SUR LE FRONT FRANÇAIS
Au commencement d'octobre, sur le front français, les Allemands continuèrent à contre-attaquer violemment sur les Hauts de Meuse, au Nord du bois des Caurières, que nous leur avions enlevé le 8 septembre, et dont les vue^ les gênaient beaucoup. Les pertes qu'ils ont faites dans ces opérations furent considérables. Nos blessés racontaient « qu'ils n'avaient jamais vu tant de cadavres, et presque tous habillés de neuf, avec des figures d'enfants... cela faisait pitié ».
C'est vers cette époque que le roi d Italie est venu visiter le front de France et a passé des revues en Alsace, à Verdun, aux ruines de Goucy....
Quelques jours après, le i23 octobre 1917, à six heures quinze du matin, après un violent bombarde»ment de plusieurs jours, dans lequel intervinrent no8 gros canons de 400, notre armée de l'Aisne — général Maître — se lança vaillamment à l'assaut des puis santés organisations qui restaient aux Allemand, sur le plateau du Chemin des Dames, du côté de h Malmaison et d'Allemand, et qui s'appuyaient sui de nombreuses installations souterraines des plu; dangereuses.
Du premier élan, nos troupes enlevèrent les car rières Fruty, Bohéry, le fort de la Malmaison, le
carrières Montparnasse...; puis elles s'emparèrent d'Allemand, de Vaudesson, et enfin, au centre, du village de Chavignon, dont la prise constituait une avance de trois kilomètres et demi en profondeur.
L'ennemi, largement prévenu ps^ notre bombardement, avait mis en ligne ses meilleures troupes. Rien ne résista à l'ardeur de nos « poilus », audacieusement soutenus par nos avions et nos chars d'assaut. Les pertes allemandes furent considérables. Dès le premier soir de l'attaque, notre nouvelle ligne, fortement avancée, s'organisait du mont des Singes à Chavignon.
Les jours suivant, Pinon, Pargny-Filain sont conquis par nos troupes et notre nouveau front est porté jusqu'au canal de l'Oise à l'Aisne. Enfin, pendant les fêtes de la Toussaint, les Allemands évacuent complètement la rive Sud de l'Ailette, nous abandonnant Courtecon, Cerny, Ailles, Chevreuse.
Le nombre des prisonniers ennemis dépasse 11000; celui des officiers tombés entre les mains de nos soldats est de 200, et parmi eux se trouvent trois colonels et états-majors de régiments. C'est une superbe victoire due au merveilleux entrain de nos troupes et aussi aux excellentes mesures prises par le commandement.
Quelques jours après la bataille, le président de la Commission de l'armée du Sénat, M. Clemenceau, eut l'occasion de visiter le front; et il donna en rentrant des renseignements bien réconfortants, d'un côté sur le moral extraordinaire de nos « poilus » et la confiance illimitée existant entre nos soldats et nos chefs, et d'un autre côté sur l'état d'esprit
des Allemands, accueillant nos troupes au moment de Tassaut « par des forêts de bras levés, des tonnerres de Kamerades », pendant que des officiers de la garde prussienne s'agenouillaient et que d'autres criaient : « Vive la République! »...
Plus tard, après de nombreux coups dfe main et bombardements réalisés de part et d'autre, nos troupes exécutèrent, le 21 novembre, une opération locale au Sud-Est de Craonne, vers le ruisseau de la Miette, et firent 400 prisonniers dont 9 officiers. Le 25 novembre, sur la rive droite de la Meuse, au Nord de la cote 344, entre Samogneux et le Sud de la ferrne d'Anglemont, elles enlevèrent, sur un front de 3 kilomètres et demi, les première et deuxième lignes des Allemands, quoique appuyées sur des abris souterrains profonds et bien organisées. 800 prisonniers.
Puis, en décembre, sous la réserve de coups de main plus ou moins forts, il règne sur le front français une accalmie, dont notre haut commandement profite pour parer aux menaces venant de rOrient. En Russie, l'armistice est signé, les négociations de paix sont engagées entre les Empires centraux et les énergumènes qui se sont emparés du pouvoir à Pétrograd. L'Allemagne en profite pour achever de tirer tout ce qu'elle peut du front russe. De toutes parts, on signale de gros transports de troupes vers l'Ouest, et surtout vers le front de France.
Est-ce pour attaquer, pour infliger aux armées anglaises et françaises, et ensuite aux Américains, le même sort qu'aux Russes et aux Italiens, comme le clament les journaux allemands? Ou bien, est-ce
l'automne de 1917. 119
pour combler les énormes vides creusés dans les efTectifs allemands par les opérations d'usure anglofrançaises de 1917 et pour se mettre en bon état de défense? A coup sûr, de gros efforts se préparent et ne tarderont pas.
Le gouvernement et le haut corjamandement français terminent sagement l'année en prenant toutes les mesures nécessaires, en faisant faire sur le front et à l'arrière tous les travaux utiles pour que notre défense soit bien assurée partout, même en cas de grosses surprises, de ruées impressionnantes; et que par suite nous conservions la liberté de manœuvre pour le moment où reprendront nos opérations....
Pendant ces derniers mois de 1917, l'opinion publique de France a eu à s^ préoccuper de plusieurs autres événements : les Allemands ont aggravé leurs bombardements aériens, non seulement sur l'Angleterre, mais sur nos côtes à Dunkerque, Calais, Boulogne, et sur les régions de Nancy et de Bar-le-Duc. Dans la nuit du 19 au 20 octobre, une dizaine de Zeppelins, voulant survoler l'Angleterre, ont été emportés par le vent et sont venus s'égarer en France. Cinq d'entre eux ont été abattus ou sont tombés désemparés....
A la suite d'agitations parlementaires confuses, M. Ribot, ministre des Affaires étrangères, qui avait rendu précédemment de si utiles services comme ministre des Finances, fut amené à donner sa démission et fut remplacé par M. Barthou. Un mois après, sous la pression de l'opinion publique réclamant une main énergique pour liquider les scandales de trahison et de « défaitisme », comme pour
pousser la guerre de toutes nos forces, la Chambre renversa le cabinet Painlevé. Désigné par les vœux de la nation, M. Clemenceau devint Président du nouveau Conseil et ministre de la Guerre. M. Loucheur fut chargé de TArmement, auquel on ajouta FAviation. M. Pichon fut ministre des Affaires étrangères.
Le 29 novembre, s'ouvrit à Paris une grande conférence internationale qui dura plusieurs jours. On y créa enfin un organe pour assurer la concordance des efforts des Alliés,- le Comité de guerre militaire interallié de Versailles, dont fît partie, pour la France, le général Weygang, ancien chef d'étatmajor du général Foch.
Le 12 décembre, grand émoi dans le pays. Sur un réquisitoire du gouverneur militaire de Paris, la Chambre autorisa de poursuivre M. Caillaux, ancien président du Conseil, pour crimes ou délits contre la sûreté extérieure de l'État. Déjà l'ancien ministre de l'Intérieur, M. Malvy, avait été appelé à répondre de ses actes devant la Haute-Cour.