DEUXIÈME RUÉE — SUR LA LYS
Après une courte accalmie, les Allemands prononcent le 4 avril une très violente attaque, dans laquelle ils engagent 25 divisions sur quinze kilomètres, depuis Grivesnes jusqu'à la route d'Amiens à Roye. Ils essaient une dernière fois de nous couper des Anglais. Mais ils trouvent devant eux
les 12 divisions de Théroïque armée Debeney. Nos troupes résistent imperturbablement et terminent par une contre-attaque énergique. Les pertes de l'ennemi sont très grandes, ses gains insignifiants. Il en est de môme plus au Nord, entre l'Avre et la Somme où il attaque les Anglais.
Le 6 avril, profitant d'une rectification prévue, voulue de notre front à l'Est de l'Oise, au Sud-Ouest de la basse-forêt de Goucy, le « grand état-major » se vante d'un succès, sans parler bien entendu des grosses pertes que lui vaut cette avance.
Du reste, ces opérations-là, plus ou moins violentes, ont un autre but, celui de maintenir en place les réserves françaises et de les empêcher de se porter au secours des Anglais. Ce que veut le « grand état-major », c'est continuer son œuvre contre les armées britanniques. N'ayant pas réussi, dans la première ruée, à les séparer des armées françaises, il essaie de les percer dans leur centre, au Nord d'Arras, entre le canal de la Bassée et Ypres, en les faisant attaquer énergiquement par de puissantes armées, dans lesquelles figurent des généraux très en vue et notamment le fameux pangermaniste von Bernhardi.
L'attaque commence très violemment le 9 avril, sur un front de quinze kilomètres, entre le canal de La Bassée et Armentières. Après s'être défendus vaillamment au centre des troupes britanniques, nos alliés les Portugais sont enfoncés. Nos ennemis creusent dans le front anglais une poche de 7 kilomètres de profondeur.
Le 10, la bataille s'étend entre Armentières, la Lys et le canal Ypres-Comines. Armentières el
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Messines sont pris par Tennemi; mais le front de nos alliés reste bien soudé. Il en est de même le 11 et les jours suivants; les attaques se poursuivent avec acharnement, nos ennemis gagnent quelque terrain, mais sans entamer les Anglais. Néanmoins, la nouvelle poche creusée ainsi dans les lignes alliées s'agrandit et s'étend jusqu'au Nord-Ouest de Bailleul; pendant que du côté dTpres le haut commandement britannique croit utile d'abandonner volontairement ses glorieuses conquêtes de Tété 1917 et d'installer ses troupes plus près d'Ypres, dans leurs anciennes lignes contournant la ville de très près à l'Est.
Le 16 avril 1918, conformément aux ordres du généraUssime Foch, arrivent des corps français envoyés au secours des Anglais et commandés par le général de Mitry qui ne tarde pas à être félicité chaudement par le maréchal Douglas Haig. Des contre-attaques ont lieu, et l'offensive des Allemands, tout en conservant son caractère de violence, ne fait plus aucun progrès, puis elle cesse complètement pendant quelques jours.
A ce moment, plus au Sud, sur le front français, se livrent des combats acharnés du côté de Hangard qui est pris et repris; puis le 17 vers Moreuil, où nos troupes progressent et font 500 prisonniers.
Le 24, action navale anglaise des plus héroïques pour embouteiller les bases navales des sous-marins allemands, les ports d'Ostende et de Zeebrugge. L'opération sur ce dernier port réussit. Celle d'Ostende fut reprise, le 9 mai, avec succès. L'offensive allemande ne tarde pas à se rallumer, ^i^abord sur le front anglo-français entre la Somme
et TAvre, de Villers-Bretonneux à Hangard-en-Santerre. L'ennemi, au prix de pertes effroyables, parvient à faire quelques progrès près de Hangard, tout en échouant vers Railles et le bois de Senécat. Du côté anglais, après de fortes démonstrations vers Albert et plus au Nord, les Allemands lancent à grands renforts d'hommes et de gaz délétères une grosse attaque sur Villers-Bretonneux qu'ils enlèvent. La bataille continue acharnée pendant la nuit, Villers-Bretonneux est repris brillamment par nos alliés, et de toutes parts, grâce à d'énergiques contre-attaques, les troupes anglaises et françaises maintiennent la situation de ce côté.
