‹ La guerre de libération, 1914-1918 (volume 2)Chapitre 66 sur 69 · GLOIRE A NOS CHEFS, A NOS SOLDATS · texte numérisé non relu

GLOIRE A NOS CHEFS, A NOS SOLDATS

Pour la France, la bataille, Tépopée de Verdun restera à tout jamais comme une de ses gloires les plus pures.

Ce qu'elle retiendra de ces sanglantes, émouvantes journées, c'est la maîtrise, l'énergie avec lesquelles le , général Joffre a fait, après quelques hésitations, organiser, surexciter la résistance et envoyer de puis- ! sants renforts, dès que l'attaque de l'ennemi se fut , précisée.

C'est le général de Gastelnau, envoyé sur les lieux au moment psychologique et sauvant la situation avec « le corps de fer » et son vaillant chef le général Balfourier. C'est le général Pétain, qu'on fait accourir en même temps, de loin, avec ses corps d'armée d'élite, pour lui

Mifîer le commandement suprême de la défense, et qui,

f'c un talent, une énergie, une autorité remarquables, lirige, entretient la formidable bataille, jusqu'au jour

1 il est appelé au commandement du groupe des

niées du Centre. C'est son brillant, vigoureux succes-

iir, qui confirme, achève glorieusement la grande

1 livre, le général Nivelle — encore un colonel du début

î de la guerre; encore « le vrai homme à la vraie place».

C'est l'âme héroïque de nos officiers, qui ne se contentent pas de commander, de diriger, qui ont à cœur de donner partout l'exemple le plus entraînant, le plus viril, du courage, de l'intrépidité, de l'élan. C'est cet épisode qu'on croirait détaché des Croisades :

Le 92*^ a reçu Tordre de reprendre le bois des Corbeaux, en partant du Mort-Homme. Son chef, le lieutenant-colonel Macker*, est en train d'organiser ses

1. Le lieulenant-colonel Macker était originaire de Golmar. Il restera dans les annales de l'Alsace comme une de ses gloires les plus pures. L'aumônier, l'abbé de Chabrol, a été tué glorieusement quelques semaines après, en secourant des blessés dans les batailles de la Somme.

vagues d'assaut, quand arrive l'aumônier de la divi^ sion. Le colonel ôte son casque, se met à genoux pouifi recevoir Tabsolution. Puis il prie le prêtre de bénir ses'i hommes, au moment où ils passeront en vagues devanti lui. L'assaut est superbe; le bois esta nous.... Le len-demain, le lieutenant-colonel est tué en poussant uno^j contre-attaque. Son exemple surexcite ses hommes/j qui se battent comme des lions et réussissent à interi dire le Mort-Homme aux masses débordantes des Alle^ mands. ^.

Ce que la France retiendra par-dessus tout, ce qui ^| fait tressaillir de fierté, de reconnaissance, les cœurÉ de toute la nation, c'est autour de Verdun, comme suti nos autres champs de bataille, l'héroïsme merveilleux,, persévérant, inouï de nos soldats, « leur mépris de laii mort pour la patrie ». C'est la gaieté, la fermeté, le^ courage sans linaites des « poilus » de notre valeureuse^ infanterie, sous le plus infernal des bombardements;] c'est leur solidité inébranlable devant les assauts les< plus furieux des Allemands. \:

C'est le frisson d'épopée qui les a secoués, a\$i moment où débouchaient des crêtes, en hurlant, les^ masses ennemies : « Spontanément sans comman-^ dément, — écrit un fourrier du 8** régiment d'infan»< terie\ — les hommes se sont tous levés, et je les voisi devant moi, debout, mince cordon que la furie teu-*^ tonne veut emporter.... Pas un n'hésite; droits, bieni 'campés sur les jambes écartées, ils tirent comme $i l'exercice, « dans le tas ».... Pas un Allemand n'arrive* jusqu'à nous. Ils étaient si fiers quand ils débou-r-i chaient.... Mais, à chaque rafale, ils tombaient pat* écailles ; à chaque coup de 75, la colonne était coupéô 1 d'une large trouée. Peu à peu, la masse s'émietta,.; sembla se volatiliser, les vivants se dispersèrent àj

1. Le sergent-fourrier du 8"^ d'infanterie, Paul Dubrulle — prêtrt j en temps de paix — a été tué eu 1917, comme sous- lieutenant, ] devant Graonne. \

travers les arbres. Il ne resta plus sur place que des jonchées de cadavres et de blessés.... »

Ce qu'il faut retenir, c'est ce petit fantassin — il y en a des milliers comme lui — qui tire sans relâche, sur les Allemands, jusqu'à ce que son fusil lui brûle les doigts; il recommence avec une nouvelle arme, i lorsqu'il est broyé par un obus. Il a encore la force I de se tourner vers son officier, et meurt en lui disant. « Mon lieutenant, adieu! je suis ...»

