JOURNÉE DU
Maréchal de camp : le comte de Vioménil.
L'assaut général! Il va être livré. Peut-être l'ordre en est-il déjà donné. On résistera, et l'ardeur des assiégeants viendra se heurter contre l'héroïsme des assiégés. Des deux côtés, on fera son devoir. Mais Cornwallis, mû par un bon sentiment, songe à épargner un sacrifice inutile de vies humaines. Sauver l'honneur, c'est bien ; mais sauver des braves gens dont la mort ne modifierait en rien la situation de l'armée anglaise en Virginie, c'est mieux.
Cornwallis raisonne ainsi. Et après avoir constaté que ses hôpitaux sont pleins, que ses arsenaux et ses magasins sont vides, il envoie, à dix heures du matin, un parlementaire à Washington.
Le temps n'est plus où l'un des frères Ilowe, où un amiral de la Grande-Bretagne, écrivait à monsieur Washington. Aujourd'hui, le général anglais, que menace la famine, se rappelle qu'il a devant lui un général américain.
Cornwallis demandait une suspension d'armes de vingt-quatre heures. Mais sa lettre, bien que polie, était si peu nette, et laissait soupçonner tant de réticences, que Washington, après avoir fait cesser le feu, n'avait pas hésité à continuer les hostilités.
A quatre heures, nouveau parlementaire. Cette fois,
demande expresse de capitulation. Les batteries se taisent. Il ne reste plus qu'à fixer les conditions.
On choisit trois délégués représentant, l'un, l'armée américaine, le colonel Laurens ; l'autre, l'armée française, le vicomte de Noailles ; et le troisième, la marine française, M. de Grouchain.
"Ces trois officiers devaient régler les détails de l'acte proposé, de concert avec des officiers anglais désignés par lord Cornwallis.
L'ennemi, auquel on ne pouvait raisonnablement refuser les honneurs de la guerre, voulait sortir de la ville tambours battants et enseignes déployées. Devaiton lui accorder pareille satisfaction ? Washington et ses généraux, fort peu enclins à ajouter à l'humiliation d'un courageux adversaire, disaient oui. Rochambeau et son état-major eussent fait appel à la générosité des Américains si quelque hésitation s'était manifestée. On allait accéder à la prière de Cornwallis lorsque, tout à coup, se montra Lafayette.
Accorder un tel privilège au vaincu! y songe-t-on? Mais de quelle manière le général Lincoln est-il sorti de Charleston? En se voyant refuser l'autorisation de jouer un air national, et ens'obligeant à tenir plies, le long des hampes, les drapeaux américains. Si Lincoln a subi cet outrage, pourquoi Cornwallis serait-il mieux traité que le brave défenseur de Charleston ? La guerre n'est peut-être pas finie. Il faut user de représailles, et décider qu'Yorktown se rendra aux conditions qui furent imposées à la ville de la Caroline du Sud encore au pouvoir des Anglais.
316 GUERRE DE LINDÉPENDANCE.
Le jeune général, qu'aucun motif d'animosité contre Cornwallis n'inspirait d'ailleurs, fut écouté, compris et applaudi. La garnison d'Yorktown dut se préparer à la résignation.
Le 19 octobre 1781, à midi, on signa les articles de la capitulation. A une heure, deux redoutes de la place reçurent un détachement américain et des grenadiers français. A deux heures, la garnison, tambours battants, mais drapeaux ployés, et portant l'arme au bras, défila entre les Américains et les Français formant deux haies. Elle déposa ses armes dans une plaine, sous les yeux du général Lincoln, On permit aux officiers de garder leurs épées.
Cornwallis avait à remplir un devoir pénible. Il eut soin de se trouver indisposé, et se fit substituer par le général O'Hara.
L'adjudant-général Dumas reçut l'ordre de diriger les troupes prisonnières sur l'endroit où stationnait Lincoln. Il salua O'Hara, et se plaça à sa gauche. Il fut bientôt interpellé en ces termes : «Où se tient le général Rochambeau? » Dumas répondit : « A notre gauche; à la tête de la ligne française. »
O'Hara parcourut la distance qui le séparait encore du général.
