SUITE ET EXTINCTION DE LA BATAILLE
Vprès les horribles boucheries des premiers jours, qui avaient coûté de si lourdes pertes aux Allemands, il leur a fallu une accalmie pour enterrer les monceaux
leurs cadavres, et pour faire avancer leur .artillerie eL les nouvelles troupes, appelées en hâte pour remplacer celles qui avaient été si maltraitées par notre feu.
Le bon sens aurait pu leur indiquer, dès ce moment, que Tarrêt de leur attaque brusquée avait fait manquer toute leur opération ; qu'en la poursuivant ils ne feraient qu'y user leurs meilleures réserves; qu'il vaudrait mieux suspendre la bataille, et ménager leurs forces pour d'autres occasions.... Mais il aurait fallu avouer l'insuccès, troubler l'opinion publique allemande, au moment où s'ouvrait un emprunt, où le Reichstag se réunissait. L'orgueilleux empereur décida la continuation de l'attaque.
Les efforls de ses troupes reprirent; mais ils n'eurent plus la brutalité, l'intensité furieuses des journées du début. Ils se disséminèrent sur les deux rives de la Meuse, s'y diluèrent, au milieu des contre-attaques énergiques de nos soldats, pour reprendre parfois avec vigueur et toujours après des bombardements aussi nourris que ceux des premiers jours.
L'infanterie allemande, poussée par ses officiers, continua à affirmer sa discipline extraordinaire, tantôt en vagues épaisses, tantôt, conformément à ses traditions séculaires, en formations serrées; en donnante nos soldats, à nos mitrailleurs, à nos canonniers, l'occasion de sanglantes, terribles hécatombes, et à nos généraux celle de violentes contre-attaques. Jamais, nos officiers et nos troupes n'ont montré plus de courage, de téna.cité, de sang-froid, et en même temps d'esprit offensif, que dans ces épouvantables journées de Verdun.
220 LA GUERRE DE LIRERATION 1914-19i8.
Grâce à eux, tout le sang versé, tous les sacrifice!^ terrifiants des Allemands, n'ont donné que des résuli tats hors de proportion avec leurs pertes :
Le 6 et le 7 mars, sur la rive gauche, nos ennemiw s'emparent des Forges, de la cote 265, du bois des Gor^ beaux pris et repris plusieurs fois. Dans la Woëvre,il^ prennent Fresnes; le 16, le village de Vaux, rive droite*
Le 20, sur la rive gauche, à gros renforts de bombej' asphyxiantes et de lance-flammes, ils enlèvent le boifc^ d'Avocourt, que nous reprenons le 29; puis nous éva-i cuons Malancourt.
Du 2 au 6 avril, nous perdons le bois de la Gaillette.-i Haucourt, le saillant de Berthincourt. Par contre, suif la rive droite, nous progressons et réoccupons le vil-i lage de Vaux.
Le 9 et 10 avril, très violentes offensives des Alle-^ mands, sans résultats, dans la région du Mort-Homme4 et de la cote 304. Puis, il se produit un ralentissement dans l'action des Allemands. Ils préparent de nouvelles opérations Le « grand état-major » est toujours décidée à avoir Verdun à tout prix et à compléter sa conquêtes de Douaumont par celle des autres forts de la rive droite.^
11 commence, dans les premiers jours de mai, paisessayer de déblayer la rive gauche de la Meuse et fait| pousser des attaques, montées sur un très grand pied^ vers la cote 304, le Mort-Homme, Gumières. Sous una feu d'artillerie épouvantable, sous des assauts inces*^ samment renouvelés, nos troupes résistent, contre- j attaquent avec un héroïsme inouï pendant six semaines;^ et si nos ennemis nous enlèvent Gumières, le Mort-^ Homme et une partie de la cote 304, ce n'est qu'aiM prix de pertes effroyables. \\
Depuis le 30 avril, le général Pétain ne faisait pluai que surveiller les opérations, comme commandant des! groupe d'armées. Il avait passé le commandement-^ direct de l'armée de Verdun au général Nivelle, qui,^ comme son prédécesseur, était décidé à donner à l^n défense une attitude nettement agressive. ;
Des i^ -J.-1 mai, le général Nivelle fait procéder, après in bombardement énergique, à une offensive de 6 divisons, dans la direction du fort de Douaumont qui lous a été enlevé par Tennemi. Les attaques de nos iiies furent arrêtées; mais au centre la division Mangin ■'^issit à occuper une partie du fort et à s'y maintenir dant deux jours.
