LA RETRAITE
Dès le 25 août, le général Joffre indiquait à ses armê< \ que leur retraite avait pour but de préparer une no I velle bataille : « de reconstituer à notre gauche, ui < masse de manœuvre, permettant de reprendre Toffei i
>c. pendant que nos armées de droite contiendront
înnemi ».... et que pour cela il fallait, « couvrir la
•traite par des arrière-gardes utilisant le terrain, et
isant des contre-attaques courtes et violentes »...
Conformément à ces ordres, les S*" et 4^ armées se
plièrent lentement, la S*" — Ruffey — conservant son
)int d'appui sur notre région fortifiée de Verdun et
ussissant énergiquement plusieurs contre-attaques,
4^ — de Langle — défendant vaillamment le passage
i la Meuse contre les troupes du duc de Wurtemberg,
ur prenant un drapeau et les battant si bien que le
;néral Jolîre autorisa le général de Langle à rester,
ute une journée, sur le champ de sa victoire.
La 5" armée — Lanrezac — recula d'Avesnes-Chimay
r La Fère et Guise où elle infligea le 29 août, avec ses
' et 3^ corps, un échec sanglant au fameux 10'' corps
à la garde impériale Allemande.
L'armée anglaise eut en partage le rôle le plus fficile, le plus périlleux. Aux prises, pendant toute sa traite,, avec Taile débordante allemande de von uck, qui marchait sur Paris à grandes journées, elle t forcée de se replier rapidement, sans repos, en mbattant vaillamment, jusqu'à Compiègne, où elle mporta un brillant succès et s'empara de 12 canons nemis. Puis elle se retira derrière la Marne, où elle it enfin se refaire.
Sur la gauche des Anglais, vers Amiens, avait été •mée, pendant la retraite, une nouvelle armée, la ô*" général Maunoury — qui fut bientôt débordée par ^ masses allemandes et se replia sur le camp retrané de Paris.
Une autre armée, la 9" — général Foch — fut créée disposée au centre pour combler un vide, qui s'était oduit entre les 4^ et 5*= armées.
Plusieurs modifications furent faites dans le commanment des corps d'armée et des armées. La SL'' armée t confiée au général Sarrail; la 5*^ au général Franet d'Espérey, le brillant commandant du 1^" corps.
ZURLINDEN. — I, 8
Toutes ces créations, ces changements, ces énormeii transports de troupes de FEst à FOuest, furent faitj avec calme, précision, pendant que les masses enne mies nous talonnaient dans notre retraite. Et d'ul autre côté, malgré les dangers et les fatigues, malgpj l'influence très souvent déprimante ^es mouvemenli de recul, le moral de nos troupes ne baissa pas, [ grandit plutôt.
Ces résultats merveilleux sont dus incontestabh ment aux sentiments élevés qui animaient nos solda'i et toute la nation, à la valeur de nos officiers qui doij naient si courageusement Fexemple, à la maîtrise c^ nos états-majors, et par-dessus tout au sang-froid, la hauteur de caractère du général Joffre, qui a su ; bien soutenir le moral de ses armées, en leur parlant dès le début de la retraite, de la nouvelle bataille : livrer, à gagner.
Le 4 septembre, voici quelle était la situation gén raie :
Pendant que notre flanc droit était défendu énerf quement, du côté de Nancy et dans les Vosges, par n 2^= et f'' armées, nos autres armées, 3% 4% 9% 5% s'étaie échelonnées face au Nord, depuis Verdun, où le géi rai Sarrail appuyait sa droite, jusqu'à Provins, au s de la Marne, où se tenait la gauche du général d'I | pérey. L'armée anglaise était plus à gauche enco derrière le Grand Morin; la 6" armée, dans le cai retranché de Paris.
Les masses allemandes, 1300 000 hommes, en ci armées, étaient sur nos talons. L'aile enveloppante von Kluck — avait atteint Senlis, Grépy, le 2 S( tembre. Elle paraissait marcher sur Paris, lorsqu'e dévia vers le Sud-Est, cherchant évidemment la bâtai et se hâtant pour aider les autres armées allemande écraser nos troupes avant de s'occuper de Paris.
