‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 27 sur 69 · LE DECLENCHEMENT DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LE DECLENCHEMENT DE LA GUERRE

fil entendre sa voix, amicalement, mais avec fermeté, et en répondant par une mobilisation partielle à celle de TAutriche.

Les pourparlers paraissaient en bonne voie ; ils allaient peut-être aboutir, lorsque l'empereur Guillaume se jeta entre les deux partis. Aussitôt après les obsèques de Farchiduc François-Ferdinand, il avait repris sa croisière d'été habituelle dans la mer du Nord, affectant la tranquillité, pendant que son alliée l'Autriche brouillait les cartes, comme il était convenu entre eux, mais trop lentement à son gré.

[1 ne tarda pas à juger sa présence nécessaire pour bien assurer le déchaînement de sa guerre; abandonna sa croisière et rentra à Potsdam le 27 juillet. Le lendemain, l'Autriche déclara la guerre à la Serbie.

Immédiatement après, sans se laisser émouvoir par les appels à la modération, à la paix, si sincères, si touchants du tsar Nicolas, sans s'inquiéter des pourparlers de la Russie avec l'Autriche sur le point d'aboutir, sans se préoccuper de la France et de l'Angleterre qui faisaient les plus grands eiï'orts pour arrêter le conflit, le souverain allemand commença en secret et fit poursuivre avec hâte sa mobilisation, pour gagner quelques heures sur la nôtre.

Le l'^'" août, il déclara la guerre à la Russie; le 3 août à la France, après avoir osé faire dire à notre gouvernement que « la neutralité de la Belgique avait été violée par des aviateurs français et que des bombes françaises avaient été jetées en Allemagne sur Wesel, Garlsruhe et Nuremberg » 1

Pendant que l'empereur cherchait à rendre la guerre inévitable par ces mensonges d'une grossièreté inouïe, le peuple allemand exultait et envenimait lui aussi les choses en manifestant sa joie haineuse par des actes d'une brutalité impardonnable. Notre ambassadeur de Berlin, M. Jules Cambon, eut les plus grandes difficultés à sortir d'Allemagne et fut obligé de gagner le Danemark péniblement à ses frais. Des consuls français

furent menacés, insultés. Il en fut de même pour l'im-i pératrice douairière de Russie.... \

Et cependant, la déclaration de la guerre n'avaitl surpris personne en Allemagne. La guerre y était^ désirée, escomptée. Les intentions de Guillaume avaient! été devinées depuis plusieurs mois et Ton s'y prépa-i rait joyeusement, non seulement dans l'armée, maisi dans le commerce, dans l'industrie, dans les banques,^ dans le public. Ce peuple, dont on avait surchauffé le» sentiments d'envie, de convoitise, de conquête, entrait! en guerre en manifestant cyniquement sa volonté dei s'enrichir au détriment de ses voisins, sa joie de pouvoir étaler la force, la brutalité de ses armées, dé semer la terreur, chez ceux qui osaient s'opposer l'expansion de la plus grande Allemagne, du « Deutschj land ûber ailes ».

Il était persuadé qu'il n'allait avoir qu'à enregistre! à applaudir « d'éclatants, de merveilleux succès, recueillir de nouveaux, énormes profits, et que le pla^ de guerre » étudié, mûri par son inimitable « grand état-major », par son glorieux souverain, aurait des résultats plus extraordinaires, plus fructueux encore que celui de 1870 ». i

La responsabilité des malheurs épouvantables, quv cette guerre a provoqués, incombe essentiellement à l'empereur Guillaume. Et elle sera lourde à portai devant l'histoire.

En dehors de l'Allemagne, chacun sentait à l'avance qu'une ère de calamités sans précédents allait s'abattre sur l'Europe, sur le monde entier; qu'une guerre mettant en présence plusieurs dizaines de millioiiî d'hommes, entraînerait non seulement des pertes incal culables dans les armées, mais aussi des ruines, deî souffrances, des misères terribles dans les populations. \

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