SI VIS PACEM, PARA BELLTJM
Washington propose au comte de Grasse une action combinée contre Charleston. — Refus de l'amiral. — Lettre de Washington au Congrès (26 octobre 1781). — Départ de la flotte française pour les Antilles (4 novembre). — Cornwallis et les officiers anglais s'embarquent pour New-York. — Greene et Lafayette dans le Sud. — L'armée américaine se rapproche de l'Hudson. — Les Français prennent leurs quartiers d'hiver en Virginie. — Excursions dans la Virginie. — La légende de Pocahontas. — Lafayette revient en France. — Les Américains adoptent un sceau. — Paix probable. — Pour l'obtenir plus sûrement, se préparer à un nouvel effort.
Clinton, sur la flotte anglaise, avant de revoir New- York, a longé la côte vers le sud, et a débarqué trois régiments à Charleston. Lorsqu'il était en vue du cap Henry, on craignait une descente par le Dismal- Sivamp. Portsmouth, fortifié par Arnold et Cornwallis, eût recueilli les Anglais. On songea aussitôt à démolir ce poste. On donna un bataillon de milices à l'adjudant-général Dumas. En huit jours, l'œuvre de destruction s'accomplit.
La ville de Charleston, malgré le renfort des trois régiments, ne résisterait pas à l'attaque du comte de Grasse, secondé par Greene et Lafayette. Le marquis embarquerait son infanterie légère, les grenadiers et les chasseurs du corps expéditionnaire français, et les bataillons de Saint-Simon. Il joindrait Greene à certain endroit de la Caroline du Sud.
Le projet aboutissant, les Américains imposaient,
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comme première condition d'un traité de paix, la reconnaissance de l'indépendance proclamée en 1776. En un mot, la guerre était finie.
Cornwallis le sentait. Lafayette, se rendant, sur un canot, à bord de la Ville-de-Paris, arrachait cette exclamation au général vaincu : « Il va décider de la perte de Charleston. »
Pour agir avec certitude, il fallait ne pas perdre un jour. Washington, le 20 octobre 1781, c'est-à-dire le lendemain de la capitulation, communique le plan au comte de Grasse. Si elle le veut, « XExcellency » peut terminer la guerre et permettre aux alliés de conclure le traité de paix qui garantisse les droits des États-Unis [to dictate the law in a treaty). La campagne tracée sera glorieuse pour l'amiral, et de la plus grande importance pour l'Amérique.
Le 21 , Washington était sur la Ville- de-Paris. Il remercia le comte de Grasse de son brillant concours, et plaida, avec chaleur et conviction, la cause soutenue dans la lettre de la veille.
Il surprit quelque hésitation, et revint à la charge deux jours après, avec Lafayette.
On se sépare de nouveau sans rien conclure. Lafayette reçoit bientôt un refus. Le comte de Grasse est contraint de décliner l'offre séduisante du généralissime. Les ordres de la cour, et les engagements pris aux Antilles envers les Espagnols, obligent le marin à quitter, au plus tôt, la baie de Chesapeak. Il conduira, si on le désire, 2,000 Américains contre Wilmington (Caroline du Nord).
Décision fâcheuse aux yeux de l'état-major de l'armée combinée. Elle prive Lafayette et Greene d'un secours indispensable. On n'attaquera pas Charleston. Des troupes iront à Wilmington, et les forces américaines reprendront leur campement dans le nord, sur les bords de l'Hudson.
Voilà ce que Washington annonce au Congrès, le 26 octobre. Le vainqueur de Cornwallis ignore quelles relations politiques a engagées le Congrès avec les cours d'Europe, relativement à un traité de paix. Mais quelles que soient les espérances nées de la prise d'York town, il croit de son devoir de pousser le Congrès, dans les termes les plus pressants, à organiser une campagne efficace pour l'année suivante. Cette campagne sera peut-être nécessaire. Le Congrès est trop éclairé pour qu'on lui montre les avantages à retirer de la combinaison. Sans prétendre deviner les événements de l'hiver qui approche ou du printemps qui le suivra, il importe de concevoir effectivement, et sans tarder, de nouvelles opérations militaires. C'est la seule manière de se trouver capable de continuer la guerre avec succès, ou de négocier dans de bonnes conditions. Un relâchement placerait l'Amérique dans une situation inférieure pour conclure la paix, et l'ex-, poserait aux plus grands désastres dans le cas où l'Angleterre ne mettrait pas un terme aux hostilités.
