E DECLENCHEMENT DE LA GUERRE
A quel moment, Tempereur Guillaume II s'est-il décidé à transformer son règne pacifique en règne de guerre?
Officiellement, d'après les rapports de nbtre ambassadeur à Berlin, ce ne serait qu'à la fin de 1913 qu'il aurait montré ouvertement des idées belliqueuses. Mais si l'on tient compte du caractère de l'empereur Guillaume, de son orgueil touchant à la vanité, de son ambition de faire très grand par lui-même, sans entraves, sans conseils, d'avoir un règne étincelant, une gloire basée uniquement sur ses talents personnels; si Ton songe, d'un autre côté, à la persévérance avec laquelle, depuis qu'il est monté sur le trône, il n'a pas cessé de faire augmenter, d'année en année, son armée, sa flotte de guerre, on est amené à estimer que son attitude, ses protestations de paix n'étaient que du « bluff », de la fourberie, et que, le jour même où il a pris le pouvoir, il était bien décidé à profiter de la supériorité de son armée et à compléter, à surpasser l'œuvre de guerre de son grand-père, de Moltke et de Bismarck, quand il aurait pu mettre, comme eux, tous les atouts dans son jeu.
Pour cela, il Jui fallait non seulement une armée puissante, irrésistible, appuyée par de fortes réserves,
une opinion publique surchauffée pour la guerre, mais ^ encore une richesse nationale suffisante, pour per-'' mettre de tenir campagne pendant des mois et même ^ des années.
La puissance financière de l'Allemagne était déjà très i satisfaisante en 1888, à l'avènement de Tempereur: ; Guillaume. Mais tout faisait prévoir que cette prospé- ■ rite se développerait encore beaucoup et qu'il en serait de même pour la population, dont l'énorme j accroissement promettait un nombre de recrues de^plus en plus considérable. A ces deux points de vue si^j graves, le jeune souverain avait tout intérêt à patienter.^ {fendant plusieurs années, à dissimuler ses intentions,-; de guerre, à proclamer la paix. {i
D'un autre côté, son ambition de commander lui-l même, effectivement, ses armées, d'être indépendant|: de son major-général, de n'avoir pas à partager sa|; gloire avec lui, devait le pousser à se perfectionner dans l'art de la guerre par ses études personnelles, son travail avec le « grand état-major », son intervention^ dans les grandes manœuvres. Là encore, plusieurs années étaient nécessaires; et il y a lieu de constater qu'il a su très activement les employer dans ce but.
Pendant cette longue période si fécronde pour l'Allemagne, pendant que les richesses du pays augmentaient et que les contingents de recrues croissaient d'année en année, Guillaume ne fit rien paraître de ses ambitions guerrières et ne tarda pas à passer, aux yeux du monde entier, pour « l'empereur de la paix ».
Ses sentiments réels ne se manifestèrent; rageusement, qu'à la conclusion de la Triple Entente, aux premières conséquences de l'union entre la France, la Russie et l'Angleterre.
Au printemps de 1904, il naviguait comme d'habitude sur la Méditerranée, la mer bleue si belle, si séduisante, qui lui rappelait ses prédécesseurs impériaux, du xir siècle, de la puissante, illustre maison de Hohenstaufen. A cette époque l'Empire comprenait déjà
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'Alsace, — la récente conquête de son grand-père, — et lussi une partie du littoral méditerranéen. Et tout entier à ces grands souvenirs, à ses rêves de domination mondiale, Guillaume II consacrait sa croisière à visiter les lieux préférés de ses grands devanciers; lorsque tout à coup, presque sous ses yeux, Rome, la capitale de son alliée, accueillit le Président de la République française au milieu d'acclamations frénétiques. L'Italie se laissait aller au charme « d'un tour de valse » avec l'ennemi héréditaire de l'Allemagne, avec la France!
C'en était trop. L'empereur interrompit brusquement sa croisière et, désireux de manifester sa colère, courut dans les Vosges alsaciennes, sur le Haut-Kœnigsbourg, le vieux château féodal, qu'il avait fait restaurer pompeusement et qui avait servi autrefois aux Hohenstaufen à dominer TAlsace. Dès le lendemain, devant le grand-duc de Bade, à Garlsruhe; il prononça ses premières paroles de menace :
« ... J'espère, s'écria-t-il, que les événements que nous voyons se dérouler devant nos yeux tiendront en éveil l'attention de la nation et tremperont son courage. J'espère que nous nous trouverons tous unis, s'il devient nécessaire d'intervenir dans la politique mondiale.... » >
Il est intervenu, dès Tannée suivante, à Tanger, et, à ce moment, la presse de l'Allemagne, aussi disciplinée que l'armée, répéta à satiété que « si l'Angleterre s'en mêlait, pour chaque milliard perdu sur mer, l'Allemagne irait en prendre deux en France ».
Depuis, cette presse si obéissante, si acharnée ellemême, n'a plus désarmé contre nous, contre « nos ambitions coloniales, notre avance au Maroc »... Tout lui fut bon pour nous insulter, pour aviver les passions envieuses, haineuses de tous les pays de l'Allemagne. Une campagne d'injures, persistante, fut meiiée contre notre légion étrangère, si glorieuse, si utile pour les désespérés de toutes les nations. « Pas de pitié, criaiton dans les journaux allemands, pour le pays de
Robert Macaire! Il faut à nouveau le saigner à blanc... \ Les races latines sont la pourriture, le honte de ^ l'humanité.... » '
En 1911, la menace s'accentua; ce fut l'insolent ^ envoi d'un vaisseau de guerre allemand à Agadir. Puis, ' pendant que la campagne de haine se poursuivait, ' intervint brusquement le formidable accroissement de l'armée allemande, de 1913. :
Notre vaillante nation comprit le danger qui la ' menaçait. Elle répondit, du tac au tac, par la loi de ] trois ans. On pouvait espérer que cette belle riposte^ suffirait pour détourner l'orage, qu'il ne s'agissait que 1 d'un nouveau « bluff ». Il n'en fut rien. L'heure de '': réaliser le rêve de tout son règne avait sonné pour i l'empereur Guillaume. Son armée était prête, son ■ peuple surchauffé souhaitait la guerre, autant que lui, ] pour achever l'ennemi héréditaire. Il n'y avait plus, ; pour déchaîner la tempête, qu'à trouver un motif de^ guerre, suffisant pour jeter un peu de poudre aux i yeux des nations neutres. j
La chose n'était pas pour embarrasser un Hohen- zollern, le chef d'une maison, le souverain d'une nation l où le mensonge et la fourberie sont des vertus de race. l| Les Balkans étaient là pour se prêter facilement à uni prétexte de guerre, surtout avec la connivence de 5.^ l'archiduc héritier d'Autriche, François-Ferdinand. !-j
Quand l'archiduc fut assassiné, d'une manière si tragique, sur les confins de la Serbie à Sarajevo, l'empereur Guillaume n'hésita pas : c'est l'assassinat môme de son complice qui lui servit à mettre le feu auxj^ poudres. Poussée par lui, l'Autriche rendit la Serbie responsable du crime et lui imposa les conditions les ]j plus dures, les plus humiliantes, tout en mobilisant une partie de ses forces.
Alors la Russie, la grande protectrice des Slaves, j: