EN ALLEMAGNE
La mobilisation et la concentration des armées de TAllemagne et de TAutrich^ se sont modelées sur le « Plan de guerre » de ces deux Empires contre la France et la Russie. Ce plan n'est pas encore connu ofliciellement. Mais on peut certifier en toute sécurité qu'il a été arrêté, perfectionné d'année en année, avec un soin, une persévérance inlassables, par le « grand état-major » de Berlin. Et Ton peut le deviner, l'indiquer même à coup sûr, en tenaîît compte des nombreux écrits allemands sur ce sujet et de la marche des opérations de nos adversaires au début de la guerre.
11 consistait essentiellement à tenir la Russie en échec pendant les premières semaines de la guerre, à l'aide des Autrichiens et d'une faible partie de l'armée allemande, pendant que la masse de cette armée, protitant de sa supériorité numérique et d'une avance de quelques heures dans sa mobilisation, se jetterait sur
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Farmée française pour la mettre hors de cause, sur prendre et occuper Paris, et en finir avec la France.
Il serait alors facile de se retourner contre la Russie| et de l'achever à son tour. ^■
Pour venir à bout de l'opération essentielle, fonda- 1; mentale de ce plan, la mise hors de cause des armées:] françaises, le haut commandement allemand comptait^ non seulement les attaquer sur tous leurs fronts pari des forces supérieures en nombre et appuyées sur unelj artillerie lourde jugée irrésistible, mais encore déborderai notre aile Nord avec des masses considérables, éner-|i giquement commandées, qui traverseraient la Belgique(i au mépris de sa neutralité et tomberaient sur la.; gauche française en pleine concentration. i;
Sans doute, la réalisation de ce plan, qui faisait fixi des conventions, des traités internationaux, indispo- , serait la plus grande partie des pays neutres d&>: l'Europe et du monde. Mais, aux yeux du « grand état-': major », il n'y avait pas lieu de s'inquiéter de cette^4 impression. Elle serait passagère et tomberait bien i vite devant la terreur, la stupéfaction, l'admiration causées par la maîtrise, la violence, la rapidité fou- ■ droyantes des opérations allemandes. ]
L'exécution de ce plan redoutable commença dès.] le 4 août .1914. Après un ultimatum, fièrement, net-i tement repoussé par le roi des Belges, Albert I", de^ ] troupes allemandes franchirent la frontière belge et^ marchèrent sur Liège. Ces troupes faisaient partie^ d'une armée préparée à l'avance pour se jeter audar ■ cieusement, sans perdre une heure, sans même attendre j la fin de leur propre mobilisation, sur la malheureuse | Belgique, afin de la surprendre, de la terroriser etJ d'ouvrir le passage aux masses allemandes, aussitôt \ après leur concentration. '
Les masses, qui se concentraient derrière cette | avant-garde, étaient destinées, après avoir traversé rapidement la Belgique, ou après y avoir attiré nos troupes, à jouer le rôle décisif, à déborder, bousculer
Taile gauche de l'armée française, à assommer nos troupes d'un formidable coup de massue. Elles comprenaient au Nord, à leur extrême droite, la P^ armée ibrte de 250 000 hommes et commandée par von Kluck, l'un des généraux les plus en vue de FAllemagne; puis la II'' armée, d'égale force, commandée par von Bûlovv; la III*' armée, von Hausen; la IV% duc de Wurtemberg. A YEsi de ces masses poussées sur la Belgique se formaient les armées destinées à attaquer notre centre et notre gauche; savoir, pour envahir le Luxembourg et marcher sur Verdun, la V*" armée commandée par le Kronprinz, le prince impérial allemand; en Lorraine, la VI% prince héritier de Bavière; vers les Vosges, la VIP armée, von Hseringen; en Alsace, le détachement d'armée von Deimling.
L'ensemble de ces forces doit être évalué à plus de 1500000 hommes : 1100 bataillons d'infanterie, 9 divisions de cavalerie. C'était les trois quarts au moins de l'armée allemande disponible. L'autre quart, 350 bataillons d'infanterie et deux divisions de cavalerie, était sur la frontière russe. Du premier jet, l'Allemagne avait lancé sur ses ennemis plus de deux millions de combattants solidement organisés, remarquablement commandés, dotés d'une artillerie formidable et intimement convaincus que tout allait se passer comme en 1870.
L'empereur Guillaume exerçait, bien entendu, le haut commandement de ces énormes et redoutables armées, tant sur le front de France, que sur celui de Russie. Le général de Moltke, le neveu du vainqueur de 1870, était à la tête du « grand état-major ».