‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 53 sur 69 · L^EFFORT INTÉRIEUR EN FRANCE ET EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L^EFFORT INTÉRIEUR EN FRANCE ET EN ANGLETERRE

l'effort français

Dès le deuxième mois de la guerre, sous TimpuLsion la ministre Millerand, les directions du ministère de a Guerre avaient déployé une très grande activité pour lombler les manquants de nos approvisionnements en aunitions, en canons, en avions, en fusils, en grenades ?t autres engins de tranchées, comme aussi en habillenent, équipement, chaussures, matériel de santé.... Leur travail avait été des plus utiles, des plus louables. Vlais les besoins étaient énormes; ils dépassaient toutes es prévisions. Il ne fallait pas seulement doubler, îotamment pour les canons et les munitions, la fabrication prévue pendant la paix, il fallait l'obtenir vingt bis, trente fois plus forte ; et il était indispensable de aire un large appel à Tindustrie privée, de s'adresser i son dévouement, de surexciter son activité, de lui procurer sans tarder des ouvriers, des matières premières.... Malgré tout leur zèle, nos directions n'étaient pas préparées, organisées pour remplir un rôle de cette 3nvergure. Elles ont eu des difficultés, des tiraillements dans leurs relations avec l'industrie privée. Il y a même eu des mécomptes — comment s'en étonner, puisque tout était à improviser, à hâter! — Certains aciers achetés au loin ont mal rempli les conditions à exiger pour nos obus. Il s'est produit des éclatements dans l'âme de nos canons et ce que l'on a appelé « la crise du 75 », bien vite terminée....

Le parlement s'est ému de cette situation. Bien renseignées sur les besoins de l'armée en fait de munitions, de canons, de matériel de toute nature, les commissions de l'armée du Sénat et de la Chambre se sont mises à l'œuvre, avec zèle et intelligence, pour obtenir un concours plus efficace de l'industrie nationale, et elles y sont parvenues, à l'aide de l'excellente

création du sous-secrétariat d'État de l'Armemeiit des Munitions, et bientôt après d'autres sous-secrét riats de Flntendance, du Service de Santé....

Les meilleures mesures ne tardèrent pas à et prisés pour mettre nos usines privées en confianc \ pour leur fournir les renseignements, les modèl* nécessaires, pour leur donner des ouvriers compéten retirés du front avec l'agrément du commandeme] ou envoyés par nos colonies, pour mettre à leur disp« i sition des matières premières acquises à Tétranger.. 1

Le sous-secrétariat de l'Armement et des Munitioi i s'est particulièrement distingué par la bonne directio i et l'ampleur de ses travaux. Créé le premier, dès le mo i de mai 1915, ayant à sa tète un jeune député. M. Albei I Thomas, qui s'était déjà occupé de ces questions a i Grand Quartier général des armées et qui sut se faii \ seconder avec tact et autorité par nos meilleurs pff \ ciers techniques, il est parvenu à tirer de notre induf j trie métallurgique des résultats merveilleux. ■

La chose n'était pas facile, car au point de vue d i fer et de la houille nous sommes malheureusemcE j tributaires de l'étranger, tandis que l'Allemagne trouv \ chez elle, à l'excès, toutes les matières nécessaires . \ ses usines d'artillerie. , ;

Malgré ces difficultés, à la fin de 1915 la fabricatioi i des obus de gros calibres était devenue 14 fois plu j forte qu'au début de la guerre ; celle des obus de 75 \ 30 fois; celle des canons lourds, 23 fois plus forte qu'ei \ 1914. Plusieurs de ces canons ont été inventés depui; \ le commencement des hostilités; Tartillerie allemandit a été largement dépassée en portée, en efficacité e i môme en moyens de transport sur automobiles ou sui j voies ferrées. i

Les énormes progrès réalisés pour la grosse arlillerit j n'ont pas empêché de faire prospérer la fabrication de i notre canon de 75, qui, quoique déjà bien assurée er | 1914, est devenue 19 fois plus forte.

Et Ion a eu cent fois raison, « car malgré tout le 7§

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este le maître du champ de bataille — disent les artil-

3urs. — Quand sa voix se fait entendre, même au

lilieu du grondement des lourdes pièces des plus

^1 Tos calibres, la terreur se met chez les Allemands,

|hui l'ont appelé « Teufelsartillerie » — Tartillerie du

i iable — ; nos ennemis se terrent, n'osent plus montrer

j»a tête, et dans nos tranchées, nos hommes peuvent

i aquer tranquillement à leur besogne. C'est Toutil de

guerre le plus remarquable qu'on puisse imaginer,

aôme dans la guerre de tranchées, et à plus forte raison

ans la guerre de mouvements ».... A coup sur, nos

rtilleurs, qui ont toujours eu le culte de leur 75, qui

ont arrivés à le manier avec une virtuosité, une maî-

rise sans pareilles, sont loin de ne pas avoir eu d'in-

uence sur l'issue de la guerre. Notre peuple ne s'est

•as trompé en organisant, pendant la guerre même,

me « Journée du 75 m.

Il aurait pu également organiser une fête pour 'arme de l'air, car nos aviateurs ont rendu aussi les ►lus importants services et ils n'ont pas tardé à prendre a supériorité sur les Allemands, grâce à leur habileté, leur héroïsme, et aussi à l'impulsion énergique donnée, près quelques tâtonnements, à la fabrication des vions. Cette même impulsion s'est fait sentir pour organisation et pour le matériel du service de santé omme pour le matériel automobile, pour l'habilleaent, l'équipement, les chaussures, pour le casque deu, improvisé pendant la guerre, qui sied si bien à los soldats et leur rend tant de services, au milieu des •ombardements incessants des tranchées.... En somme, l'aide prêtée par le parlement pour ctiver, intensifier notre grand effort industriel, et our le transformer en un effort national digne d'admiation, a été des plus utiles, des plus précieuses; et ette intervention a fait sentir son heureuse influence ion seulement en 1915, mais pendant toute la durée de a terrible guerre.

Il est fâcheux que quelques parlementaires n'en

soient pas restés là; et qu'ils aient fait perdre ensuit! un temps précieux au Gouvernement, avec leurs intei j minables discussions en comité secret, avec leurs ag i tations pour essayer de faire revivre Tinstitution rév< ! lutionnaire — dangereuse pour la discipline des troupe i comme pour le sang-froid nécessaire au haut commai \ dément — « des représentants du peuple aux armées : < et pour chercher à obtenir des modifications dans Ij haut commandement. ''

Le pays, tout en se préoccupant très peu de ces joute "i oratoires secrètes, a su gré au président de Gonsei i M. Briand, d'avoir su faire avorter ou ajourner- et j prétentions.

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