Washington ouvre sa dépèche au moment de l'expédier. Le comte de Grasse informe Lafayette qu'il est attendu à jour fixe aux Antilles, et qu'il regrette de ne
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pouvoir transporter les 2,000 hommes à Wilmington. Nouvelle déception.
L'amiral, en déplorant qu'une nécessité impérieuse lui ordonne de manquer à sa parole, offre ses services pour la prochaine campagne.
Washington , au lieu de critiquer le départ trop prompt, exprime sa gratitude. 11 accepte l'aide. Toutefois, à la distance où l'on est des opérations futures, impossible de préciser. Peut-être l'amiral pourrait-il se retrouver vers la fin de mai 1782 au mouillage de Chesapeak. Alors, on adoptera un plan, et, suivant les circonstances, on agira dans le nord ou le sud.
L'amiral promit de soumettre l'idée au gouvernement de. Versailles, et termina ses préparatifs de départ.
Les 1er, 2 et 3 novembre, il fractionna sur la flotte les régiments du marquis de Saint-Simon, et s'approvisionna de vivres. Le 4, après avoir reçu de Washington, en signe d'amitié, deux chevaux, il mit à la voile. Il laissait dans la baie, sous les ordres de M. de la "Villebrune, le Romulus et trois frégates.
On parvient difficilement à justifier l'impatience du comte de Grasse. Lorsqu'il jette l'ancre à Lynnhaven, l'amiral peut attendre Washington et Rochamheau : ses instructions le lui permettent. Et il circonvient Lafayette pour que l'action soit engagée aussitôt. Le marquis refuse. On l'approuve. Pourtant, que serait-il arrivé, si M. de Grasse, si empressé de retourner aux Antilles, n'avait pas gardé la baie de Chesapeak? Ceci : Clinton eût dit à Corirwallis : Stick, Tarn coming, tenez bon, j'arrive. Et il serait venu. Et l'armée combinée
eût levé le siège d'Yorktown. Le 4 novembre, on pardonne à l'amiral d'obéir aux injonctions ministérielles en courant directement aux Antilles; mais lorsqu'on songe que la flotte française va subir un grand désastre, on regrette que les vaisseaux de la France n'aient pas secondé le siège de Charleston. Cela eût été utile, pratique, et, comme le disait Washington, glorieux.
Le 4 novembre, on ouvrit aux officiers anglais les bâtiments qui devaient les transporter à New-York, et leur permettre de revoir l'Angleterre. Cornwallis s'embarqua pour New-York.
Le 27 octobre, le général anglais avait motivé une lettre de Washington. On s'étonnait que les officiers compris dans la capitulation n'eussent pas eneore signé l'engagement de ne plus porter les armes contre les États-Unis dans la guerre actuelle. La signature était exigée. Des gentlemen refusaient d'apposer leurs noms au bas d'un acte qui attestait l'avantage obtenu par les Américains. Ils devaient, sur ce point, se faire violence, s'ils étaient « really désirons », réellement désireux d'aller à New-York et en Europe.
Les Anglais, si fiers, si arrogants, s'exécutèrent. Le 5 novembre, les miliciens de la Pensylvanie, sous les ordres du général Greene, adressèrent leurs adieux à Yorktown, en route pour le sud.
Lafayette suivit bientôt le premier détachement avec les troupes du Maryland et de la Pensylvanie.
On combla les tranchées, si péniblement pratiquées devant la ville, et, malgré l'éloignement de Clinton,
on releva les ouvrages avancés que les défenseurs n'avaient pu garder. Puis , Washington et l'armée américaine s'embarquèrent pour Head-of-Elk.
On devait se rapprocher de rHudson et de New- York.
L'armée de Rochambeau garderait la Virginie. Le baron de Vioménil , en congé, fut remplacé, dans le commandement en second, par son frère, le vicomte.
Le 13 novembre, les Français commencèrent les mouvements qui devaient les conduire à leurs quartiers d'hiver.
La légion de Lauzun, que commandait le hardi et courageux assiégeant de Gloucester, M. de Choisy, fut cantonnée à Hampton, à l'extrémité de la péninsule qu'arrosent les rivières James et York.
