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LE COMTE DE GRASSE PRISONNIER DES ANGLAIS

Le comte de Grasse à la Martinique (20 novembre 1781). — Bouille a repris Saint- Eustache (16 juillet). — Les Espagnols à M inorque (21 août). — Le comte d'Orves à l'Ile-de-France. — Le bailli de Sulfreu. — Renforts conduits à la Martinique parle marquis de Vaudreuil. — Prise de Saint-Christophe (13 février 1782). — Projet d'attaque sur la Jamaïque. — Don Solano promet ses vaisseaux sur rade de Saint-Domingue. — Le comte de Grasse, à la Martinique, appareille avec 35 vaisseaux et 150 transports (8 avril). — Sa défaite à la Dominique (12 avril). — L'amiral prisonnier. — Exploits de Suffren dans l'Inde. — Arrêtés par les préliminaires de la paix. — De Grasse à Londres. — Sert d'intermédiaire entre M. de Yergennes et lord Shelburne, successeur du marquis de Rockingham.

Le comte de Grasse , fuyant,, comme une terre empestée, la Virginie, voulait s'emparer de la Barbade , espèce -de sentinelle avancée des Antilles. Les vents, avec lesquels on devait compter à cette époque , furent contraires. Avaries nombreuses et sérieuses. On change de route. Le 26 novembre, vingt-deux jours après être sorti de la baie de Chesapeak, on jette l'ancre à la Martinique, au Fort-Royal.

Le marquis de Bouille était absent. Ce général , qui ne perdait jamais une occasion propice, avait dit aux confidents de ses pensées : Pendant que les vaisseaux de la Grande-Bretagne croisent, aux États-Unis , ayant, d'ailleurs, toujours soin d'arriver trop tard, reprenons, sans bruit, sans violence, Saint-Eustache aux Anglais.

Idée lumineuse. On l'applique. 1,200 hommes embarqués, par leur élan soudain, vont mériter les bénédictions des Hollandais, dépouillés jadis d'ime île florissante.

400 seulement peuvent sauter à terre sans éveiller l'attention de la garnison, que les douceurs de l'escrime à la baïonnette, sur les glacis de la place, absorbent complètement. Cockburn, et les instructeurs qu'il surveille, ne songent pas aux Français.

Tout à coup , on aperçoit , brandissant ses armes , l'adversaire invisible que l'on pourfend depuis plus d'une heure, selon les principes et les règles de la théorie. Yous croyez que l'on se réjouit de cette heureuse venue ? Point. On se hâte de déguerpir et de rentrer dans le fort.

Mais le chevalier de Frêne, qui ne dort pas, est aussi vite que Cockburn dans l'enceinte. Les chasseurs de Royal-Comtois et d'Auxerrois lèvent les ponts derrière eux.

La garnison, composée de 800. soldats, capitule (16 juillet 1781). On déniche, chez le gouverneur, une somme de 1,600,000 livres, dépôt confié par Rodney, jadis décavé. Ce reliquat des larcins commis sur les Hollandais retourne aux habitants de Saint-Eustache.

Le marquis de Bouille , retardé dans sa marche , saisit, en dehors de l'enceinte, plusieurs détachements. Il expulse ensuite les envahisseurs des îles de Sabra et de Saint-Martin.

On admira les flottes française et espagnole manœuvrant de concert, spectacle donné déjà en 1778. Les

50 vaisseaux de l'armée navale étaient commandés par M. de Guichen et don Louis de Cordova. Après une croisière à la hauteur des Sorlingues, qui intimida l'amiral Dorby, on regagna les côtes de France et d'Espagne (septembre 1781).

Imposante démonstration. Pendant que l'Océan se couvrait de voiles, l'Angleterre, le S août, dans la mer du Nord, constatait que la Hollande possédait une marine. L'amiral anglais Parker, et l'amiral hollandais Zoutman, s'acharnèrent au combat. Les deux escadres, avec peine, revirent leurs ports respectifs.

Dans le même mois d'août, le 21, 12,000 Espagnols descendent à Minorque. Ils y sont bien reçus. Le duc de Crillon a un air de jubilation. L'imprudent ! Car voici le fort Saint-Philippe, où s'est perché le général Murray.

La position semble imprenable. L'aigle, sur la pointe d'un rocher, n'est pas mieux garanti que Murray. Le siège sera long. Pour l'entreprendre utilement, il faut des renforts. La France envoie les régiments de Bretagne , de Lyonnais et de Royal-Suédois. En tout, une division. Saint-Philippe ne devait succomber qu'en

Dans l'Inde, les Anglais menaçaient de ravir toutes les possessions hollandaises. De Sumatra au Bengale, on rappelle au stathouder que, si la neutralité a des charmes, elle offre aussi des dangers. N'était la France, on s'établirait au cap de Bonne -Espérance. Malgré M. de Tronjoli et ses marins, on avait occupé, en 1778, Pondichéry.

L'escadre du comte d'Orves, à l'Ile-de-France , est trop faible. Le gouvernement l'a senti. Deux vaisseaux de ligne, une frégate, douze transports, l'année précédente, en 1780, ont été expédiés de France, sous les ordres du capitaine du Chillau de la Roche. Le renfort, si instamment réclamé, à la hauteur de Madère, est tombé au beau milieu de la flotte de Rodney. La frégate s'est dérobée au sort commun. Eile est revenue en France.

Abandonner le comte d'Orves, c'était reconnaître la suprématie anglaise dans l'Inde. Le'22 mars 1781, le bailli de Sulfren sortit de Brest avec cinq vaisseaux de ligne. Ce chef d'escadre, l'un des hommes de mer les plus accomplis que la France ait jamais eus, était né en 1726, au château de Saint-Cannat (Provence). Enseigne de vaisseau en 1747, il fut, l'année suivante, emmené en captivité par les Anglais, après le combat de Belle-Isle. Il obtint le titre de bailli dans l'ordre de Malte, où il entra en 1749. Il mérita les éloges de La Galissonmère, participa à la prise de Mahon (1756), et fut repris par les Anglais au combat de Lagos (1759). En 1765, on le vit sur l'un des navires qui montrèrent leur pavillon sur les cotes du Maroc, et bombardèrent, sans grand profit, la ville de Larache, que les Espapagnols n'avaient pu conserver en 1610. Ex-capitaine de l'amiral d'Estaing, il allait devenir, en 1782, l'espoir de la France dans le golfe du Bengale. 11 rendit, jusqu'à la paix de Versailles, des services éminents. Pour le récompenser, on créa une quatrième place de vice-amiral, supprimée après sa mort (1788).