Rochambeau raconte : « Il me présenta son épée. Je lui montrai, vis-à-vis de moi, le général Washington à la tête de l'armée américaine, et lui dis que, l'armée française étant auxiliaire dans ce continent, c'était au général américain à lui donner ses ordres. »
O'Hara allait tirer son épée, et la tendre au général
en chef. Washington, qui devinait l'intention, fit un signe négatif et dit : « Never from such good a hand, jamais d'une aussi brave main. »
La garnison de Gloucester était également prisonnière. Elle défila dans les conditions imposées aux troupes d'Yorktown, devant M. de Choisy et le duc de Lauzun. La cavalerie avait l'épée nue; les trompettes sonnaient.
Tarleton put enfin serrer la main du « duc français ' .»
1. Voici le texte de la capitulation d'Yorktown, traduit par le comte de Rochambeau sur l'original laissé entre les mains du Washington :
Articles de la capitulation faite entre Son Excellence le général Washington, commandant en chef les forces combinées d'Amérique et de France, Son Excellence le comte de Rochambeau, lieutenantgénéral des armées du roi de France, grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant les troupes auxiliaires de Sa Majesté Très-Chrétienne en Amérique, et Son Excellence le comte de Grasse, lieutenant-général des armées navales de Sa Majesté Très- Chrétienne, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, commandant en chef l'armée navale de France dans la baie de Chesapeak, d'une part ;
Et très-honorable le comte Cornwallis, lieutenant-général des forces de Sa Majesté britannique, commandant des garnisons d'York et de Gloucester, et Thomas Symonds, esquive, commandant les forces navales de Sa Majesté britannique dans la rivière d'York, en Virginie, de l'autre part.
Art. 1er. — Les garnisons d'York et de Gloucester, y compris les officiers et matelots des vaisseaux de Sa Majesté britannique ainsi que tous autres marins, se rendront prisonniers de guerre aux forces combinées de l'Amérique et de la France : les troupes de terre seront prisonnières des États-Unis ; toute la marine sera prisonnière de l'armée navale de Sa Majesté Très-Chrétienne. — Accordé.
Aut. 2. — L'artillerie, les armes, l'habillement, le trésor militaire et les magasins publics de toute espèce que ce soit seront remis, fans aucune déprédation, aux chefs des différents départements appointés pour les recevoir. — Accordé.
Art. 3. — A midi, aujourd'hui, les deux redoutes sur le flanc gauche d'York seront délivrées, l'une à un détachement d'infanterie
On fit 7,198 prisonniers, dont 1,000 matelots environ, recueillis par les équipages français, et 6,198 hommes attribués aux États-Unis. Les troupes de terre appartenaient au 1er bataillon des gardes du roi George III, aux 17e, 23e. 33e et 45e régiments d'infan-
américaine, l'aulre à un détachement de grenadiers français ; la garnison d'York marchera jusqu'à un endroit dont il sera convenu, en avant des postes, l'arme au bras, les drapeaux dans leur étui et les tambours battant une marche, soit anglaise, soit allemande. Ils mettront bas leurs armes et retourneront à leur camp, où ils resteront jusqu'à ce qu'on 1rs fasse partir pour l'endroit de leur destination. Deux ouvrages de Gloucesler seront délivrés, à une heure après-midi, à des détachements des troupes françaises et américaines envoyés pour s'en emparer ; la garnison sortira à trois heures après-midi : la cavalerie aura l'épée nue, les trompettes sonnant, et l'infanterie défilera comme celle d'York : ils retourneront à leur camp, jusqu'à ce qu'ils l'aient entièrement évacué. — Accordé.
Art. 4 . — Les officiers garderont leurs épées. Les officiers et soldats conserveront leur propriété particulière de toute espèce : aucune partie de leur bagage ne pourra jamais être assujettie, non plus que leurs papiers, à rire recherchée ni inspectée. Le bagage et les papiers des officiers et soldats (iris pendant le siège leur seront aussi conservés; il est sous-entendu que la propriété des habitants de cet État qui serait entre les mains de la garnison d'une manière visible peut être réclamée. — Accordé.
