'armée en Amérique? — Le lieutenant-général comte de Rochambeau. — Instructions du prince de Montbarey. — Le budget de l'expédition. — Objets à embarquer. — Régiments dirigés sur Brest. — Munitions et matériel tirés de Brest, du Havre, de Saint-SIalo, de Nantes et du Port-Louis. — Noms des principaux officiers qui suivent Rochambeau. — Composition de la flotte. — Le cutter le Serpent voit la flotte prendre la haute mer (la mai 1780). — Ils sont partial

L'Alliance, voguant vers la France, prit terre à la fin de février 1779. Lafayette, l'évadé de 1777, qui sut échapper aux menaces de sa famille et aux rigueurs du roi, réveilla l'enthousiasme. Le public, toujours avide d'émotion, cherchait, dans l'affaire d'Amérique, le sentiment. Il n'avait rencontré jusqu'alors que les spéculations hardies de Beaumarchais. Et le spectacle de l'auteur dramatique , remuant ciel et terre pour réserver aux Américains des armes et des munitions, n'était pas de nature à passionner les masses. Pour activer et précipiter l'intérêt, un personnage manquait : Lafayette. Sa jeunesse, sa bravoure, son éloquence et sa foi, gagnèrent tous les cœurs indécis. On se montra le volontaire blessé sur les bords de la Brandywine. On le félicitait d'avoir mérité l'estime et l'amitié de Washington. L'engouement fut unanime.

Lafayetto, secondé par l'Américain John Laurens, réclama de Louis XVI des troupes et de l'argent.

L'heureuse capitulation de Saratoga avait eu pour conséquence le traité du 6 février. L'insuccès du comte D'Estaing devant Savannah vint imposer au gouvernement de Versailles la nécessité d'exécuter, dans toute l'étendue qu'elle comportait, la convention de 1778.

Plus d'atermoiement. On soutiendra la cause de Tindépendance par une escadre de sept vaisseaux de ligne, un corps d'armée de 10 à 12,000 hommes, et 6 millions en espèces.

Lafayette commandera-t-il l'expédition? Le marquis est bien jeune! La renommée, déjà, lui a souri. Sans doute ; mais la fortune des armes , quand elle est trop rapide, excite l'envie et semble justifier la critique. Les généraux vieillis dans les camps n'obéiront, qu'avec une arrière-pensée de révolte, à l'officier d'hier, dégoûté subitement de la garnison de Metz.

Voilà ce que pense le ministère , et Lafayette , avec une franchise qui l'honore, va au devant de la déclaration des ministres.

Si, cependant, le Français, qui a demandé au Congrès à servir comme volontaire et à ses frais, n'est pas à la tête du corps expéditionnaire, on sera peut-être un peu étonné en Amérique. Lafayette se chargera d'annoncer qu'il a refusé le commandement des troupes françaises, afin de rester le chef d'une division américaine. Cet aveu mensonger éloignera d'autant mieux les soupçons, à l'endroit des intentions delà France, que le général désigné par le gouvernement aura consenti à

servir sous les ordres de Washington. La subordination est indispensable. Le projet contre le Canada vient d'éveiller les craintes patriotiques du généralissime.

Lisez : « A la manière dont le marquis de La-

fayette présentait son plan, il m'avait paru d'abord qu'il en était le seui auteur. Cependant, il n'est pas impossible que cette proposition vienne du cabinet français, et qu'on lui ait donné cette forme pour la faire goûter plus aisément. Je crois lire, sur la figure de quelques personnes, autre chose que le zèle désintéressé de simples alliés. Je désire me tromper. Peutêtre suis-je trop préoccupé de la crainte de quelque malheur; peut-être cette préoccupation a-t-elle excité en moi des sentiments de méfiance sans fondement. Mais, par dessus tout, et en mettant de côté toute autre considération, il me répugne d'augmenter le nombre de nos obligations nationales. »

Afin de calmer des susceptibilités respectables, mais excessives, on confiera le corps français à un homme de guerre expérimenté, qui ne porte aux États-Unis que la volonté bien nette de participer, en auxiliaire soumis et docile, à l'œuvre si laborieusement poursuivie jusqu'ici par le Congrès et l'armée.

