CONTINUATION DE LA CONTRE-OFFENSIVE ALLEMANDE SUR LE FRONT FRANÇAIS
Pendant Tété 1917, la contre-offensive allemande, commencée au début de mai, sur notre front de Boissons à Verdun, s'est poursuivie avec l'acharnement rageur qui paraît être la note caractéristique du « Kronprinz » allemand.
Le 3 juillet 1917, en fin de journée, le prince héritier fait déclencher une très grosse attaque sur un front d'une vingtaine de kilomètres, entre le fort de la Malmaison et Graonne. Entraînés par les « Stosstruppen », ces assauts sont poussés très énergiquement. Ils «n'aboutissent qu'à des pertes très élevées, sans aucun gain de terrain, sans prisonniers.
Le lendemain, c'est vers la cote 304, sur la rive gauche de la Meuse, au Nord de Verdun, qu'il dirige ses efforts, avec les mêmes résultats, malgré
l'emploi de nombreux jets de liquides enflammés, et trois attaques successives.
Le 8 juillet, il fait attaquer violemment quatre points de notre secteur moulin de Laffaux, ferme de Froidmont. Nous perdons notre première ligne entre les Bovettes et Froidmont. Mais nous ne tardons pas à la reprendre; en même temps, nous faisons une opération offensive vers le Mort-Homme et la cote 304, au Nord de Verdun. Aussitôt, plusieurs violentes contre-attaques de nos ennemis, que nous repoussons.
Du 14 au 17 juillet, notre offensive reprend au Nord de Verdun /et en Champagne. Nous gagnons un peu de terrain et faisons quelques prisonniers.
A ce moment, le gouvernement allemand a besoin de nouvelles tapageuses pour corser les déclarations au Reichstag du nouveau grand chancelier Michaelis qui pousse aux mesures de guerre énergiques. Nos ennemis prennent l'offensive sur le front russe, sur le front anglais et contre no^ troupes près de Saint-Quentin, comme sur le plateai du Chemin des Dames, entre Craonne et Hurtebise. C'est cette dernière attaque qui est de beaucoup la plus violente. Elle dure plusieurs jours de combats acharnés et se termine par la victoire de nos valeureux soldats, qui reprennent aux meilleures troupeallemandes et à la garde les plateaux des Cn<»' mates et de Californie, longuement et vivein- m disputés.
Les 26, 27, 28 juillet, la bataille continue violcntf à rOuest de Hurtebise, et en Champagne vers li Mont-Haut.
Au commencement d'août, les attaques du < Kron
prinz » se succèdent avec acharnement sur le front de TAisne, surtout vers Cerny, et au Nord de Verdun rive gauche, entre Avocourtet la cote 304; le 11, sur le front de 4' Aisne , Panthéon-Épine de Chevrigny, et dans la région du Mont-Cornillet en Champagne; le 16, du côté du plateau de Californie, comme au Nord de Verdun, vers le bois des Caurières ; et toujours avec d'énormes pertes pour nos ennemis.
Toute cette agitation sanglante, tous ces assauts menés furieusement pendant plus de trois mois, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, avec la Garde et les meilleures divisions prussiennes, avec les troupes d'assaut spéciales, « Stosstruppen », avec une accumulation d'artillerie énorme, avec l'emploi abondant de gaz délétères, de liquides enflammés... n'eurent d'autres résultats que de faire ressortir la ténacité extraordinaire de nos troupes dans la défense comme leur merveilleux entrain dans les contre-attaques quand il s'agissait de reprendre quelques lambeaux de tranchées enlevés par l'ennemi. Et enfin et surtout, ils ont mis en évidence le calme, la pondération d'esprit, la sûreté de méthode, l'énergie de notre nouveau commandant en chef, le général Pétain, dont les hautes qualités gagnèrent de plus en plus la confiance de tous, sur le front comme à l'intérieur du pays.
Quand, au mois de mai, notre gouvernement s'est décidé à arrêter momentanément l'offensive si fructueuse du général Nivelle et à laisser souffler nos troupes, on pouvait craindre que l'été ne donnât pas, tout au moins sur notre front, de grands résultats au sujet de la poursuite indispensable, implacable
Zlrlinden. — !!• 7
du but essentiel des efforts des armées alliées : l'usure des forces allemandes.