Art. 5. — Les soldais resteront en Virginie, Maryland ou Pensylvanie, et resteront par régiment, autant qu'il sera possible ; ils auront les mêmes rations qui sont accordées aux soldats au service de l'Amérique. Un ofïicier supérieur de chaque nation, anglaise, anspach et hessoise, et d'autres officiers, sur leur parole, dans la proportion d'un par cinquante hommes, auront la liberté de résider auprès de leurs régiments, de les visiter souvent et d'être témoins de leur traitement; ces officiers recevront et leur distribueront l'habillement et les autres choses nécessaires ; on accordera des passeports pour cela, quand ils seront demandés. — Accordé.
Art. (i. — Le général, les employés civils et les autres officiers qui ne seront point employés comme il est dit dans l'article ci-dessus, qui le désireront, auront la permission d'aller, sur leur parole, en Angleterre, à New-York ou à tout autre poste de l'Amérique, maintenant en la possession des forces anglaises, à leur option. Le comte de Grasse
terie, aux 75e, 76e et 80e régiments des montagnards écossais, aux éclaireurs de la légion anglaise, aux forestiers de la reine, aux régiments hessois du prince héréditaire et aux régiments allemands d'Anspach et de Bayreuth. En ajoutant, aux 7,198, les 68 prisonleur donnera les vaisseaux nécessaires pour les transporter à New-York dans dix jours, à compter de la présente date', s'il est possible, comme parlementaires; ils demeureront dans un endroit dont on conviendra jusqu'à ce qu'ils s'embarquent. Les officiers du département civil de l'armée et de la marine sont inclus dans cet article; on donnera des passeports pour aller par (erre à ceux auxquels on ne pourra point fournir de vaisseaux. — Accordé.
Akt. 7. — Les officiers auront la permission de garder des soldats auprès d'eux comme domestiques, selon ce qui se pratique ordinairement dans le service : les domestiques qui ne seront pas soldats ne seront pas regardés comme prisonniers et pourront aller avec leurs maîtres. — Accordé.
Art. 8. — La Bonnetta, sloop de guerre, sera équipée et commandée par son capitaine et son équipage, et laissée entièrement à la disposition de lord Cornwallis, du moment que la capitulation sera signée; elle prendra à bord un aide de camp pour porter des dépêches au chevalier Henry Clinton. Les soldats qu'il jugera à propos d'envoyer à New-York pourront partir sans être examinés, quand les dépêches seront prêles. Sa Seigneurie s'engage de son côté que le vaisseau sera rendu à l'ordre du comte de Grasse, s'il échappe aux dangers de la mer, qu'il n'emportera aucun des effets publics, qu'on tiendra compte de ceux de l'équipage ou des soldats passagers qui manqueront quand on les rendra. — Accordé.
Art. 9. — Les marchands conserveront leur propriété et auront l'espace de trois mois pour en disposer ou l'emporter. Ils ne seront point considérés comme prisonniers de guerre.
Art. 9. — Les marchands pourront disposer de leurs effets ; l'armée alliée aura le droit de péremption. Les marchands seront considérés comme prisonniers sur parole*.
Art. 10. — Les natifs ou habitants de ce pays- ci, dans ses différentes parties, à présent dans York ou Gloucester, ne seront point punis pour avoir joint l'armée anglaise.
* Les articles en italique ont été modifiés par 'Washington : ils portent les mêmes numéros que les articles qu'ils remplacent.
niers du siège et 1,875 malades, on arrive à 9,131, chiffre qui dépasse de 24G les 8,883 Anglais constatés officiellement en Virginie, le 1er septembre 1781.
On s'enrichit de 274 canons, dont 75 en fonte, de 22 drapeaux, de 7,320 fusils et de 457 chevaux. En outre, de 40 bâtiments, dont 5, à l'exemple de la Guadeloupe, récemment incendié, avaient des canons.
