‹ La guerre de libération, 1914-1918Chapitre 31 sur 50 · ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE

Au lieu de s'améliorer au cours de l'automne 1917, la situation de la Russie ne fil que s'aggraver dans le trouble, la décomposition, l'anarchie, la guerre civile, et devint pour les Alliés la source de difficultés et de dangers des plus sérieux, en permettant à l'Allemagne et ses acolytes de disposer, sans la moindre inquiétude, de la plus grande partie de

leurs forces du front oriental et de reprendre Tinitiative des opérations sur le front occidental.

Pendant qu'à Pétrograd et à Moscou le dictateur Kerensky et les « soviets » continuaient leurs agitations, leurs discussions, les Allemands s'emparèrent, du 12 au 17 octobre 1917, des îles d'Oesel, d'Ago et de Moon, qui commandent l'entrée du golfe de Riga, et repoussèrent sans difficultés la flotte et les troupes russes.

Cet événement, constituant une menace presque immédiate pour Pétrograd, ne fît qu'augmenter le nombre des Bolkwikis', « maximalistes », partisans de l'agitateur Lénine, qui, à l'aide des subsides allemands, menait grand tapage pour obtenir la paix sans délais. Un complot maximaliste s'organisa à ciel ouvert. Kerensky essaya de lutter; mais il fut débordé, et la révolution maximaliste triompha. Kerensky réussit à s'échapper. Aussitôt le nouveau pouvoir révolutionnaire s'occupa de proposer « une paix juste et démocratique » et d'annoncer aux paysans le partage des terres.

Kerensky voulut marcher sur Pétrograd; il fut abandonné par ses partisans et disparut. Dans le Sud, le chef des cosaques Kaledine s'organisa pour résister. L'Ukraine se constitua en État séparé, indépendant de Pétrograd. Le nouveau commandant en chef Doukhonine refusa d'obéir au « Soviet » et ne tarda pas à être assassiné. Kornilof s'échappa de sa prison et leva une armée dans le Caucase. .. C était l'anarchie la plus complète.

Mais c'était aussi une excellente affaire pour

1. Le mol russe Bolchevik signifie « le plus grand », et a été traduit par Maximaliste.

l'Allemagne et les Empires centraux, qui s'empressèrent de provoquer et d'accepter des propositions d'armistice, tout en demandant l'élection d'une Assemblée constituante, avec laquelle ils poiirraient traiter de la paix, sans perdre de temps. Les élections commencèrent dès le 25 novembre. Que pouvaient-elles donner de sérieux, sous les menaces des Maximalistes et dans un pays si mal préparé pour la liberté, où l'on comptait à peine 5 p. 100 de Russes intelligents, instruits, convaincus, contre 15 p. 100 de partisans de l'Allemagne et 80 p. 100 d'illettrés avides de jouir, détestant l'efTort et aptes à être menés dans tous les sens et surtout dans celui de la paix immédiate?

'Vers la fin de décembre, après des pourparlers rapidement et habilement réglés par l'Allemagne, l'armistice était chose faite sur tout le grand front russe, môme sur celui de la Roumanie, et les négociations pour la paix se poursuivaient à la grande satisfaction des Empires centraux et des personnages grotesques qui prétendaient représenter la Russie.

Le danger russe n'existant plus pour l'Allemagne et ses complices, elle allait pouvoir achever dfe disposer librement de la plus grande partie de ses forces du front oriental et les acheminer vers son front désormais unique, de l'Occident, qui s'étendait de la Belgique, par-dessus la Suisse, jusqu'à l'Adriatique et Salonique. La révolution russe l'avait sauvée de la défaite, de l'usure complète qui aurait dû la mettre bas dès 1917, et lui procurait les moyens de reprendre énergiquement l'initiative des opérations contre les Alliés.

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l'offensive austro-allemande contre LITALIE

L'Italie fut la première à ressentir les conséquences de la défection russe. A la fin de l'été 1917 TAutriche, vivement pressée par les armées italiennes sur le plateau de Bainsizza et sur le Carso, avait crié misère et réclamé du secours à l'Allemagne.