Paris venait de recevoir un nouveau gouverneur lililaire; le général Gallieni, qui sut aller au cœur de i grande et noble ville par sa proclamation, si belle ans sa simplicité : « Je remplirai mon devoir jusqu'au out. )) Le gouvernement de la République s'était •ansporté à Bordeaux, le 2 septembre.
Dans le Nord, Tarmée belge luttait dans le camp 3tranché*d'Anvers. Maubeuge était assiégé, bombardé, tjféussit à tenir jusqu'au 7 septembre.
LES PRELIMINAIRES
Au début de septembre, les Allemands marchaient T nos armées, entre l'Oise et la Meuse, à grandes apes, persuadés que nous ne pourrions plus tenir, fils n'avaient plus qu'à nous achever.
Leur aile droite, l'armée von Kluck, se détourna de iris vers le Sud-Est, dès le 3 septembre, en ne laissant l'un corps de réserve sur l'Ourcq, pour se couvrir i côté de notre camp retranché et assurer ses comunications.
C'était incontestablement risqué. Mais von Kluck était pas le seul à avoir cet excès de confiance, ce épris de l'adversaire. On en trouve des preuves un îu partout dans l'armée allemande : Dans les corps, 1 ne prend aucune précaution en traversant la Cham- Lgne; les hommes pillent, s'enivrent à plaisir, comme l n'y avait rien à craindre. Les officiers ne doutent s de la victoire ; leurs carnets de route tombés entre 'S mains en font foi. Dans le carnet d'un officier xon, on lit « l'artillerie française tire trop haut, c'est rame en 1870 » ; et plus loin, à la page écrite au
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début de la bataille de la Marne : « Les Saxons sonW côté de la garde prussienne. Allons, ce sera comme-i Saint-Privat... » Les souvenirs de 1870 les liante^ les grisent. ;
Les généraux partageaient, exagéraient cette coi fiance. Un peu avant la bataille, dans un château ii il avait établi son quartier général, le commandant h la IP armée, général von Bulow, se laisse aller à dire^ son hôte son opinion sur l'armée française : « Votl cavalerie, lui dit-il, sait charger, et c'est tout.... Vot( artillerie — il fit une grimace — est excellente, ; première du monde; elle nous fait beaucoup de mali Votre infanterie, très brave, trop brave, ne sait pas 1 cacher, remuer de la terre, utiliser les replis du t( j rain. Elle s'avance la poitrine découverte et subit di pertes énormes.... Ahl si nous l'avions, nous en ferio i une troupe invincible.... »
C'était bien là l'opinion générale du haut commat dément comme des officiers allemands, quand ils d< ' cendaient vers la Marne. Le « grand état-major » i prouvé en négligeant d'utiliser toutes ses forces po ! écraser nos armées, sûrement, coûte que coûte; \ laissant en arrière de nombreuses troupes, employc ! les unes à faire les sièges d'Anvers, de Maubeuge, ) i autres à marcher au secours de la Prusse oritnilale. , Tous, ils nous ont crus battus d'avance.
Le général JoiTre leur fit payer cher cet excu-^ \ confiance et leur montra que, si la bravoure, l'élan i race de nos soldats étaient toujours les mômes, il avait cependant, depuis 1870, un gros changement, 1 grand perfectionnement dans notre armée, celui | nos états-majors et de notre haut commandement. I
Depuis le début de la retraite de Charleroi, no généralissime guettait le moment de reprendre V fensive, de livrer dans de bonnes conditions la gran
ille, nécessaire pour décider de la suite des opéuions.
11 avait espéré pouvoir rengager, à la fin d'août, sa auche à hauteur d'Amiens, où il avait concentré la ouvelle armée, la 6% général Maunoury. Mais les irconstances l'avaient forcé de continuer sa retraite. l^e 4 septembre, sa gauche était derrière le Grand lorin, au sud de la Marne, et ses armées s'échelonaient de là jusqu'à Verdun. Dans la matinée de cette :)urnée, il comptait encore replier sa gauche d'une ingtaine de kilomètres, jusqu'à la Seine, lorsque interint le général Gallieni, le nouveau gouverneur miliaire de Paris.