Les régiments anglais furent divisés en petits corps, et internés dans les États de la Virginie, du Maryland et de la Pensylvanie.
Art. 10. — On ne peut consentir à cet article, il est entièrement du ressort civil.
Art. 11. — On fournira des hôpitaux pour les malades et les blessés ; ils seront soignés par leurs propres chirurgiens, sur leur parole, et on leur fournira des médicaments el des provisions des hôpitaux américains.
Art. II. — Les magasins des hôpitaux qui sont à présent dans York et Gloucester seront délivrés pour l'usage des blessés et malades anglais. On accordera des passeports pour leur procurer d'autres provisions de New-York, selon que l'occasion l'exigera. On fournira des hôpitaux pour les malades et les blessés des deux garnisons.
Art. 12. — On fournira des chariots pour porterie bagage des officiers qui resteront avec les soldats, et des chirurgiens, quand ils seront en marche, pour soigner les blessés. Cette dépense sera aux frais du public.
Art. 12. — On fournira des chariots, s'il est possible.
Art. 13. — Les vaisseaux et bateaux, dans les deux ports, avê'c toutes leurs provisions, canons el agrès, seront délivrés dans l'état où ils sont à un officier de la marine qui sera appointé pour cela. On débarquera auparavant la propriété des particuliers qui avait été mise à bord pour sa sûreté pendant le siège. — Accordé.
Art. 14. — On ne violera aucun article de la capitulation, sous prétexte de représailles : s'il y a quelque expression douteuse, elle sera interprétée selon le sens de la teneur ordinaire des mots. — Accordé.
Fait aux tranchées devant Yorktown, en Virginie, le 19 oclobre 17 81. ConNWALus; Tho. Stmonds ; George Washington;
le COMTE DE Ror.HAMBEAU ; le COMTE tiE BaRUAS, en
mou nom et celui du comte de Grasse,
Le 19 octobre, Washington annonça en ces termes, au président du- Congrès, le grand événement qui allait peut-être mettre fin à la guerre : « J'ai l'honneur d'informer le Congrès que la reddition de l'armée anglaise, sous le commandement de lord Cornwallis, s'est trèsheureusement effectuée. L'ardeur inébranlable, dont chaque officier et chaque soldat de l'armée combinée a fait preuve dans les ciïconstances actuelles," est la cause principale qui a produit cet événement important^ une époque plus rapprochée que ma confiance la plus absolue ne pouvait l'espérer. L'esprit tout particulier d'émulation, qui animait l'armée depuis le commencement de nos opérations, m'avait donné la plus vive satisfaction et fait entrevoir les plus heureux présages de succès. »
Washington fit porter sa dépêche à Philadelphie par le colonel Tilghman. Le courrier entra dans la ville à minuit, au grand galop de son cheval. Il se dirigea immédiatement vers la demeure de Mac-Keân, président du Congrès.
Le cavalier secoue la porte avec tant de violence qu'il ébranle toute lamaison;et,danslacrainte queMac-Kean n'ait le sommeil trop lourd, il accompagne ses coups de pied et de poing de ces mots articulés d'une voix de stentor : Cornwallis is taken! « Cornwallis est pris. »
Bientôt, une tête encapuchonnée se hasarde. Qu'y a-t-il?
On pardonna au colonel de s'être annoncé d'une façon si bruyante.
Le veilleur de nuit, le watchmann, avait entendu
322 GUEBRE DE L'INDÉPENDANCE.
Tilghman. A une heure du matin, il cria : It is one. o'clock and Cornwallis is taken, il est" une heure, et Cornwallis est pris.
Des fenêtres s'ouvrent. La nouvelle se répand. Cornwallis pris? Est-ce possible? oui. Le président du Congrès vient d'être informé. On s'habille à la hâte. On prévient les voisins qui ne savent rien encore. Et les rues, tout à l'heure sombres et paisibles, sont maintenant éclairées de lumières qui vont, viennent, baissent, s'agitent, se croisent et se multiplient de minute en minute. Mille cris joyeux. Le gardien du state-honse, un vieillard, fut réveillé. Et la cloche qui avait annoncé, cinq ans auparavant, la signature de la déclaration d'indépendance, tinta de nouveau. La voix grave du canon vint se mêler aux détonations d'artifice.