L'Allemagne le lui promit; dès que l'inertie, la trahison russes le lui permirent, son « grand étatmajor » prit la direction d'une opération sensationnelle contre l'Italie, qu'il organisa — il faut le reconnaître — de main de maître, à tous les points de vue, et dont le plan rappelle celui qui lui avait si bien réussi en 1915 contre l'armée russe et qui avait débuté par la surprise et le choc violent de la Dunajec.

D'un côté, les manœuvres « défaitistes », destinées à effrayer le peuple italien et à lui faire désirer la paix — même une paix séparée — furent poussées avec une grande activité. Les nombreux agents allemands de l'Italie réussirent à impressionner une partie de l'opinion publique, d'autant plus facilement qu'à ce moment le Pape venait de lancer à nouveau ses recommandations pour la paix.

D'un autre côté, les préparatifs militaires furent dirigés de manière à obtenir pour les armées opérantes le nombre, la consistance, la force nécessaires pour une très grosse opération, destinée à abattre d'un coup de massue la résistance italienne. Jusquelà, les armées autrichiennes opposées à l'Italie com-

prenaient environ 400 ba taillons, formant40divisions. Le nombre des bataillons fut augmenté de plus de moitié et leurs effectifs renforcés. Les divisions furent portées à 54, et au milieu d'elles se trouvaient plusieurs divisions allenlandes. Les renforts avaient été pris un peu sur le front de France, et surtout sur le front russe où les unités restantes ne furent plus que des squelettes, des simagrées de troupes.

L'ensemble des armées destinées à opérer comprenait, à rOuest, prête à déboucher du Trentin, l'armée autrichienne Hœtzendorf; en face des Alpes carniques, l'armée autrichienne Krobatin ; puis dans la région du haut Isonzo, l'armée allemande Below; enfin les armées autrichiennes de Tarchiduc Eugène, face au plateau de Bainsizza et au Carso. La haute direction de ces armées était assurée par un détachement du « grand état-major allemand ». Les meilleures mesures avaient été prises pour laisser ignorer à l'adversaire où seraient portés les coups initiaux, décisifs.

Contre cette puissante organisation, les armées italiennes du général Cadorna se développaient, face au Nord, du Trentin, par les Alpes Carniques, jusqu'au coude de Tlsonzo de Tolmino; puis faisaient face à l'Est, prêtes à se défendre et à agir énergiquement, à grands renforts de troupes et d'artillerie, sur le plateau de Bainsizza et le Carso, que l'on supposait devoir être le front d'attaque principal de l'ennemi.

C'est là que se trouvait le gros des forces italiennes, les 2" et 3® armées, qui venaient de réaliser des succès si inquiétants pour l'Autriche. Leur flanc Nord, menacé par les Allemands de Below, était

protégé par des troupes échelonnées le long de risonzo, dont à partir de Tolmino la vallée fait un grand coude et remonte vers FOuest jusqu'à Plezzo. Cette région, dont les abords paraissaient difficiles pour Tennemi, se prêtait aussi très mal à l'installation de fortes réserves capables de donner toute sécurité à la défense.

C'est par là que Toffensive austro-allemande commença, dans la nuit du 24 octobre 1917. Les troupes allemandes du général von Below^, bien renforcées en effectifs et en artillerie, amenées à pied d'œuvre dans le plus grand secret, ouvrirent brusquement, par un temps abominable, un bombardement des plus violents, accompagné de jets de gaz délétères et de liquides enflammés, et se ruèrent sur le long et fragile crochet défensif italien, de Tolmino à Plezzo. La ligne italienne fut crevée sur plusieurs points. La panique s'y mit sous la violence de la poussée allemande, et peut-être aussi sous l'impression des manœuvres « défaitistes » de l'intérieur.

Ce fut alors l'attaque générale. Aidés par les Autrichiens de Krobatin, les Allemands de Below ne tardèrent pas à avancer vers Gividaleet Gemona, sur les derrières de l'armée italienne du plateau de Bainsizza, pendant que les Autrichiens attaquaient cette armée de front et la forçaient à se replier. La retraite des Italiens fut désastreuse. Ils perdirent une grande quantité d'effectifs et de matériel.

