‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 17 sur 69 · L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE

Pendant nos années de recueillement, d'isolement, pendant que nous augmentions néanmoins, notre beau

domaine colonial, en Tunisie, dans l'Afrique occiden- *"]e, au Tonkin, à Madagascar..., la Grande-Bretagne, lit restée, vis-à-vis de la France, dans une position xpectative, de surveillance attentive de ses propresérèts, jusqu'au moment où intervint, il y a une iizaine d'années, un souverain de génie, le roi Couard Vil.

^^Eonnaissant, aimant notre pays, où il comptait tant ^RPSmitiés, tant de sympathies, comprenant l'énorme danger que courrait l'Angleterre si, après nous avoir écrasés, l'Allemagne, plus ivre que jamais de sa suprématie militaire, se laissait aller, sans entraves, aux suggestions de son orgueil et de ses ambitions illimitées, Edouard VII s'attacha à régler amicalement, équitablement, toutes les difficultés pendantes entre la France et la Grande-Bretagne, au Maroc, en ligypte, à Terre-Neuve, etc. Il trouva, en France, un aide habile, utile, persévérant, dans notre ministre des Affaires étrangères, M. Delcassé, qui contribua puissamment à préparer avec le Roi l'entente cordiale des deux peuples, et nous rendit ainsi, ainsi qu'au monde entier, un service signalé.

Bientôt après, l'Angleterre régla, également à Famiable, ses différends avec la Russie et, sans entrer dans notre alliance, manifesta l'intention formelle de nous aider à faire contre-poids à la triple alliance de TAllemagne, de l'Autriche et de l'Italie, par « la triple Entente », Ce grand événement, qui a joué depuis un rôle capital, nous a permis immédiatement d'agir, avec suite et fermeté, dans les années qui- ont précédé la guerre et qui ont été si souvent troublées par les rodomontades de l'Allemagne.

L'Angleterre n'avait pris aucun engagement de nous aider, à main armée, en cas de conflit européen. Et cependant, quand l'Allemagne faillit mettre le feu aux poudres, en 1911, par l'envoi menaçant d'un de ses vaisseaux de guerre à Agadir, notre état-major escompta nettement, dans son plan de concentration,

l'entrée en ligne, à notre secours, d'un corps expéditionnaire anglais de 75 000 hommes environ.

Mais la promesse de cette intervention momentanée 'i n'engageait en rien l'Angleterre pour l'avenir. Elle • entendait rester les mains libres; et lorsqu'à la fin de J juillet 1914 les événements se brouillèrent au point ':î de nous faire tout craindre, il était loin d'être certain]! que nos amis de la Grande-Bretagne nous viendraient!: à l'aide. Les Allemands paraissaient même compter sur.^ leur non-intervention. En France, cette question redou-| table pesait sur tous les esprits, car elle était d'une | gravité exceptionnelle pour notre pays. ^1

L'appui, que nous pouvions espérer de rAngleterre,| était formidable sur mer. Sa puissante marine dispo-j; sait de tous les éléments nécessaires pour paralyser la|] flotte allemande. Et sur la Méditerranée, nos propreSfi: vaisseaux pouvaient également l'aider à dominera complètement les forces navales autrichiennes e^l italiennes. t

Sur terre, l'appui était aussi précieux, non pasji pour le nombre des combattants, qui au début ne^ dépasserait pas 100 000 hommes, mais pwir la valeur..,; Le corps expéditionnaire, que l'Angleterre tenait sur^ pied et dont elle avait soigné l'organisation dans le^ dernières années, comprenait 6 divisions d'infanterie, composées exclusivement de volontaires, des plus solides, des mieux entraînées ; une superbe cavalerie, et 72 batteries de campagne des mieux instruites. Lfi défense des Colonies était assurée pour 6 autres divii | sions; la défense de la Grande-Bretagne elle-mèmM par Indivisions territoriales. Ce sont les chilïres do Iffi fin de 1913. j

L'appui initial, que pourrait nous prêter rAngleterre^ sur le continent, ne pouvait donc pas dépasser 3 covpi4 d'armée à 2 divisions. C'était peu au point de vue dtt^^ nombre. Mais c'était énorme au point de vue moral, noQj^ seulement pour l'opinion des neutres et du mondd* entier, mais encore pour surexciter nos propres troupes,;;

Quel appoint inappréciable pour nous, que de voir les belles qualités de nos soldats, leur entrain, leur élan, leur fougue irrésistible dans l'attaque, leur dévouement sans limite au devoir, être renforcés par les hautes vertus des Anglais, la solidité, Timpassibilité, la persévérance dans Teffort, la force d'âme que rien n'abat, Tesprit de sacrifice que rien n'arrête pour la patrie, pour l'honneur!

Ces hautes vertus viennent aux Anglais de la formation même de leur race, du sang des Celtes héroïques du pays de Galles et de l'Irlande, des Pietés, des Scotts indomptables de l'Ecosse; des vaillants conquérants Anglo-Saxons, et des Normands, des Français, qui avec Guillaume le Conquérant ont parachevé leur admirable nation.

