‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 2 sur 50 · LA SITUATION DES BELLIGERANTS EN JUIN · texte numérisé non relu

LA SITUATION DES BELLIGERANTS EN JUIN

titres précédents, tout s'était brisé contre la valeur, la ténacité inouïes de nos soldats, contre les excellentes mesures prises par nos chefs. Ce fut pour les Allemands un échec grave, aussi sévère que ceux de la Marne et des Flandres, et beaucoup plus retentissant; car il a eu aussitôt une influence considérable sur l'opinion publique en Allemagne et dans les pays neutres.

Jusque-là, trompé par des communiqués incomplets, erronés, mensongers, et tout en s'étonnant de voir traîner la guerre après l'annonce tapageuse de tant de victoires, le peuple allemand avait conservé sa foi dans la supériorité de sa race, dans l'invincibilité de son armée, dans les talents de son impeccable, inimitable « grand état-major », dans les hautes visées et l'étoile de son Empereur-Roi.

Verdun lui a ouvert les yeux en partie. On lui avait annoncé l'importance exceptionnelle de l'opération. Il en avait suivi avec orgueil les formidables préparatifs; il savait que l'empereur et le « grand état-major « ne doutaient pas du succès, d'un succès rapide, et étaient décidés à en finir avec les Français.

Lorsqu'il vit toute cette machination tant soignée, tant vantée, s'effondrer devant l'intrépidité sublime de nos valeureux soldats, il perdit son enthousiasme, sa confiance dans la victoire finale. Il sentit plus lourdement que jamais le poids de la guerre, de ses misères, de ses souffrances, des terribles et sanglantes hécatombes. Il montra des tendances à se décourager, à se désaffectionner même de la dynastie impériale. Et on le vit se tourner anxieux vers le vieux général Hindenburg, qui au début de la guerre Tavait sauvé de l'invasion russe et qui

saurait peut-être encore lui venir en aide pendant la lin des hostilités.

L'opinion des neutres suivit la même marche que celle du peuple allemand. Après 1870, la terre entière s'était inclinée, prosternée devant les succès éclatants, foudroyants des Allemands. Partout, on avait cru à leur force irrésistible, à leur invincibilité, à la suprématie écrasante de leur « grand étatmajor », qu'on regardait comme la, personnification de la science de la guerre, poussée jusqu'à ses dernières limites.

Quand la grande guerre s'est déchaînée en 1914, la plupart des neutres ont regardé notre défaite comme certaine. Puis se renseignant uniquement avec les communiqués de leur idole, ils n'ont rien su d'exact sur la Marne, sur les Flandres, sur le peu de portée militaire des succès allemands en Russie.... Et Verdun leur est apparu comme une opération modèle, décisive, savamment imaginée par le « grand état-major » : C'était un duel formidable que les Allemands nous offraient, et dans lequel ils s'étaient ménagé tous les avantages.

Le duel eut lieu. Il nous a donné la victoire, une éclatante, merveilleuse victoire. Et le prestige de l'Allemagne en subit un coup des plus rudes, dont il ne s'est pas relevé.

D'un autre côté, la sanglante et désastreuse opération des Allemands contre Verdun eut des conséquences sérieuses sur l'offensive générale décidée par les Alliés. Sans doute elle réduisit, dans une forte proportion, les effectifs français disponibles. Mais elle eut surtout pour résultat de faciliter l'action des Alliés sur les divers théâtres, en suppri-

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