‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 14 sur 69 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

LE HAUT COMMANDEMENT — LES ÉTATS-MAJORS LE CHEF d'état-major GÉNÉRAL

Immédiatement après la paix de 1871, on s'était occupé d'organiser le commandement des grosses unités de nos troupes à l'aide de la création des corps d'armée. La France avait été divisée en 19 régions, correspondant chacune à un corps d'armée. Cette organisation bien étudiée a donné les meilleurs résultats.

Sous la réserve du dédoublement de deux corps d'armée de TEst, d'où sont sortis le 20^ et 21« corps, et aussi de la création de nos vaillants corps coloniaux, elle est restée sans changement jusqu'à la guerre de 1914.

Bientôt on sentit la nécessité de préparer aussi, dès le temps de paix, le commandement des armées, et de donner aux officiers généraux, destinés à exercer ces hautes fonctions, à la déclaration de la guerre, toutes facilités pour se préparer à ce grand rôle; et aussi pour apprendre, par des inspections annuelles, à connaître le personnel qu'ils auraient à mener à l'ennemi. De là, la création du Conseil supérieur de guerre, qui a rendu les plus grands services, dès le temps de paix, par son influence régulatrice, et qui en rendra encore davantage, quand on le consultera obligatoirement pour toutes les grandes questions militaires, comme pour l'avancement des officiers.

Dans une des dernières réorganisations du Conseil supérieur de guerre, on a mis en permanence, à la disposition des commandants d'armées, le chef d'étatmajor et deux officiers de leur futur état-major de guerre. C'est une excellente mesure, des plus utiles pour la préparation du commandement de nos armées. Dans ses inspections annuelles de corps d'armée, le général d'armée se fait accompagner de son chef d'étatmajor et le charge spécialement de l'inspection des états-majors, avec lesquels il aura à correspondre en temps de guerre et dont il y a intérêt à lui faire connaître les qualités et les défauts.

La préparation de la mobilisation, de la concentration des armées, de leurs opérations, de leur ravitaillement... a été confiée à « l'état-major général de 'l'armée », qui fonctionne au ministère de la Guerre et qui s'occupe en outre de veiller à l'instruction générale de l'armée et de suivre les progrès des armées étrangères.

Ses études sur les armées étrangères, quand elles

peuvent être divulguées, paraissent dans la Revuei militaire de V Etranger. Ce ne sont pas seulement desextraits, des résumés des publications ou des règlements des armées étrangères, ce sont souvent des analyses, des discussions pleines d'intérêt et très goûtées de Tarmée. ■"

En même temps, l'état-major de Farmée fait paraître^ une Revue historique^ des plus utiles à tous, dans f" laquelle il publie, campagne par campagne, les docu- jments conservés aux archives du Ministère de la Guerre f et de l'État, ou même des collections particulières, et ",] ayant trait aux guerres, aux chefs militaires les plus célèbres. \

Aucun règlement concernant l'emploi de Tarmée à ; la guerre, aucune modification à ces règlements, ne se^î font «ans la participation de Tétat-major de Tarraée, ,^ qui a su maintenir une concordance complète entre les j règlements des diverses armes et Tunité de doctrine ; pour toute Tarméè. \

La mission d'instruire les officiers destinés à l'état- \ major, et aussi de répandre les hautes études de \ guerre dans Tarmée entière, a été remplie, tout d'abord i presque exclusivement, et d'une façon remarquable par 1 l'École supérieure de guerre, sous la surveillance de \ l'état-major de l'armée. Une méthode d'enseignement | rationnelle, bien française, basée avec raison sur ce que j « l'offensive peut seule donner des résultats positifs », I et s'appuyantà la fois sur le grand-maître de la guerre, j Napoléon, et sur les campagnes plus récentes, a été | créée et a très bien orienté l'armée pour la tactique et ' la stratégie. ' j

La diiïusion de ce haut enseignement dans l'armée s'est faite tout naturellement par les officiers sortant de l'École de guerre pour servir dans les divers états-4 majors, ou dans les corps de troupe; et aussi par la publication des cours, souvent remarquables, des professeurs de rÉpole. Au moment de l'entrée en campagne, notre corps d'officiers s'est trouvé très bien

instruit' pour la grande guerre. Nous le devons beaucoup à rheureuse influence de l'École supérieure de guerre.

Dans les dernières années, on a estimé que les deux années d'études à l'École étaient insuffisantes pour préparer « les états-majors des armées )^ surtout au point de vue de la stratégie; on a voulu y remédier, en faisant faire une troisième anrîée d'études ^ un certain nombre d'élèves bien choisis. Puis on a renoncé à ce système et préféré avec raison créer, pour une sélection d'ofticiers supérieurs, déjà expérimentés, « le Centre des hautes études de guerre «, destiné à préparer aux manœuvres d'armées et aussi à propager ce haut enseignement dans l'ensemble de l'armée.

