‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 45 sur 69 · LA BATAILLE DE LA DUNAJEC. — LA RETRAITE DES RUSSES · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE LA DUNAJEC. — LA RETRAITE DES RUSSES

En mars et avril, le terrain devint presque impraticable, par suite du dégel, sur le front de la Pologne, -es opérations furent rares de ce côté; par contre, 'lies furent poussées activement — trop activement >eut-ètre — par nos grands alliés, dans les Carpathes, lu col de la Dukla, au col d'Ujok.

I Rien n'arrêta les Russes, ni le froid, ni la neige, ni I es difficultés presque insurmontables des transports ' 't du ravitaillement. Ils attaquèrent énergiquement tout et progressèrent sur bien des points. Przemysl

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capitula sur ces entrefaites, le 22 mars 1915, après ui siège de quatre mois. Il semblait que l'invasion de l Hongrie ne fût plus qu'une question de jours. z

Mais alors intervinrent de gros événements, et l face des choses ne tarda pas à changer : Les échee successifs de ses opérations sur Varsovie avaient et d'autant plus pénibles pour l'empereur Guillaumj qu'ils avaient coïncidé avec l'abandon de ses projet! sensationnels sur le front de France, vers Calais — défaut de Paris. — Il était à craindre que l'opiniot publique allemande ne se démoralisât; et à ce point d| vue, il avait tout à gagner à faire une grande opératial vers la Pologne et la Russie. D'un autre côté, la Franci et l'Angleterre étaient en plein travail pour faire del canons et des munitions; il était probable que ces deU4 puissances attendraient que ce travail fût plus avancé! pour leurs futures entreprises, et que rien de grave M viendrait contrarier, sur le front de France, une grosse opération allemande contre la Russie. Tout poussa^ l'empereur Guillaume à attaquer à nouveau et énergi quement les armées du grand-duc Nicolas, dès qu: l'état du terrain le permettrait, et à chercher à Ici désorganiser, à les mettre hors de cause, pour ii retourner ensuite, avec toutes les forces allemandes ( | autrichiennes réunies, contre le front de France.

Le plan de la nouvelle et grosse opération fut pr» i paré par le « grand état-major », en profitant cl l'expérience acquise dans les olïensives précédentes. -

Jusque-là, tant sur le front de France que sur I front russe, le succès dans les batailles avait é I recherché par les Allemands dans les mouvemen i stratégiques de leurs armées, dans leurs marcht rapides, résolues, destinées à les amener en face d« forces ennemies dans de bonnes conditions, de nomb surtout, et à leur permettre d'attaquer Tadversair sans tarder, énergiquement, hardiment, sur tout se front, tout en cherchant à l'envelopper sur ses ail» ou à le percer sur son centre.

Le grand facteur sur lequel ils avaient compté était ■î rapidité, la violence de leur choc. Il n'avait pas lonné ce qu'ils en attendaient.

Ils changèrent de méthode : tout en menaçant /adversaire par des armées placées à pied d'œuvre, l;ms toutes les directions, sur toute Fétendue de son

Mit, ils s'ingénièrent pour le laisser dans l'indécision

solue, au sujet de celle de leurs armées qui devait

lier le coup principal, décisif.

Le renforcement de cette armée de choc, les mouve-

■nts, destinés à lui amener à temps sa puissante

lillerie et les masses de ses troupes, étaient faits la iiuit dans le plus grand secret, afin de surprendre I l'ennemi et de l'écraser brusquement sous un déluge de projectiles et d'hommes. La violence, la brutalité du choc devaient essentiellement être appuyées par l'effet déprimant, démoralisant de la surprise.

La réussite de cette ruée initiale, formidable, devait I être le signal de l'offensive générale et convergente de toutes les autres armées.

La mise en train de cette redoutable opération ne larda pas. Dès la fin d'avril 1915, des attaques locales violentes éclatèrent sur plusieurs points du front russe ; un grand « raid » de cavalerie, exécuté par plusieurs divisions, fut déclenché dans le Nord, en Courlande; et aussitôt la presse allemande d'en annoncer tapageusement la progression.