L'aurore fut témoin des actions de grâces d'un peuple formé dans la tourmente. On remerciait Dieu. Le God juste et bon n'était plus insensible.
Tout danger avait-il disparu?
Le Congrès vota des remerciements à Washington, à Rochambeau, au comte de Grasse et à tous les officiers et soldats. Il offrit, au général en chef, deux drapeaux, et à MM. de Rochambeau et de Grasse, chacun deux pièces de canon.
Le colonel Tilghman, pour avoir failli enfoncer la porte de Mac-Kean, reçut un cheval richement harnaché et une épée de prix.
Le Congrès résolut encore de faire ériger à Yorktown une colonne de marbre incrustée d'emblèmes destinés à perpétuer le souvenir de l'alliance des Etats-Unis et
de la France. On rappellerait, par une inscription, les principaux événements du siège et la capitulation.
Le 20 octobre, Washington signa cet ordre du jour : « Demain, le service divin aura lieu dans les brigades et divisions. Le commandant en chef recommande instamment aux troupes qui seront libres ce jour-là de ne pas se départir de cette joie sérieuse et de cet élan de cœur que nous impose le sentiment de tant de preuves d'étonnante protection dont nous a comblés la Providence l. »
1. Washington était très-pieux. Voici quelques document? qui ne laissent, à cet égard, aucun doute.
« Ordre du jour du 9 juillet 1776 s L'honorable Congrès continental ayant décidé qu'il serait donné un chapelain à chaque régiment, les colonels ou officiers-commandants sont invités, en conséquence, à chercher des ministres du culle qui soient connus par leurs vertus et leur vie et à veiller à ce que les soldats les respectent comme ils le doivent. La bénédiction et la protection de Dieu sont toujours nécessaires; mais surtout dans les temps de crise et de danger public. Le général espère et compte que tout oflicier ou soldat sViïbrcera de vivre ci d'agir comme il convient à un chrétien qui défend les droits chéris et les libertés de la patrie. »
« Ordre du jour du 3 août 177G : A l'avenir, et jusqu'à nouvel ordre, le général dispense les troupes du service pour chaque dimanche, aQn qu'elles puissent observer leurs devoirs religieux et prendre quelque repos après les grandes fatigues qu'elles ont essuyées; il n'y a d'exceptions que pour certains cas extraordinaires. Le général est fàciié d'apprendre que l'habitude absurde et coupable de proférer des malédictions et des jurements presque inconnus autrefois à l'armée américaine devient une espèce de mode. 11 espère que les officiers s'efforceront d'y mettre un frein, tant par leur exemple que par leur influence, et qu'eux et leurs soldats songeront que nous n'avons pas à attendre, pour le succès de nos armes, la bénédiction du ciel si nous l'insultons par notre impiété et notre folie; outre que ce vice est si vulgaire et si bas sans être racheté par aucun attrait, que roi;! homme de sens et de cœur le déteste, et le méprise. »
« Insiructions aux brigadiers généraux, 26 mai 1777 : Quête vice
Pour la plupart des généraux et des officiers anglais, les Américains, malgré la sympathie qu'ils avaient éveillée chez une grande nation, n'avaient pas cessé d'être des insurgents armés contre le pouvoir légitime de George III. Et c'était au chef de ces bande. qu'O'Hara avait présenté son épée!
Le dépit, chez les vaincus, était grand. On rendait justice aux Français; mais on gratifiait les Américains de critiques sanglantes.