Dès sa prise de commandement toute récente, le Cénéral Gallieni s'était préoccupé, à juste titre, de la narche des colonnes allemandes ; et il fut tout surpris l'apprendre par son service de renseignement, dans la moirée du 3, que nos ennemis évitaient Paris et déviaient vers le Sud-Est. Aussitôt, il prit ses dispositions pour pousser sur leur flanc l'armée Maunoury, ^ui venait d'être mise à sa disposition, et il entra, à cet effet, en relations téléphoniques avec son chef, le général Joffre — car Paris était alors dans la zone des armées.
Après quelques pourparlers, le général Joffre approuva la mesure de pousser l'armée Maunoury vers rOurcq et prit cette armée directement sous ses ordres. Son parti était arrêté maintenant. Il lui paraissait inutile de reculer d'avantage sa gauche; la gi*ande bataille qu'il guettait depuis le 25 août pouvait être livrée sans plus attendre.
Aussitôt, dans la soirée du 4, il lança ses ordres à ses armées pour leur faire prendre leurs dispositions, à l'effet d'attaquer dès le 6 au matin. L'ensemble des dispositions consistait : pour les armées du centre d'Espérey 5% Foch 9% de Langle 4% à attaquer du Sud au Nord ; pour l'armée de droite — 3^ Sarrail — appuyée à Verdun, à attaquer vers l'Ouest; pour la gauche,
Maunoury (6° armée) et l'armée anglaise, à prendri l'offensive vers l'Est; nos deux ailes cherchant ainsi à se rabattre sur l'ennemi.
Dans la matinée du 6, il fit appel au dévouement de«| troupes par la fameuse proclamation : :
« Au moment où s'engage une bataille d'où dépeni le salut du pays, il importe de rappeler à tous que \\ moment n'est plus de regarder en arrière. Tous le:: efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi. Une troupe, qui ne peut plus avancer, devri coûte que coûte garder le terrain conquis et se fair* tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circons^ tances actuelles, aucune défaillance ne peut êtr| tolérée. »
LA BATAILLE
Nos armées répondirent d'une façon superbi héroïque, à Fappel de leur chef.
L'armée Maunoury — Q" armée, de Paris — entra e|! action dès le 5 septembre et s'engagea vivement contrfj le corps de réserve allemand, placé en flanc-gard^l face à Paris, à l'ouest de l'Ourcq. Elle continua sol! attaque le 6; mais la situation ne tarda pas à change Les forces allemandes grossirent autour d'elle.
Dès qu'il avait été prévenu de la violence de Tattaq française contre sa flanc-garde, von Kluck, le commarf dant de l'armée de droite ennemie, s'était dépêché d« faire replier vers le Nord, au secours de la flanc-garded'abord deux de ses corps d'armée, puis d'autret troupes, qui se trouvaient devant les Anglais et d'Es* pérey; et il avait fait converger vers notre 6'' armât des formations tirées de l'arrière, voulant à tout pris
1. Lire l'ouvrage magistral la Victoire de la }farne, de Louis Madelin Voir aussi pour les détails et les cartes : De Liège à la Marne, pai par Pierre Dauzet.
finir rapidement avec Maunoury, pour retomber 3QSuite sur nos autres armées.
La supériorité numérique passa du côté allemand. Dès le soir du 6, et dans les journées du 7 et du 8, l'armée Maunoury, violemment contre-attaquée sur son front et sur ses ailes, déploya la plus grande énergie, pour persister dans son offensive. Son chef réclama du secours. Le général Joffre lui envoya le ¥ corps retiré de Tarmée Sarrail, alors dans TArgonne. Le gouverneur militaire de Paris lui expédia, en automobiles, tout ce que le camp retranché avait de disponible.
Grâce à ces renforts, à la valeur de ses troupes, à Ténergie de ses généraux, Maunoury parvint à contenir l'adversaire, tout en cédant du terrain à son aile gauche. Mais la situation était grave dans la soirée du 9; et pendant la nuit, tout en étant décidé à recommencer Fattaque et « à se faire tuer sur place plutôt que de reculer », l'intrépide commandant de la 6° armée se demandait anxieusement quel serait le sort de ses troupes le lendemain.