Suffren devait protéger l'Ile-de-France et le cap de Bonne-Espérance, que promettait d'attaquer le corninodore Johnstone. 11 apprend bientôt que son adversaire est à Saint-Yago , l'une des îles du cap Vert. Il pénètre bravement, avec trois vaisseaux, dans la baie de la Praya, c'est-à-dire dans les lignes anglaises. Il ouvre le feu contre les bâtiments à l'ancre, les endommage assez pour leur défendre de reprendre la mer avant plusieurs semaines, et arrive au cap, où il dépose le marquis de Bussi et un corps de troupes.

Johnstone, après le radoub de ses navires, se ressouvient du cap. Il constate que Bussi n'a aucune envie de déposer les armes , ne s'en plaint pas , et revient en Angleterre.

Le 7 décembre 1781, entrait à Brest un convoi de cent trente-cinq bâtiments venant de Saint-Domingue, que Kempenfeld, et ses douze vaisseaux de ligne, attendaient au large. Croisière bien inutile. Mais l'amiral eut l'avantage, le 12, à cinquante lieues d'Ouessant, de rencontrer M. de Guichen en route pour Cadix.

M. de Guichen ,• dont les forces égalaient celles de Kempenfeld, escortait deux vaisseaux de ligne et un convoi envoyés dans l'Inde; en outre, sept vaisseaux de ligne appuyant eux-mêmes cent dix-huit transports et neuf mille hommes, conduits par le marquis de Vaudreuil aux Antilles.

Vouloir surprendre et être surpris ! c'est déconcertant. Demandez à Kempenfeld. Le marin, très-agité, interroge la forêt de mâts qui borne, au loin, l'horizon. Que

décider ? Fuir ? On ne l'ose. Combattre? Est-ce possible ?

386 GUERRE DE i/lNDÉPENDANCE.

La tempête, qu'on n'a pas invoquée, gronde', et sépare le convoi de la flotte française. Béni soit, dit quelqu'un, l'ouragan. Et, sans perdre une minute, le croiseur isole quinze bâtiments et s'en empare. Il va mettre le grappin sur le reste du convoi ; mais Vaudreuil le calme et l'oblige à la retraite. La bourrasque jette aussi quelques bateaux à la côte. Les secours destinés aux Antilles ne subirent pas d'autre incident.

Le comte de Kersaint, à la Guyane hollandaise , ouvrit la campagne de 1782. Il chassa les Anglais de Démarari, de Berbice et d'Essequibo.

L'amiral, venu de la Chesapeak, a juré de prendre la Barbade. Cette fois, les coups de vent n'auront peutêtre pas l'impertinence de s'interposer. On appareille. Et les mêmes grains se renouvellent. La flotte remouilla au Fort-Royal. Des vaisseaux se réfugièrent à Saint- Domingue et à Saint-Eustache , qu'on avait eu soin de reconquérir.

L'entêté de Grasse se résigna enfin à rayer la Barbade de son delenda. On le vit, aussitôt, combiner une attaque sur la Jamaïque. Cela, du moins, était sérieux. Les forces de M. de Vaudreuil seraient nécessaires. On les attendit à la Martinique.

Les heures semblaient longues. Le comte et le marquis, de Grasse et Bouille, avaient besoin de donner, à leur activité, un nouvel aliment. Ils convinrent d'enrichir, de Saint-Christophe, notre écrin des Antilles.

Saint-Christophe est au nord-ouest de la Guadeloupe. Le II janvier 1782, les 3,500 hommes de l'infatigable Bouille, que secondent les marquis de Saint-

Simon, du Chailleau, le comte de Dillon et le vicomte de Damas, s'élancent, de vingt-huit vaisseaux, à l'endroit de la côte appelé Basse-Terre. Pas plus de résistance qu'à Minorque. Mais les Espagnols , à Minorque, ont dû s'arrêter devant le fort Saint-Philippe. Les Français, à Saint-Christophe, sont contenus par la forteresse de Brimstone-Hill. Le général Frazer, qui n'a pas inquiété le débarquement, s'y est blotti avec ses 1,200 hommes.

Brimstone-Hill domine Sandy-Point. On l'investit. On va l'assiéger. Hélas ! le navire qui porte la grosse artillerie a touché et a sombré. Pourra-t-on décharger les lourds canons et leurs affûts ? M. d'Albert de Rioms procède à l'extraction avec autant d'intelligence que de célérité. Les pièces sont en batterie. Elles vont commencer leur jeu sanglant, lorsqu'on aperçoit les vingtdeux vaisseaux de l'amiral Ilood , bondés , pour la forteresse, de 2,400 hommes recrutés àlaBarbade et à Antigue.

Le comte de Grasse, aussi prompt qu'à Lynhaven, sans toutefois recouper ses câbles, marche à l'ennemi. Voici l'adversaire. Branle-bas. Canonnade le 25 janvier. Le lendemain, Hood, toujours tiraillant, semble prendre chasse. On veut l'atteindre. Grande faute ; car Hood, lorsqu'il a su attirer la flotte de la Chesapeak en pleine mer, dessine, par son allure, un crochet, et va tout simplement occuper la rade de Sandy-Point , que de Grasse vient d'abandonner.

Manœuvre hardie. Elle ne sauvait l'amiral anglais, maintenant bloqué par terre et par mer, que si un coup

de vent assaillait les vaisseaux français. Et la situation du marquis de Bouille, assiégeant Brimstone-Ilill, devenait critique.

