EN FRANCE
En France, l'horrible assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche et de sa femme, à Sarajevo, causa une
impression des plus pénibles; mais on ne s'inquiéta ; pas immédiatement de ses conséquences. Le public! était tout aux émotions d'un procès retentissant, à la i suite d'un autre assassinatcommis en France, au Figaro. l\
Vers la fin de juillet, la gravité des événements qui,.; se compliquaient de plus en plus du côté de l'Autriche et de la Serbie, frappa vivement tous les esprit^. Eti cependant, bien des gens hésitaient encore à croire; que l'Allemagne oserait braver un aléa aussi redoutable, aussi scabreux que celui d'une guerre mettant contre elle, non seulement la France et la Russie, mais peutêtre l'Angleterre avec sa formidable marine, et même l'Italie effrayée par une avance de l'Autriche dans lés Balkans, vers l'Adriatique.
Bientôt, les difficultés diplomatiques saggravèrent. ; La guerre était dans l'air; mais il n'y eut en France: aucun affolement. Depuis les alertes tapageuses, fréquentes, causées par l'Allemagne pendant une dizaine d'années, surtout à propos du Maroc, depuis la fière riposte de notre loi de trois ans ^ux' rodomontades des Allemands et à l'énorme accroissement de leur armée, notre peuple avait envisagé virilement, vaillamment, l'éventualité d'une guerre et toute l'étendue de ses devoirs. Il ne voulait pas la guerre; mais il était prêt à la faire de toute son énergie si on l'attaquait; et sa belle attitude pleine de sang-froid, de gravité, de dignité n'a pas varié pendant la mobilisation et la concentration des armées, comme pendant les premières angoisses et toute la durée de la grande et longue guerre. '
Au cours de la mobilisation, dans les campagnes, ] dans les villes, ce furent partout des adieux touchants; \ les larmes des femmes, des enfants; les mères disant j à leurs fils : « Va, nous prierons pour toi : mais toi, ne ^ pense qu'au devoir. » Sur le parcours des trains mili- ; taires roulant vers la frontière, c'étaient des fleurs, l des drapeaux; mais pas de cris, pas de manifestations l tapageuses, arrogantes. '\
MOBILISATION ET CONCiENTRATION DES ARMEES. 89
A Paris, l'attitude de la population vaquant à pied i ses affaires — car les voitures avaient disparu — était idmirable de calme , de résolution et exempte de oute exagération, de toute forfanterie. Beaucoup de drapeaux aux fenêtres; beaucoup de boutiques closes, mr lesquelles on lisait : « Ferm% pouT cause de mobilisation; le patron et les employés aux armées. »
On avait craint les socialistes, les antimilitaristes. Is se sont empressés d'affirmer leur dévouement à la oatrie; et, depuis, beaucoup d'entre eux ont donné 'exemple du courage et de l'abnégation. Dans toutes es classes, dans tous les partis de la nation, ce fut la nême note grave, réconfortante; et ce début de la guerre fut de très bon augure, car l'histoire démontre |Ue le moral de la nation a la plus grande influence nr le moral de l'armée.
Au point de vue gouvernement, la situation ne aissa pas que d'être délicate, dans cette deuxième luinzaine de juillet où se tramèrent de si redoutables )rojets. Le Président de la République et le ministre les Affaires étrangères, président du Conseil, étaient )artis pour la Russie, à l'effet de rendre visite au Tsar: ;i en rentrant ils devaient aller saluer les rois du Danenark et de Norvège. S'il fallait une preuve du désir le la France d'éviter la guerre, on n'en trouverait pas le plus frappante que celle de ces deux chefs de notre ■^'^uvernement, voulant si peu la guerre, la craignant eu, qu'ils se sont trouvés en mer, risquant dètre rrètés par les premières hostilités, au moment où empereur Guillaume réussissait à faire aboutir ses ministres intentions.
Les deux présidents, Poincaré et Viviani, rentrèrent '• Dunkerque le 29 juillet. Le !«• août, l'Allemagne '-'^lara la guerre à la Russie. C'était pour notre gouver-
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nement, en vertu de Talliance, Tobligation stricte^ de décréter la mobilisation générale. ^
L'ordre de mobilisation générale fut affiché, \i i^'' août, dans toutes les communes de France ei d'Algérie, avec la belle proclamation du Président de la République, laissait encore entrevoir un espoir: « la mobilisation n'est pas la guerre », et se terminant par cette phrase, qui a fait frissonner tous les cœurs : « A cette heure, il n'y a plus de partis. Il y a la France éternelle, la France pacifique et résolue. Il y a la patrie du droit et de la justice, tout entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité. »
Le 2 août, proclamation de l'état de siège. Le 3 août^ déclaration de guerre de l'Allemagne. L'ambassadeurj d'Allemagne quitte la France, sans encombré, dani un train officiel, bien organisé, bien gardé. On apprenî que le grand-duc Nicolas, notre illustre hôte si sympai thique des grandes manœuvres, est nommé généralisa sime des armées russes. On apprend aussi que le roij des Belges a repoussé, noblement, l'ultimatum de l'Aller magne, et qu'aussitôt après le territoire de la BelgiqiMJ a été violé.