Lafayette entendit prononcer le nom du comte de Rochambeau, et se rembarqua à Rochefort sur la frégate l'Hermione (18 février 1780). Il arriva à Roston le 28 avril, avec M. de Corny, commissaire des guerres.

11 était chargé, par le ministre des affaires étrangères , de placer au cap Henry, à l'embouchure de la

Chesapeak et à New-Port, un officier français qui attendrait l'escadre, et fournirait à l'amiral les indications nécessaires.

Presque tous les détails qui vont suivre sur la formation, l'embarquement du corps d'armée envoyé par la France, et la part prise par nos troupes à la guerre de l'indépendance, nous ont été donnés, avec beaucoup de bonne grâce, par M. le marquis de Rochambeau, membre de la Commission française de Philadelphie, et du Comité de l'Union franco-américaine. M. de Rochambeau a mis à notre disposition la correspondance de son illustre aïeul, les instructions du prince de Montbarey, les lettres de Necker, de Washington, du chevalier de la Luzerne, etc., documents précieux qui laissent à l'intervention de la France sa véritable physionomie. Source féconde et vraie. Nous y remonterons avec prudence et discrétion , de manière à ne pas nuire à l'ensemble de l'ouvrage que M. de Rochambeau a l'intention de livrer bientôt à la publicité.

Le 1er mars 1780, le roi Louis XYI signa, et le prince de Montbarey contre-signa, la nomination du comte de Rochambeau. La lettre de service porte que le roi a jugé à propos de rassembler un corps de troupes sous les ordres du lieutenant-général comte de Rochambeau. Sa Majesté « mande et ordonne aux maréchaux de camp, brigadiers, colonels, mestres de camp, officiers du corps royal de l'artillerie et de celui du génie , généraux des vivres et autres commis, capitaines, chefs et conducteurs des gens de guerre, tant de cheval que de pied, français et étrangers qui serviront dans ledit

corps de troupes , et tous autres qu'il appartiendra, de reconnaître ledit comte de Rocliambeau en qualité de commandant dudit corps de troupes, et de lui obéir et entendre en tout ce qu'il leur ordonnera pour le service de Sa Majesté, à peine de désobéissance. »

J.-B. Donatien de Yimeur, comte de Rochambeau, était né à Vendôme en 1725. Il avait donc cinquantecinq ans. De brillantes aptitudes le jetèrent dans le métier militaire en 1742. La campagne de 1744 le forma. Aide de camp du maréchal de Coigny en 1746, il vit le comte de Clermont accepter ses utiles conseils, et favorisa ainsi la prise de Namur. Colonel en 1747, il fut blessé à Laufeld. Le siège de Maëstrich (1748) lui fournit une nouvelle occasion de mettre en relief ses talents spéciaux. L'année suivante, il revenait à Vendôme en qualité de gouverneur. Après la prise de Mahon (1756) il devint brigadier d'infanterie. Plusieurs blessures reçues à Glostercamp (1760) témoignaient de sa valeur. Il était maréchal de camp depuis 1761, lorsqu'il fut promu, en 1780, au grade de lieutenant-général.

Revue incomplète et sèche d'une carrière déjà longue. Elle suffît. Louis XVI avait besoin d'un général habile et loyal. Nous verrons que sa confiance fut bien placée.

Deux portraits de Rochambeau nous représentent une figure sans barbe, aux traits fort accentués, aux yeux pétillants d'intelligence. Sur l'un, nous voyons un brillant colonel; sur l'autre, nous saisissons un vieillard qui ne doit plus être bien éloigné de la Terreur, ni du jour où le bourreau l'empêchera, par ces paroles, de monter dans la charrette des condamnés déjà pleine ;

« Retire-toi, vieux maréchal ; ton tour viendra plus tard. » Ce « tour, » heureusement ne vint pas : Robespierre était tombé.

