‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 25 sur 50 · CONTRE-OFFENSIVE ALLEMANDE SUR LE FRONT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CONTRE-OFFENSIVE ALLEMANDE SUR LE FRONT FRANÇAIS

A partir du 10 mai, nos troupes prirent — sous a réserve de quelques coups de boutoir, — pendant îliisieurs semaines, une attitude nettement défen- 'ive. Le gouvernement s'occupait d'apporter de louveaux perfectionnements dans notre haut comnandement. Les attributions du chef d'état-major général de l'armée, du ministère de la Guerre, urent définies par un décret, et ces hautes fonc-

lions furent confiées au général Foch, le héros de la Marne, des Flandres, de la Somme.... Le général Pétain ^ prit le commandement en chef de nos armées du Nord-Est, en remplacement du général Nivelle, destiné à commander un groupe d'armées.,

Tout en réservant son opinion sur le général Nivelle, le public accueillit bien ces nominations. Il lui sembla que « le vrai homme avait été rais à la vraie place ».

M-alheureusement, le général Pétain eut immédiatement à faire face à d'assez grosses difficultés de discipline. Quelques-unes de nos troupes, en très petit nombre, montrèrent de la lassitude, du découragement, parfois même de Findiscipline. A Soissons, vers la fin de mai, deux régiments marchèrent sur la gare, le drapeau rouge déployé, aveq

1. Le général Pétain est né en 1856 dans le Pas-de-Calais Sorti de Saint-Cyr en 1878, il fait ses premiers grades dans les chasseurs à pied.

Après avoir suivi un cours à l'École Supérieure de Guerre, il sert à l'état-major du 15" corps à Marseille, puis à l'étatmajor du Gouvernement militaire de Paris.

Il est ensuite, à l'École Supérieure de Guerre, professeur de tactique appliquée à l'infanterie; commandant du 38» régiment d'infanterie à Arras; enfin, comme colonel, commandant de la brigade d'infanterie de Saint-Omer, au moment où éclate la guerre.

Dès que les opérations commencent, sa carrière prend le galop : en septembre 1914, il est à la tôte d'une division; en octobre, du 38" corps qu'il commande héroïquement dans les altacjues de l'Artois.-

Dès juin 1915, il a sous ses ordres la 2* armée, avec laquelle il fait des prodiges en Champagne, puis à Verdun.

Il commande ensuite un groupe d'armées, remplit pendant quebiues semaines les hautes fonctions de chef d'état-majoi général de l'armée, et prend enfin le commandement en che des armées du Nord-Est.

l'intention de s'emparer de trains de chemin de fer et d'aller protester à Paris devant la Chambre des députés. La manifestation a pu être arrêtée à temps : les meneurs ont été punis exemplairement; les régiments ont été dissous, et leurs hommes éparpillés dans l'armée. Le bon ordre a été rapidement rétabli, grâce aux excellentes mesures prises avec tact et autorité par le général Pétain, qui a su parler aux hommes un langage plein de cordialité, de virilité, de clarté, et réveiller dans leurs cœurs la confiance, l'entrain, la volonté de vaincre.

Le péril fut conjuré. A quoi faut-il attribuer le passage de ce nuage qui a assombri pendant quelques jours certains esprits sur le front? Sinon à la longueur, à la monotonie de la guerre de tranchées; à la nostalgie causée par la boue puis par les froids excessifs de Thiver; à l'exemple des manifestations soldatesques du front russe; peut-être aussi aux séances secrètes du parlement, faisant croire à des critiques sérieuses de notre commandement; au peu de respect professé par certains députés pour l'autorité des officiers; au besoin de repos et de permissions...? Ce qu'il y a de certain, c'est que ces manifestations du front coïncidèrent avec des bruits alarmistes, « défaitistes », répandus dans Paris, autour des gares surtout, et dus à des missaires allemands.

Après avoir provoqué, attisé cet état d'esprit, et tenté de créer en France un courant d'opinion pour la paix, nos ennemis ont voulu en profiter immédiatement pour nous reprendre les positions conquises par le général Nivelle; et ils nous ont attaqués avec la plus grande violence pendant plusieurs mois.

Leur contre-offensive eut lieu surtout, sur la partie de notre front la plus rapprochée de Paris, entre l'Aisne et Verdun, là où commandait le «Kronprinz», le prince impérial de l'Allemagne, qui déjà se trouvait à la tête de Tarmée de Verdun en 1916.

L'acharnement prolongé, la fréquence des attaques furent les mêmes qu'en 1916. Et leurs résultats ont consisté, dans les deux cas, en des pertes effroyables pour nos ennemis comme dans Taffirmation de la solidité extraordinaire de nos soldats, malgré le « cafard » qui avait sévi sur quelques-uns d'entre eux pendant les mauvaises journées du printemps, bien vite oubliées.

Les effectifs poussés journellement par les Allemands sur différents points de leur front, du moulin de Laffaux jusqu'à Verdun, ont beaucoup varié, depuis deux ou trois bataillons jusqu'à plusieurs divisions attaquant simultanément. Ils étaient fournis par la garde et les meilleures troupes de l'armée prussienne, l'armée modèle de l'Allemagne. Presque toujours, on remarquait dans leur composition des unités d'assaut spéciales — « Stosstruppen » — nouvellement organisées par nos ennemis et destinées à entraîner les autres.

Dès le 15 mai, nos positions sont violemment attaquées du côté de Laffaux; puis le 20, sur un large front du plateau du Chemin des Dames, de Hurtebise au Nord de Sancy. Nous ripostons le 21 à l'Est de Reims, vers Moronvillers — lOOU prisonniers; et le 22 autour de Craonne — 400 prisonniers.

La fin du mois est employée à repousser les contre -attaques acharnées que les Allemands déclenchent au milieu de bombardements, d'émis-

US de gaz, de jets de liquides enflammés, tantôt <ur le plateau du Chemin des Dames, tantôt sur le massif de Moronvillers. De ce dernier côté, ils ont lancé, du 20 au 3i mai, 16 attaques des plus violentes.

Les mêmes eiîorts sont renouvelés, sans plus de succès, dès le courant du mois de juin. Au début, ils insistent surtout du côté du plateau du Chemin des Dames, notamment dans les environs du fort de la Malmaison qui sont encore en leur possession; puis courte accalmie.

Ensuite, réveil d'activité, le 16, du côté de Hurtebise. Des bouts de tranchées sont pris et repris. Le 20, violentes attaques allemandes dans la région de Vauxaillon. L'un de nos régiments perd 400 mètres de tranchées ; le lendemain, il les reprend de haute lutte avec la plus grande énergie.

Le 25 juin, brillant coup de main de nos troupes, au Nord-Ouest de Hurtebise. Un poste ennemi important, la fameuse « caverne du Dragon », est enlevé; nous capturons 340 prisonniers, dont 10 officiers, et beaucoup de matériel.

Le 29 juin, violentes attaques allemandes, sur le plateau du Chemin des Dames, du côté de Cerny, et en même temps sur la rive gauche de la Meuse, près du Mort-Homme, et au Nord-Ouest de Reims. Nos troupes résistent partout avec une bravoure superbe. Les pertes des Allemands sont énormes. Leurs gains insignifiants : quelques bouts de tranchées, dans lesquelles ils ont — disent leurs communiqués — ramassé 580 prisonniers! Par contre, ils persistent à bombarder la malheureuse ville de Reims.

Page 1