L'acharnement rageur du « Kronprinz » nous est venu à l'aide. Ses attaques incessantes, du 5 mai au 20 août, ont causé dans les effectifs allemands des trous difficiles à combler. Il a été constaté officiellement, qu'au début de mai, quand il a commencé sa contre-offensive, il disposait sur le front du Chemin des Dames, de Laffaux à l'Aisne, de 14 divisions qui ont dû être bientôt ramenées à l'arrière usées par la bataille; qu'elles ont été remplacées par d'autres divisions tirées des réserves et bientôt usées à leur tour; qu'il est venu ainsi 35 divisons se faire écharper successivement sur le front de l'Aisne, à la suite des 14 premières; ce qui fait un total de 49 divisions allemandes mises hors de combat rien que sur ce point. Et il y en a eu d'autres en Champagne et du côté de Verdun.
C'est un très beau résultat, qui fait le plus grand honneur à nos armées et au général Pétain. Sous son commandement ferme, bienveillant, énergique, nos soldats de 1917, que les Allemands avaient osé accuser de lassitude, se sont montrés les dignes émules des héros que le général Pétain lui-même avait déjà si remarquablement commandés en 1916 devant Verdun. Et môme, l'usure allemande a été plus grande en 1917 que dans la même période de 1916.
l'offensive FRANÇAISE DE VERDUN
Du reste, le général Pétain ne s'est pas contenté des beaux résultats dus à la contre-offensive du
« Kronprinz ». Il a attaqué à son tour et très vigoureusement, surtout du côté de Verdun.
Le 20 août, sous les ordres du général Guillaumat, après un bombardement des mieux dirigés, notre armée de Verdun se porte à l'attaque sur les deux rives de la Meuse, sur un front de 18 kilomètres, et s'empare des lignes ennemies sur une profondeur de 2 kilomètres. Sur la rive gauche, le Mort-Homme, les bois des Corbeaux, de Cumières, qui ont tant fait parler d'eux en 1916, sont brillamment enlevés; sur la rive droite, la côte de Talou, Champneuville, les cotes 344, 240.... Le 21, nos troupes prennent la côte de l'Oie, Régnécourt, Samogneux. . . et repoussent de violentes contre-attaques. Le 24, elles prennent l'offensive entre le bois d'Avocourt et le Mort-Homme; elles enlèvent les formidables défenses accumulées par les Allemands sur la cote 304, le bois Gamard, une longue série d'ouvrages fermés au Nord de la cote 304, et atteignent l'ancienne limite de nos positions sur la rive gauche, avant la formidable attaque de 1916, le ruisseau des Forges. Le 26 août, sur la rive droite de la Meuse, elles avancent vers les bois des Fosses et de Beaumont.
En septembre, elles enlèvent la crête du bois des Gaurières et donnent ainsi aux Allemands roccasion de les contre-attaquer et de laisser devant nos lignes des monceaux de cadavres.... Le nombre des prisonniers allemands faits par nos troupes, dans ce cycle de combats héroïques, qui constitue comme un nouveau chant bien glorieux de l'épopée de Verdun, dépasse 10000.
Pendant ce temps et jusqu'à la fm du mois, sur le
front de l'Aisne, nombreux coups de main, dont quelques-uns très heureux. Le 27, violentes attaques des Allemands sur les plateaux des Casemates et de Californie, et vers Cerny, puis le 30, au sud d'Aillés, où ils perdent beaucoup de monde.
Les opérations de Tété ont été loin d'être avantageuses pour nos ennemis. Et dans Toffensive comme dans la défensive, en 1917 comme en 1916, le prince héritier de TAllemagne n'a pas eu à se féliciter d'avoir trouvé en face de lui un chef de la valeur du général Pétain, et des soldats comme les nôtres.
Dans le courant de cet été, si bien employé par nos armées, il s'est passé à l'intérieur plusieurs faits qui ont impressionné Topinion publique : la démission de l'amiral Lacaze, ministre de la Marine, remplacé par un député, M. Chaumet; la démission du ministre de l'Intérieur, M. Malvy, à la suite de l'affaire de trahison du journal le Bonnet rouge; la démission du cabinet Ribot ; la formation d'un nouveau cabinet, dans lequel M. Painlevé, tout en étant président du Conseil, conserve le portefeuille de la Guerre, M. Ribot restant ministre des Affaires étrangères. M. Loucheur remplace M. Thomas à l'Armement; quatre rninistres d'État, MM. Bourgeois, Barthou, Doumer, Jean Dupuis, font partie du Comité de guerre.
