EN ALSACE
Pendant que ces atrocités se commettaient en Belgique et que nos armées de gauche se préparaient à l'attaque, face au Nord, sur la frontière, en attendant, la fin de la concentration anglaise, le généralJotïre fît prendre l'offensive à son aile droite.
Dès que la concentration de nos corps de l'Est fut terminée, l'un d'eux reçut l'ordre de pénétrer en Alsace, en partant de Belfort, et de refouler les troupes allemandes.
L'offensive se fit lestement par la trouée de Belfort, vers Altkirch, et par la vallée de la Thur, vers Thann. Le 7 août, elle eut plein succès dans les deux directions. Les ftirces ennemies se replièrent, battues, derrière la grande forêt alsacienne de la Hardt.
Le 8, nos progrès continuèrent. Cernay et Mulhouse furent occupés dans la soirée, aux acclamations de la population. Mais dans la nuit, les Allemands revinrent en grandes forces. Cernay, violemment attaqué, fut
épris. La retraite générale de nos troupes fut ordonnée.
Notre opération fut recommencée avec des troupes ilus considérables, sous les ordres du général Pau. Parti de Belfort et des Vosges, notre corps expéditionnaire enleva, le 19 août, Dannemarie et Thann aux Allemands. Le 20, il pénétra de force dans Mulhouse, s'empara dans le faubourg de Dornach de 24 canons, de prisonniers, et poussa son extrême gauche jusqu'aux environs de Colmar, sa droite menaçant Altkirch.
A ce moment, les événements de Lorraine et de Belgique nous contraignirent à interrompre l'opération, et à nous borner à occuper Thann, la partie sud de la plaine alsacienne jusqu'à la Suisse, et les cols des Vosges. Ces cols avaient été enlevés brillamment, jusqu'au Donon, par notre 1"^° armée — général Dubail. — C'est au cours de ces opérations que nos soldats prirent le premier drapeau allemand, à Saint-Biaise.
A-t-on eu raison d'aller au delà des Vosges et de faire ces incursions dans la plaine alsacienne? Elles n'avaient pas grande portée, au point de vue strictement militaire. Mais elles ont été peut-être justifiées par d'autres considérations : Quand nos députés ont acclamé le gouvernement, le 4 août, pour les mesures énergiques prises en vue de la guerre, ce fut aux cris de « Vive la France ! vive l'Alsace-Lorraine I w II était à désirer que l'écho de ces acclamations fût répété par nos vaillants soldats en Alsace même et dans une grande ville comme Mulhouse aux sentiments si élevés, si français.
Notre incursion a été comme l'étreinte émue de la France après une longue, pénible séparation. C'était l'affirmation de délivrer l'Alsace coûte que coûte, l'indication solennelle, faite aux Alsaciens, du véritable but des efforts de nos troupes.
Et les Alsaciens ont compris. Le vieux sang gaulois, qui coule dans leurs veines, malgré les longues occupations allemandes, malgré leur patois germain imposé
à travers les siècles par leurs oppresseurs, a fait battreleurs cœurs à tout rompre, quand ils ont entendu, dans leurs montagnes, dans leur plaine, le canon français^ le canon de la délivrance. <
Ce n'était encore qu'une espérance lointaine, une apparition passagère du troupier français tant attendu^ Néanmoins la promesse formelle était faite et les Alsaciens y out répondu par des acclamations qui leur oni valu de cruelles vengeances de la part des Allemands.^ Mais ils sont patients ; ils ont supporté stoïquemenfî leurs misères; et maintenant que nos armées ont pu: chasser définitivement de leurs villes, de leurs campagnes, TAllemand, le « Schwob » ^ abhorré, c'est avec un enthousiasme délirant qu'ils acclament le retour deï la mère-patrie.