Dans cette complication inattendue, chacun tremble pour soi. Le général Frazer, enfermé dans la forteresse, craint de n'être pas secouru à temps par les marins de llood. L'assiégeant Bouille appréhende que le comte de Grasse , par un départ forcé et précipité , ne l'isole et ne le perde. Hood, de son côté, laisse percer des angoisses. Il est pris entre Bouille et l'amiral, si Bouille se rend maître de la position qu'il assiège. Quant à de Grasse, il déplore son étourderie et s'adresse des reproches mérités.

Brimstone-Ilill est le pivot de la situation. Bouille le sent. Il repousse l'attaque des troupes débarquées par Hood, et fait crouler les remparts de la forteresse. Devant ce redoublement d'énergie, le général Frazer demande une suspension d'armes , et obtient une capitulation (13 février 1782).

Hood était de plus en plus bloqué. Comment, se demandait-il, échapper à l'attention irritante de la Villede-Paris et de son escorte? Le 20 février, de Grasse descend jusqu'à l'île de Névis, où il doit prendre livraison d'un convoi de vivres. Il a laissé des frégates en observation. Si l'Anglais s'avisait de détaler ! Quelle honte ! On fait bonne garde. L'Anglais imagine ce stratagème : il coupe ses câbles, et plante, à l'emplacement de chaque vaisseau, une bouée surmontée d'un feu. La nuit est noire. Pendant que les vigies du comte de Grasse suivent les ondulations des lumières qu'ils pren-

lient pour le balancement des navires surveillés, Hood, favorisé par un vent arrière, se sauve dans l'ordre le plus parfait. Il va mouiller à Sainte-Lucie.

Malgré tout, on était maître de Saint-Christophe. Une garnison garda l'île conquise, et le comte de Barras établit l'autorité de la France dans l'île de Monserrat, un peu plus au sud, entre Antigue et Névis.

La flotte , de nouveau , se dirigea vers la Martinique.

Hood et Rodney avaient trente-huit vaisseaux. Le comte de Grasse, après l'arrivée du marquis de Yaudreuil, n'en comptait que trente-cinq. Mais dix-sept vaisseaux espagnols, sur rade de Saint-Domingue, allaient compléter les forces alliées. On attaquerait la Jamaïque avec cinquante-deux vaisseaux de ligne et 20,000 hommes.

Ces moyens n'étaient pas exagérés. L'Angleterre, depuis la chute de lord North , s'efforçait d'oublier un peu les Américains pour se souvenir beaucoup de leurs amis. La guerre n'existait plus qu'aux Antilles. Elle était devenue toute maritime.

Pour conserver l'avantage, la Grande-Bretagne avait fait construire de nouveaux bâtiments et augmenté l'effectif de chaque escadre. Enfin, Rodney était allé soutenir Hood. Il regrette bientôt de n'avoir pas intercepté le convoi protégé parle marquis de Yaudreuil. Pour mieux épier les mouvements du comte de Grasse, il se porte à Sainte-Lucie. De ce point à la Martinique, la distance n'est' pas. grande.

Le comte de Grasse, à la Martinique, avec ses trente-

cinq vaisseaux et cent cinquante transports, appareilla le 8 avril. Il allait s'adjoindre, à Saint-Domingue, l'appoint de don Solano.

Le vigilant Rodney aussitôt mit à la voile. Son avant -garde, dirigée par l'astucieux Hood, était, le lendemain, entre la Dominique et la Guadeloupe , à portée de canon des forces françaises. Cette arrivée soudaine s'explique. Les vaisseaux anglais, doublés en cuivre, avaient une marche supérieure. Et puis, les navires épiés, pour défendre, à l'occasion, le convoi, devaient ralentir leur marche.

De Grasse indiqua aux transports un lieu de rendezvous : la Guadeloupe. On fut bientôt aux prises. L'action dura deux heures. Hood faiblissait. Il s'épargna, par une fuite qu'on eut la maladresse de ne pas gêner, de grandes pertes.

On s'était tracé l'itinéraire suivant : s'engager dans le canal des Saintes, au sud de la Guadeloupe, côtoyer la Désirade et obliquer sur Saint-Domingue. Le 10 , le Zélé, dans un abordage, causa de graves avaries au Jason. Il souffrit lui-même du choc. Ces deux navires, presque désemparés, n'avançaient plus que lentement. On s'attendait à les voir tomber au pouvoir de l'ennemi, et cette appréhension n'avait pas trop chagriné l'amiral ; car de Grasse s'était éloigné. On ne pouvait que l'en féliciter. Il ne fallait pas, pour protéger deux méchants bateaux, compromettre le sort de toute une armée navale. Mais de Grasse se repentit soudain d'avoir eu un éclair de bon sens. Le 11, avec la Villede-Paris et quatre autres vaisseaux, il refait le chemin

qu'il a déjà parcouru, et revient à la Guadeloupe, où se sont réfugiés le Caton et le Jason. Il remorque le Zélé, qu'il voit aller à la dérive.

Le Zélé , dans la nuit suivante , aborda la Ville-de- Paris, et augmenta le désordre de sa mâture.

Couler ou brûler le navire, c'était tout ce qu'il y avait à faire. On le remorqua. On perdit un temps précieux5 et Rodney surgit bientôt, entre les Saintes et la Dominique.

Le premier soin de l'amiral anglais, c'est de chercher à s'emparer du Zélé et de la frégate qui le tire. De Grasse s'oppose à ce dessein, et la bataille s'engage.

Il est sept heures du matin. Les Français ont trente vaisseaux, qui forment une ligne peu solide. Rodney tente de couper l'avant-garde de Bougainville. L'entreprise, d'abord, semble téméraire. Les sabords s'enflamment et les bordées se précipitent. Le Spectre, où commande La Pérouse, se distingue entre tous par la vigueur soutenue de sa résistance. Mais Rodney, à la pluie de fer qui l'accable, riposte avec impétuosité. Il trompe les efforts, impose un frein à l'ardeur grandissante, et atteint son but. Il peut bientôt, grâce à la variation subite du vent, fractionner la ligne de bataille de son adversaire, et permettre à plusieurs de ses vaisseaux de diriger leur tir sur un seul point.