La revue du 14 juillet, passée dans les quartiers populeux de Paris, passionne le public. Il applaudit aussi, bien chaleureusement, la grand croix de la Légion d'honneur du général Pétain. Lî mort de l'héroïque aviateur Guynemer l'émeut pro fondement.... Par contre, les séances secrètes di parlement le laissent froid, indifférent; mais soi
l'été 1917. 101
attention, son indignation, s'éveillent quand on lui apprend la découverte de 25 billets de 1 000 francs suisses, dans le vestiaire d'un député, et les scandales Bolo, Caillaux, Malvy, Charles Humbert, etc.
l'offensive anglaise de L ETE. — BATAILLE DES FLANDRES
L'été de 1917 a donné également de très gros résultats, non seulement au sujet de la prise des grandes crêtes, mais encore au point de vue de l'usure des forces allemandes, devantles valeureuses armées britanniques.
Le mois de juillet avait mal commencé de leur côté. Elles avaient perdu leur petit secteur des Dunes au Nord des bouches de l'Yser et, le 25, quelques bouts de tranchées vers Monchy-le-Preux.
Pendant ce temps, nos alliés, avec la méthode, la persévérance qui rendent leurs attaques écrasantes, s'étaient préparés aux offensives successives d'une nouvelle et formidable bataille des Flandres. Ils avaient mis en ligne, sur un front de 25 kilomètres, s'étendant de la Basse- Ville sur la Lys à Stenstaedt au Sud de Dixmude, trois armées, deux anglaises, à droite l'armée Gough, au centre l'armée Plumer, et une armée française — général Anthoine — à la gauche, au Sud de Dixmude. Après une préparation d'artillerie, bien secondée par l'aviation et remarquablement dirigée, après un bombardement infernal, auquel se joignent des jets de gaz et d'huile bouillante, ces armées marchent à l'assaut,
le 31 juillet, de grand matin, et emportent les premières lignes ennemies sur tout le grand front.
Ala gauche, les troupes françaises, qui ont traversé ITser sur vingt-neuf ponts jetés par le génie dans une seule matinée, se lancent sur Tennemi avec entrain, dépassent même leurs objectifs et enlèvent les trois premières lignes ennemies et plusieurs villages. Au centre, les troupes britanniques enfoncent les lignes allemandes sur plus de A kilomètres de profondeur. A Textrême droite, la lutte prend un caractère de grand acharnement. Plus de o 000 prisonniers sont capturés, ainsi que de nombreux villages.
Dans la nuit, sous une pluie torrentielle, consolidation des positions conquises et luttes victorieuses contre de très fortes contre-attaques allemandes. Quelques jours après, nouveaux progrès vers Langemarck et Westhoeck.
Le 15 août, les Canadiens prennent d'assaut trois villages et les redoutables défenses de la cote 70, du côté de Loos; puis repoussent de très violentes contre-attaques, dont Tune est menée par la garde prussienne.
Le 16, notre armée Anthoine franchit le Steenbeck et conquiert des positions ennemies, avec 400 prisonniers, 15 canons, un nombreux matériel; pendant qu'à TEst et au Nord d'Yprcs, les Anglais progressent sur un large front.
Le lendemain, les Français s'emparent de la tête de pont de Drie-Grachten, les Anglais de Langemarck ; puis violentes contre-attaques des Allemands qui reprennent une partie du terrain conquis. 2 000 prisonniers et 24 canons restent aux mains des Alliés.
Le 18, très fortes contre-attaques des Allemands, vers Lens et Loos. Les Anglais les repoussent en désordre, puis font de sérieux progrès du côté de Lens.
Après une accalmie, entrecoupée de nombreux coups de main, la lutte d'artillerie reprend avec une grande intensité à l'Est d'Ypres; et le 20 septembre, de grand matin, nos alliés déclenchent une très forte attaque, à cheval sur la route d'Ypres à Menin, sur un front de 13 kilomètres, de HoUebeke à Langemarck, et s'emparent du plateau d'Inverness, « position essentielle des Allemands ». L'ennemi contreattaque furieusement, à son habitude, éprouve de très lourdes pertes et perd 3000 prisonniers.
Après de nombreuses et violentes contre-attaques, l'offensive de nos alliés reprend énergiquement le 26 septembre, au Nord et au Nord-Est d'Ypres. L'importante crête de Tower-Hamlet — Bois du Polygone — Zonnebeke est enlevée ; et à la gauche l'avance anglaise est de plus de deux kilomètres. 1614 prisonniers, dont 48 officiers. — Le nombre total des prisonniers faits par nos alliés dans le mois 1'^ septembre est de 5 296, dont 146 officiers.
L'infanterie, l'artillerie et les « tanks » de nos alliés font dans toutes ces batailles une excellente besogne. Ils sont remarquablement secondés par l'aviation, non seulement par ses reconnaissances, ses photographies, ses renseignements pour régler le tir des canons, mais par son intervention énergique dans le combat, par ses mitrailleuses qui, souvent de très près, viennent semer la mort dans les formations de l'adversaire.