Ce n'était pas le vrai côté de l'effort allemand. Il a lieu plus au Nord, dans le voisinage d'Ypres, où nos ennemis reprennent et continuent furieusement leur deuxième ruée, pour percer le centre anglais. N'ayant pas réussi du côté de Béthune et de Bailleul, ils essaient de forcer du côté de Poperinghe et lancent dans cette direction leurpuissante armée du Nord-Sixte von Arnim. — Le 26 avril, de nombreuses divisions de cette armée attaquent violemment les abords du mont Kemmel, bousculent les troupes anglo-françaises qui les défendent, encerclent le mont Kemmel et, malgré une résistance héroïque, viennent à bout d'un de nos meilleurs régiments, chargé de se maintenir coûte que coûte sur cette hauteur.
Les jours suivants, combats locaux de Locre et de Woormezeele. Ce dernier village, pris et repris, reste aux mains de nos alliés. Puis, sous les yeux de leur empereur, nos ennemis essaient de poursuivre leur succès du Kemmel dans une attaque
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des plus violentes. Le 29 avril, à la suite d'un très fort bombardement, ils lancent l'armée Sixte von Arnim contre le front anglo- français, depuis Metteren jusqu'au lac de Zillebeke, et plus au Nord contre le front belge, avec un acliarnement furieux et leur énorme densité d'assaut habituelle de une division par kilomètre. Le Scharpenberg et Locre sont énergiquement défendus par nos troupes. Locre, pris et repris, reste entre nos mains. De leur coté, les Anglais et les Belges font des prodiges de vaillance. Les pertes allemandes sont effroyables.
L'empereur Guillaume était sur les lieux, espérant annoncer à ses peuples son entrée triomphale dans Poperinghe. Mais il ne réussit pas plus qu'autrefois à Ypres, Calais, Paris, Nancy...; il s'aperçut une nouvelle fois que les triomphes étaient plus difficiles sur le front de France qu'en Orient. La journée du 29 avril fut pour nos ennemis un échec des plus sérieux, des plus sanglants. Les journaux allemands cessèrent de donner à leur formidable offensive le nom de « bataille de l'empereur ». Elle redevint plus modestement la bataille Ludendorff.
Les premières semaines de mai furent employées par les Allemands à préparer de nouvelles opérations. Il y eut de leur côté une accalmie complète, que coupèrent des attaques locales, parfois très brillantes des troupes alliées et les exploits journaliers des aviations anglaise et française.
Depuis le commencement de la bataille, l'arme de l'air des Alliés n'avait pas cessé de rendre les plus grands, les plus utiles services. En deux mois, du 21 mars au 21 mai 1918, l'aviation anglaise abat
i 000 avions ennemis et jette 1000 tonnes de bombes dans les lignes, les grandes gares, les usines de guerre... de nos adversaires. Et presque constamment les pertes de l'ennemi sont au moins trois fois supérieures à celles de nos alliés.
En deux mois également, l'aviation française descend 322 appareils allemands, dont les chutes ont été sévèrement contrôlées; et elle n'en perd elle-même que 96. L'efficacité de ses bombardements sur les rassemblements ennemis est des plus grandes. Quant aux prouesses de ses « as », elles sont tout à fait remarquables. Le lieutenant Fonck tient le premier rang avec 42 victoires, dont 6 dans la même journée. Il est fait officier de la Légion d'honneur à vingt-quatre ans, ainsi que son brillant émule Nungesser.
Du côté des Allemands, les bombardements aériens se ralentissent sur Londres, probablement parce que la défense aérienne anglaise a fait de grands progrès. Par contre, les « gothas » tentent de survoler Paris, dès que les nuits sont claires et sans vent. La plupart des avions ennemis sont arrêtés parles tirs de barrage de la défense aérienne de notre capitale et jettent leurs bombes au hasard dans la banlieue. Quelques-uns réussissent parfois à arriver au-dessus de Paris * et à y assassiner quelques personnes, à causer des dégâts matériels qui sont encore augmentés par les effets du bombar-
1. Les bombardements de Paris ne cessèrent qu'en septembre 1918, sous l'influence de l'oirensive victorieuse du maréchal Foc h.
Dans les 10 derniers mois, ils avaient fait 1211 victimes, dont 402 morts et 809 blessés, tant par avions que par canons.
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dément par les gros canons. Ce dernier bombardement est très irrégulier; il cesse même complètement pendant de longues périodes. . . . Et néanmoins la situation est inquiétante pour les personnes ayant des enfants. Les départs se précipitent; les gares sont encombrées. Vers le milieu de juin, il manque déjà 1500000 personnes à la population de notre capitale; ce qui n'empêche pas ceux qui sont restés de vaquer vaillamment, gaiement à leurs affaires.