Le -4, réunion du parlement dans une séance l jamais mémorable par Tattilude frémissante de patrio^ tisme de nos représentants. Lecture du message ÔM Président de la République, faisant ressortir avec taiw d'éloquence et d'élévation u la grandeur de Tattituçl^ de la France », qui depuis quarante ans, refoulant da^-i son cœur « le désir des réparations légitimes », s'e8« attachée partout « à une politique de prudence, di sagesse et de modération », et, après avoir tout fait potti sauvegarder la paix, sera soutenue, dans la guerre qiM s'engage malgré elle, « parla puissance morale du droit) >
« Elle sera héroïquement défendue par tous ses û\t\ dont rien ne brisera, devant Tennemi, l'union sacré* j et qui sont aujourd'hui fraternellement assemblés dac j une même indignation contre l'agresseur et dans un i môme foi patriotique. »
Rien ne peut dépeindre Fenthousiasme unanime qui ccueillit ces nobles paroles et celles des présidents. )ans les deux Chambres, la séance fut levée aux acclanations prolongées de « Vive la France! vive TAlsace- ^orraine! »....
Ce jour-là, la place, forte belge de Liège fut investie )ar les Allemands. L'Angleterre déclara là guerre à 'Allemagne, et mobilisa toutes ses armées de terre ît de mer.
Dans ces journées et les suivantes, la mobilisation et la concentration de nos armées se poursuivirent avec une régularité parfaite, due à Texcellence de la préparation de nos états-majors et de nos régiments.
La concentration initiale avait été prévue, en admettant le respect de la neutralité de la Belgique par les Allemands. Elle mettait quatre armées en première ligne : la l»"^ armée, Dubail, vers les Vosges; la 2'^ de Gastelnau, en avant de Nancy; la 3% Ruffey, au Nord de Verdun; la 5% Lanrezac, sur la Meuse, couverte à sa gauche par le corps de cavalerie Sordet.
Derrière ces armées se concentraient, la A^ armée, de Langle de Cary, près du camp de Châlons, et plusieurs groupes de réserve. L'Italie ayant affirmé sa neutralité, notre armée des Alpes, devenue disponible, renforça nos armées de TEst.
Le général Joffre, chef d'état-major général de l'armée, était à la tète de ces forces avec le titre de Commandant en chef des Armées du Nord-Est. Dès qu'il connut l'intention des Allemands de pousser le gros de leurs troupes par la Belgique, il fit appuyer de ce côté ses armées.
La 4^ armée — de Langle, — remonta du camp de Châlons vers le Nord, pour se mettre en première ligne, entre la 3^ armée — Ruffey — et la 5° — Lanrezac — qui appuya vers Gharleroi entre Sambre et Meuse.
L'armée anglaise, commandée par le maréchal French, ; termina sa concentration le 21 août, et vint se placerai la gauche de Tarmée Lanrezac.
D'autres corps tirés de l'Est renforcèrent nos armées i du Nord, auxquelles se joignirent encore nos troupess d'Afrique. Le transport du corps d'Algérie en France^ avait causé au gouvernement des inquiétudes, qui,; heureusement, ne transpirèrent pas dans le public.^ Les croiseurs allemands de la Méditerranée, Goebem et Breslau^ avaient quitté Messine, le 2 août dans la^ nuit, juste au moment où notre armée d'Algérie allaiU prendre la mer; et ils auraient pu la rencontrer, s'ilsi avaient navigué vers l'Ouest. Au lieu de cela, ils poussèrent vers le Sud et allèrent inutilement jeter quelque»! obus sur Bône et Philippeville. Ce fut un grand soula-i gement. Bientôt poursuivis par nos navires et ceux àm l'Angleterre, les deux croiseurs ennemis se réfugièrent! à Gonstantinople.... ;
Malgré les énormes difficultés, résultant de la viola?^ tion de la neutralité de la Belgique et'de l'avance pris« par les Allemands, la concentration" de nos armées seî< termina dans un ordre parfait, qui fait le plus grands honneur à notre éminent commandant en chef et à sol i^ état-major. J
Aussitôt, le général Jolîre prit ses mesures pouii! commencer la guerre par l'olîensive, conformémealjl aux idées en cours dans le pays comme dans l'armée. - Forcé d'attendre sur son front Nord que la concentra* | tion de l'armée anglaise fût terminée, il porta inimé-* diatement en avant ses troupes de l'Est. i