C'est la fougue, le mordant de nos soldats dans

l'assaut. C'est l'entrain, la fierté, avec lesquels ils

répondent aux appels de leurs chefs aimés, respectés,

I Castelnau, Pétain, Nivelle, Balfourier, Mangin... et

! tant d'autres. C'est la bravoure endiablée, avec laquelle

! ils manient leurs baïonnettes, leurs « Rosalies », en se

jetant sur les vagues hurlantes, surchauffées, avinées

I des Allemands.

Ce qu'il faut retenir, ce sont les prouesses incessantes de nos aviateurs, reconnaissant, poursuivant, harcelant les formations de l'adversaire, renseignant si utilement notre commandement, notre artillerie, et livrant dans les airs des duels, invraisemblables de témérité, avec les oiseaux ennemis.

C'est le sang- froid, le dévouement de nos mitrailleurs aussi habiles à se défiler dans les bombardements, que lestes à se porter vaillamment, énergiquement au bon endroit, pour faucher, massacrer les rangs de l'adversaire, dès que l'attaque se dessine.

C'est l'habileté manœuvrière et le courage inébranlable de nos batteries de tous calibres. C'est notre merveilleux 75, toujours là pour semer la mort et la terreur dans les bataillons allemands. C'est la virtuosité, l'admirable sang-froid de nos officiers d'artillerie réglant, dirigeant leur tir avec sûreté, sous la pluie des projectiles ennemis, et sachant inspirer à leurs sousofficiers, à leurs canonniers, un dévouement sans limites.

C'est ce commandant de batterie, le lieutenant W...,

ZURLINDEN. — I. 15

un Alsacien, qu'on allait em porter, blessé gravemenl à l'œil, la mâchoire fracassée, la bouche pleine dfj sang, au moment où un nouveau projectile ennemi vient tuer devant lui un jeune aspirant, un sous-officiew et plusieurs hommes. W... se dresse sur son brancards et, se tournant vers les quelques hommes restés debout,] il leur montre les nouvelles victimes, et leur râle, dei sa voix entrecoupée par le sang : « C'est pour lai France!., vous les vengerez. »

C'est cet adjudant Pierrard dont la batterie a étéi détruite, qui en trouve une autre éteinte, ayant perdin tout son personnel. Il la rallume avec quelques hommes ramassés dans les trous de l'horrible cham|( de bataille et lutte pendant quarante-huit heures^ jusqu'à ce que l'ennemi le tue sur ses canons, qu'ij défend à coups de revolver.

C'est ce sous-officier de brancardiers, qui a reçu d<i son médecin-chef l'ordre de ramener coûte que coal«1 cinq mitrailleurs, grièvement blessés, dans un fortii j démoli en avant de notre première ligne. Quand il arrivi -■ dans la tranchée de tête, avec ses dix brancardiers ] l'officier commandant lui montre que sa mission es | impossible, que la fusillade fait rage. Il n'écoute pas ; escalade le parapet et court avec ses hommes vers 1« l fortin, pendant que l'officier allemand d'en face lu i crie en français : « C'est idiot. Vous n'en réchappera: ( pas. »

En deux voyages, il ramène dans nos lignes les cin( ( mitrailleurs blessés et les corps de deux de ses bran j cardiers tués pendant cette héroïque équipée.... C< sous-officier était un territorial de Tarn-et-Garonne père de quatre enfants....

Et il y aurait à citer des milliers de traits commceux-là! Y a-t-il dans l'histoire du monde une autr époque, dépassant, égalant celle-ci en grandeur, ei | beauté? |

Et cette beauté, cette élévation de sentiments se son retrouvés, pendant toute la durée de la longue e

terrible guerre, à Tintérieur comme sur le front; chez les femmes, les jeunes filles qui se dévouent si noblement pour les blessés, n'hésitant pas, quand il le faut, à se faire tuer sans sourciller, comme les hommes, pour remplir jusqu'au bout leur charitable, patriotique mission; et chez celles qui triment vaillamment, sans murmurer, dans les champs, dans les ateliers, faisant les plus rudes besognes, pour remplacer les hommes pendant qu'ils sont au feu; et chez ces mères qui n'envoient sur le front que des paroles d'énergie, de réconfort; et chez ces jeunes gens, ces enfants, ne rêvant que « d'entrer à leur tour dans la carrière », s'engageant dès qu'ils en ont l'âge, pour « s'offrir au sanglant sacrifice », et entrer dans cette légion de héros auxquels M. Henry Bordeaux a rendu un si éclatant hommage dans sa Jeunesse nouvelle^...

Et notre glorieuse marine ne le cède en rien pour l'héroïsme à l'armée de terre. Quelle hauteur de caractères et de sentiments dans ces officiers et ces équipages qui, sur le Bouvet^ la Provence II, et tant d'autres navires, se sont engouffrés avec leurs vaisseaux aux cris de « Vive la France! »; et dans ces admirables fusiliers marins qui dans les Flandres, à Dixmude... ont cueilli des lauriers immortels!

Gloire à la France ! Gloire à nos soldats I Gloire à nos chefs !

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