Le lendemain 10, l'ennemi avait disparu. Il n'y avait plus que des arrière-gardes devant nos troupes. Elles avaient été sauvées par leur vigueur, leur admirable ténacité; et surtout par l'intervention très énergique, très rapide de l'armée d'Espérey et des Anglais, dont du reste elles avaient facilité l'action, en attirant sur elles-mêmes l'armée von Kluck et en jetant ainsi le trouble dans l'ordre de bataille de nos ennemis.
Un de nos corps de cavalerie avait été mis à la disposition du général Maunoury ; mais il ne put rendre que de petits services. Il était déjà trop fatigué. Les « raids » de Belgique du début de la guerre avaient surmené, épuisé, blessé les chevaux. Les circonstances avaient empêché d'appliquer le principe éternellement vrai du général du Barrail : « A la guerre, il faut être avare de la cavalerie, tant qu'on le peut; afin d'être en état de la prodiguer, quand arrive l'heure de l'utiliser. »
A droite de l'armée Maunoury, l'armée anglaise — maréchal French, — qui, dans la bataille de Charleroi, avait eu la tâche la plus dure, la plus périlleuse, se trouva ici dans de meilleures conditions. D'abord étonnée par le recul de von Kluck, elle ne tarda pas à se redresser face au Nord et à aider l'armée d'Espérey à pousser vaillamment les fortes arrière-gardes et la cavalerie de l'adversaire. Elle parvint à traverser successivement, en combattant, le Grand Morin, le Petit Morin et, le 9 septembre, la Marne.
Alors, dans la soirée de ce jour, elle menaça l'aile gauche de von Kluck, qui malmenait notre 6* armée, et contribua à la forcer à la retraite. Le 10 et les jours suivants, elle prit comme ses deux armées voisines une part des pliis actives à la poursuite de l'ennemi.
Sur la droite des Anglais, notre 5^ armée, — général Franchet d'Espérey — a eu à jouer dans la bataille un rôle considérable, que son chef le général d'Espérey a su même rendre décisif, à force d'entrain et d'allant. 11 se trouvait, avec les Anglais,^ placé entre deux de nos armées que les Allemands cherchaient et avaient le plus grand intérêt à écraser : à notre extrême gauche, l'armée Maunoury, parce qu'elle menaçait leurs communications; à notre centre, l'armée Foch, parce que sa défaite, en coupant nos armées en deux, aurait entraîné notre défaite générale. Pour sauver ces deux armées, il fallait agir non seulement énergiquement, mais rapidement, audacieusement, à la française, sans perdre une heure. C'est ce que fit le général d'Espérey, avec un coup d'œil, un à-propos admirables.
il avait devant lui les très fortes arrière-gardes. et la cavalerie de von Kluck, ainsi que la moitié de l'armée Bûlow. 11 les poussa vaillamment, hardiment, dans des luttes acharnées, au delà de Montmirail, Vauchamp, Ghampaubert, dont il eut soin de rappeler à ses soldats, en pleine action, les glorieux, entraînants souvenirs.
Dès le 9 septembre, il était sur la Marne à Château- Thierry avec sa gauche, et troublait « le grand étatmajor » allemand, en menaçant les derrières de von Kluck; pendant que ses autres corps d'armée, échelonnés vers le Sud, prenaient en flanc et compromettaient la retraite de la deuxième moitié de l'armée Bùlow, opposée à notre centre. Il put même alors mettre un de ses corps à la disposition de son voisin le général Foch....
Cette intervention, dont la rapidité et l'énergie ont si bien répondu aux nécessités de la situation, a été incontestablement, avec l'ardeur héroïque de toutes nos armées, la cause déterminante de la résolution de retraite générale, qui fut prise à ce moment par le haut commandement allemand etqui nous donna la victoire.
A la droite de l'armée d'Espérey, notre 9® armée — général Foch — occupait le centre de notre ligne de bataille. Là aussi, il nous a fallu un chef doué d'une façon tout à fait exceptionnelle.
Le général Foch avait devant lui, dans les plaines et les marais desséchés de la Champagne pouilleuse, la deuxième moitié de l'armée Bûlow, puis la Garde prussienne et les corps saxons de von Hausen, qui se trouvaient à nouveau côte à côte, comme en 1870 à Saint-Privat, pour l'effort décisif. Tout avait été préparé par nos ennemis pour faire une poussée formidable de ce côté, crever notre centre et séparer nos armées en deux tronçons qu'ils auraient pu réduire facilement.
