‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 19 sur 69 · GUILLAUME II · texte numérisé non relu

GUILLAUME II

leii empereur a eu pour successeur presque immédiat, à trois mois près, en juin 1888, Tempereur Guillaume II, qui est loin d'avoir hérité de la pondé- I ration d'esprit de son grand-père. C'est un impulsif, î sur lequel les passions du moment ont toute prise, un orgueilleux infatué de lui-même, porté à l'ostentation, désireux de montrer au monde sa supériorité en tout. Mais jl seinble qu'on a fortement exagéré, en le représentant comme étant sans valeur, sans décision, sans courage même.

Il est bien difficile de ne pas reconnaître certaines qualités au souverain qui s'était attiré la confiance illimitée, l'àlYection de son peuple, qui a su maintenir la paix pendant vingt ans et porter aa plus haut point la puissance de son .armée, de sa marine, comme la richesse de l'industrie, du commerce de son pays, comme le prestige du nom allemand.

Et cependant, il s'est livré, au cours de son règne, à tant d'exagérations, il a si souvent varié dans le choix des hommes auxquels il a donné sa confiance, qu'il est

Iainement loin d'avoir le calme, la sûreté d'appréion de son grand-père.

qu'il voulait la toute-puissance sans entrave, qu'il j entendait diriger à sa façon les affaires de TEmpire et ] donner le plus grand éclat à son règne, sans être gêiié | par qui que ce soit. 4

Il traita durement sa mère, Timpératrice Frédéric; i puis se débarrassa de Bismarck, dès 1890. Le maréchal ^ de Moltke mourut en 1891. Le champ était libre. ^

Sa toute-puissance se trouva bientôt remarquable- ^ ment assise, grâce aux vieilles institutions militaires \ de la Prusse, imitées par toute l'Allemagne, et dont 1 les prérogatives du corps d'officiers sont un des sou- j tiens les plus solides. .1

Ce corps jouissait d'une situation privilégiée, prépon- | dérante, tout en se trouvant à la merci du « cabinet j impérial » pour l'avancement, pour la carrière, et en 1 étant par suite à l'entière dévotion du souverain, | autant par intérêt que par tradition. Les officiers for- | maient une caste à part, fière, jalouse de ses préroga- «5 tives. Nul ne pouvait entrer dans leur corps sans leur | propre consentement; ils décidaient eux-mêmes si les * postulants au rang d'officier avaient une situation de famille, de fortune, permettant de les admettre. — Au moment où la guerre a éclaté, il n'y avait pas un seul officier juif dans toute l'énorme armée allemande.

Dès qu'il était admis par ses pairs, Tofficier allemand devenait apte à être reçu à la Cour : « Kurfàhig » Il tenait partout la première place. Il était considéré comme le soutien inébranlable, comme une émanation de la puissance impériale-royale. 11 dominait de très haut ses sous-officiers, ses soldats; les ordres qu'il leur transmettait, ou qu'il leur donnait, étaient indiscutés. Cette conception du rôle de Fofficier partout admise en Allemagne donnait une force extrême à la discipline dans une armée, dans une nation où déjà, et de tout temps, la discipline avait été considérée comme une vertu de race qu'il faut maintenir inflexible.

L'empereur a eu soin de le proclamer lui-môme à ses soldats, à l'occasion de grèves : « Si je vous donne

Tordre, leur a-t-il dit, de tirer sur vos pères, sur vos frères, il est de votre devoir de m'obéir sans sourciller. »

LA MENTALITE ALLEMANDE

L'Allemagne entière accepta cette manière de voir. A ce point de vue comme à tous les autres, elle était mûre pour suivre, aider son souverain, dans ses projets ambitieux de grandeur, d'expansion illimitée. Depuis longtemps, la supériorité de la race allemande ne faisait plus de doute dans aucun esprit de FAllemagne.

Lorsque parut le Darwinisme et la conception de Télimination des faibles par les forts, ce fut pour elle une révélation. — Elle oublia qu'il s'agissait là du monde des brutes; que le rôle de l'humanité avait été précisément de mettre le droit au-dessus de la force. — La supériorité biologique de la race germanique fut admise comme un dogme par tous les Allemands : « Cette race, la plus forte, avait pour mission, pour devoir môme, de conquérir le monde, de se donner le plus de jouissance, quitte à écraser les autres. »

D'un autre côté, après les succès de Sadowa, de Sedan, de Metz, l'Allemagne s'engoua de la discipline prussienne. Elle se souvint que son grand philosophe, Kant, avait déclaré « que souvent dans un État, il n'est pas permis de raisonner, qu'on doit obéir ». Elle applaudit Hseckel affirmant « que l'individu n'est qu'une cellule dans l'organisation de l'État... que la race allemande est la mieux faite, pour obtenir cette sujétion de l'individu à l'État et par suite pour dominer les autres races )>.

Tous les moyens furent employés pour enfoncer ces idées dans les cerveaux de la nation : les journaux, les livres, les conférences, les prédications de l'église, le

théâtre, les cours de l'Université, les leçons des maîtres'; d'école. Bientôt, la discipline à la prussienne devint' un titre d'orgueil pour toute rAllemagne. ':

Dans l'armée, on persuada au soldat que seul le! troupier allemand était capable de marcher au pas dej parade, au milieu des plus forts dangers, que rien n&] lui résisterait. Le peuple fut stylo à hurler haineuse-^ ment, ddns tous les sens, au moindre signe de Tempe.": reur. Il acclama avec enthousiasme les idées du' « Deutschland ûber ailes » — l'Allemagne par-dessus : tout; du « Faustreclît », — du droit du poing; — du j devoir qui s'imposait à l'Allemagne, en raison de sa^ supériorité de race, de dévorer ses voisins, et surtout ; de mettre la Frauce en miettes — « Frankreich mus^^ zerschmettert werden ! » S

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