Jamestown logea trois compagnies de Deux-Ponts, et un autre endroit de la Virginie, West-Point, abrita l'artillerie de siège.
Yorktown garda le régiment de Soissonnais, les grenadiers et les chasseurs de Saintonge.
Le régiment de Saintonge fut détaché à Half-Way- House, entre Yorktown et Hampton.
Une compagnie d'artillerie et cinquante hommes filèrent à Gloucester.
A Williamsburg, quartier général de M. de Rochambeau, où Ton remarquait M. de Chastellux, allaient hiverner les régiments de Bourbonnais et de Deux-Ponts.
M. de Rochambeau, établi solidement en Virginie, servait de trait d'union entre le nord et le sud. Il pouvait secourir Washington, si les Anglais de New-York
cherchaient, dans l'offensive, une revanche. Tl avait l'avantage de dégager Greene, si les autres Anglais de Charleston et de Savannah révélaient, au sein des Carolines, quelque pensée nouvelle.
C'est du sud que vint bientôt l'alarme. Greene savait que Clinton avait augmenté de trois régiments les troupes de Charleston, et que la place attendait encore quatre mille soldats d'Irlande. L'ennemi, selon lui ainsi renforcé, ne manquerait pas d'arpenter encore les districts de la Caroline du sud, marchant à la rencontre des Américains. Pour éviter une défaite qui viendrai! flatterie fol orgueil de l'Angleterre, on devait joindre de nombreux bataillons aux milices.
Lafayette était déjà en marche avec ses Marylandais et ses Pensylvaniens. Rochambeau calma son correspondant. Greene recueillait de faux bruits, colportés à dessein. Il était la victime des manœuvres de Clinton, qui tenait sans doute, après avoir été dupé, à faire des dupes.
Les dispositions déjà prises ne furent pas modifiées. M. de Choisy, cependant, campa avec sa cavalerie sur les frontières de la Caroline du nord. L'adjudant-général Dumas conduisit des reconnaissances sur Je territoire même de l'Etat que traversait, en ce moment Lafayette.
Aucun autre Camden , disait-on, ne menaçait Greene. Mais on prenait toutes les mesures provisoires que pouvait légitimer un danger réel et subit. Des régiments étaient prêts, au moindre signal, àpartirdu pied
gauche.
Dumas veillait avec zèle et sollicitude. De loin en loin, il apparaissait à Williamsburg. Il annonçait à M. de Piochambeau que les bois de la Caroline du nord, à travers leurs sapins alignés, n'apportaient aux vedettes aucun indice. Puis, il serrait, à l'hôpital, la main de son vaillant ami, Charles de Lameth.
Hiverner, avoir des loisirs, quelle bonne fortune pour des officiers studieux. M. de Chastellux, le major général de l'armée, et des amis, visitent l'intérieur de la Virginie. Ils parviennent à Monticello, et à la région qu'habitèrent les premiers colons de l'État. Dans les vallées profondes, que les mille bruits de l'usine n'animent point encore, ils se plaisent à évoquer la poétique image de Pocahontas. A une époque reculée, dans les premières années du dix-septième siècle, les rares colons de la Virginie voyaient venir, à grands pas, la famine. Le capitaine John Smith jura de sauver ses compatriotes. Il fit, dans le but de renouveler les approvisionnements, de nombreux voyages. Un jour, il tombe au beau milieu d'une tribu indienne. Son sort est bientôt décidé . On va lui écraser la tête sur une pierre. à coups de massue. Une jeune sauvagesse, Pocahontas, lille du chef Powhatan, implore la grâce du « visage pâle. » Ne pouvant l'obtenir, elle place sa tête sur celle de la victime désignée. Ainsi, la lourde massue l'atteindra d'abord, elle, la fille du chef Powhatan.
Le père fut attendri. Il autorisa Smith à se relever, et à se dévouer encore à la colonie.
Deux ans après, la même tribu allait scalper les hommes blancs d'alentour. Pocahontas, née chez les
sauvages, de parents sauvages, et que les instincts féroces révoltaient, dénonça le complot aux Anglais. L'entreprise avorta.
La jeune Indienne, si humaine, si sympathique, fut ravie, par des aventuriers, auxforêts odorantes. Powhatan réclama sa fille. On exigea une forte rançon. Le chef poussa, dans ses solitudes, le cri de guerre.
