LES DERNIÈRES SEMAINES DE
Après ces formidables journées, la puissance offensive ies Allemands parut enrayée pour longtemps, sur le front de France. Mais il n'en fut pas de même pour leurs bombardements. Ne pouvant plus avancer nulle part, ils s'en prirent à nos villes, à nos monuments, à nos cathédrales. Avec une rage stupide et aux grands applaudissements de leur peuple, ils canonnèrent Reims, Soissons, Gompiègne, Arras, Ypres... et y iccumulèrent les ruines et les deuils.
Sur le front, les dernières semaines de 1914 furent 3mployées par nos troupes, dans un calme relatif, à perfectionner leurs tranchées, leurs communications, et i attaquer, à contre-attaquer l'ennemi, dans de petites mais sanglantes opérations, qui se développèrent depuis a mer du Nord jusqu'à la Suisse, en Argonne surtout, 3Ù l'activité ne se ralentit pas. Mais il n'y eut plus i'événements sensationnels.
Le danger immédiat était passé. Pendant toute cette période, le général Joffre avait eu pleins pouvoirs. Il a disposé à son gré de ses armées. Et il en a profité pour
144 LA GUERRE DE LIBÉRATION 19i4-1918. fi
sauver la France, pour faire tomber la légende d^ rinvincibilité allemande, qui pesait lourdement depui»jj tant d'années sur le monde entier. J?
Le parlement siégeait à Bordeaux auprès du gouver-éi nement. Tout en ayant à cœur de se montrer à hauteur!!| de rhéroïsme de nos troupes et des sentiments élevéSf; de notre peuple, il avait compris, que nous étions dans* une de ces situations terribles où la République romain»*! n'aurait pas hésité à se confiera un dictateur; et il s'esfrl effacé, pendant cinq mois, devant le généralissime. ;
Dès que le gouvernement rentra à Paris, le parle4j ment voulut prendre sa part des efforts à réaliser poui^ le salut de la Patrie ; et son influence, surtout celle de^ ses commissions, fut des plus heureuses pour inten-f^ sifier la reconstitution, la fabrication de notre matériel^! de guerre. Mais on ne peut vraiment pas approuver \esi agitations de quelques-uns de ses membres pour inter-^ venir dans la surveillance des opérations militaires^^ leurs questions, leurs interpellations, les nombreu]|i.j comités secrets, qui ont, trop souvent pendant la duréô< de la guerre, empêché le gouvernement de vaquer ave^ calme à sa grande mission et même troublé le haufe commandement. \^.
Du côté de nos ennemis, toutes les mesures avaient été prises, bien entendu, par le « grand état-major )»j pour empêcher toute baisse de Fopinion publique aile- ' mande. Grâce à des communiqués savamment erroné»^: et à la discipline extraordinaire de la presse, Ie|?j batailles de l'Aisne, de la Somme, de TArtois passèreni*! en Allemagne pour des victoires : « Paris, menacé de j très près, tomberait quand on le voudrait. Mais il y i avait eu mieux à faire, marcher sur « Kalais » et l'An- 1 gleterre. Ce fut le but de la formidable bataille des { Flandres, qui a déjà donné d'excellents résultats, que I
'inondation et la mauvaise saison forcent de suspendre nomentanément, mais qui sera reprise.
« Pour le moment, ajoutait la presse, c'est du côté ie la Russie, de Varsovie que FAllemagne doit regarier; comme aussi du côté de la Turquie et de l'Islam, m se préparent les plus grands événements. »
Et émerveillé, le peuple allemand se tourna vers 'Orient sans se douter qu'il avait subi de très rudes Schecs sur le front de France, et que son « grand état- Bajor » et son empereur généralissime manquaient 3ncore une fois de persévérance dans la direction de eurs opérations, en se détournant, avant de l'avoir ichevé, de leur adversaire principal, pour chercher m loin d'autres lauriers plus faciles à cueillir, pour niéux jeter de la poudre aux yeux.
SURLINDEN. — L 10