Cette nouvelle et importante création rendait nécessaire d'assurer l'unité de doctrine entre le nouveau centre et l'École supérieure de guerre. A cet effet, on les a placés les deux sous la surveillance du « Comité d'état-major », composé surtout des chefs d'état-major des armées.

Tous ces progrès, si utiles pour l'emploi de nos troupes à la guerre, ont été réalisés suffisamment à temps; de sorte que, incontestablement, notre armée entrait en campagne dans d'excellentes conditions d'instruction, tant pour les troupes que pour les étatsmajors.

Au point de vue du commandement suprême de nos armées, ce fut trois ans avant la guerre, par conséquent avec une marge suffisante pour en profiter, que M. Messimy, alors ministre de -la Guerre, trouva le temps, malgré l'instabilité navrante de nos cabinets ministériels, de réaliser, par son décret de juillet 1911, un progrès considérable destiné à avoir une grande influence sur la direction de nos opérations. Il est à désirer que cette circonstance si heureuse, providen-

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tielle même, reste dans le souvenir du pays ; car elle \ a été l'une des grandes causes de son salut :

Le décret Messimy, complété en 1912 par M. Mille- ; rand, a mis, pour la première fois, entre les mains d'un 1 seul homme, le chef d'état-major de l'armée, destiné à 1 devenir le généralissime, tous les grands rouages de la '■ préparation à la guerre, qui jusque-là avaient été si difficilement reliés : le Conseil supérieur de guerre, : l'État-major de l'armée, le Comité d'état-major, le J Centre des hautes études de guerre, l'École supérieure i de guerre.... ■

Il est résulté de ce décret que le chef d'état-major l général, destiné à devenir le commandant en chef de ■ nos armées, a pu avoir pendant trois ans-, sous la main, ; tous les hauts services préparant la guerre : qu'il a pu perfectionner la mobilisation, la concentration, Fins- ; truction des troupes, apprendre à connaître dans les ; manœuvres, dans ses inspections, le fort et le faible de ^ ses futurs subordonnés; et enfin qu'il s'est trouvé dans J des conditions exceptionnelles pour se préparer lui- 4J môme au grand rôle, d'où allaient dépendre les "j destinées de la France. : ;

Pour remplir et utiliser ce poste élevé si grave, si ^ lourd, si assujettissant, il fallait un chef très bien doué ;" au point de vue de l'intelligence, de l'acquit, de la U pondération desprit, de l'énergie, du caractère et |' aussi — car la besogne était écrasante — de la puis- i sance de travail. U

Toutes ces qualités diverses se sont trouvées réunies i^ dans l'homme éminent qui fut chargé de mettre en f-l train les nouvelles hautes fonctions, et qui les a \4 remplies jusqu'à la déclaration de la guerre. H

Grâce à son énorme labeur de trois années, grâce à j' cette préparation complète, intensive, qu'aucun de nos '; généralissimes n'avait eue jusque-là, le général Joffre '1 s'est trouvé dans d'excellentes conditions pour pouvoir ■ .'. rester maître de la situation, dans les circonstances i troublantes du début de la guerre, [ our conserver la ^

tète froide, libre et prendre avec calme, sang-froid les mesures destinées à contrecarrer les entreprises terrifiantes de notre formidable adversaire.

En résumé, pour la préparation à la guerre de l'armée, il y a eu de grosses lacunes pour notre matériel de guerre. Nous avons aussi, au temps du général André, vécu des années d'angoisse pour la solidité, la cohésion de l'armée, et nous avons pu parfois être gênés parce que quelques parlementaires « ne savaient pas assez »....

Par contre, il s'est trouvé dans cette préparation, si laborieuse, si persévérante, si généreusement consentie par la nation, des éléments très heureux, qui ont largement contribué au salut, à la victoire. Ce sont :

L'ardeur infatigable de toute l'armée;

Les vaillantes, héroïques traditions offensives de notre infanterie;

Notre merveilleux 75 et la haute valeur de notre artillerie ;

^L'heureuse influence de l'École supérieure de guerre ;

La bonne préparation de nos états-majors;

La circonstance providentielle du décret Messimy, qui confia, trois ans avant la guerre, toute la préparation militaire à notre futur généralissime;

Enfin et par-dessus tout, la vigilance, les sentiments élevés, le cœur de notre héroïque nation.

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