Sur ces entrefaites, un jeune Anglais, John Rolfe, touché des grâces naïves de Pocahontas, cultiva l'esprit que le ivigwam, que la hutte de l'ennemi des blancs, avait seule formé jusqu'alors. Sous un regard de feu, brillait une intelligence précoce. Rolfe apaisa le ressentiment de la famille ; et, en présence de Powhatan, le père, d'Opachisco, l'oncle, et des principaux membres delà tribu, à Jamestown, en 1613, fit baptiser son élève. Peu de temps après, il l'épousa.
Le couple vécut heureux en Angleterre. En 1617, Pocahontas se disposait à retourner en Virginie, avec son époux adoré. Le climat de Londres la tua. Elle avait 22 ans.
Telle est la légende que les officiers de Rochambeau étudient et commentent.
Les jours, d'ailleurs, s'écoulent paisibles et monotones. Il y a, dans l'air, comme l'avant-coureur de la paix. On n'a pas convenu de suspendre les hostilités ; et, pourtant, l'armistice existe.
Greene en est si bien persuadé qu'il cesse de trembler.
Quant à Lafayette, il remonte dans la Virginie, abandonne l'adjudant général Dumas à ses innocentes reconnaissances, salue Rochambeau, embrasse Washing-
ton, et s'embarque à Boston sur Y Alliance (23 décembre 1781).
Vingt-trois jours après, le jeune homme qui avait déterminé, par sa noble initiative, l'intervention française, revoyait sa patrie. Il fut nommé maréchal de camp par M. de Ségur, et la nomination porta la date du jour où l'armée de France et d'Amérique était entrée dans l'enceinte d'Yorktown.
Lafayette allait encore servir la cause des Américains ; et, en exerçant une influence légitime sur les affaires de son pays, il devait, comme l'a dit un écrivain, donner à la démocratie « son caractère, l'honnêteté ' » .
1. Lafayette, en 1824, par une décision du Congrès, fut rappelé aux Etats-Unis. Son voyage ne fut qu'une longue ovation. Nous extrayons du livre qu'on puLlia plus tard, Lajayette en Amérique, la visite à Saint-Louis :
« Les habitants de Saint-Louis savaient que le général Lafayette ne passerait que quelques heures au milieu d'eux, et ils mirent à profit ie peu de temps dont il pouvait disposer pour lui faire voir tout ce que leur ville ou ses environs renferment de curieux, pendant que le dîner se préparait chez M. Pierre Chotleau.
c< Cet liomme entreprenant qui, de sa hache, abattit lui-même
le premier arbre de l'antique forêt qui a fait place à la ville de Saint- Louis, qui, de ses mains accoutumées aux pénibles travaux de défrichements, éleva la première maison autour de laquelle devaient, en si peu de temps, se grouper les édilices d'une riche cité; qui, par son courage et son esprit conciliant, réprima d'abord la fureur des Indiens et caplu. ensuite leur bienveillauce, cet homme heureux est M. Auguste Chotleau. Je l'ai déjà nommé parmi ceux qui furent chargés par les habitants de Saint-Louis de faire les honneurs de leur ville à l'hôte de la nation américaine. Ce fut chez son fils, M. Pierre Chotleau, que nous primes place au banquet de la reconnaissance républicaine. C'était une chose fort intéressante que de voir assis à la même table le fondateur d'une grande ville, un des principaux défenseurs de l'indépendance d'une, grande nation, et les représentants de quatre jeunes Etats, déjà riches par leur industrie, puissants par la liberté et heureux par de sages institutions. La conversation offrit, comme on le
Le petit-fils du marquis de 1781, M. Oscar de Lafayette, aujourd'hui sénateur, a marché sur les traces d'un illustre devancier.
En 1782, les Américains adoptent un sceau. Le recto figure un aigle. Ses serres tiennent une branche d'olivier et treize flèches. Ce chiffre treize rappelle le nombre des colonies.
L'aigle, de son bec puissant, s'est emparé d'une banderolle où sont inscrits ces mots : E pluribus unum.
