‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 33 sur 69 · LES ATROCITÉS ALLEMANDES · texte numérisé non relu

LES ATROCITÉS ALLEMANDES

On ne saurait trop rappeler, flétrir les atrocités commises par les Allemands on Belgique et en France

au début de la guerre. Dès qu'elles ont été révélées, après avoir été constatées par des enquêtes officielles des plus sérieuses, elles ont soulevé dans le monde entier une explosion de stupéfaction indignée, d'horreur, contre les brutes qui ont osé perpétrer de tels crimes, contre les chefs qui les ont tolérés, peutêtre même encouragés, contre la nation qui les a cyniquement applaudis.

Les Allemands de Tantiquité, les Germains, avaient été signalés par les historiens Romains « comme étant à la fois très féroces, très retors, nés pour le mensonge ». Aujourd'hui, leurs affirmations erronées, leurs documents politiques, sciemment faussés, comme lieurs communiqués officiels militaires, où pullulent les inexactitudes voulues, sont là pour prouver qu'ils sont loin d'avoir dégénéré au point de vue du mensonge et de la fourberie.

Au point de vue de la brutalité, de la férocité, ils sont même en progrès réel. 11 est impossible de trouver dans les annales de l'antiquité des actes aussi révoltants, aussi bassement cruels, aussi monstrueux, que ceux qui grouillent dans les comptes rendus des hautes commissions d'enquête de Belgique et de France.

A la lecture de ces horreurs, de ces prisonniers massacrés froidement, systématiquement, de ces habitations, de ces villages, de ces villes souvent pleines de merveilles d'art, incendiés stupidement après avoir été odieusement pillés, au souvenir de ces malheureux habitants que les bandits allemands ont fait marcher en tête de leurs attaques, de ces femmes, jeunes filles, enfants, vieillards, prêtres, soumis à des supplices infâmes, — et encore la pudeur a-t-elle fait taire un grand nombre d'ignominies — on est profondément révolté, on sent vivement que ce n'est pas assez de protester contre ces abominations, qu'il importe d'en poursuivre le châtiment sévère, dans l'intérêt de la civilisation.

Ces infamies ont été commises surtout pendant la

période de surexcitation des Allemands, pendant qu'ils ■ s'imaginaient ne rencontrer nulle part de résistance ' sérieuse, n'avoir pas à craindre de représailles. Elles ; montrent ce qu'aurait été le sac de Paris, s'ils y étaient^ arrivés. Elles se sont raréfiées, après la bataille de la ; Marne, qui a commencé à abattre leur orgueil. Et j cependant, elles ont continué encore plusieurs mois, ,i tout au moins sur nos prisonniers. Le livre très véri-dique, très intéressant d'un grand blessé, M. H. Hennebois^ homme de lettres, donne à cet égard des renseignements concluants :

Tombé grièvement blessé pendant une attaque de nuit et étendu caché dans un champ de luzerne, à quelques pas des tranchées allemandes, « il vit, dans le matin blafard, et à travers la brume qui s'élevait dti' sol, trois patrouilles ennemies sillonner le terrain. Les blessés de la veille les appelaient de loin et demandaient*^ à boire. Les Allemands les achevèrent à coups de crosses ou de baïonnettes, puis les dévalisèrent. J'ai, vu cela, ajouta-t-il, à quelques mètres.... Aux cris qu me parvinrent d'autres parties du champ, aux rires' suivis de coups sourds, au silence qui succéda, je j compris que d'autres malheureux avaient le mème^ sort »... j

N'est-ce pas épouvantable? Que penser des officiersH qui laissaient commettre ou qui encourageaient de-; pareilles atrocités? A coup sûr, au début de la guerre, I elles se sont passées sous leurs yeux, sans qu'ils soient ! intervenus; le carnet de route d'un officier saxon, : publié par l'archiviste paléologue M. de Dampierre, ■ en est une preuve certaine : '

Au début, Tofficier saxon est loin de s'étonner des i incendies, des assassinats, et il accepte facilement les prétextes imaginés par ses soldats pour expliquer leurs crimes. A Leiîe, près de Dinant, « il y a eu, dit-il, des

1. Voir aussi l'admirable réquisitoire de M. Paul Gauthier : L( Barbarie allemande.

francs-tireurs... on tue 200 habitants. Un chasseur hessois se distingue en en expédiant rapidement un grand nombre ; il les met sur trois rangs, l'un derrière l'autre, et les tue ainsi par trois d'un seul coup de fusil ».... A Villers-en-Fagne, le prétexte est que « l'artillerie française a été prévenue du haut du clocher.... Les hussards mettent le feu au village; le curé et d'autres habitants sont fusillés »....

Quand le lieutenant pénètre en France, c'est au milieu de villages en flammes. Au gué d'Hossus, près de Rocroi, « un bicycliste — sans doute allemand — serait tombé, et sa chute aurait fait partir son fusil. Aussitôt, on a jeté les habitants mâles dans les flammes. » Mais alors, pour la première fois, le commandement allemand intervient; et le lieutenant se décide enfin à inscrire sur son carnet de route, « qu'il faut espérer que de pareilles horreurs ne se renouvelleront plus ».

Bien d'autres preuves affirment la responsabilité des officiers, du commandement. S'ils n'avaient pas fermé les yeux, ces atrocités n'auraient pas été commises. Ils n'avaient qu'un signe à faire pour les empêcher. La discipline rigide, rigoureuse est, en effet, un des caractères les plus nettement accusés de la mentalité allemande. On trouve la discipline partout, dans les administrations auxquelles elle imprime une régularité, une raideur extraordinaires; dans la presse, où elle fait mener à tous les journaux la même campagne, au même moment, jusqu'à ce qu'un nouveau mot d'ordre les pousse, avec le même ensemble, dans une autre direction, quelquefois en sens inverse.

Dans les attaques, c'est la discipline, fortifiée sans doute par la crainte du revolver ou du fouet des officiers, parfois aussi par l'alcool et l'éther, qui fait marcher les troupes allemandes, même improvisées, sous le feu le plus écrasant, avec une ponctualité impressionnante.

Comment admettre que dans une armée, dans une

nation, où la discipline est si puissante, il ait pu se j commettre tant d'atrocités, s'il n'y avait pas eu un 1 encouragement d'en haut. Il faut s'en souvenir. j

Il faudra se souvenir aussi que dès 1901, au moment j de faire partir pour la Chine le corps expéditionnaire ; allemand, l'empereur Guillaume recommanda à ses I soldats d'avoir une attitude digne de la grande Aile- i magne, et leur dit formellement : « Ne donnez pas! de quartier, soyez aussi terribles que les Huns t d'Attila. » l

C'est lui qui a voulu la guerre de 1914. Il l'a voulue f terrible, à l'Attila. C'est sur lui que doivent retomber les malédictions des populations qu'il a odieusement livrées à la cruauté de ses soldats et le mépris de l'humanité indignée de tant de barbarie.

Page 1