En acceptant sa nomination, le comte de Rochambeau écrit au roi : « — Je proteste à Sa Majesté que j'emploierai jusqu'au dernier soupir tout mon zèle à la servir en cette commission. » Mais il fait observer à Louis XVI qu'un corps de quatre mille hommes « est bientôt réduit». Pour parer à tous les dangers et à toutes les surprises, il lui faut six mille combattants. <( Un corps de douze bataillons, ou de six mille hommes, a plus de consistance. »

On accorde les douze bataillons d'infanterie. Le comte de Rochainbeau aura avec lui quatre maréchaux de camp. On joindra aux troupes un parc d'artillerie de siège et de campagne. L'expédition sera conduite et protégée par une escadre de six vaisseaux de ligne, que le chevalier de Ternay réunit à Brest, et fera partir dans les premiers jours d'avril.

En adressant au comte de Roehambeau sa nomination officielle du 1er mars 1780, le prince de Montbarey formula, au lieutenant-général, des instructions importantes. Le commandant des troupes françaises sera toujours sous la dépendance hiérarchique de Washington. L'exécution des projets, et des plans de campagne, sera appréciée et ordonnée par le général qu'on va seconder. On cédera le pas et la droite aux Américains. Si des bataillons français se mêlent à des bataillons des États- Unis, le général des insurgeais, à grade égal, aura le commandement. Dans les comptes-rendus de batailles,

dans les capitulations, et dans tous les actes militaires, le général américain et ses soldats seront nommés, et, s'il y a lieu, signeront les premiers. Si l'armée française n'est pas réunie immédiatement à l'armée américaine, on désire que les généraux Washington et Rochambeau restent indépendants l'un de l'autre. « Sa Majesté, disait le prince de Montbarey, s'en remet à la prudence du comte de Rochambeau, à son zèle, à ses connaissances militaires, et, surtout, à sa fermeté, du soin de maintenir les troupes françaises, dont elle lui a confié le commandement, dans la plus sévère et la plus exacte discipline à tous égards, et surtout elle lui enjoint de faire régner, par tous les moyens possibles, la plus grande harmonie et le plus grand concert entre les troupes françaises, les troupes américaines, et tous les habitants soumis ou alliés du Congrès des États-Unis et de l'Amérique septentrionale. »

Préoccupations délicates. Elles trahissaient la franchise et la loyauté du gouvernement. La France allait en Amérique, non pour reconquérir le Canada perdu, mais dans le but unique d'aider l'Amérique à s'affranchir. Voilà ce qu'on rappelait bien haut. Et cette déclaration, dénuée d'artifice, allait pleinement rassurer le soucieux Washington.

Le comte de Rochambeau veillerait à ce que les bataillons ne se disséminent jamais, et forment toujours un corps d'armée. En outre, les troupes françaises devaient se garder elles-mêmes, et s'acquitter du service de sûreté dans les cantonnements, les quartiers ou les camps.

Les États-Unis traversent une crise lamentable. La guerre a éclaté au sein d'une société que l'Angleterre voulait isoler du marché universel. La situation économique, déjà difficile en 177S, s'est compliquée de maux sans nombre. Le dénûment, partout, étale sa face hideuse. On le sait en France, et M. de Vergennes ne manque pas de communiquer au prince de Montbarey les rapports de M. Gérard. Les soldats de Rochambeau recevront, avant de quitter Brest, de quoi répondre, en Amérique, à tous leurs besoins. On les équipe sans lésiner. La prudence l'exige. Ainsi, on n'a rien à demander aux Américains qui, d'ailleurs, manquent de tout.

Ne pourrait-on aller plus loin ? Une idée fort simple se présentait à certains esprits. On appliquerait une partie des fonds, alloués par le Trésor, à constituer un stock de marchandises de première nécessité. Les ballots de drap, de toile, de chaussures, etc., achetés au nom du gouvernement, et embarqués sur la flotte en partance, seraient vendus avec un bénéfice raisonnable en Amérique. Cette vente à des prix modérés, faite sous le contrôle des officiers, serait utile à un pays dévasté, saccagé par un brutal ennemi. Avec les sommes réalisées, ou par simple échange, on se procurerait les denrées nécessaires.