L'autre armée italienne, la 3% qui combattait plus au Sud sur le Carso jusqu'à la mer, fut plus heureuse et parvint à se retirer en bon ordre par les routes du littoral.

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Dès que le désastre fut connu, les gouvernements anglais et français se dépêchèrent d'envoyer du secours à nos alliés d'Italie. Et « bientôt, par toutes les voies ferrées, par toutes les routes, donnant passage à travers les Alpes, soldats français et anglais, canons et munitions », se sont déversés dans la plaine du Pô, avec un ordre, une rapidité qui font le plus grand honneur à nos états-majors et à nos chemins de fer.

Cette belle opération de secours, qui contribua largement à sauver l'Italie, avait été organisée magistralement par le général Foch, notre chef d'état-major général, l'organisateur glorieux de la concordance des efforts anglo-français, des Flandres et de la Somme. Il fut du reste des premiers sur les lieux pour présider à cette nouvelle collaboration et son intervention eut une influence considérable sur l'issue heureuse des efforts italiens. Le général Fayolle ne tarda pas à être désigné pour commander en chef notre armée d'Italie.

Les premiers ministres d'Angleterre et de France s'empressèrent aussi de se rendre à Rome. — Et ce fut en rentrant de ce voyage, que M. Lloyd George jeta les bases de la Haute Commission interalliée de guerre, destinée à jouer un rôle si considérable sur la suite des événements et sur la concordance des efforts des armées alliées.

Sous l'impression des secours si rapidement, si généreusement accourus, l'opinion italienne se raidit vaillamment contre le malheur; et aussitôt la situalion s'améliora. Après avoir résisté et avoir pu se reformer sur le Tagliamento, puis sur la Livenza, les armées italiennes s'établirent solidement sur une

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ligne s'étendant du lac de Garde, par le plateau des Sept Communes, et les hauteurs à TEstde la Brenta, jusqu'au coude du Piave, et de là le long du fleuve jusqu'à la mer.

Le haut commandement des armées italiennes fut exercé par le général Diaz, succédant au général Gadorna. Il s'étendait sur les armées de secours anglais et français, qui entrèrent en ligne dans les premiers jours de décembre.

Dans la â*" quinzaine de novembre et le courant de décembre le nouveau front italien fut très vivement attaqué, surtout sur le plateau des Sept-Gommunes vers Asiago, et sur les hauteurs situées entre la Brenta et le Piave, mais sans grands résultats pour l'ennemi. Les Italiens restèrent maîtres des derniers contreforts des Alpes qui dominent la grande plaine. D'autres attaques sans résultats eurent lieu le long du Piave, qui resta à nos alliés. Dans ces combats très violents de part et d'autre, on signala surtout des troupes autrichiennes et une seule division allemande, alpine. L'armée von Below ne fit plus parler d'elle; elle avait été rappelée.

Vers la fin de décembre, le nouveau front italien parut fixé. Le froid et la neige étaient intervenus et avaient imposé l'accalmie. Toutefois, les Français terminèrent brillamment l'année 1917 par un gros succès dans là région du mont Tomba, entre" la Brenta et le Piave. Ils firent aux Autrichiens 1 400 prisonniers, dont 42 officiers, et leur enlevèrent de nombreuses mitrailleuses.

En réalité, le terrible coup que les Austro-Allemands avaient porté aux Italiens et qui avait fait perdre à nos alliés toutes leurs conquêtes de la région

italienne et le Frioul, n'avait pas eu les suites militaires espérées par le haut commandement ennemi. L'Italie s'était rapidement, vaillamment ressaisie. Son nouveau front était solide et couvrait bien Venise, tant convoitée par l'Autriche. Le gouvernement faisait de grands efforts, non seulement pour recompléter, mais pour augmenter ses armées. La situation militaire de l'Italie était rétablie.

De ce côté-là aussi, l'année 1917 se terminait sans doute sur de grosses appréhensions, mais aussi sur la volonté énergique de poursuivre la guerre jusqu'à la victoire.

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