C'est ainsi que la Ville-de-Paris, de cent-dix canons,

' présent des Parisiens au roi Louis XYI, fut enveloppée.

Le comte de Grasse mesura bientôt les « six pieds

un pouce » des grands jours. Quand il eut perdu ses

mâts, qu'il vit son équipage couché sur le pont, et ses

munitions épuisées, n'ayant plus, auprès de lui, que deux officiers épargnés par le feu de l'ennemi, il amena son pavillon (12 avril 1781, six heures et demie du soir). Cinq autres vaisseaux se rendirent également.

Les Français, dans cette journée, comptèrent près de trois mille hommes tués ou blessés. Six capitaines étaient morts.

Le Caton et le Jason ignoraient la rencontre. Us furent capturés.

M. de Vaudreuil sauva dix-neuf vaisseaux, et M. de Bougainville garda sa division. Ces tronçons d'une flotte superbe atteignirent Saint-Domingue. Les transports étaient en sûreté.

La Jamaïque allait être secourue par Rodney. On ne songeait plus à l'expédition. Don Solano, fort désappointé, se rendit à la Havane.

On reprit, cependant, l'île de Roatam et l'archipel des Lucayes, et La Pérouse, avec un vaisseau de ligne et deux frégates, détruisit les établissements anglais de la baie d'IIudson.

Faibles compensations. M. de Vaudreuil le comprit, lorsque, peu de temps après, il ramena treize vaisseaux en assez mauvais état dans la rade de Boston. L'un de ses bâtiments, à l'entrée du port, coula. Le Congrès, pour réparer ce dommage, donna au roi de France, et confia à M. de Vaudreuil, un navire qu'on venait de terminer, Y America.

Le combat du 12 avril 1782 est le dernier épisode marquant de la guerre de l'indépendance. La France ne se laissa pas abattre par ce revers. Sutiren, dans

l'Inde, avait succédé, comme chef d'escadre, au comte d'Orves, le 3 février. Il croisa le long de la côte de Coromandel. Les vergues de ses mâts, non loin de Madras et de Pondichéry, se montrèrent. L'Inde, c'était l'Angleterre. Tous les ports du continent, et même Trinquemale, à Ceylan, n'obéissaient qu'aux Anglais.

Suffren, dans le golfe du Bengale, avait besoin d'un lieu de refuge et de ravitaillement. L'amiral Hugues, pour décourager certains désirs, bondit de Madras. Les deux escadres étaient en présence le 20 février, non loin de Ceylan. Après un engagement assez vif, Hugues se retira à Trinquemale, et Suffren à Porto-Novo, au sud de Pondichéry.

La Grande-Bretagne avait alors, dans Ayder-Ali, un adversaire redoutable. Le fils de cet Ayder, Tippoo- Saïb, après avoir décimé un corps de trois mille Anglais, avait offert à Suffren un renfort de deux mille cipayes. Le bailli fut ainsi capable de s'établir et de se fortifier à Goudelour.

Il avait perdu, après un rude combat, ses transports. En cherchant à les rallier, il retomba, le 9 mai, sous la trajectoire des boulets de Hugues. Il infligea de grandes avaries à l'escadre venue de Trinquemale, et gagna Batecalo, où vinrent le rejoindre, avec les transports égarés, des navires partis de l'Ile-de-France. Revenu à Goudelour, il se disposait à délivrer Negapatnam, colonie enlevée aux Hollandais. Il apprit que Hugues avait prévenu son dessein.

Suffren, qui riait des obstacles, provoqua le défenseur obstiné de la ville soumise ; et, après un autre

combat aussi acharné, l'obligea à se retirer sous la protection des batteries de terre (25 juillet). Bientôt, grâce à un renfort expédié de l'Ile-de-France, il jette deux mille quatre centshomm.es devant ïrinquemale, assiège la ville et y installe des postes (30 août).

Les vaisseaux ennemis allaient être en vue. Suffren, peu effrayé de son succès, salua Hugues à coups de canon, et le reconduisit jusqu'aux eaux de Madras (3 septembre).

Dans le golfe du Bengale, un homme console la France des étourderies du comte de Grasse. Il n'est arrêté dans sa marche heureuse que par la nouvelle des préliminaires de la paix.

D'ailleurs, si le comte d'Estaing, déjà en route pour l'Espagne, ne prend pas le commandement d'une flotte nombreuse qu'on arme à Cadix, avec l'intention de conquérir Gibraltar et la Jamaïque, c'est également parce que l'Angleterre implore la fin des hostilités.

Au fond, la guerre de l'indépendance soulève deux questions. La Grande-Bretagne veut soumettre les colonies à l'autorité du Parlement, et se ménager l'empire absolu des mers. Nous prévoyons que les colonies vont être libres, et nous sentons que les prétentions maritimes de George III courent le risque de n'être pas reconnues par les puissances d'Europe. « Mais, avance l'amiral Jurien de laGravière1, cette domination dut paraître à jamais affermie le jour où un amiral anglais put voir, avant d'expirer, les eaux de Trafalgar en-

1 , Guerres maritimes.

gloutir les tristes débris de ces deux grandes fortunes maritimes que les petits-fils de Louis XIY avaient fondées avec les traditions du grand roi, et qui semblèrent n'avoir une dernière fois uni leurs destinées que pour périr ensemble, et périr avec plus d'éclat. »

Depuis 1778 jusqu'aux préliminaires de la paix, la France, l'Espagne et la Hollande ont perdu 117 navires, dont 20 vaisseaux de ligne. L'Angleterre a vu disparaître 197 navires, dont 16 vaisseaux de ligne. Ajoutez, au tableau du déficit, 9,000 canons, dont5,000 pour les nations belligérantes et 4,000 pour l'Angleterre.