Les gains de terrain, réalisés dans la grande
bataille que les Anglais livrent ainsi avec tant de méthode, de suite et d'énergie, depuis le printemps 1917, et qui est loin d'être terminée à la fin de l'été, ont une importance considérable. Une grande partie des crêtes qui entourent Ypres à l'Est et d'où l'on a des vues si étendues sur la plaine, sont maintenant aux mains de nos alliés. Les Allemands s'y étaient puissamment fortifiés. C'est un échec sanglant pour eux. D'un autre côté, leurs pertes ont été énormes : 51 435 prisonniers et 332 canons depuis le début de l'année. L'usure allemande marche bon train devant les armées britanniques.
Les chefs allemands s'en aperçoivent et recommandent instamment à leurs officiers — la chose a été constatée par des ordres trouvés sur des prisonniers — « de ménager le matériel humain ». En outre, pour réduire leurs pertes, ils ont imaginé de ne mettre que peu de monde en première ligne, sauf • à organiser en arrière des points de résistance solidement tenus, bien armés pour augmenter les dangers de l'assaillant et faciliter les contre-attaques de leurs propres troupes.
D'un autre côté, il est venu de Londres, vers la fin de septembre, de bons renseignements au sujet de la guerre sous-marine. Les bâtiments attaqués peuvent échapper à la vue des pirates sous-marins à l'aide de chambres à fumée jetées à Teau dès qu'émerge le périscope. Les appareils d'écoute sousmarins ont été aussi perfectionnés et permettent . aux uns de manœuvrer à temps pour échapper aux | sous-marins, aux autres de les découvrir et de les pourchasser.
l'offensive italienne
L'otïensive des Italiens de mai et de juin 1917 avait laissé entre les mains de nos vaillants allies, outre les gains de terrain les rapprochant de Trieste, 23 681 prisonniers autrichiens, dont 604 officiers, et 38 canons. Leur offensive d'août et septembre a été au moins aussi brillante, aussi utile à la cause des Alliés.
Cette offensive a commencé le 19 août, après une lutte d'artillerie des plus vives, et a constitué ce que les Autrichiens ont appelé la 11^ bataille deTIson^o. Deux armées italiennes occupaient le front de 60 kilomètres, s'étendant de Plava à la mer. Les Autrichiens attendaient la bataille ; mais ils croyaient que la forte poussée se ferait du côté du Sud, tandis qu'elle a eu lieu au Nord.
Le premier jour, 19 août 1917, l'Isonzo fut franchi sur de nombreux ponts et l'avance italienne se fit victorieusement sur tout le front, donnant à nos alliés 10000 prisonniers. Elle se poursuivit les jours suivants, surtout vers le Sud, sur le Carso.
Puis l'attaque redoubla d'énergie au Nord. L'important plateau de Bainsizza, sur lequel les Autrichiens avaient accumulé des défenses et des canons et d'où ils dominaient toute la contrée de Gorizia, tomba entre les mains des Italiens après cinq journées de luttes sanglantes, héroïques. Nos alliés parvinrent à s'emparer d'abord, avec leurs valeureux « bersaglieri », de la partie Nord du plateau, qui constituait le nœud des défenses ennemies ; et ils
purent ainsi continuer, en prenant en flanc et à revers les autres points de résistance, et achever la conquête de la redoutable position. Le 24 août, la prise du Montesanto vient couronner leurs efforts. Leurs trophées s'élèvent à 23 000 prisonniers dont 600 officiers, 75 canons, d'innombrables mitrailleuses et engins, et des dépôts de vivres, non à dédaigner dans ces terrains montagneux où le ravitaillement des troupes est si difficile à assurer.
En même temps, au Sud, la fameuse position de THermada, qui couvre Trieste, est canonnée par nos alliés sur plusieurs de ses faces.
Au commencement de septembre, la lutte se poursuit acharnée aux bords du plateau de Bainsizza, sur le San-Gabriele qui est pris et repris, sur le Garso où les Autrichiens font de violentes contreattaques entre Castagnavizza et la mer, sans résutats. Leur 11^ bataille de Tlsonzo a coûté à nos ennemis 30 000 prisonniers, dont 700 officiers et probablement plus de 100 000 hommes.
Vers la fin du mois, brillants et utiles coups de main de nos alliés sur le bord Sud-Est du plateau de Bain&izza. Plus de 2 000 prisonniers dont 63 officiers.