NECESSITE DE L EFFORT INDUSTRIEL
L'année 1915 avait vu se dérouler, hors de France, les grands événements tragiques, impressionnants, mais réconfortants pour Favenir, que nous venons de retracer.
Sur le front de France, elle se passa dans un calme relatif, entrecoupé de combats locaux, toujours violents, parfois très importants au point de vue des eiïectifs engagés et des pertes subies de part et d'autre, mais sans influence immédiate sur l'issue de la guerre.
Cela tient à ce que, en raison de la supériorité de sa préparation, l'Allemagne a pu prendre et conserver l'initiative des opérations pendant les dix-huit premiers mois de guerre, et que, comptant sur l'obligation où nous nous trouvions de reconstituer, de multiplier nos approvisionnements en munitions et en canons, elle s'est contentée de nous surveiller sur le front de France, en exerçant, comme nous venons de le voir,
son initiative, en Orient, sur le front russe et ciaH les Balkans.
De notre côté, l'heure des grandes résolutions n'ava* pas encore sonné. Il était sage, indispensable d'à ttendii que nous ayons pu recompléter, décupler notre malti riel de guerre, et que l'Angleterre ait pu en faiii autant, tout en augmentant, dans une mesure extrji ordinaire qui fera sa gloire, les eiîectifs de ses armé«4 sur le front de France. '
L'année 1915 a donc été dominée, pour les armé(<! de France et d'Angleterre, parla nécessité de perraetti? aux deux pays de faire à l'intérieur l'effort persévéran i gigantesque, nécessaire pour organiser, activer, inteii sifîer jusqu'à la dernière limite, la fabrication de^i canons, des munitions, du matériel de toute espèc(4 indispensables pour vaincre, dans l'abominable guernj de tranchées imposée par nos ennemis.
Il fallait du temps pour préparer, créer, surveilleij réaliser cet effort industriel sans précédent. Le tempi nous a été fourni par nos ennemis eux-mêmes, pal leur décision de se terrer après la Marne.
Les batailles de l'Aisne, de la Somme, de l'ArtoiM des Flandres leur ont prouvé que, s'ils avaient réusH à rendre leur front inviolable, il en était de même poui le nôtre, et qu'ils n'avaient plus à compter sur dei succès décisifs en France. Ils ont tourné alors leu^i activité vers la Russie, vers l'Orient, en laissant régne*! sur notre front une certaine accalmie, entrecoupée dn nombreux et violents combats locaux.
Les gouvernements de l'Angleterre et de la Franc! se sont empressés d'en profiter, et, pendant que leuri armées luttaient vaillamment sur place, ils se sont mi i àl'œuvre avec ardeur, avec dévouement, pour rattrape i largement l'énorme avance de préparation des Aile mands.