Si le général Foch n'avait pas résisté énergiquement
cette ruée, la bataille de la Marne aurait été perdue et la guerre bien compromise.
Vers le 6 septembre, il avait fait prendre l'offensive à la 9*^ armée. Mais il eut bientôt à subir lui-même les attaques violentes, répétées avec acharnement, des Allemands. Nos troupes de gauche, et surtout la
124 LA GUERRE DE LIBÉRATION 1914-1918. j
42*^ division, la division du Maroc, le 77^ d'infanterie, j notre valeureuse artillerie... firent des prodiges de i valeur ^ et, avec des hauts et des bas, résistèrent énergiquement, en contre-attaquant sans relâche, aux< assauts furieux, écrasants, des corps Bûlow. Mais sous i les coups répétés de la Garde et des Saxons, nos corps i de la droite et du centre cédèrent du terrain le 7 et :' surtout le 8. Le quartier général fut reculé de Pleurs i à Plancy.
Rien n'ébranla la force d'âme du commandant de i notre 9'' armée. Il déclara à ses troupes, dans son ordre ' du jour, « que la situation restait excellente, et qu'il i fallait reprendre l'offensive ». Sans doute, il savait que ] son voisin de gauche, d'Espérey, progressait et était ' décidé à le soutenir vigoureusement, en manœuvrant, ] en prenant en flanc les corps de Biilow, et même qu'il ; mettrait un de ses corps, le 10% à la disposition de la ; 9^ armée.
Et néanmoins, la situation de cette armée était des \ plus graves et aurait pu faire désespérer tout autre \ que l'intrépide général Foch. Le 9 au matin, il n'avait ] plus, à son centre et à sa droite, que des débris de troupes. Sa gauche tenait encore grâce aux généraux : Grossetti et Humbert; mais le château de Mondement, i la clé des marais de SainL-Gond, venait de tomber entre i les mains de l'ennemi. Le moment était des plus ' critiques. Il était à craindre que la Garde prussienne • et les Saxons ne réussissent enfin leur formidable ; attaque centrale. , :
Alors le général Foch eut une inspiration de génie, j Profitant de l'arrivée du 10" corps, envoyé par d'Espé- ' rey, il retire en pleine bataille sa 42'= division — Gros- \ setti — de son extrême gauche, pour l'amener vers son i centre, au secours de ses troupes de droite, si forte-
1. Lire les péripéties des furieux et sanglants combats livrés par la '.)' armée, dans l'intéressant et remarquable ouvrage : Les Marais de ISaint'Gond, de M. Charles Le Goflic.
ment malmenées et venant encore d'être forcées de •uler. Il les rassure, les soutient toute la journée en
iir annonçant Farrivée de la division Grossetti, en ir prescrivant de faire une attaque générale, dès 4ii'elle serait arrivée.
Elle arrive enfln, vers 4 heures du soir, et aussitôt
très avoir été formée face à TEst, entre Sézanne et
• re-Ghampenoise, elle est poussée comme un coin, merveilleusement dirigé, contre les formations de nos redoutables adversaires.
L'attaque générale eut lieu. Tout céda devant elle, d'autant plus que Tordre de retraite donné par le haut commandement allemand arriva à ce moment et fut exécuté successivement par les corps de Bûlow, la Garde, puis par les Saxons.
Le 10, la Q*' armée poursuivit les Allemands, rencontrant partout des cadavres et d'innombrables bouteilles de Champagne, vidées par nos ennemis pour fêter à l'avance la victoire....
La ténacité héroïque, la merveilleuse force d'âme du général Focli ont sauvé notre pays de la défaite; de même que plus haut, la victoire nous a été assurée par l'entrain, l'élan, le coup d'œil du général d'Espérey.
La présence sur les points, où s'est décidé ainsi le sort de la France, de ces deux chefs dont les qualités exceptionnelles répondirent si bien à la gravité de leur mission, ne doit-elle pas être regardée comme providentielle?
