‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 57 sur 69 · LA GUERRE DE TRANCHEES · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE TRANCHEES

De tout temps, à la guerre, on a fait des tranchées. Les Romains s'en sont servis constamment dans leurs campagnes; leurs légions étaient remarquablement instruites à cet égard.... En France, sous Louis XIV, les tranchées furent en honneur dans nos armées; on y fit beaucoup de sièges. C'est de cette époque que datent les grenadiers, les soldats d'élite chargés d'attaquer l'ennemi à coups de grenades... En Grimée, devant Sébastopol, nos troupes ont fait valeureusement la guerre de tranchées, contre nos héroïques adversaires d'alors, nos amis, nos alliés d'hier.... La guerre des Boërs, la campagne de Mandchourie ont attiré à nouveau l'attention sur ce genre de guerre; toutes les armées s'en sont occupées et savaient qu'il avait été des plus utiles aux Boërs comme aux Japonais.

Mais, depuis 1870 surtout, les tendances de notre armée, et même de notre nation, étaient en opposition avec la guerre de tranchées. Tous les esprits étaient pour l'offensive. On avait, plus que jamais, horreur de

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la défensive. De tous côtés, on répétait que c'était-l l'inertie de nos chefs qui nous avait perdus dansi l'année néfaste de 1870. \

Ce sentiment était profond, irrésistible. Nos plans de ^ guerre ne pouvaient être qu'offensifs et la prépara- i tion de l'armée nettement offensive. Cette préparation.^ a été remarquablement assurée, dirigée par nos règle- 1 ments militaires. Hâjons-nous de remarquer que non.^ seulement elle répondait au caractère national, mais* qu'elle a été incontestablement l'une des causes de nos*^ succès sur la Marne et dans bien d'autres circonstances ii de la guerre.

Néanmoins, il est regrettable, que nous n'ayons pasd songé plus sérieusement à la guerre de tranchées, à la^ possibilité de nous la voir imposée par nos adversaires. ^ Une bonne armée doit être prête à tout. L'on peutîJ même ajouter que si, au début de la guerre, sentantii notre infériorité en nombre et en artillerie lourde, j nous avions voulu compenser ce désavantage par la^^ supériorité de nos positions, par des fortifications de ' campagne créées rapidement et solidement le long de i nos frontières, il n'y aurait eu là rien de contraire aux^ règles de l'art . militaire — sans qu'on puisse nouS'i reprocher d'avoir voulu faire mieux, et tenter le so^t^^ en rase campagne. 1

Par contre, il semble bien que les Allemands ont»y encouru le reproche inverse et que l'histoire les*! blâmera d'avoir renoncé à la guerre au grand air, \ immédiatement après la bataille de la Marne, et de^ s'être enlisés dans la guerre des tranchées, à une^époque où leur avance de préparation se faisait encôrei sentir et où, sauf à prendre du champ en arrière, iis*i auraient pu recompléter leurs munitions plus vite qudi nous et nous imposer en rase campagne plusieurs^ batailles successives, dans lesquelles notre pénurie de ^ munitions aurait pu nous gêner. ■

Pour cela, il leur aurait fallu avouer la défaite de la 1 Marne à leur peuple et aux autres, et évacuer une ;

partie du territoire conquis. La politique intérieure s'est mêlée aux raisons d'ordre militaire. Au lieu de persévérer dans la guerre de mouvements, qui seule aurait pu leur donner des résultats prompts, décisifs, ils ont préféré se terrer et profiter de la préparation toute spéciale qu'ils avaient faite de la guerre de tranchées, pour nous surprendre, par leurs laborieuses inventions mécaniques, balistiques, chimiques, par leurs gaz asphyxiants, leurs liquides enflammés, et surtout par leur puissante artillerie lourde à longue portée.

Aussitôt, notre haut commandement prit les meilleures mesures pour que nos tranchées fussent aussi solides que celjes de nos ennemis, notre front aussi inviolable. Et leurs bonibardements, leurs gaz délétères, leurs inventions infernales ont surtout abouti à indigner notre nation et le monde entier. Leur décision de se terrer nous a donné le temps d'aguerrir nos soldats jeunes et vieux, de regagner Favance allemande en canons et munitions, de permettre aux Anglais d'augmenter leurs effectifs d'une façon merveilleuse.... Elle doit être considérée, tout en ayant fait traîner terriblement la guerre, comme des plus heureuses pour la cause des Alliés.

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