TROISIEME RUEE — SUR LE CHEMIN DES DAMES — LA BATAILLE DU « KRONPRINZ »
L'accalmie qui suivit la deuxième ruée, se prolongea jusque vers la fin de mai, étonnant par sa durée. Les uns attribuaient ce long retard aux fatigues, au surmenage des troupes, et même à une épidémie mystérieuse d' « influenza », les autres à la nécessité d'attendre que l'armée autrichienne fût prête à envahir la plaine vénitienne, afin que les offensives de France et d'Italie puissent s'étayer l'une l'autre. Presque tous étaient persuadés qu'il se préparait une troisième et très forte ruée, et qu'elle aurait lieu dans les Flandres, ou sur la Somme vers Amiens, ou encore dans la vallée de l'Oise vers Paris.
On se préoccupait moins du plateau du « Chemin des Dames » et de la direction du Sud. Et cependant la concentration des réserves allemandes à Tintérieur du grand coude formé par nos lignes, leur permettait d'attaquer aussi facilement nos fronts de
Champagne ou du « Chemin des Dames » que ceux de Picardie et du Cambrésis. Et Ton 'aurait pu se rappeler que le puissant effort de la première ruée avait été donné par les troupes prussiennes du (( Kronprinz » d'Allemagne; que pour des raisonsmilitaires, comme pour des considérations de dynastie et de suprématie prussiennes, Fempereuret le « grand état-major » devaient avoir des tendances à confier à nouveau les missions les plus difficiles et les plus glorieuses à ces troupes, qui constituaient du reste bien réellement l'élite de l'armée allemande; que l'héritier du trône impérial allemand était tenace et qu'il devait avoir à cœur de prendre sa revanche, sur le « Chemin des Dames.» ou en Champagne, des échecs qui lui avaient été infligés de ces côtés par les généraux Nivelle et Pétain....
Le 26 mai 1918, le plateau du « Chemin des Dames » était occupé par un corps français, à l'Ouest; et à l'Est, depuis Craonnelle jusqu'à l'Aisne et Berméricourt, par des divisions anglaises, retirées du front britannique après y avoir subi les fatigues et les émotions déprimantes de la première ruée.
Ces troupes françaises et anglaises ne s'attendaient pas à l'attaque. Elles n'en ont été prévenues qu'au dernier moment, tant les Allemands avaient mis de soins à faire leurs préparatifs dans le plus grand secret, tant on s'attendait de notre côté à l'attaque dans une autre direction.
Tout était au calme. La fusillade habituelle s'était elle-même éteinte, lorsque, dans la nuit du 26 au 27 mai, commença brusquement un bombardement d'une puissance extraordinaire, qui s'étendit de la forêt de Pinon jusqu'au Nord de Reims. Ce furent
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pendant trois heures, au dire de témoins anglais et français, des feux d'une violence ininterrompue, insoutenable, d'obus percutants ou toxiques, qui écrasèrent, bouleversèrent nos observateurs et empêchèrent toutes communications avec l'arrière.
Malgré le tir de nos canons, de nos mitrailleuses, de nos fusils, de nombreux ponts furent jetés sur TAilette; nos fils de fer furent cisaillés par les éclaireurs de Tennemi et, aux premières lueurs du jour, les puissantes vagues allemandes abordèrent nos lignes.
A rOuest du plateau, du côté français, on résista tant bien que mal à la formidable ruée. « Ce furent des feux de mousquejLerie, et bientôt des corps à corps. Les groupes de combat se défendent pied à pied. Les îlots encerclés résistent, abattent ceux qui les entourent. Les bataillons de soutien interviennent. Le « Chemin des Dames » est pris et repris; on se bat au fusil, à la grenade, au couteau.. . . » C'est la mêlée dans toute sa fureur, la résistance acharnée des nôtres, de position en position, jusqu'auprès de Soissons.
A l'Est, du côté des Anglais, la résistance est tout aussi énergique. L'artillerie et l'aviation ne cessent d'intervenir avec la plus grande vaillance; les feux de l'infanterie se poursuivent meurtriers, impassibles, jusqu'à ce que l'ennemi soit à vingt pas. Alors, seulement, on se replie au commandement, dans le plus grand ordre, sur de nouvelles positions....