Trois aides de camp, au nom de "Washington, de
el l'immoralité de toute nature soient, autant que possible, bannis dt voire brigade, el puisqu'un chapelain est accordé à chaque régiment veillez à ce que les homnies assistent régulièrement au service divin. Tous les jeux sont expressément défendus; car c'est la source du mal. el plus d'un brave et honnête officier leur a dû sa ruine. »
« Ordre du jour du 17 décembre 17 77 : C'est demain le jour marqué par l'honorable Congrès pour des actions de grâces à rendre publiquement à Dieu. Le devoir nous appelant tous à exprimer humblement notre reconnaissance envers la Providence qui a tant de fois béni nos drapeaux, le général ordonne que l'armée restera dans les quartiers qu'elle occupe, €t invite les chapelains à célébrer le service divin pour les divers régiments et brigades; il exhorte instamment tous les ofliciers et soldats dont l'absence n'est pas indispensable à assister avec recueillement à cette solennité. »
Jared Sparks ajoute, à ces écrits, une lettre de la tille adoplive de Washington :
« Le général Washington se rendait à l'église d'Alexandrie, lorsque le temps el l'état des routes lui permettaient de faire à cheval une course de dix milles. A New-York et à Philadelphie, il ne manqua jamais d'aller à l'église le matin à moins d'en être empêché par une indisposition. 11 passait l'après-midi chez lui, clans sa chambre, le soir en famille et sans autre compagnie.» Quelquefois, un vieil ami intime était invité à venir causer une heure ou deux avec nous: mais le dimanche tous les visiteurs étaient exclus. Personne, dans l'église, n'apportait au service plus de gravité et de recueillement. Ma grand' mère, qui était très-pieuse, ne se départit jamais de ses habitudes d'enfance. Elle s'agenouillait toujours. Le général, suivant la coutume
Rochambeau et de Lafayette, se rendirent près de lord Cornwallis. On s'informait de la santé du général. C'était poli. Le malade pria le major Washington, envoyé par Lafayette, de rester. Et, dominant sa douleur, 'le lieutenant de Clinton mettait tous ses soins et toute son éloquence à bien prouver au neveu du général en chef qu'il ne s'était rendu qu'à la dernière extrémité.
On voulut adoucir l'amertume de ses regrets. On l'invita, le 22, à dîner chez le comte de Rochambeau.
Cornwallis, que Lauzun avait cependant égayé la"
'd'alors, restait debout. Les dimanches où l'on communiait, il quittai I l'église avec moi après la bénédiction et retournait au logis. Nous renvoyions ensuile <la voilure pour prendre ma grand'mère. Il avait l'habiludede se retirer dar.ssabibliothèque versneuf ou dix heures etd'y passer une heure avant de rentrer dans sa chambre. Il se levait toujours avant le soleil, et restait dans sa bibliothèque jusqu'à ce qu'on l'appelât pour le déjeuner. Je n'ai jamais été témoin de ses dévotions parliculières et ne m'en suis jamais enquise. J'aurais regardé comme la plus grande hérésie le moindre doule sur sa ferme croyance au christianisme. Sa vie, ses écrits, tout prouve qu'il était bon chrétien. Ce n'était pas non plus un de ces hommes qui agissent ou prient pour
être vus. C'est en secret qu'il communiait avec Dieu Celait un
homme silencieux et réfléchi. Il parlait peu et n'ouvrait jamais la bouche le premier. Je ne lui ai jamais entendu raconter, un seul de ses souvenirs de la guerre. Je l'ai souvent vu complètement absorbé, remuant les lèvres, mais ne laissant échapper qu'un son confus..... »
A Morristown, Washington, qui appartenait à l'Église anglicane, alla un jour trouver le ministre presbytérien de l'endroit, et lui dit : « Docteur, j'ai appris que la sainte Cène doit être célébrée par vous dimanche prochain. Je voudrais savoir si les règles de votre Église vous permettent d'admettre des communiants d'une autre secte. »
Le docteur répondit : « Assurément, notre table n'est pas celle des presbylériens, c'est la table du Seigneur. Nous invitons, au nom du Seigneur, tous les fidèles à venir s'agenouiller ici, quels que soient leurs noms. »
Le général communia le dimanche suivant.
veille, ne porta à la table du général français que l'expression de sa mélancolie. Ah ! si Clinton était venu!
