LA PRÉPARATION MATÉRIELLE I
La préparation à la guerre de l'armée fut aussi bien^ soignée, sous l'empereur Guillaume II, que celle de l'esprit de la nation. Les budgets de la guerre s'enflèrent! progressivement avec une méthode, une suite dans les idées, tout à fait remarquable et due au « grand étatmajor». Et quand au parlement allemand, au Reichstag, l'augmentation des dépenses militaires soulevait des critiques, bien vite un membre du gouvernement se levait pour parler des progrès de l'armée de la France; et aussitôt, toutes les objections tombaient.
La fabrication du matériel de guerre, fusils, canons, projectiles, véhicules de toutes espèces... fut assurée*' par de puissantes usines, que l'État encourageait, et; qui, trouvant, dans le pays même, le bois, les métaux, ] le charbon nécessaires, étaient assurées de pouvoir ' continuer leur œuvre, môme pendant la guerre.
Le matériel d'artillerie de campagne, du calibre de 77, passait en Allemagne pour valoir notre 75, —
mais nos artilleurs ne croyaient pas à cette égalité. — A côté du 77, les corps d'armée allemands avaient quelques batteries d'obusiers de campagne, lançant sous un tir plus courbe des projectiles plus lourds que ceux du canon de 77.
Pendant que nous hésitions au sujet des canons lourds, TAllemagne avait marché à grands pas dans cette voie; et outre Fartillerie lourde proprement dite, comprenant des batteries de campagne d'obusiers lourds de IcO, elle avait fait mettre sur pied des canons de campagne à très grande portée, tirant le 105 jusqu'à 10 kilomètres, le 130 jusqu'à 13.
L'artillerie de siège, à longue portée, allait jusqu'au calibre de 380, pouvant atteindre une portée de 35 kilomètres. Les obusiers lourds de siège étaient du calibre de 150, 280. Les mortiers avaient pour calibres 210, 280, 303, enfin la série était complétée par le monstre, qui a fait l'orgueil des Allemands, qu'ils ont fait figurer dans leurs illustrations, dans les « cinémas », comme destiné à écraser l'ennemi détesté, à broyer Paris, le « Kolossal » mortier de 420.
Cette énorme artillerie était remarquablement organisée aussi pour le transport par chemin de fer. L'aménagement des voies normales, et étroites, nécessaires pour assurer le service de ces lourdes bouches à feu et leur ravitaillement en munitions, avait été minutieusement préparé....
L'organisation des chemins de fer avait été partout soigneusement surveillée, au point de vue militaire. De tous côtés, des voies ferrées avaient été tracées, multipliées, aménagées pour faciliter la concentration des armées et le transport rapide des troupes dans les directions les plus utiles. Il était à prévoir que cette belle organisation constituerait un avantage des plus sérieux pour les armées allemandes, pendant une guerre.
Les fortifications de Metz, de Strasbourg et des places de la redoutable ligne du Rhin, étaient loin
d'être impréparées. Celles de Metz passaient pour un modèle.
Le matériel de guerre de Tair comprenait des avions, :
calqués sur les nôtres, et surtout de formidables diri- i
geables, « les Zeppelins », sur lesquels TAllemagne :
comptait pour avoir la maîtrise de Pair et terroriser \
nos populations. -.
Au point de vue de la marine de guerre, il s'était \
fait des efforts extraordinaires, auxquels l'empereur ]
Guillaume II s'était intéressé tout particulièrement, i
L'Allemagne, qui n'avait qu'une flotte de guerre insi- j
gnifiante en 1870, s'est trouvée, en 1914, occuper le i
deuxième rang dans le classement des marines du \
monde. Sa puissance maritime atteignait à peu près la j
moitié de celle de l'Angleterre, comme cuirassés et]
croiseurs de ligne, croiseurs et éclaireurs, contre- i
torpilleurs, torpilleurs, et la dépassait peut-être comme»!
sous-marins. :
Pour la première fois, en 1913, un croiseur allemand^,j
le Gœben, et deux éclaireurs avaient été détachés eai-
permanence dans la Méditerranée. J î
Et pendant ce temps, la question financière si impor?^
tante pour une guerre dure, comme celle que pré*^
voyait, préparait l'empereur Guillaume, n'avait pa$J
été négligée. Les capacités financières s'étaient accrueéi
d'année en année grâce aux mesures gouvernement^
taies et surtout à l'élan extraordinaire qu'avaient pri»
le commerce et l'industrie. Le prestige des victoires dm
l'Allemagne de 1870 en avait, comme toujours enpareijj
cas, quintuplé le crédit et la vogue extérieurs.