Après avoir repris Douaumont, les Allemands î'acharnent pendant plusieurs semaines contre les mires forts de la rive droite; Vaux d'abord, puis Soudlle la clef de la défense de ce côté du camp retranché de Verdun. Du l*"!- au 7 juin, ils renouvellent sans -elâche leurs bombardements toxiques et leurs assauts, ils enlèvent Damloup, pénètrent dans les fossés du fort le Vaux; puis dans le fort lui-même, dont les ruines sont défendues glorieusement, pied à pied, avec la plus
i Délie vaillance, par la petite garnison et son chef le
t commandant Raynal. Cette superbe défense se termine
j.e 7 juin 1916.
Aussitôt, le « gi'and état-major » fait faire les plus
I grands efforts contre le fort de Souville, en cherchant l'abord à nous enlever la crête qui mène à ce fort du Nord-Ouest au Sud-Est, par l'ouvrage de Thiaumont et village de Fleury. Mais il trouve à qui parler. Le général Nivelle, vigoureusement aidé par le général Mangin, qui commande ce secteur, entend « ne pas faire un pas en arrière, et reprendre immédiatement ce qui lui a été arraché ».
Pendant plusieurs semaines, nos vaillantes troupes se battent avec acharnement autour des ruines de Thiaumont et de Fleury, qui sont prises et reprises maintes fois. Du 21 au 24 juin, elles tiennent tête, avec la plus mâle énergie, à une très grosse attaque des Allemands, depuis Froide-Terre, par Thiaumont, Fleury, jusqu'au fort de Souville. Thiaumont et Fleury restent aux mains de nos ennemis, dont les assauts sont brisés partout ailleurs.
C'est la fin des très gros efforts des Allemands sur
Verdun. L'offensive générale des Alliés va s'accentue<( sur les autres théâtres, après avoir brillamment com-« mencé — comme nous le verrons dans la 3* partie deJ cet ouvrage — sur le front russe, dès le début de juinji En juillet, elle éclatera vigoureusement sur la Sommi» et forcera nos ennemis à distraire du front de VerduM de nombreuses troupes, de nombreux canons. LflM bataille de Verdun ira en s'éteignant pour les All^ mands. Ce sont nos inlassables soldats, surtout ceuij! du groupement des divisions commandées par le gén^ rai Mangin, qui progresseront et reprendront Thiaujii mont, Fleury, et plus tard les forts de Douaumon^ et de Vaux. '
Dès la fin de juin 1916, — nous aurons à revenir suif ce sujet — il était possible de voir que le gigantesquesi coup de massue, annoncé par les Allemands commet devant décider la guerre et forcer les Alliés à demander la paix, retombait sur ceux qui avaient voulu Fasséner,, grâce aux merveilleuses parades et ripostes de noil soldats, si énergiquement commandés par les généra ufi Pétain et Nivelle. [
L'empereur Guillaume s'était lourdement trompai une nouvelle fois, en croyant tenir une victoire certaine,. Les formidables préparatifs du « grand état-major » eti de son fils ont été déjoués par le sang-froid, le coupi d'œil,» la fermeté de nos chefs, par la vigueur et< l'héroïsme inouïs de nos troupes. Les « vagues d'assaut» irrésistibles », du Kronprinz, appuyées paru rartilleriôi la plus redoutable, que la terre ait jamais entendue »j^ se sont brisées « sur notre glorieuse citadelle, comra^^ une mer furieuse sur un roc de granit ». — Cesdernierél mots ont été prononcés par M. Lloyd George, l'éminent^ Premier de l'Angleterre, lors de sa visite à Verdun ettt septembre 1916. i ^