Les Allemands pullulent. Il en arrive encore et toujours. Au centre, leur poussée est plus formidable que partout ailleurs. La division anglaise qui tient Graonnelle, et dont les nerfs ne sont pas encore
remis de la première ruée, est entièrement surprise. Les Allemands en ont rapidement raison; ils envahissent le centre du plateau et poussent jusqu'à TAisne vers Pont-d'Arcy, menaçant les flancs et les derrières des autres défenseurs de la position.
Dès le soir du 27 mai, incessamment renforcés, ils franchissent TAisne du côté de Vailly et obligent les Anglais à se replier derrière la rivière, pendant qu'à l'Est nos troupes résistent encore aux abords de Soissons.
Le succès de la surprise allemande est complet, inespéré. L'empereur et la presse se dépêchent de l'appeler « la bataille du Kronprinz ».
Les 28 et 29 mai, les progrès de nos ennemis continuent : au centre, ils enlèvent la Vesle et Fismes et s'avancent vers Fère-en-Tardenois ; pendant qu'aux ailes, après des luttes acharnées vaillamment soutenues par nos soldats et par nos alliés, ils s'emparent, à l'Ouest, de Soissons; à l'Est, des hauteurs du Mont-Thierry, près de Reims.
La situation n'est pas seulement douloureuse; elle devient très inquiétante. Le président du Conseil, M. Clemenceau, rassure l'opinion ea donnant son impression, à son retour du front où il a passé trente-six heures : « Nos réserves affluent, dit-il. Les hommes arrivent en chantant, gais, enthousiastes, montrant leur foi dans la Pairie.... Le choc a été formidable. Nous luttons, nous résistons... nous vaincrons. »
Dans la journée et la nuit du 30 mai, la bataille se poursuit violente. Nos ailes tiennent à l'Ouest, près de Soissons, et derrière la Crise entre l'Aisne et rOurcq, comme à l'Est autour de Reims. Au
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Centre, de furieux combats nous font perdre Fère et menacent Ville-en-Tardenois.
Le 31, les progrès de Tennemi continuent vers la Marne, qui est atteinte par sa cavalerie.
Le l"juin, il accentue sa poussée vers la Marne, dont il occupe la rive Nord, sur 20 kilomètres, de Château-Thierry à Verneuil. En même temps, il fait face à TOuest, dans la direction des grandes forêts qui avoisinent Gompiègne. La bataille fait rage entre l'Oise vers Noyon, TAisne vers Soissons, et la Marne vers Château-Thierry. Mais alors, nos vaillantes réserves interviennent dans toute cette région, tiennent tête énergiquement aux Allemands et les contre-attaquent avec là plus grande vigueur. La lutte est acharnée sur TOurcq et entre cette rivière et la Marne.
Le lendemain, elle continue de l'Aisne à la Marne, sans progrès sensibles. Elle paraît se stabiliser. Il semble que les gros efforts des Allemands touchent à leur fin.
En effet, le 3 juin, leurs attaques violentes se brisent contre la valeur de nos troupes, au Nord de TAisne comme au Sud de cette rivière vers la forêt de Villers-Cotterets, comme sur TOurcq, et plus au Sud, où les troupes américaines rejoignent nos divisions et les aident vaillamment.
Les jours suivants, la première phase de la « bataille du Kronprinz » s'éteint complètement, pendant que nos troupes, et en certains points les troupes américaines, réagissent de toutes parts pour améliorer leurs positions.
Les résultats des efforts allemands ont été considérables, au point de vue de l'extension de nos
lignes. Ils y ont créé, de vive force, une nouvelle et énorme poche descendant de Reims vers la Marne jusqu'à Château-Thierry, et de là remontant vers le Nord, à FEst des forêts avoisinant Compiègne, jusqu'à l'Aisne à l'Ouest de Soissons, puis jusqu'à l'Oise près de Noyon. Ils ont réussi ainsi à menacer gravement Paris et forcé notre gouvernement à prendre des mesures urgentes pour réorganiser, améliorer la défense de notre capitale. Le général Guillaumat, commandant en chef des forces alliées de Salonique, a été rappelé d'urgence en France et a pris le commandement du camp retranché de Paris.
