‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · L ALLEMAGNE APRES 1870. — LE VIEIL EMPEREUR · texte numérisé non relu

L ALLEMAGNE APRES 1870. — LE VIEIL EMPEREUR

Après la guerre de 1870, l'Allemagne exulta. Elle regarda comme un axiome indiscutable la suprématie de sa puissance militaire sur celle de la France, de l'ennemi héréditaire, envié, détesté. Elle attribua nettement les capitulations de nos armées régulières, de Sedan et de Metz, à la supériorité écrasante de vaillance, de force de ses soldats, autant qu'aux talents inimitables de son « grand état-major ».

Elle ne comprit pas que, comme autrefois à Crécy, Poitiers, Azincourt, nos armées n'avaient été écrasées que parce qu'elles avaient été insuffisamment commandées; que leur valeur, leur aptitude merveilleuse, de race, au combat n'avaient pas varié; que ces qualités se retrouveraient toutes les fois que nous serions commandés, sinon par des Turenne, des Condé, des Napoléon, par des chefs instruits et dignes de leurs soldats.

Aux yeux de toute l'Allemagne, bouffie d'orgueil, enivrée de ses succès, grisée par la vue des innombrables prisonniers français, qui avaient peuplé ses

camps, encombré ses villes en 1870, il n'y avait plus' de doute possible sur Finfériorité relative des troupes; françaises. jj

Son idole, le maréchal de Moltke, celui qui avail| préparé et dirigé la guerre, lui avait donné d'autresl arguments, concernant le haut commandement. « Nos* ennemis, disait-il dans ses discours au Reichstag,| pourront chercher à nous égaler pour le matériel, pour* l'instruction, rentraînement de nos troupes, jamais ilsl ne pourront atteindre la perfection de notre.» grand* état-major ». |

Le vieil empereur Guillaume I", dont rinfluence* pondérée avait été si grande dans les deux guerres] victorieuses de 1866 et 1870, n'était peut-être pas complètement de cet avis. On prétend même qu'il aurai! répété à son petit-fils, l'empereur Guillaume II, « que les conditions exceptionnelles, dans lesquelles il s'était trouvé en 1870 pour vaincre les Français, ne se repro^ duiraient peut-être jamais ».

C'était incontestablement un grand souverain quel ce fondateur de l'Empire allemand prussien. Lorsqu'il fut appelé, par la maladie de son frère, à prendre la régence de la Prusse, en 1857, l'armée prussienne lui devait déjà beaucoup. Très « cocardier », aimant Tar^ mée passionnément, il avait passé son temps, jusque^ là, à la perfectionner, à l'entraîner, à élever son moral.

Au moment où il prit la direction des affaires de la monarchie, il s'empressa de confier le poste si important de chef du « grand état-major » au général von Moltke, quoiqu'il ne fût encore que général de brigade. Bientôt après, il donna le ministère de la Guerre ai général von Roon, et celui des Affaires Etrangères Bismarck. Ces trois hommes éminents ne le quittèrent plus, et l'aidèrent puissamment à grandir la Prusse, fonder TEmpirc allemand.

Le choix de pareils aides, la confiance illimitée qu'il a su leur accorder, tout en les modérant, les arrêtant môme parfois, sont une grande preuve des haute^^^

ilités de ce souverain. Il avait le jugement droit, jH'it fin, très pondéré; son influence sur la direction ^ aiïaires a été des plus utiles à la Prusse et à TAlle- ..agne.

I Au point de vue militaire, il a remarquablement ' issi ses guerres, sans doute avec le concours preux de Moltke; mais il est certain aussi que son n.tervention, parfois modératrice, parfois très énergique, s'est fait sentir efficacement au cours des 3pérations.

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