Les dépenses de l'expédition, pendant un an, étaient estimées 7,674,280 livres. La solde et le traitement des officiers généraux de l'état-major, de l'administration, de l'artillerie et du génie, montaient à 4,398,280 livres, sur lesquelles on accordait une avance de trois mois,

ou de 1,060,000 livres. Le surplus, ou 3,298,710 livres, devait être converti en piastres et porté à bord des navires du chevalier de Ternay. On envoyait d'avance, en piastres, 50,000 livres. On dépensait, en France, 1,060,000 livres en acquisitions de denrées et d'effets nécessaires aux soldats dirigés sur Brest, et l'on gardait 966,000 livres pour acquitter les traites délivrées en Amérique par le trésorier de l'armée. Dans ce budget, on convertissait en marchandises 1,200,000 livres,

Le gouvernement approuva l'ensemble du mémoire, à l'exception de l'article relatif aux marchandises. Sur les 1,200,000 livres, on prit 340,000 livres destinées à renouveler l'habillement des troupes, et le reste, c'està-dire 860,000 livres, fut converti en piastres et en> barque.

D'après les conseils de Lafayette, on devait emporter de la cavalerie, des mortiers, se munir d'une certaine quantité de pierres à fusil, se procurer des harnais de rechange pour les chevaux d'artillerie, et emmagasiner à bord des vivres. L'approvisionnement consisterait ■ surtout en farine et en biscuit. On mettrait, à fond de cale, de la brique pour construire les fours. Dans tout ce qui touchait à l'équipement du soldat, on aurait soin d'acheter du tricot pour culottes, de la toile pour guêtres et chemises, du cuir pour souliers, des étoffes pour habillements, des chapeaux, du fil, des aiguilles, des couvertures, des tentes, des marmites, des bâtons de tentes, des bidons, des gamelles et des outils de toute espèce. En outre, les sacs des troupiers seraient bien garnis.

i G i GUERRE DE L'INDÉPENDANCE.

On se promettait de n'oublier ni la copie de l'atlas apporté de Philadelphie par le même Lafayette, ni l'imprimerie portative dont se servait M. d'Estaing, et qui avait permis à l'amiral de tirer fort commodément ses proclamations.

Les régiments dirigés sur Brest comprenaient : Bourbonnais, Neustrie, Soissonnais, Saintonge, Anhalt et Boyal-Deux-Ponts. Et puis, la légion de Lauzun, de l'artillerie, du génie, un équipage de campagne et un équipage de siège.

On commença par emprunter à L'arsenal de Brest 20 canons (12 de 24, 8 de 16), 4 obusiers de 6 pouces, 4 mortiers de 12 pouces, 16 affûts à canon de 24, 10 affûts à canon de 16, 3 affûts pour obusiers, 5 affûts pour mortiers, 12,000 boulets de 24, 8,000 boulets de 16, 4,000 obus de 6 pouces, 3,300 bombes de 12 pouces, 2,000 fusées à bombes de 12, 1,700 fusées à bombes de 8 et 140,000 livres de poudre.

On prit au Havre 2 obusiers de 8 pouces et 3 affûts, 4 mortiers de 12 pouces et 5 affûts, 300 bombes de 12 pouces, 1,400 obus de 8 pouces, 2,000 grenades, 3,000 fusées à bombes, 10 chariots à canons, 20 charrettes à boulets, 8,400 outils, L50,000 sacs à terre, un gril à boulet rouge.

On eut à Saint-Malo 4 mortiers de 8 pouces, 5 affûts, 3,800 bombes, 4,400 gargousses à canon de 24, 3,000 à canon de 16, 2,000 gargousses à fusées à bombes de 12, 2,800 à fusées à bombes de 8.

Nantes fournit 10,000' livres de charbon, 60,000 livres de poudre, 30,000 livres de plomb en balles.

Et l'on retira du Port-Louis 100,000 livres de poudre.

Le comte de Rochambeau allait donc prendre la mer avec 20 canons, 6 obusiers, 12 mortiers, 39 affûts, 7,400 bombes, 5,400 obus, 20,000 boulets, 12,200 gargousses, 2,000 grenades, 6,700 fusées, 300,000 livres de poudre, 30,000 livres de plomb pour balles, 10,000 livres de charbon, 10 chariots à canons, 20 charrettes à boulets, 50,000 sacs à terre, 8,400 outils et un gril à boulet rouge.

