‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 28 sur 50 · ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE

A la fin du printemps 1917, la Russie continuait à être le point très noir de la cause des Alliés. Le gouvernement régulier basé sur la « Douma n'avait pas réussi à assurer la direction des affaires. Le comité révolutionnaire, le u Soviet », ne cessait

le contrecarrer et finit par le supplanter. Les soldats se sentant les maîtres, sûrs de l'impunité, se livrèrent au désordre, se débarrassèrent de leurs officiers dans bien des armées et fraternisèrent avec les Austro-Allemands. En juin 1917, après trois mois de révolution, la situation apparaissait comme des plus graves. Il semblait que nos ennemis n'alleient plus avoir devant eux que des bandes de fuyards, pouvant être — suivant le mot du maréchal de Saxe — « chassés avec des vessies »; lorsque surgit un tribun de grande allure, Kerensky, qui, devenu ministre et chef du gouvernement, rappela les soldats au devoir, à Thonneur, et montra que le salut de la patrie et de la révolution était intimement lié avec la victoire des Alliés et la défaite des Empires centraux.

Sous son impulsion, le général en chef Broussilof parvint, dès le commencement de juillet, à faire reprendre vaillamment l'offensive à ses armées, sur de larges fronts, au Nord et au Sud du Dniester, dans la direction générale de Lemberg, sur le théâtre même où il avait si brillamment combattu en 1916. Il y eut encore de gros succès, au Nord entre la Zlota-Lipa et la haute Strypa, comme au sud vers la Lomnica. Les Russes firent 30000 prisonniers et s'emparèrent de Halics et de Kalusz.

Mais bientôt, profitant très habilement à leur habitude de leurs chemins de fer, les Allemands amenèrent d'importants renforts devant les armées de Broussilof, et prirent à leur tour l'offensive sur un grand front, depuis Tarnopol, par les Carpathes boisées, jusqu'au Danube. Des défaillances se manifestèrent dans plusieurs unités russes; nos alliés

se replièrent surtout du côté de la Galicie et de la Bukovine qu'ils évacuèrent. Au Sud, la résistance fut meilleure; celle des Roumains fut héroïque, un peu sans doute grâce aux efforts du général Berthelot et de la mission française.

L'empereur Guillaume était accouru sur les lieux pour haranguer ses troupes, pour télégraphier « leurs victoires éclatantes ». Mais comme toujours ses cris de triomphe n'eurent pas de lendemain. L'offensive des Austro-Allemands s'éteignit, soit parce qu'ils avaient d'autres projets, soit par suite de l'énergie des mesures prises parle successeur de Broussilof, le nouveau commandant en chef, Kornilof ~ jeune général de quarante-sept ans, enfant de Cosaques, fils de ses œuvres, célèbre par une évasion et venant de se distinguer vaillamment, audacieusement, dans le commandement de l'offensive russe au Sud du Dniester, sur la Lomnica.

A partir de ce moment, les affaires traînèrent sur cette vaste partie du front oriental. Jusque-là^ l'intervention de nos grands alliés avait été loin d'être inutile — malgré leur état d'anarchie — puisqu'ils avaient fait perdre du monde à nos ennemis et qu'ils avaient attiré sur eux un nombre de divisions austro-allemandes presque aussi considérable que celui des divisions allemandes combattant en France.

L'accalmie ne fut pas longue. Dès le commencement de septembre, les Allemands reprirent l'olTensive, tout à fait au Nord, entre Dwinsk et Riga. Ils s'emparèrent de cette dernière place, dont Timportance est considérable, et progressèrent à l'Est de la Duna. Les Russes avaient bien résisté du côté de

l'été 1917. 109

Dwinsk, médiocrement du côté de Riga, qu'ils avaient eu, du reste, la précaution d'évacuer.

La situation devenait des plus graves. Pétrograd était menacé par terre et par mer. Mais bientôt, les Allemands s'arrêtèrent; les Russes purent reformer leur front entre Dwinsk et la mer, à une cinquantaine de kilomètres à l'Est de Riga, malgré la prise de Jacobstadt qui ne tarda pas à tomber entre les mains de nos ennemis.

Aussitôt après l'échec russe de Riga, on apprit que, désespéré de ne pas pouvoir obtenir du gouvernement les mesures énergiques qu'il avait réclamées pour rétablir la discipline et la cohésion dans ses armées, le généralissime Kornilof avait marché sur Pétrograd pour forcer le pouvoir à sauver la Russie de l'anarchie et de l'invasion. Déjà ses Cosaques étaient à quelques kilomètres de la capitale. '

La réponse de Kerensky ne fut pas longue à venir. Il se fit nommer généralissime dictateur; il mit ses troupes en marche, en leur recommandant d'éviter l'effusion du sang, mais en proclamant que Kornilof était un révolté, qu'il devait être puni avec toute la rigueur des lois.... La levée de boucliers se termina sans bataille. Kornilof se livra au général Alexeïef. Kerensky séjourna quelques jours au grand quartier général, puis revint se faire acclamer à Pétrograd, à un grand congrès démocratique.

A la fin de septembre, la situation paraissait s'améliorer. Le mieux durerait-il? Permettrait-il à la Russie de continuer à jouer son grand rôle dans la guerre? C'était la question angoissante des derniers jours de l'été 1917.

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