Mais là n'était pas le vrai point d'attaque. De gros préparatifs avaient été faits dans le Sud, du côté de la Silésie et de Cracovie. D'énormes masses de troupes, renforcées par neuf divisions tirées du front de France et appuyées par une artillerie des plus puissantes, avaient été confiées au général von Mackensen, qui dès le début de mai, après les avoir amenées à pied d'œuvre dans le plus grand secret, les poussa violemment, brusquement, sur la Dunajec, contre le centre, le saillant des armées russes.

Malgré la surprise, nos alliés résistent avec acharne-

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ment à la pression des masses ennemies, précédée pai ( un ouragan épouvantable de lourds, d'innombrable? j projectiles. Mais les munitions des Russes, leur.' \ canons, leurs fusils mêmes se font rares. — Ils en on 1 trop usé dans les batailles antérieures, dans les Car i pathes; — et le gouvernement est au bout de sen réserves. Ils ne s'en battent pas moins comme den lions; quelques-uns, sans fusils, tombent sur leun j adversaires à coups de massues. La supériorité d( Tartillerie allemande est irrésistible. Nos alliés sonM forcés de se replier, en combattant énergiquement , sans perdre courage, et en maintenant leur cohésion,^ leur confiance.

Alors, devant les armées allemandes et autrichiennes.^ qui appuient au Nord comme au Sud la pression de^ Mackensen, et qui cherchent à réaliser Tenveloppemenll de leurs adversaires, commence sous les ordres du^ grand-duc, faisant plus que jamais preuve de hautesi qualités militaires, l'admirable, la superbe retraite desi Russes, une des belles opérations de guerre de Thia^ toire.

Couverts par de valeureuses arrière-gardes, qui^ savent utiliser tous les accidents du sol et contraindre^ l'ennemi à d'incessants, de fatigants déploiements, ii|i se retirent en combattant énergiquement, la tête haut^^ de ligne en ligne, ne craignant pas d'abandonner leur» positions successives, leurs places fortes, mais seii^ lement après les avoir vidées, ou les avoir défendues f outrance, avoir fait subir aux Austro-Allemands par 1^ fer, par le feu, par le surmenage, des pertes colossales sacrifiant tout, manœuvrant avec la dernière éner^ pour conserver intactes la cohésion, la solidité de leui armées.

Et cette bataille sanglante, infernale, coupée d^ nombreuses, vigoureuses contre-attaques russes à baïonnette, s'est poursuivie sans entamer l'admirabl esprit de dévouement, de sacrifice de nos alliéî pendant des mois, au Sud et au Nord, sur le Sereth, Ij

SUR LE FRONT RUSSE. 15n

'ster, la Lipa... comme sur le Bug, la Vistule, la

t'w, le Niémen, la Duna, et même dans le golfe de

a, jusqu'à ce qu'ait été atteint le front de résistance

nitif, s'étendant du Nord au Sud, avec de larges

luuosités, depuis Riga jusqu'au Dniester.

La Galicie est perdue. La Pologne, la Courlande, la

olhynie sont envahies, occupées par les Allemands;

lais le vrai but de leurs opérations, la désagrégation

armées russes, qui devait leur permettre de se

<j tourner avec toutes leurs forces contre le front de

Tance, n'est pas atteint. Les troupes de nos alliés

estent pleines d'ardeur, et quant au moral du peuple

usse, loin de s'ébranler, il semblait plutôt surexcité par

es grands événements. De toutes parts, tout au moins

lans les classes instruites, sur l'immense territoire de la

Russie, on demande comme en France, comme en

Vngleterre, que la guerre, « la guerre sainte », soit

)0ussée vaillamment jusqu'au bout.

Alors, intervient le Tsar, qui se met personnellement i la tête de ses armées, le 6 septembre 1915, et confie es fonctions de major-général à l'un des chefs les plus 'éputés, les plus estimés, les plus aimés, de l'armée •usse, le général Alexeïef. Et, malgré le départ du <rand-duc Nicolas, auquel le Tsar confie la vice-royauté ^t les armées du Caucase, destinées à jouer à bref lélai un rôle important, les opérations reprennent avec 'nergie sur tout le front européen de nos grands alliés, surtout au Sud sur la Stripa et le Styr, au Nord, dans la région de Riga, sans que les Allemands puissent faire de nouveaux progrès, jusqu'à la fin de l'année 1915.

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