« L'Angleterre, dit l'auteur que nous venons de citer, avait entretenu successivement à la mer 85, 90, 100 et enfin 110,000 matelots, et, au mois de janvier 1783, quelques mois avant la conclusion de la paix, elle avait porté ses armements à 112 vaisseaux de ligne, 20 vaisseaux de 30 canons et 150 frégates. A la même époque, les flottes réunies de la France et de l'Espagne ne s'élevaient pas à moins de 140 vaisseaux, dont 60, déjà mouillés en rade de Cadix, n'attendaient plus qu'un dernier signal pour mettre sous voiles et se porter dans la mer des Antilles; 12 autres vaisseaux avaient quitté la rade de Boston, sous le commandement de M. de Vaudreuil, et un corps d'armée considérable était réuni à Saint-Domingue, prêt à s'élancer sur la Jamaïque. »

L'état de guerre, en dépit qu'on en ait, n'est pas normal, et quatre nations, cinq si l'on veut, en comptant la Hollande, luttaient depuis quatre ans. On était

fatigué, et l'issue du combat de la Dominique ne venait pas modifier la disposition des esprits.

A Paris, en toute éventualité, Franklin accueillait la nouvelle du succès de Rodney en rappelant, l'anecdote du bâcha turc, pris à Lépante par les Vénitiens : « Les vaisseaux sont comme la barbe de mon maître : vous pouvez la lui couper, elle repousse ; mais mon maître vous a pris la Morée, c'est un membre qu'il vous a coupé, et un membre ne repousse jamais. »

Ici, la Morée était l'Amérique.

Si les Anglais, après tout, en avril, avaient vaincu aux Antilles, ils avaient succombé, en février, à Minorque. Le duc de Crillon était là pour leur rafraîchir la mémoire.

Quant à Rodney, il était privé de commandement le jour où il vainquit à la Dominique. Le ministère, ému des déprédations de Saint- Eustache , avait remplacé le thésauriseur un peu trop zélé par l'amiral Pigot. Le prévenu, après la victoire, obéit à l'injonction.

De Grasse, passant sur le vaisseau de Rodney, retrouva l'ancien viveur qu'il avait peut-être jadis entrevu dans les salons de Paris. Minauder auprès des mêmes beautés, faciles ou sévères, assister aux mêmes nopc.es, prendre part aux mêmes festins; et, le 12 avril 1782, à la tombée du jour, se revoir, après un combat qui a duré près de douze heures, et qui a fait un vainqueur et un vaincu ! De Grasse ne semble pas s'alarmer outre mesure. On dirait qu'il s'attendait à ce coup. Peut-être s étonne-t-il de n'avoir pas rencontré plus tôt

le désastre où son entêtement dans le faux semblait le pousser.

L'amiral prisonnier, fort peu consterné, débarqua un beau matin à Londres. Les Anglais, pour se grandir à leurs propres yeux, prodiguèrent toute sorte de compliments au valorous Frenchman. Les ladies voulurent s'assurer qu'un amiral français n'avait pas un œil au milieu du front. De Grasse se prêta volontiers à tous les désirs d'une curiosité indiscrète. On le soupçonne de n'avoir pas deviné le motif qui faisait agir les nobles habitants de Londres.

On s'irritait beaucoup, à Paris, de ce manque de dignité. Le vaincu de la Dominique se vantait d'avoir été bien accueilli de George III. Il ajoutait même , d'un air enjoué, que le roi d'Angleterre lui avait dit : « Je vous reverrais avec grand plaisir à la tête de la flotte française. »

Une pluie d'épigrammes, des bords de la Seine, refroidit l'humeur légère de l'amiral. Les Parisiennes s'accrochaient au cou des croix à la Jeannette. Ces croix, en or, étaient surmontées d'un cœur. On supprima l'appendice, et l'on eut des croix à la de Grasse. Elles ressemblaient aux autres, avec cette seule différence qu'elles étaient sans cœur.

Plus tard, revenu en France, le comte de Grasse publiera un long mémoire où il accablera du poids de ses anathèmes les officiers placés sous ses ordres. Le gouvernement de Versailles, sans se laisser émouvoir par les plaintes, ne songera qu'à faire juger le marin qui n'a pu garder la Ville- de-Paris. Un conseil de

guerre, siégeant à Lorient (mai 1784), acquittera le prévenu ; mais le lieutenant général des armées navales n'aura plus la satisfaction de commander une chaloupe '.

1 . Voici le jugement du Conseil de guerre tenu à Lorient, par ordre du roi, présidé par M. le comte Hocdenault de Breugnon, lieutenant général des armées navales. Nous avons pris ce document aux Archives de la marine, avec l'autorisation de M. le ministre, et nous remercions M. Margry de l'obligeance qu'il a mise à nous faire la communication.

Du 21 mai 1784.

Vu en la chambre du Conseil...,

L'arrêlé du Conseil de guerre du 23 janvier, qui ordonne que M. le comte de Grasse sera mandé au Conseil pour être entendu à la requête du procureur du roi...

Les assignations données aux témoins et auxdits sieurs comte de Grasse, Darros et de Mithon, à la requête dudit procureur du roi...

L'arrêté du Conseil de guerre du 4 février, portant que la requête présentée au Conseil par M. le comte de Grasse sera rejetée comme contenant des termes qui ne peuvent être admis, et que son mémoire énoncé en ladite requête sera reçu par le Conseil ; la requête présentée au Conseil par ledit sieur comte de Grasse tendant à ce qu'il soit ordonné que sa réponse aux observations de M. le marquis de Vaudreuil soit déposée au greffe, ainsi que les pièces justificatives qui lui ont servi de base...

Le mémoire de M. le marquis de Vaudreuil enfin duquel est sa réquisition tendant à ce qu'il plaise au Conseil ordonner que les deux premières phrases du paragraphe du mémoire justificatif de M. le comte de Grasse, pages 19 et 20, commençant par ces mots : la deuxième escadre s' apercevant, et finissant par ceux-ci : Entouré de ■partout, seront rayées et biffées comme calomnieuses, comme aussi qu'il soit pareillement ordonné que les planches gravées qui sont jointes audit mémoire seront rejelées comme contraires à la vérité, et capables de donner à la plus grande partie du public, qui ne serait pas à portée d'en remarquer les erreurs, une idée fausse du combat du 12 avril 17 82, et qu'il soit ordonné, en outre, la suppression de la réponse du sieur comte de Grasse, comme renfermant des mots injurieux, des faits calomnieux, invraisemblables et contraires à l'honneur et à la réputation dudit sieur marquis de Vaudreuil...