Personne ne connaît mieux que nous ces qualités de race, car pendant des siècles. Français et Anglais ont été mêlés dans des luttes furieuses, interminables, qui au début, avant Jeanne d'Arc, avant l'avènement de l'idée de la Patrie française, avaient été de véritables guerres civiles.

Lorsque Guillaume conquit l'Angleterre, en 1066, son armée était presque exclusivement composée de guerriers, accourus de toutes les provinces de France. Ses chefs portaient presque tous des noms français : Boulogne, Thouars, Estaples, Evreux, Rotrou, Beaumont, Warennes, Montgomery, Grandmesnil, Martel, Giffard.... C'est en chantant l'hymne français de Roland, que les guerriers de Guillame abordèrent les Saxons à Hastings....

Après la conquête, un grand nombre de ces chefs restèrent dans la Grande-Bretagne et y implantèrent plus que jamais les lettres, les arts, les sentiments de chevalerie de la France, les bienfaits de notre civilisation latine.

Comment s'étonner que, pendant de longues années, les générations anglaises, qui ont succédé à celle de Guillaume le Conquérant, aient tourné les yeux du

côté de la France; qu'elles aient voulu se mêler à nos q luttes intestines : qu'elles aient applaudi ceux de leurs % princes qui s'installaient dans nos provinces, qui affi- ; chaient des droits sur notre couronne! 4

Déjà en 1914, ces vieilles rivalités, qui ont duré 'H huit siècles, avaient disparu. Lentente cordiale, que â les deux pays doivent à Édouard'YlI, en avait adouci, ^ effacé le souvenir; mais cette entente s-e transformerait- | elle en alliance effective, en cas d'agression de l'Aile- | magne? On se le demandait, en France, avec une certaine anxiété mêlée d'espoir, à la fm de juillet 1914.

Si l'Angleterre se joignait à nous, la liberté de nos communications par mer, la sécurité de nos côtes, de nos colonies étaient assurées; et sur terre, la collabo-' ration des Anglais surexciterait nos troupes, notre ^ peuple.

D'un autre côté, l'attitude des neutres en serait grandement influencée. La Belgique, la Suisse, la Hollande seraient poussées à défendre plus énergiquement leur neutralité. L'Italie sentant ses côtes menacées, et craignant d'autre part l'extension de l'Autriche vers l'Adriatique, aurait tout intérêt à sortir de la triple alliance et à affirmer sa neutralité assez nettement pour nous permettre d'employer, contre l'Allemagne, nos troupes réservées pour la défense des Alpes.

La décision, qu'allait prendre l'Angleterre, était d'une gravité exceptionnelle pour la France. C'était une question de vie ou de mort. File était attendue avec ancroisse.

AITIIES ALLI! -

D'autres nations pouvaient se joindre à nous, avec la Russie et l'Angleterre, si la guerre éclatait :

La Serbie sûrement, puisqu'elle était la cause apparente de la guerre. Son a?nv'.v qui devait atteindre

MHHi iioiiinie>> (Ml 1911, avait fait des prodiges de

U'ur pendant la guerre Balkanique de 1914. Bien,

MU'giquement commandée par le prince Alexandre,

<t^ondée par 50 000 Monténégrins, elle ferait sûrement

[^«grands efforts pour résister à une invasion des

r^HRrichiens.

Que ferait la Belgique contre une violation de sa ; neutralité par TAllemagne? On hésitait à se prononcer. I On savait que les Allemands y avaient beaucoup de I partisans convaincus. Et cependant, la Belgique venait I de s'occuper sérieusement des mesures militaires à prendre pour défendre son territoire. Son armée venait d'être réorganisée en 1913. Elle avait beaucoup gagné, au point de vue du recrutement, par « le système généralisé )), qui incorporait 49 p. 100 des inscrits de chaque année et était destiné à pouvoir mettre sur pied, en cas de guerre, 340 000 hommes, affectés les uns à l'armée de campagne, les autres à la défense des forteresses.

L'intervention du Japon n'était pas impossible, si l'Angleterre se mêlait à la guerre : car il y avait un traité d'alliance entre ces deux pays. L'armée japonaise était évaluée à 1200 000 hommes; elle avait fait magistralement ses preuves dans la guerre de Mandchourie. Sa marine était aussi un puissant appoint; elle occupait le cinquième rang dans les marines du monde.

Quant à l'Italie, il était impossible de compter sur sa coopération, tout au moins au début. La marche des événements de la guerre pourrait seule la dégager de ses liens avec l'Allemagne, ou la faire sortir de la neutralité, si elle adoptait cette attitude.

Il en était de môme pour la Roumanie, dont l'armée, solidement organisée, pourrait comprendre, sur le pied de guerre, près de 900 000 hommes.

En tête des nations destinées à rester neutres se tenaient les États-Unis d'Amérique. En France, tout le monde comptait sur une neutralité très bienveillante

de leur part. Mais on n'allait pas jusqu'à espérer une collaboration active, puissante. Pour que cette collaboration se réalisât, il a fallu que les Allemands se conduisissent en bandits sur terre et sur mer, et que leurs atrocités obligeassent moralement l'Amérique, sous peine de déchéance, à prendre part à la lutte du droit, de la liberté, contre la barbarie et l'oppression.

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