Mais, tout en reconnaissant le talent avec lequel le « grand état-major » allemand a su organiser cette troisième poussée, et l'habileté avec laquelle il a su dissimuler ses préparatifs et surprendre complètement notre commandement sur le « Chemin des Dames », tout en insistant surtout sur la rapidité, la violence qu'il a su employer pour exploiter le succès de sa surprise, pour nous enlever TAisne et pousser jusqu'à la Marne avec des troupes nombreuses bien entraînées et arrivant à temps, il importe de constater — malgré toutes les Heure jetées par l'empereur Guillaume sur le triomphe de son fils — que le vrai objectif d'une grosse offensive comme celle-là, la mise hors de combat des forces ennemies, n'a pas été atteint; et que le dernier mot de la terrible lutte a été dit par la vaillance de nos soldats.
La solidité, l'entrain, le moral de nos troupes el de nos alliés sont restés excellents. Et les Américains ont profité de cette occasion pour démontrer gl<H
•ieusement toute leur valeur. Ils s'étaient déjà qgnalés en Picardie, près de Cantigny, à la fin de liai. Ils ont recommencé pendant les premiers jours le juin entre TOurcq et la Marne et se sont très vaillamment battus à Neuilly-la-Poterie, Bussières, Torcy, Belleau, Bouresches... arrêtant, contreittaquant énergiquement les Allemands et leur 'aisant plus de 1 000 prisonniers, étonnant leurs v^oisins, les soldats de nos meilleurs régiments, et eur faisant dire : « Mais ce sont des « as » ! avec leur aide, nous sommes sûrs d'avoir les Boches! »
Ce fut là une révélation d'une importance capitale. Nous pouvions dorénavant envisager l'avenir en toute confiance; car à la fin de mai, il y avait déjà 700000 de ces valeureux soldats en France et, grâce aux nobles, merveilleux efforts de l'Amérique, le million a pu être atteint dès le mois de juin.
La « bataille du Kronprinz » eut une suite, une deuxième phase. Le 9 juin, après un très fort bombardement de minuit à quatre heures trente, les troupes de von Hulier, l'aile droite du « Kronprinz », attaquèrent brusquement, très violemment, face au Sud, les lignes françaises de Montdidier à Noyon, sur un front de 35 kilomètres, et malgré d'énormes pertes réussirent à progresser, surtout à leur centre qui fut porté en avant de 5 kilomètres jusqu'à Ressons-sur-Matz.
Dans la nuit et la journée du 10, la bataille se poursuit acharnée. A coups d'hommes, l'ennemi parvient encore à progresser mais péniblement, et sous les contre-attaques énergiques de notre centre et de notre gauche. A droite, vers Ribécourt, notre ligne est reportée un peu en arrière.
Le 11 juin, le général Fayolle fit contre-attaquei énergiquement le flanc droit de cette avance de l'ennemi, sur un large front, de Rubescourt à Saint- Maur. Le général Mangin, qui commandait de ce côté un corps d'armée, reçut à cet effet 4 divisions de renforts. L'ennemi, complètement surpris, perdit beaucoup de terrain, beaucoup d'hommes et laissa entre les mains du général Mangin plus de 1000 prisonniers et quelques canons.
A partir de ce moment, l'ennemi continue péni blement sa pression; à notre gauche et au centre il n'aboutit qu'à se' faire infliger de nouvelles et trè; lourdes pertes. A notre droite, il fait quelques pro grès sur le Matz et même prend pied au Sud de k rivière; mais il en est bientôt repoussé. La lult( s'éteint de ce côté, malgré l'aide que veut lu donner le « Kronprinz », en prononçant à partir di 11 juin de fortes attaques au Sud de l'Aisne vers h forêt de Villers-Gotterets. Au bout de trois journées de très durs combats et quelques progrès insignifiants, ces attaques s'arrêtent aussi devant la vail lance de nos troupes; pendant que plus au Sud lei Américains achèvent de prendre le bois de Belleai et luttent avec énergie et succès sur le front Bclleau Bouresches.
La « bataille du Kronprinz » est complèlemea terminée. Malgré d'énormes sacrifices, elle n'a pa; réussi plus que les précédentes ruées à se tranfi former en une bataille générale, décisive. 11 lui suc cède, sur le front de France, une accalmie de longu» durée, qui n'est troublée que par un très gros, trè sanglant échec des Allemands voulant enlever Reim et par de brillantes actions locales anglaises, amé
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iv^aines, françaises, destinées à rectifier nos lignes, {ui nous valent plusieurs milliers de prisonniers dlemands. Tout l'intérêt de la guerre se porte sur 'Italie, où se livre la grande offensive autrichienne, ant annoncée, tant préparée.