Le Conseil de guerre n'ayant aucunement égard aux conclusions du

A Londres, le marquis de Rockingham, mort le 1er juillet, a pour successeur lord Shelburne.

procureui du roi, tendant à régler le procès à l'extraordinaire, ni à la requête dudit sieur de Charette, a donné et donne lettres auxdifs sieurs marquis de Vaudreuil, comte de Vaudreuil, de Bougainville... de ce qu'en conformité de l'article 19 du litre 14 de l'ordonnance de 1670 ils prennent droit par les charges, et de ce qu'ils s'en rapportent aux dépositions des témoins, comme aussi de ce qu'ils consentent au jugement définitif du procès dans l'état actuel sans faire plus ample instruction, et enfin de leurs réquisitions d'être jugés sur leurs interrogatoires ou réponses personnelles.

Faisant droit sur le tout, et procédant au jugement déûnitif dudit procès,

A loué et loue la conduite tenue par Joseph-Gabriel de Poulpiquef, chevalier de Coatles, lieutenant de vaisseau, ayant pris le commandement de l'Hercule à la place de M. de la Clocheterie, capitaine commandant, tué le 12 avril 17 82, dans toutes les circonstances de la journée. Mais pour n'avoir pas fait tout ce qu'il était possible de faire ledit jour pour rallier la Ville-de-Paris, après le signal d'ordre de bataille l'amure à tribord, ordre naturel fait vers quatre heures du soir, le condamne à être mandé en la chambre du Conseil pour y être admonesté, en présence du tribunal assemblé, décharge de toute accusation le sieur Joseph Amasieu de Ruât, lieutenant sur ledit vaisseau.

Pour par [sic) Laurent-Emmanuel de Renaud Daleins, capitaine, commandant le vaisseau le Neptune, n'avoir pas fait tout ce qu'il était possible de faire ledit jour 12 avril pour se rallier à la Ville-de-Paris, après le signal d'ordre de bataille l'amure à tribord, ordre naturel fait vers quatre heures, le Conseil de guerre le condamne à être mandé en la chambre du Conseil pour y être admonesté en présence du tribunal assemblé.

Décharge de toute accusation Jean-Baptiste de Glandeves, capitaine, commandant le vaisseau le Souverain.

Décharge de toute accusation Joseph-Jacques-François de Martellî Chautard, capitaine commandant le vaisseau le Palmier.

A loué et loue la mémoire de M. de Saint-Cesaire, capitaine commandant le vaisseau le Northumberland, ej, la mémoire de Delametlrie, embarqué en second sur ledit vaisseau, lesquels ont combattu vaillamment, savoir, M. de Saint-Cesaire jusqu'au moment où il a été blessé mortellement, et Delameltrie jusqu'à sa mort.

Décharge de toute accusation Marie-Gabriel de Combaud de Roque-

Le marquis de Lansdown, comte de Shelburne, avait obtenu le grade de colonel dans la guerre de Sept ans.

brune, enseigne de vaisseau, qui a pris le commandement dudit vaisseau le Northmnherland.

Le Conseil de guerre le déclare unanimement susceptible de mériter les grâces du roi.

Déclare la conduite de Louis-Anloinede l'ougainville, chef d'escadre, commandant la troisième de l'année du roi, ou escadre bleue, sur le vaisseau l'Auguste, irréprochable jusqu'à midi de la journée dudit jour 12 avril 1782. Mais ce chef d'escadre n'ayant pas, dans l'après-midi, particularisé ses signaux et fait manœuvrer son escadre pour le plus prompt ralliement possible au corps de bataille, le condamne à être mandé en la chambre du Conseil, pour y êlre admonesté. en présence du tribunul assemblé.

Décharge de toute accusation Pierre-Joseph de Castellan, capitaine de pavillon dudit vaisseau l'Auguste,

Et Augustin de Truguel, lieutenant de vaisseau, embarqué sur ledit vaisseau, faisan! les fonctions de major de ladite escadre bleue.

A déclaré et déclare la conduite de Jean-Guillaume-Michel de Gauzillon, commandant le vaisseau l'Ardent, irréprochable dans la journée dudit jour 12 avril jusqu'au moment où il a amené son pavillon. Mais pour n'avoir pas prolongé sa résistance autant qu'il eût pu le faire, l'interdit pour trois mois de ses fonctions.

Décharge de toute accusation Alexandre Demalys Le Grand, lieutenant, embarqué sur ledit vaisseau l'Ardent, en qualité de commandant en second et de lieutenant en pied ; Guillaume-Casimir Le Veneur Desieurn , Louis-Casimir-Marie-Âvice de Tourville , Josepb-Anastase de Siinl-Pern , Antoine Pinière de Clavin , et Charles-François Le Groiny de La Romage, enseignes, embarqués sur le même vaisseau.

A loué e! loue la conduite tenue par Pierre-Antoine de Clavel, capitaine commandant le vaisseau le Scipion, dans le combat dudit jour 12 avril, qui, quoique très-malade, s'est fait transporter sur son pont où il a très-bien combattu le matin. Mais trop faible par son état de marasme pour s'occuper ensuite des manœuvres qui auraient élé convenables à l'exécution des signaux et à son ralliement, sur l'accusation contre lui intentée met les parties hors de cour et de procès.

Décharge de toute accusation Claude-François Regnard Dcfuschamberg, comte Damblimont, capitaine commandant le vaisseau le Brave, Et Jean-Baptiste de Marbotin Ruberons, lieutenant, embarqué sur ledit vaisseau et chargé des signaux.

Nommé secrétaire d'État par Chatham, il suivit le tribun dans sa retraite, en 1768, Très-opposé à la

Àloué et loue unanimement la conduite et les manœuvres d'Alexandre Dethy, capitaine commandant le vaisseau le Citoyen, tant dans le combat que dans la journée dudit jour 12 avril, et le décharge de toute accusation.