Au verso de l'écusson, une pyramide tronquée. En haut, un œil dans un triangle inondé de rayons. Au-
pense bien, le plus vif intérêt. On questionna beaucoup M. Auguste Chotteau sur les entreprises aventureuses de sa jeunesse, on demanda à l'ami ou compagnon d'armes de Washington, quelques détails sur la glorieuse et décisive campagne de Virginie, et on entendit avec plaisir les membres des dépulalions de la Louisiane, du Mississipi, du Tennessee el du Missouri, faire le tableau de la prospérité de leurs pays respectifs. »
Plus loin, on rencontra un vieux nègre. Le narrateur continue : «Lorsqu'il entendit, que nous voyagions avec le général Lafayette et que nous venions de Saint-Louis, il nous demanda si nous y avions trouvé un grand nombre de Français. Je lui répondis que nous n'en avions vu que quelques-uns, entre autres le fondateur de la ville, M. Chotteau.
— Quoi! s'écria-t-il d'une voix sonore, qui ne paraissait point appartenir à un corps si brisé, quoi ! vous avez trouvé le petit Cliotleau ! Oh ! je le connais bien, moi, le petit Chotteau, nous avons beaucoup voyagé ensemble sur le Mississipi ; el, cela, à une époque à laquelle bien peu de blancs encore avaient pénétré jusqu'ici.
— Mais savez-vous bien, lui dis-je, que celui que vous appelez le petit Chotteau est bien vieux, qu'il a certainement plus de quatrevingt-dix ans ?
— Oh ! je le crois bien ; mais qu'est-ce que cela fait, ça n'empêche pas que je l'ai connu bien entant.
— Quel âge avez-vous donc ?
— Ma foi, je n'en sais rien; car on ne m'a jamais appris à compter, Tout ce que je sais, c'est que j'ai quitté la Nouvelle-Orléans avec mon
dessus de l'œil, cette devise : Annuit cœptis. En bas, la date de la déclaration d'indépendance. Au-dessous de la pyramide, les mots : Novus ordo sœculorum.
Les pronostics heureux trouvent créance. Pourtant, la campagne de 1781 n'a point donné de résultats déiînitifs. La prise d'Yorktown n'enlève aux Anglais ni la Géorgie, ni les Carolines, ni New-York, ni le Canada. Clinton a encore 30,000 hommes en Amérique. Supposer que l'Angleterre va, tout d'un coup, abandonner la partie, grave imprudence.
Washington, par ses actes, confirme sa lettre au
maître, qui faisait partie de l'expédition envoyée par la compagnie de navigation du Mississipi, sous les ordres du jeune Chotteau, pour aller bâtir un fort en haut de la rivière. Le jeune Chotteau avait à peine seize ans. mais il était chef de l'expédition, parce que son père était, dit-on, un des plus riches actionnaires de la compagnie. Après avoir ramé longtemps contre le courant et éprouvé bien des fatigues, nous sommes enfin arrivés pas bien loin d'ici, où nous nous sommes mis a bâtir le fort de Chartres. Oh ! mon Dieu ! il me semble encore y être; je vois d'ici les grosses pierres que nous apportions, les grandes voûtes que nous construisions. Chacun de nous disait: voici un fort qui durera plus que nous tous, et plus que nos enfants. Je le croyais bien aussi, et pourtant j'en ai vu la fin, car il est maintenant en ruines, et moi je vis encore.
— Savez-vous, monsieur, combien il y a d'années que nous avons bâti le fort de Chartres ?
— Mais, au moins quatre-vingts ans, si je ne me trompe.
— Eh bien, comptez et vous saurez à peu près mon âge. J'avais, dans ce temps-là, au moins trente ans ; car le petit Chotteau me paraissait un enfant, et j'avais déjà servi trois maîtres.
— À ce compte-là, vous auriez cent dix ans, père François.
— Par ma foi, je crois bien que j'ai pour le moins cela, car il y a bien longtemps que je travaille et que je souffre. »
L'auteur de Lafivjelle en Amérique écrit Chotteau par un seul t. Après un séjour à Saint-Louis, que sillonne d'ailleurs la Chouteaux avenue, nous avons cru rester fidèle à la vérité historique en rétablissant les deux t.
Congrès, du 26 octobre. Il désire ardemment, il veut la fin des massacres ; mais, pour signer une paix selon le vœu des colonies d'hier, des États-Unis d'aujourd'hui, il conseille aux Yankees de se ceindre de nouveau les reins, et de méditer un autre effort. Si vis pacem