Le Clinton maudit, avec vingt-huit vaisseaux et quatre mille hommes de troupes, confiait à l'Océan sa bouillante impatience. Les mâts étaient couverts de voiles. Les amiraux avaient à soutenir l'honneur de la Grande- Bretagne. Ce de Grasse n'est qu'un brouillon; on va l'obliger encore à couper ses câbles; mais cette fois il ne reverra plus son mouillage. 11 faut que le drapeau de la France disparaisse de la baie de Chesapeak. On tendra la main à Cornvvallis.
Les vingt-huit vaisseaux et les quatre mille hommes arrivent en vue du cap Charles : AU is doue. Tout est fini. Cornwallis is taken.
Sur la Hotte, aussitôt, les visages s'assombrissent. L'effroi, parti des états-majors, descend aux équipages. Plus d'armée anglaise en Virginie! Pas de débarquement possible! Que feraient les quatre mille hommes eoinWe les forces réunies de Washington et de Rochambeau? Accablé sous le poids de sinistres pressentiments, Clinton rentre à New-York.
Un tableau de Trumbull, placé dans la rotonde du Capitole, à Washington-City, représente la reddition de lord Cornwallis. D'autres peintures, retraçant les principaux épisodes de l'histoire d'Amérique, ornent la rotonde. Les voici : Landing of Colombus (Vanderlyn); De Soto's discovenj ofthe Mississipi (Powel) ; Embarkation ofthe pilgrims (Weir); Baptism of Pocahonias (Chapman) ; Déclaration of independence (Trumbull) ; Surrender of General Burgoyne al Saratoga (Trum-
bull) ; Général Washington resigning his Commission to Congress (Tïumbull). La galerie est incomplète. Il manque un ouvrage à ces ouvrages remarquables. On y verrait les représentative men, les députés du Congrès, s'embrasser, après avoir voté l'abolition de l'esclavage. Avis à nos artistes.
Dans les murs d'Yorktown soupirait Arnold. Le traître était prisonnier. Alîait-on lui couper la jambe, percée d'une balle à Behmus, l'enterrer « avec honneur », et infliger au reste de l'individu le dernier supplice? L'ex-commandant de West-Point, pour arbitre de son sort, n'a plus que Washington. Et il n'oublie pas que le même Washington a écrit : « André a subi sa peine avec la force d'âme qu'on devait attendre d'un homme de ce mérite et d'un aussi brave officier. Quant à Arnold, il manque d'âme... Le monde est encore surpris de ne pas le voir pendu à un gibet, »
L'étonnement des gens de cœur va cesser. Le coupable est là, honteux, implorant déjà la pitié. Il s'est échappé de West-Point : il ne fuira pas Yorktown.
Destin cruel! Mais Cornwallisa demandé qu'on épargne les loyalistes de la cité rendue. On lui concède, pour toute immunité, le droit d'expédier un sloop en Angleterre, la Bonnetta, que les marins du comte de Grasse ne visiteront pas.
Sur la Bonnetta, on vit monter l'infâme Arnold.
Pendant le siège, on remarqua le dévouement et le désintéressement du général Nelson, gouverneur de la Virginie. Nelson, pour payer les milices qu'il commandait, hypothéqua ses domaines, et, pour affaiblir les dé-
fenses de la place, fit pointer les canons sur les maisons qui lui appartenaient. Il ne réclama aucune indemnité.
Après Saratoga, Yorktown; après Burgoyne, Cornwallis.
Le génie, c'est l'opportunité. N'arriver ni trop tard ni trop tôt. Arriver à l'heure, à la minute : c'est être fort.
Washington, souvent trompé parla fortune, a guetté l'occasion et l'a saisie. Il voyait l'orgueil et la présomption des Anglais. Il jouit maintenant des embarras de l'ennemi.
Sur tout, le littoral américain court et s'étend la foi dans le prochain avenir.
La paix s'impose à la Grande-Bretagne.
Sera-t-elle conclue?