L'effet du recul de von Kluck et les actions vigoureuses de nos armées de gauche ne se firent pas sentir seulement sur noire centre; ils se répercutèrent aussi sur nos armées de droite, chaque armée contribuant par ses progrès, par son énergie dans des batailles formidables, à faciliter l'action de sa voisine de droite.
A la droite de la 9" armée, dont elle était séparée par
126 LA GUERRE DE LIBERATION 1914-i918. t
le « trou » du camp de Mailly défendu par la division de cavalerie de TEspée, — déjà bien surmenée — se tenait notre 4*" armée — de Langle de Gary — au sud de rOrnain, jusque vers Revigny où elle se reliait à r Tarmée Sarrail. Elle avait devant elle la gauche des j Saxons et la grosse armée du duc de Wurtemberg, f qui ne tarda pas à Fattaquer violemment et même à lui prendre Sermaize sur sa droite.
Après s'être défendu et avoir contre-attaque avec la plus grande énergie, le général de Langle, qui avait| reçu comme renfort ile 21'' corps, tiré de Tarmée des! Vosges, prit résolument l'offensive, poussa sa gauche | en avant, contre le camp de Mailly et Vitry. Il con-| tinuait vaillamment la bataille, lorsque se firent sentir| les progrès de la 9^ armée et le recul général allemand. Nos ennemis furent poursuivis avec entrain. Nos troupes les chassèrent de Vitry le 11 et passèrent la Marne le 12.
L'armée de Langle avait remarquablement rempli sa mission.
La 3^ armée — général Sarrail — était postée face au Nord-Ouest, sa droite aux forts des Hauts de Meuse qui prolongent au Sud le camp retranché de Verdun, p sa gauche à Revigny d'où elle se reliait à la 4^ armée. |> Elle avait devant elle la très forte armée du prince ^'^ impérial de l'Allemagne, qui s'avançant à travers j^: l'Argonne ne tarda pas à l'attaquer violemment sur^tout son front et s'empara même de Revigny. En outre, la garnison de Metz accourut, sur les derrières de notre 'S" armée, pour forcer les Hauts de Meuse, attaquer, bombarder le fort de Troyon et chercher à nous enlever Saint-Mihiel.
La situation était des plus graves. Le -générai Sarrail' j s'en tira habilement et utilisa au mieux la vaillance, > ■ l'intrépidité de ses admirables troupes. Et de son côté, j le général Goutanceau, gouverneur de Verdun, sut \ inspirer un dévouement sans borne aux défenseurs des \ Hauts de Meuse, en leur prescrivant à temps « de tenir 1
indéfiniment ». Le fort de Troyon, à demi écroulé sous le bombardement, résista héroïquement. Sur le front même de la 3^ armée, toutes les attaques de l'ennemi furent brisées, avec d'énormes pertes, par nos troupes héroïques.
La lutte se prolongea avec acharnement, jusqu'à ce qu'arrivèrent les ordres de retraite du haut commandement allemand. Le « kronprinz » se retira brusquement, rageusement, à travers TArgonne, ayant fait durement connaissance avec la 3° armée et les forts de Verdun, 'dont la prise allait continuer à le hanter. Poursuivi par l'armée Sarrail, il s'établit sur le front Varenne-Consenvoy e. . . .
La bataille était perdue pour les Allemands sur toute la ligne. C'était l'échec de leur redoutable plan d'offensive brusquée, par la Belgique, qui devait amener la défaite, la désorganisation de nos armées et l'entrée triomphale dans Paris.
Et cet échec ils le devaient en grande partie à leur présomption après Gharleroi et aussi au manque de persévérance de leur haut commandement, de leur « grand état-major ». pendant la bataille elle-même. Lorsque leur, aile droite fut forcée de revenir en arrière pour parer l'attaque de notre armée Maunoury et fut poursuivie, menacée énergiquement par l'armée d'Espérey et les Anglais, le « grand état-major » aurait pu lui assigner un rôle défensif et donner l'ordre à son centre et à son aile gauche — qui étaient loin d'être épuisés — de renouveler, d'intensifier leurs attaques.
Il a préféré donner l'ordre général de la retraite, pour se lancer dans l'interminable guerre de tranchées. L'histoire sera certainement sévère pour cette décision de « l'impeccable grand état-major ».