L OFFENSIVE ITALIENNE — AUTRES EVENEMENTS DE MAI ET JUIN
La vigueur déployée par nos vaillants alliés les Anglais et par nos troupes, depuis le mois d'avril, sur le front de France, a eu pour principal résultat d'attirer la plus grande partie des réserves de TAllemagne, et par suite de dégager les autres fronts de toute crainte d'attaque.
Il en a été ainsi pour Tltalie, qui, n'ayant plus à se préoccuper des menaces austro-allemandes du côté du Trentin, a pu organiser et pousser très énergiquement une nouvelle offensive, dans la région des Alpes Juliennes, vers Trieste.
Remarquablement préparée, dirigée magistralement par le général Gadorna, vaillamment, impétueusement exécutée par les troupes italiennes, cette offensive a débuté par une canonnade des plus violentes, sur un front de plus de 30 kilomètres s'étendant dans la. vallée de l'Isonzo, depuis Tolmino jusqu'à la mer.
Le 14 mai, Tinfanterie italienne s'est lancée brillamment à l'assaut et a emporté, avec un entrain, une vigueur remarquables, ses premiers objectifs, les hauteurs au Nord et à l'Est de Gorizia. Aussitôt, fortes contre-attaques autrichiennes, énergiquement repoussées. Plus de 6 000 prisonniers, dont 200 officiers.
Jusqu'au 22 mai, la lutte continue; l'attention de l'acjversaire est fortement attirée de ce côté. Puis
lout k coup, plus au Sud de Gorizia, l'offensive italienne se déclenche, énergiquement, valeureusement, sur le Carso, dans la direction de Trieste. sur un front de 12 kilomètres, de Gastagnavitza à la mer. Les premières lignes autrichiennes sont enfoncées. Plus de 9 000 prisonniers, dont 300 oftiiers.
Le 25, l'attaque continue. De nouvelles et importantes positions sont valeureusement enlevées, Beaucoup de prisonniers. Les 26 et 27, la lutte se poursuit avec des progrès sérieux. Puis, jusqu'à la lin du mois, les Italiens consolident les positions conquises , tout en repoussant de violentes et nombreuses contre-attaques.
Dans le courant de juin, le calme entrecoupé de coups de main et de contre-attaques se fait sui* ce front. L'activité italienne se porte du côté du Trentin, où ont lieu plusieurs opérations offensives, notamment le 10 juin, depuis la haute vallée de la ('hiese jusqu'au plateau d'Asiago, et le 19, sur le plateau d'Asiago — 1 500 prisonniers.
D'autres événements d'importance ont eu lieu vers cette époque.
Dans les premiers jours de juin, M. Jonnart, ancien ministre, ancien gouverneur général de l'Algérie, a été envoyé en Grèce comme hautcommissaire des puissances protectrices de la Grèce, dans le but d'agir, pour permettre à ce malheureux pays de rentrer dans la voie normale tracée par sa constitution.
92 LA GUERRE DE LIBÉRATION l9l4-1918.
Dès son arrivée à Salamine, avec des forces suffisantes, M. Jonnart a fait connaître, avec fermeté, au président du' Conseil, M. Zaïmis, le but de sa mission et la nécessité absolue pour le roi Constantin d'abdiquer. L'abdication eut lieu, le 12 juin, en faveur du second fds du roi Constantin, le prince Alexandre, âgé de 24 ans et ayant dans l'armée le grade de capitaine d'artillerie.
En même temps, les armées alliées occupèrent la Thessalie, sans gros incidents, et une grande partie de la Grèce. Constantin s'embarqua le 14, escorté par des navires français, et se rendit en Italie et de là en Suisse.
Venizelos fut rappelé par le roi Alexandre et chargé de former un nouveau ministère. L'ordre ne tarda pas à être rétabli; et les armées alliées de Salonique furent enfin débarrassées des grandes inquiétudes que leur donnait sur leurs derrières l'attitude louche, hostile, du roi Constantin.
D'un autre côté, le 13 juin, est arrivé à Paris, pour préparer l'installation de ses troupes, le général américain Pershing, commandant en chef des forces des États-Unis destinées à être envoyées progressivement en France pour nous aider à achever victorieusement la guerre. Le général a traversé Paris pour se rendre place de la Concorde, à l'hôtel Crillon. Il a été acclamé avec enthousiasme, ainsi que le maréchal Jofïre qui l'accompagnait.
De nombreuses réceptions ont eu lieu en l'honneur du général. Les plus imposantes ont été celles de la Chambre des Députés et du Sénat, qui ont acclamé chaleureusement et le commandant en chef américain et les discours entraînants prohohcés
levant lui par le président du Conseil, M. Ribot, et par M. Viviani, « le maréchal de Téloquence », affirmant qu' « il faut aller jusqu'au bout, jusqu'à la victoire.... Il faut vaincre ou se soumettre. Nous ne nous soumettrons pas; nous vaincrons. »
Quelques jours après, les premières troupes américaines débarquèrent à Saint-Nazaire, au milieu de l'enthousiasme général, et s'installèrent dans des camps préparés dans l'Ouest, le Centre et l'Est. Elles se mirent aussitôt à l'œuvre, s'instruisirent sous la direction d'officiers français, adoptèrent notre canon de 75, créèrent une école d'artillerie à Saumur et chargèrent notre industrie de la construction d'une partie de leurs avions.