A loué et loue la mémoire de M. de La Vicomte, capitaine commandant le vaisseau l'Hector, qui a défendu ce vaisseau avec la plus grande bravoure jusqu'à quatre heures un quart du soir, ledit jour 12 avril, époque à laquelle il a été tué ayant combattu sans interruption depuis le matin jusqu'à deux heures et demie, et depuis cette époque n'avait eu que des intervalles très courls, ayant été réaltaqué par des forces supérieures.

A loué et loue la conduite de Julien-François de Beaumanoir, capitaine , embarqué en qualité de lieutenant en second , ayant pris le commandement dudit vaisseau l'Hector à quatre heures un quart, le 12 avril, et ayant continué le combat pendant un quart d'heure, malgré l'étal de délabrement où se trouvait réduit le vaisseau à ladite époque, et le décharge de toute accusation.

Décharge pareillement de toute accusation François-Pierre-Jean Dekmorial, lieutenant de vaisseau;

Marie-Jean-Élie Demoulins de Rochefort, aussi lieutenant de vaisseau ;

Charles-Armand-Malhurin de La Garde, lieutenant de frégate;

Jean Bassière, oflicier auxiliaire, tous embarqués sur ledit vaisseau.

Décharge de toute accusation la mémoire de Joseph-François-Hubert Delahayrie, lieutenant, embarqué sur ledit vaisseau> décédé dans le cours de l'instruction.

Le Conseil de guerre juge les officiers de terre et de mer, embarqués sur ledit vaisseau, susceptibles des grâces du roi et de l'estime de la nation, ainsi que l'équipage.

Le Conseil de guerre a unanimement loué et loue la mémoire de M. de Marigny, capitaine, commandant le César, pour avoir combattu avec la plus grande valeur, ledit jour 12 avril, jusqu'à neuf heures du matin qu'il a été blessé mortellement.

A loué et loue la conduite de Michel-Georges Laub, capitaine, embarqué en second sur ledit vaisseau, dont il a pris le commandement à cette époque, ayant combattu sans interruption jusqu'à trois heures et demie avec la plus grande opiniâtreté, et fait la plus belle défense jusqu'au moment où il a été forcé de céder aux forces supérieures, n'ayant plus que tr jnle-six coups de canon à tirer, de tous calibres,

guerre d'Amérique, il admettait, avec l'homme dont il épousait les idées, qu'on devait reconnaître tous les

et ayant ses voiles en lambeaux et ses mâts hors de service. En conséquence, le décharge de toute accusation.

Décharge pareillement de toute accusation Louis-Simon de Broutières, enseigne sur ledit vaisseau,

Et Joseph Ruault Duplacy, officier auxiliaire embarqué sur ledit vaisseau.

Loue aussi les officiers de terre et de mer embarqués sur ledit vaisseau, et les juge susceplihles des grâces du roi et de l'estime de la nation, pour avoir combattu avec tant de valeur, de sang-froid, et fait une si belle résistance, ainsi que l'équipage.

Sur l'accusation intentée contre Pierre-Antoine de Montperroux. capitaine, commandant le Dauphin royal, cet officier ayant combattu valeureusement le malin dudit jour 12 avril avec un vieux vaisseau, mais étant le soir éloigné de son poste du corps de bataille, le met hors de cause et de procès.

Décharge de toute accusation Jean-Baptiste Roch de Guerpcl de Bar, enseigne, embarqué sur ledit vaisseau.

Décharge de toute accusation Jean-François, baron Darras, commandant le vaisseau le Languedoc, matelot d'avant de la Ville-de-Paris dans la ligne de bataille bâbord amures ordre renversé.

A supprimé et supprime tous mémoires, lettres et écrits en ce qu'ils contiennent d'attentatoire à son honneur et à sa réputation.

Décharge de toute accusation Jean-Bapliste-François de La Villeon, capitaine de pavillon de la Ville-de-Paris, commandant ledit vaisseau sous les ordres de l'amiral ;

Pierre-René-Marie de Vaugiraud de Bosnay, capitaine, faisant les fonctions de major de l'armée ;

Jean -Baptiste de Cibon , capitaine, embarqué sur ledit vaisseau la Yille-de-Paris en qualité d'intendant de l'armée;

Jean-Louis Trédern Delezerec, lieutenant de vaisseau;

Jean-Louis-Charles, chevalier de Brach, lieutenant de vaisseau;

Jacques -Paul-Robert Delezardière, enseigne de vaisseau ;

Charles de Blois, aussi enseigne;

François-Marie du Bouexic, aussi enseigne ;

El Joseph de Tanouarn, aussi enseigne, tous embarqués sur la Ville-de-Paris.

Décharge de toute accusation Claude de Million, capitaine, commandant le vaisseau la Couronne, matelot de l'arrière de la Ville-de-Paris dans la ligne de bataille, bâbord amures ordre renversé.

droits aux Américains, à l'exception du droit de maintenir l'acte du 4 juillet. Il avait même prédit que le

A supprimé et supprime tous mémoires, lettres et écrits en ce qu'ils contiennent d'attentatoire à son honneur et à sa réputation.

Décharge de toute accusation Armand Le Gardeur de Tilly, capitaine, commandant le vaisseau l'Éveillé.

Décharge de toute accusation Louis de Rigaud, comte de Vaudreuil, chef d'escadre, commandant le Sceptre.

Le Con.-eil de guerre témoigne ses regrets sur la perte de M. le baron Descars, capitaine, commandant le vaisseau le Glorieux, et loue sa mémoire, ayant fait une vigoureuse défense jusqu'à neuf heures du matin ledit jour 12 avril, époque à laquelle il a été tué, ayant été successivement comhattu par l'amiral anglais et son matelot d'arrière qui ont laissé son vaisseau sans mâts quelconrmes.

Décharge de toute accusation Jean-Honoré de Trogoff de Klessy, lieutenant de vaisseau, ayant pris le commandement du vaisseau à la place du baron Descars ledit jour 12 avril.

Décharge pareillement de toute accusation Louis-Hippolyte-Marie Vinoy de Portzamparc, enseigne de vaisseau,

Et Charles-Paul-Léonard de Montigny, aussi enseigne, tous deux embarqués sur ledit vaisseau.