En peu de temps, le ministre de la guerre, stimulant partout, dans son département, l'activité, avait concentré à Brest les troupes, les munitions et les approvisionnements. Dès les premiers jours d'avril, le rôle de la marine commençait. De ce côté, on subit des retards. La flotte de M. de Guichen, partant pour les Antilles, avait dépeuplé la rade de Brest. Où trouver des transports? On écrivit à Bordeaux. Le contingent qu'on expédia de la Gironde fut arrêté par des vents contraires. On finit par découvrir quelques mauvais bateaux à Saint-Malo.

On perdait, malgré tout, des heures précieuses. Une escadre anglaise allait mettre à la voile. Elle croiserait quelque part, attendant l'expédition.

Et puis, les nouvelles d'Amérique étaient mauvaises. Le comte de Rochambeau reçut l'ordre d'embarquer immédiatement le plus de troupes qu'il pourrait placer à bord des navires disponibles, et de cingler vers l'ouest. On s'engageait à lui envoyer prochainementles bataillons qu'il laisserait en France.

Le 12 avril 1780, le général écrivait au prince dV Montbarey : « Tout notre embarquement est fini, et si le temps se nettoie, j'irai coucher abord du Duc de Bourgogne au plus tard demain, pour profiter, sous les ordres du chevalier de Ternay, dupremiervent dunord... Toutes les nouvelles des neutres et des parlementaires de la Mr ache sont que l'ennemi n'est pas encore prêt. »

Le grand état-major de l'expédition était ainsi composé :

Le comte de Rochambeau, lieutenant-général, commandant en chef;

Le baron de Vioménil, commandant en second ; le comte de Vioménil, le chevalier de Chastellux, majorgénéral, tous trois maréchaux de camp ;

De Béville, brigadier, maréchal général des logis;

M. de Ghoisy, brigadier de dragons, n'arriva que plus tard, avec les frères Berthier, le vicomte de Melfort et M. Desoteux.

De Tarlé, commissaire ordonnateur;

Blanchard, commissaire principal des guerres;

Les commissaires étaient MM. De Corny, adjoint à Lafayette, de Villemonzy, Dujardy, Chesnel, Gau.

Le général en chef avait pour aides de camp :

MM. de Fersen, de Damas, Ch. de Lameth, de Closen, Dumas, de Lauberdières, de Vauban.

Ajoutez, comme ayant fait partie d'un autre convoi ou n'ayant exercé les fonctions que postérieurement: les frères Berthier, le vicomte de Rochambeau, Cromot Dubourg, Collot et de Charlus.

Les aides de camp de M. de Vioménil furent 1M. de Chabannes, de Pangé, Ch. d'Olonne.

Ceux de M. de Chastellux: MM. de Montesquieu et ^ynch.

Citons les noms des officiers d'artillerie :

MM. d'Aboville, lieutenant-colonel, ancien chef de Drigade au régiment d'Auxonne;

Goulet de La Tour, lieutenant-colonel au 2e bataillon i'Auxonne ;

Nadal, directeur du parc;

Lariès, major d'équipage ;

De Mauduit-Duplessis, aide-major ;

Lamartinière et Jumecourt, capitaines en second;

Gem, commissaire d'artillerie.

Dans le génie, nous remarquons :

MM. Des Androuins, colouel;

Querenet, lieutenant-colonel ;

Palys, major;

Dayré, Crublier d'Opterre, Garavaque, baron de Turpin, capitaines;

Bonau et Plancher, lieutenants.

Les régiments réunis à Brest avaient pour colonels:

Bourbonnais : le marquis de Laval et le vicomte de

Rochambeau;

Royal-Deux-Ponts : Christian et Guillaume de Deux- Ponts ;

Saintonge : le comte de Custine, le vicomte de Char-

lus;

Soissonnais : de Saint-Mesme, vicomte de Noailles;

Légion de Lauzun: le duc de Lauzun, le comte Arthur Dillon.