A loué et loue la conduite de de Trogoff dans son opiniâtreté dans la défense dudit vaisseau. Sa résistance, sa valeur, ses ressources et sa résolution sont des titres qui lui méritent les grâces du roi et lui assurent l'estime du corps.

Loue pareillement la conduite des officiers de terre et de mer qui l'ont si bien secondé dans sa défense, ainsi que l'équipage dudit vaisseau, qui ont combattu avec courage et fermeté, et qui par celte considération méritent également les grâces du roi.

Décharge de toute accusation la mémoire de Louis-Augustin de Monteclerc, capitaine, commandant le vaisseau le Diadème, décédé dans le cours de l'instruction.

Décharge de toute accusation François-Louis-Edme-Gabriel Dumailz de Goimpy, capitaine, commandant le vaisseau le Destin.

Décharge de toute accusation Jean-Antoine Le Bègue, capitaine, commandant le vaisseau le Magnanime.

Lui enjoint d'être à l'avenir plus circonspect dans ses termes et expressions qu'il ne l'a été dans son journal et son compte rendu au ministre, à l'occasion du combat dudit jour 12 avril.

Décharge de toute accusation Charles de Médine, capitaine du vai&j seau le Béjléchy ;

soleil de l'Angleterre baisserait à l'horizon le jour où serait reconnue l'indépendance des États-Unis. Et c'était

Charles-Marie de La Grandière, capitaine du Conquérant ; Jean-Baptiste de Macarty Marteigne, capilaine du Magnifique, Et le loue de sa valeur dans le combat dudit jour 12 avril et de son activité, tanl dans l'exécution des manœuvres de son vaisseau, que pour rallier avec le commandant de son escadre la Ville-de-Paris, et de son attention à se poster de manière à conserver son poste de matelot du Triomphant.

Décharge de toute accusation Louis-Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, lieutenant général, commandant la seconde escadre de l'armée du roi sur le vaisseau le Triomphant.

Et loue sa conduite dans toutes les circonstances de la journée dudit jour 12 avril, tant comme commandant dudit vaisseau que comme amiral commandant la seconde escadre.

A supprimé et supprime toutes lettres, mémoires et écrits en ce qji'ils contiennent d'attentatoire à son honneur et à sa réputation.

Décharge pareillement de toute accusation Joseph-Saturnin Mont- Cabrié de Peytes, capitaine de pavillon sur ledit vaisseau à la place de M. le chevalier Dupavillon, tué au combat dudit jour 12 avril*

Et Louis Frager, chevalier de l'Eguille, lieutenant, embarqué sur ledit vaisseau, faisant les fonctions de major de ladite escadre.

Loue la mémoire du chevalier Dupavillon pour avoir combattu valeureusement jusqu'à sa mort ledit jour.

Décharge de toute accusation Charles de Charitte, capitaine du vaisseau la Bourgogne,

Et, le loue de ses manœuvres pendant la journée dudit jour 12 avril.

Tour par Charles-ïîégis-Coriolis d'Espinause, chef d'escadre, montant le vaisseau le Dnc-de- Bourgogne , s'être trop occupé dans l'aprèsmidi dudit jour 12 avril du danger de démâter, au lieu de faire tout scn possible pour ne pas s'éloigner de son escadre, le Conseil de guerre le condamne à être mandé en la chambre du Conseil pour y être admonesté en présence du tribunal assemblé.

Décharge de toute accusation Pierre-Joseph-François Samson de Champmartin, capitaine de pavillon dudit vaisseau ;

Henri-César de Castellane-Majaslre, capitaine du vaisseau le Marseillais,

Et le loue de son zèle, de sa fermeté et de son attention la plus suivie dans l'exécution des mouvements généraux de son escadre et de ceux particuliers de son vaisseau dans ladite journée du 12 avril.

ui qu'on chargeait de préparer l'éclipsé ! Mais le miîistre, « réveillé du rêve de la domination britannique » , promettait de ménager à l'astre national un crépuscule |)ù vinssent couver de nouveaux rayons.

Vergennes, pour correspondre avec Shelburne, et pour hâter la conclusion d'un traité de paix, a un intermédiaire : de Grasse. Les Anglais l'examinent, le rayonnent et le questionnent. Ils le flattent. C'est pour j mieux s'admirer.

Décharge de toute accusation François-Hector d'Albert de Rions, capitaine du vaisseau le Pluton,

El loue sa conduite dans ladite journée.

Décharge de toute accusation Charles Elzéar Bourgarel de Martignan, enseigne de vaisseau, commandant la frégate l'Amazone aux i lieu et place de M. de Montguyot, commandant ladite frégate.

Le Conseil de guerre honore la mémoire dudit de Montguyot, tué lans un combat postérieur au 12 avril.

Décharge de toute accusation Jean-Baptiste-François de Suzaunet, lieutenant de vaisseau, commandant la frégate l'Aimable,

François Robert, vicomte Daché, enseigne de vaisseau, commandant le cutter le Clairvoyant,

Et le loue de sa conduite dans la journée du 12 avril.

Décharge de toute accusation Joachim de Roquart, lieutenant de vaisseau, commandant la frégate la Galalhée ;

Louis-Jean Marie, baron de Paroy, lieutenant de vaisseau, commandant la corvelle la Cérès.

Le Conseil de guerre a loué et loue la mémoire de M. le vicomte de Mortemart, commandant la frégate le Bichemond, ayant été infiniment utile ledit jour 12 avril par sa manœuvre hardie et distinguée en prenant le Glorieux h la remorque, qu'il a conservé avec opiniâtreté sous le feu de l'ennemi, ne l'ayant abandonné qu'après les ordres réitérés de M. de Trogoff, commandant le Glorieux, qui voyait que cette frégate allait être entourée. Cette action hardie et valeureuse justifie les regrets que le corps conserve d'avoir perdu ce brave militaire.

Décharge de toute accusation Joseph-Louis de Canillac, embarqué en qualité de lieutenant de vaisseau en second sur ladite frégate.

Sur le surplus des demandes des parties, les met hors de cause et de procès.

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