Ajoutez à tous ces noms :

Coste, médecin principal;

Robillard, premier chirurgien :

Daure, régisseur des vivres;

Demars, régisseur des hôpitaux;

Bouley, trésorier;

Chevalier de Tarlé, de Ménonville, aides-majors généraux ;

De Béville fils, Collot, aides-maréchaux généraux des logis.

La flotte, sous la direction du chevalier de Ternay, dont le pavillon amiral flottait sur le Duc de Bourgogne, vaisseau doublé en cuivre, de 80 canons, était ainsi composée :

Neptune, doublé en cuivre, 74 canons, capitaine Destouches;

Conquérant, 74 canons, capitaine La Grandière;

Provence, 64 canons, capitaine Lombard;

Éveillé, doublé en cuivre, 64 canons, capitaine de Tilly;

Jason,Gb canons, capitaine La Clochetterie;

Ardent, 64 canons, capitaine Chevalier de Marigny ;

Les frégates la Surveillante etf Amazone obéissaient à MM. Sillart et La Pérouse.

La frégate la Bellone rentra au port et y resta.

Le cutter la Guêpe était conduit par le chevalier de Maulevrier. Un autre cutter l'accompagnait, le Serpent.

LES FRANÇAIS EN AMÉRIQUE. i GO

On avait recueilli trente-six transports, parmi lesquels le baron d'Arrêts, Y Écureuil, le Lutin, la Loire, la Comtesse de Noailles et la Vénus.

Un vieux vaisseau, le Fantasque, portait le trésor et la grosse artillerie. Il devait servir d'hôpital.

Le tout formait une division navale de quarante-huit navires.

Cela ne suffisait point pour embarquer tout le monde. On fut contraint de laisser à Brest les régiments de Neustrie et d'Anhalt, une partie du régiment de Soissonnais, 400 hommes de la légion de Lauzun. On ne prit qu'un détachement d'artillerie, avec le matériel indispensable, et qu'un bataillon du génie.

On réservait à la deuxième division 1,575,000 livres. Le trésorier de l'armée suivait le comte de Rochambeau avec 2,625,000 livres en piastres, ainsi que le constate une lettre du général à Necker, du 12 avril.

Dès le 12, on n'attendait plus qu'un vent favorable.

Le 16, on leva l'ancre. Mais le vent tourna subitement à l'ouest, et l'on remouilla dans la rade deBertheaume. Enfin, le 2 mai, à bord du Duc de Bourgogne, le comte de Rochambeau eut la satisfaction d'écrire au prince de Montbarey : « Nous appareillons à cinq heures du matin par une première pointe de vent du nord... » Il annonçait, le lendemain 3 : « Nous avons eu la plus belle partance, et nous naviguons par le meilleur vent de Nord-Est, et traversons le golfe avec le temps que nous pouvions désirer... »

Le chevalier de Ternay avait ouvert la marche avec le Duc de Bourgogne, le Neptune et le Jason. Après avoir

franchi le goulet, on traversa, faisant voile vers le Sud, le passage duRaz.

On allait doubler le cap lorsque, tout à coup, le 5 mai, s'éleva un vent contraire. On dut louvoyer, pendant quatre jours, dans le golfe de Gascogne. Il semblait qu'on n'atteindrait jamais ni la Chesapeak, ni le Rhode- Island lorsque, le 15 mai 1780, le cutter le Serpent se dirigea vers la côte française, et fit parvenir au prince de Montbarey cette lettre du général de Rochambeau : « Enfin, après quinze jours de vents contraires, nous parviendrons, je crois, aujourd'hui, à doubler le cap Finistère. Il y a eu trois vaisseaux de démâtés par un coup de vent de leur mât d'hune... Je ne vois pas qu'il y ait d'aussi malades que ceux qui le sont de la mer, parmi lesquels le marquis de Laval et mon fils jouent le principal rôle à notre bord... »

Ils sont partis !

Tous ne reviendront pas; mais, plus tard, dans un siècle, si le soc de la charrue se heurte, là-bas, à des ossements blanchis, l'Américain de l'âge futur, citoyen d'une République heureuse et prospère, se souviendra de la France.

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